Paris, F. Alcan
<( J'ai lu Rousseau tout entier, disait Tolstoï à l'un de nos compatriotes; j'ai lu ses vingt volumes, y compris le dictionnaire de musique. Je l'admirais avec plus que de l'enthousiasme; j'avais un culte pour lui. A quinze ans, je portais à mon cou, au lieu de la croix habituelle, une médaille avec son portrait. Il y a des pages de lui qui me sont si familières qu'il me semble les avoir écrites 1 ». Or Jean-Jacques Rousseau présenta, sans doute possible, des troubles mentaux extrêmement graves qui furent étudiés plusparticulièrementen 1889 par le DrMôbius à Leipzig, par le Dr Châtelain, de Neuchâtel, dans un ouvrage sur la folie (1889) et dans une notice spéciale publiée en 1890, et plus près de nous par Régis, Cabanes, Espinas, Sérieux et Capgras, Jules Lemaître, Girardet. Nous en passons et des meilleurs. Ce qu'il faut retenir, c'est l'excessif attrait exercé par cette figure sur les critiques, qu'ils soient médicaux ou littéraires; nous-même n'en saurions rien dire de neuf et ne voulons nous en servir que comme exemple. Châtelain est un de ceux dont l'étude médicale publiée sur Rousseau est la plus complète. Nous lui empruntons nos principales données, nous réservant de demander à M. Jules Lemaître quelques clartés littéraires. Ces deux auteurs, qui sont assez loin l'un de l'autre et séparés par des travaux assez importants pour que l'on ne puisse attribuer au premier une influence trop précise sur le second, se sont placés à des points de vue tout à fait éloignés l'un de l'autre, et l'on peut, avec leur concours, obtenir une notion suffisamment précise de ce qu'était le philosophe.
Pour Châtelain, Rousseau fut un aliéné et, pour rester dans la conception classique de l'aliénation mentale, il fut