‹ Le génie littéraireChapitre 50 sur 63 · Antheaume el Dromard, Poésie et folie, 1908 (0. Doin · texte numérisé non relu

Antheaume el Dromard, Poésie et folie, 1908 (0. Doin

lueurs tardives, alors que la frénésie a fait largement son œuvre ; mais on ne peut pas dire pour cela que le facteur morbide soit ici l'origine ni le principe d'une activité supérieure.

L'altération cérébrale dont dépend l'anomalie peut être, comme nous venons de le voir, soit une insuffisance cellulaire finale, soit une déformation des systèmes d'association, déformation acquise ou congénitale, et dont l'évolution entraîne des modifications profondes delà personnalité. Enfin, le cerveau littéraire n'est pas plus qu'un autre à l'abri d'une destruction brusque et nous avons vu que Baudelaire avait été, longtemps avant de mourir, atteint d'aphasie. Ici l'action pathologique ne semble à aucun moment et chez personne avoir favorisé la faculté créatrice, et le génie, non prévenu de sa fin imminente, ne peut faire entendre son chant du cygne avant la blessure définitive de l'hémorragie cérébrale.

Même si on peut admettre théoriquement que le ramollissement d'un territoire cérébral ou la destruction d'un certain nombre de fibres laissent intact le reste de l'organe, on ne peut croire que la personnalité créatrice survive en puissance à cet ébranlement. Il n'y avait pas dans le cerveau de Baudelaire assez de clartés pour lui permettre de créer encore, tout en ne pouvant plus extérioriser, et nous sommes obligés d'admettre que l'infirmité cérébrale, si elle ne supprime pas l'individu, supprime au moins sa valeur géniale.

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