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Les phénomènes d'autoscopie. F, Alcan

ment dans le sens centripète les données aperçues par le sens de la vue vers l'ensemble des groupements auxquels nous avons attribué un rôle psychique. Ce centre, avonsnous dit, est en relation avec la zone psycho-motrice, et la mémoire visuelle d'un mot sert de contrôle à la mémoire des mouvements nécessaires à écrire ce mot (mémoire motrice). La mémoire sensitive peut donc être sollicitée par les centres psychiques pour venir en aide à la mémoire motrice, ce qui revient à dire que si la voie normale de l'excitation visuelle est une voie centripète, ce centre peut, sans être placé dans des conditions anomales, recevoir des excitations centrifuges. En second lieu, nous sommes obligés d'admettre que, pour ne pas être l'objet de sensations conscientes, les divers éléments linéaires, colorés, sonores, etc., qui se rattachent à notre personnalité et en caractérisent l'ensemble, sont constamment perçus, sinon aperçus, par notre sensibilité cérébrale. Cette différence entre la perception inconsciente ou peu consciente et la perception très nette d'une série de sensations peut tenir, soit à l'insuffisance quantitative de l'excitant, soit à l'accoutumance, soit à l'insensibilité qualitative du centre de réception; toutes choses étant égales d'ailleurs, les sensations s'imprimeront d'autant plus fortement que les conditions biologiques du centre se trouveront modifiées dans le sens de l'irritation. La présence, dans le sang, de substances toxiques dues à l'insuffisance hépato-rénale est précisément de nature à augmenter l'activité des cellules nerveuses cérébrales. Nous en trouvons une preuve au point de vue moteur dans l'aggravation du syndrome d'épilepsie sous la même influence. La même excitation portant sur les centres de la mémoire subconsciente, dans laquelle se trouvent enregistrées toutes les

données de nos sensibilités même les plus obscures, peut leur donner une tonalité suffisante pour que les images qu'elles ont enregistrées prennent brusquement une valeur comparable ou supérieure à celle des images sensorielles immédiatement concomitantes du moment de l'excitation. Dans cette hypothèse, il y aura dans le psychisme une image sensitivo-sensorielle suffisamment intense pour être analogue, ou sur le même plan dans la conscience, que les autres images fournies à ce moment par la vue. La conscience n'ayant pas à choisir, mais à enregistrer ce qu'elle aperçoit, nous percevrons donc à la fois des images vraies et des images fausses. Ces dernières images constituent l'hallucination. Quanta la forme, au contenu de cette hallucination, elle peut être déterminée par toute espèce de circonstances adjuvantes ; en l'espèce, dans l'histoire de Maupassant, dans celle de Goethe et même dans celle de Musset, l'autoscopie semble se rattacher à un moment où l'idée du moi, de l'offense faite au moi ou de la souffrance de ce moi était l'idée dominante ; c'est donc le moi qui a constitué le contenu de l'hallucination.

Le phénomène inverse semble pouvoir également se produire sous la même influence ; mais ici, au lieu d'un phénomène d'hyperexcitation, nous devons admettre une dissociation particulière de la sensibilité avec hypoesthésie. Nous faisons allusion à ce phénomène que l'on retrouve dans la vie de Maupassant, qui ne se voyait pas dans la glace placée devant lui ; c'est en somme de l'autoscopie négative. C'est de la dysesthésie élective, dont nous trouvons l'analogue dans la dissociation syringomyélique où l'altération cellulaire supprime la sensation thermique en laissant persister celle de contact. Sans vouloir attribuer à l'histoire de Pierre Schlemihl la valeur d'une auto-obser-

vation de Chamisso, on ne peut s'empêcher de trouver dans l'aventure de l'homme qui a perdu son ombre, la description d'un phénomène qui rappelle celui qui fut si pénible à Maupassant.

Enfin nous connaissons en pathologie toute une série de phénomènes hallucinatoires de même ordre : chez les hémiplégiques qui interprètent les sensations confuses fournies par le côté paralysé comme leur étant apportées par un sujet placé à côté d'eux; chez les amputés, auxquels la persistance quelquefois très longue d'un membre fantôme cause facilement des mésaventures désagréables.

Les lésions rénales sont enfin souvent la conséquence de l'artério-sclérose, qui dépend elle-même des excès.

Rousseau, par exemple, fut un artério-scléreuxet, d'après Girardet et Achard, il mourut d'apoplexie séreuse de nature urémique. De ses lésions artérielles et rénales dépendent les manifestations pathologiques de sa présénilité, ses idées mélancoliques en particulier ; elles exagérèrent sa dysharmonie héréditaire, elles noircirent sa cénesthésie déjà mauvaise, et dès quarante ans, ayant l'âge de ses artères, il se plaignit de la société en général, et de ses amis en particulier.

Cet homme résuma en lui tout ce que nous venons de dire sur l'influence de la cénesthésie et des affections des grands viscères. Les impressions émergeant de son intérieur étaient douloureuses dès son enfance, et l'histoire de ses souffrances urinaires, alors que l'autopsie ne montra pas de lésions, est typique; à cela s'ajoutèrent l'artério-sclérose, la néphrite chronique, et le tout colora ses idées auxquelles ses organes du langage donnèrent le plus riche des vêtements.

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