‹ Le génie littéraireChapitre 35 sur 63 · Elie Poirée, Chopin (Laurens, édit · texte numérisé non relu

Elie Poirée, Chopin (Laurens, édit

les Mancenilles d'André Couvreur, Vénus ou les Deux Risques de Michel Corday. Il a fallu un certain courage aux auteurs pour aborder ce sujet dont il semblait que tout avait été dit par Voltaire dans Candide. Du moment que l'exemple de Pangloss n'avait effrayé personne, il semble difficile de supposer qu'une œuvre, si fortement charpentée soit-elle, puisse avoir quelque influence dans la lutte contre ce fléau ; mais, Voltaire nous a dit quelle était déjà de son temps la proportion des individus atteints de ce mal ; le nombre n'en a pas décru, et il faut supposer que les littérateurs ne lui ont pas payé un tribut moins lourd qu'à la tuberculose. Seulement cela ne se dit pas; les maladies sont de bonne ou de mauvaise compagnie, comme les gens. Tandis qu'il est de bon ton de chercher à démontrer qu'une tuberculose contractée, après toutes les misères d'une vie vagabonde et dépourvue d'argent, comme celle de Mozart, n'a pas été sans influence sur l'allure générale de son génie, personne n'oserait affirmer ou même supposer que les plus pauvres parmi les poètes aient pu rencontrer la syphilis au cours de leurs recherches sur l'idéal. Nous voyons cependant Baudelaire tâter au hasard de toutes les monstruosités féminines qu'il pouvait rencontrer; Maupassant ne paraît pas avoir été difficile dans le choix de ses maîtresses. Ces hommes ont tous vécu dans le milieu urbain dont la contamination est aussi ancienne qu'abondante. Les supposer tuberculeux serait appeler sur eux un mouvement de pitié, les supposer syphilitiques serait leur faire une injure. Cette mentalité de l'ambiance rend toute étude un peu précise des rapports de l'infection spécifique et du génie littéraire difficile, sinon impossible, et pourtant la syphilis, qui sait si admirablement détruire le cerveau en lui infligeant des « effleurements » successifs,

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