G. Bos, Pessimisme, féminisme, moralisme. F. Alcan
p. 128.) Il eut, selon sa propre expression : « un désespoir paisible, sans convulsions de colère et sans reproches au ciel », et cela est effroyable. Pour être moins lié que chez Léopardi aux infirmités physiques, ce pessimisme repose ici aussi sur une dysharmonie de la cœneslhésie, sur une « inadaptation organique » que signale son biographe récent, Emile Lauvrière.
Ce pessimisme, qui apparaît dès son enfance, va se développer « dans le précoce épuisement qui suit un surmenage prolongé » et « se révéler d'autant mieux qu'aux forces déclinantes de l'adulte correspondent précisément de croissantes difficultés d'existence » (Lauvrière) '.
Ce poète d'une philosophie si désespérée fut malheureux dans son mariage, qui devint un « irréparable désastre », dans son amour d'enfant, des attaques d'apoplexie ayant rendu sa mère infirme du corps et de l'esprit, dans ses ambitions politiques. Cette succession de déboires l'imprégna de désespérance.
Enfin, chez un troisième grand poète, poète en prose, Chateaubriand , la cause organique du pessimisme est à peu près nulle, et ce dernier tient surtout à un isolement de nature essentiellement orgueilleuse. Son sentiment du néant de la vie tient avant tout à son mépris des hommes et à son dégoût des choses, et c'est pour cela qu'il porta, comme le lui dit si gentiment une jeune Anglaise, « son cœur en écharpe » (Faguet). Tout le Chateaubriand est dans cette phrase de M. Lanson : « D'une prédisposition naturelle, les circonstances, le milieu firent un caractère déterminé, d'où la, réflexion dégagea, une «. pose » solennelle ».
« L'ennui qui minait Benjamin Constant, écrit Tardieu-,