‹ Le génie littéraireChapitre 42 sur 63 · LE FÉTICHISME. — L*IN VERSION SEXUELLE \(M · texte numérisé non relu

LE FÉTICHISME. — L*IN VERSION SEXUELLE \(M

Formosum pastor Corydon ardebat Alexim Delicias domini, nec quid speraret habebat.

(Eglogue H.)

Ce qui n'avait rien détonnant dans le monde romain, étant donné les conditions où vivaient les esclaves.

Quem tanquam puellam conduscit etiam qui virum putavit

(Pétrone, Satyric, lxxxi.)

Jules César, que nous avons déjà cité à cause des Commentaires, a mérité cette apostrophe.de Suétone :

Gallias Caesar subegit, Nicomedes Cœsarem, Ecce Caesar aune triumphat qui subegit Gallias, Nicomedes non triumphat, qui subegit Caesarem.

(Sueï, J. Cœsar, xlix.)

Plus près de nous on a voulu voir (Rafïalovich, Lyon, 1896) dans certaines amitiés une forme tout à fait chaste d'homosexualité. Il en serait ainsi de Montaigne et d'Eugène de la Boëtie dont l'amitié est restée célèbre : « Pour toi, ô Montaigne, ce qui t'a uni à moi pour jamais, et à tout événement, c'est la force de nature, le plus aimable attrait d'amour, la vertu. » (La Boëtie.)

Jules Micheiet et Paul Poinsot eurent également une amitié extrême (1818).

Dieu, je crois, me prit en pitié le jour où il me renvoya celui qui seul pouvait nTadoucir toute peine : mon cher ami Poinsot. Après une si longue absence, il m'était enfin rendu, et pour toujours...

Dimanche 14 mai. — L'éloignement fait en amitié le même effet qu'en amour : c'est le soufflet de la forge.

Dimanche 6 août. — Cette amitié a quelque chose, dirai-je, de

romantique? qui ne se trouve ordinairement que dans l'amour... c'est une méprise du Demiourgos, qui a réalisé deux fois l'exemplaire éternel de la même âme, pour parler comme Platon...

Diderot, voulant répondre à la question de savoir d'où venait cette tendance homosexuelle, dit : « qu'elle provenait partout d'une pauvreté d'organisation dans les jeunes gens, de la corruption de la tête dans les vieillards, de l'attrait de la beauté dans Athènes, de la disette des femmes dans Rome, de la crainte de la vérole à Paris ».

La réponse de Diderot n'avait point prévu l'Amérique où Walt. Whitman (1819-1892), a été à la fois un grand poète (les Feuilles de l'herbe) et un unisexuel absolument caractérisé; Thomas Lovell Beddoes (1803-1849) « un intéressant et curieux poète anglais, semble avoir été unisexuel. Sa vie intime est peu connue, mais sa plus vive passion (qui précéda son suicide) fut pour un jeune boulanger allemand » (Rafîalovich*).

Byron (1788-1824) aurait eu une passion pour le fils d'un de ses fermiers, pour un jeune homme qu'il plaça ultérieurement dans une grande maison de commerce de Londres, et enfin, en Grèce, à Athènes, il avait passionnément aimé NicoloGiraud, auquel il laissajpar testament 175.000 francs. Il écrivit un jour sur un carnet cette phrase de Marmontel : « L'amitié, qui dans le monde est à peine un sentiment, est une passion dans les cloîtres. » Mais Byron n'était pas dans un cloître et se faisait même suivre par une jeune fille habillée en garçon qu'il appelait son frère; il est possible que le travesti ait été le fétiche qui lui permettait les relations hétéro-sexuelles.

Page 1