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Raffalovich, Uranisme et Unisexualité. Lyon

LE FÉTICHISME. — i/lNVERSION SEXUELLE 199

On sait que Gœthe à Rome a chanté un jeune garçon et on dit que Gœthe Ta aimé.

Grillparzer (1791-1872) est un poète autrichien dont la vie peut être citée comme un modèle de vertus civiques, mais qui fut étrangement tourmenté par son inversion.

Nous pouvons encore nommer Platen, poète prussien, né comte de Platen-Hallermunde en 1796, à Ansbach, d'une famille prussienne. Heine le qualifia de tribade, mais son idéal amoureux semble s'être borné au désir de reposer sur la poitrine de l'ami intellectuel, beau et digne de confiance. Cet idéal se trouve dans les sonnets adressés à Karl-Théodor German en 1826. Platen n'aurait jamais été ni faux ni hypocrite. Il a proclamé son amour pour Otlo von Bùlow et pour Cardénio, en croyant sincèrement aimer d'une manière haute et digne. Il a cru transfigurer les sens en leur faisant ressentir des sensations spirituelles. Enfin, après s'être consolé de ses souffrances d'amour en se rappelant qu'il a toujours établi la balance de sa vie à l'aide de toute la force et de toute la dignité de son âme, le poète qui a tant aimé et tant souffert finit sa collection de quatrevingt-dix-sept sonnets par un épithalame d'amour unisexuel victorieux, et par sa propre épitaphe. Il mourut à Syracuse, le 5 décembre 1835.

Tous les auteurs dont nous venons de passer les noms en revue semblent avoir échappé aux conséquences sociales et judiciaires de leur déformation fétichiste. Le marquis de Sade et Oscar Wilde furent moins heureux et subirent les rigueurs judiciaires dont l'idée se rattache assez naturellement aux actes anormaux commis ou vantés par eux. A vrai dire de Sade semble avoir été doué plutôt d'une imagination extraordinairement dépravée qu'avoir commis une faible partie des actes qu'il décrit. Chez de Sade la

déformation de l'instinct sexuel se caractérise par le besoin d'infliger de la douleur à l'objet, nous ne disons pas aimé, mais possédé, avec ce raffinement particulier, qu'il juge agréable et par conséquent utile, de joindre aux supplices physiques le supplice moral.

Cette idée d'associer la volupté à la douleur et de faire de la souffrance ressentie le fétiche nécessaire à l'excitation sexuelle a reçu précisément le nom de sadisme. On oppose le sadisme au masochisme ; ce nom a été donné à un état mental qui rattache également l'idée de douleur et celle de volupté, mais en sens inverse du sadiste, le masochiste ayant besoin de subir une souffrance pour pouvoir atteindre l'éréthisme sexuel désiré. Le nom provient de celui qui a le premier édifié la théorie de cette déformation, Sacher Masoch, dont les premières œuvres furent publiées sous le nom de Numa Numantius.

Le marquis de Sade a terminé sa vie dans un asile, mais son internement semble bien plus avoir été une sorte d'emprisonnement correctionnel qu'avoir été motivé par une altération évidente des facultés du détenu. Il y a dans son style certaine recherche, mais la cruauté dont ses œuvres sont constamment empreintes, malgré l'habileté qu'il possède à décrire la douleur physique, en rendent la lecture fatigante. Dans les deux formes de perversion, c'est toujours le côté moral qui semble jouer le principal rôle, et constamment la préoccupation blasphématoire reparaît dans l'œuvre de de Sade. Justine, qui est violée de toutes manières, est décrite comme étant affectée surtout par l'impiété des discours qu'on la force à subir ; de même ordre est l'idée de la dépravation morale infligée à des enfants, comme dans les Cent vingt journées de Sodome. Il en va de même dans le masochisme, où le geste humiliant semble

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