CHAPITRE XVI La folie : Maupassant, G. de Nerval, Rousseau, Nietzsche
La folie, en littérature, peut se comprendre différemment, suivant que l'on étudie son rôle comme objet d'une description ou qu'il s'agisse bien réellement de l'état mental d'un auteur. C'est sous cette seconde conception qu'elle nous intéresse, et nous ne chercherons dans le Horla deMaupassant que l'expression du travail d'un cerveau malade. Après avoir été un génie particulièrement clair, Maupassant finit dans la démence, et le Horla représente en réalité les rêves pathologiques d'un cerveau déjà malade dont la partie professionnelle surnage plus longtemps que le reste. Ici, la période délirante n'est que terminale. Gérard de Nerval présente un exemple beaucoup plus marqué d'un déséquilibre mental continué pendant une longue période de la vie. On trouve dans son œuvre la même autobiographie que l'on rencontre constamment dans les ouvrages de tout écrivain. Mais, peut-être plus qu'un autre, G. de Nerval semble avoir présenté ce dédoublement qui permet à l'être intellectuel de décrire sans cesse l'être sentimental qui vit à côté de lui. Si on élimine de son œuvre tout ce qui se rattache à la littérature allemande, le reste n'est guère rempli que par ce dialogue où il fournissait les deux parties, véritable conte
de fées qu'il n'inventa pas, mais qu'il vécut réellement. Arvède Barine (les Névroses, Paris, Hachetle, 1898) dit quelque part qu'il « était incapable d'inventer le roman des autres comme s'il avait dépensé toute son imagination à créer le sien ». Du reste, dans Promenades et Souvenirs, G. de Nerval dit lui-même : « Est-il plus modeste de se peindre dans un roman, sous le nom de Lélio, d'Octave ou d'Arthur, ou de trahir ses plus intimes émotions dans un volume de poésie. Qu'on nous pardonne ces élans de personnalité, à nous qui vivons sous les regards de tous et qui, glorieux ou- perdus, ne pouvons plus atteindre aux bénéfices de l'obscurité. » Et en effet, les Nuits d'octobre ne sont guère que le récit de ses vagabondages nocturnes à travers Paris. Dans Sylvie, dans la Bohême galante, dans les Filles du feu il raconte sa famille, sa vie, sa jeunesse, ses amours, et même quand, dans les Illumines, il cherche à peindre Restif de la Bretonne, il paraît bien qu'il s'agit surtout de ses propres amours pour Jenny Colomb. Parlant de ses vers, il dit à la fin de sa vie : « J'ai fait mes premiers vers par enthousiasme de jeunesse, les seconds par amour, les derniers par désespoir. La Muse est entrée dans mon cœur comme une déesse aux paroles dorées, elle s'en est échappée comme une Pythie, en jetant des cris de douleur. » Enfin, dans Aurélia, on suit, pour ainsi dire matériellement, tout le développement de son délire. Cet ouvrage, formé de feuillets épars, écrits n'importe où, au crayon, à la plume, entassés sans ordre dans ses poches, contient le récit de ses hallucinations, de son mysticisme, de ses crises où le délire était complet. Maxime du Camp, dans ses Souvenirs littéraires { , en a dit : « C'est la folie prise sur le l'ait,