G. Matisse, Revue des idées, lo nov
« Pris dans son ensemble, le cerveau de Koning est « eurygyrencéphale », c'est-à-dire riche en circonvolutions. « Les circonvolutions sont larges, construites d'une façon simple, non particulièrement compliquées ni crevassées. »
Hémisphère gauche. — Auerbach souligne « la largeur extraordinaire et la structure anomale des deux circonvolutions temporales supérieures (première et deuxième temporales), de la première tout spécialement ».
La circonvolution temporale supérieure présente une particularité bien frappante : elle forme, en son milieu, une boucle qui double son étendue à ce niveau (tiers moyen). Les tiers moyens et postérieurs sont tous les deux très développés.
Le tiers antérieur est comme « cisaillé » de petiîs sillons. Enfin le gyrus médio-supérieur, qui unit les circonvolutions temporales supérieure et moyenne, est nettement séparé d'elles par un profond fossé. La seconde temporale est, elle aussi, extrêmement développée, et offre une curieuse configuration. « Elle consiste, en quelque sorte, en deux rectangles autonomes. Le dernier, quoique coupé de plusieurs sillons, est, dans son ensemble, plus régulier que celui qui le précède. »
Gyrus supramarginaL — C'est peut-être lui qui est le plus remarquable. « Il est d'une hauteur et d'une largeur anomales. »
Auerbach distingue en lui quatre parties, séparées les unes des autres par des sillons en général peu profonds. La dernière forme la région la plus large. Il y a passage absolument insensible entre la première circonvolution temporale et le gyrus supramarginaL « On est tout d'abord tenté de compter comme appartenant au gyrus temporal supérieur toute la branche postérieure du gyrus supramarginaL »
Les deux hémisphères présentent chez Koning cette disposition. On verra plus loin qu'on Ta rencontrée également chez d'autres individus ayant des aptitudes musicales.
Enfin, Auerbach signale encore le grand développement, sur cet hémisphère, de la circonvolution frontale ascendante en son milieu, et du gyrus de l'hippocampe.
Hémisphère droit. — La scissure de Sylvius est beaucoup plus courte qu'à gauche; c'est le cas normal (Eberstaller).
Gyrus temporal supérieur. — Le tiers antérieur est mince; sa position est peu inclinée. « Le tiers moyen, et surtout le tiers postérieur, sont encore ici assez larges. » A l'avant de la première temporale, sous le premier tiers, le dépassant même, existe un massif de circonvolutions repliées. On pourrait les rattacher, soit à la première, soit à la seconde temporale ; il est préférable de les considérer comme des circonvolutions de passage unissant le gyrus temporal supérieur au gyrus temporal moyen (deuxième temporale). « Il existe, à l'avant, une union très intime entre la première et la seconde temporale. On ne semble pas en avoir souvent constaté de semblable jusqu'ici. »
Gyrus temporal moyen. — Sa place se trouve reportée extrêmement haut. Sa largeur, tout à fait inusitée, en fait une circonvolution « extraordinairement puissante ». « Il n'est guère douteux, en effet, dit Auerbach, que le groupe de circonvolutions qui s'enfoncent dans la face postérieure de la circonvolution pariétale ascendante (en particulier en son milieu) doive être considérée comme appartenant au gyrus supramarginal. »
Il se recourbe, d'autre part, en arrière en formant une sorte de crochet.
« En ce qui concerne la délimitation du gyrus supra-
marginal en bas, contre le gyrus temporal supérieur, écrit Matisse, je peux répéter mot à mot ce que dit Retzius à propos de cette même partie chez Gylden : « On est un peu embarrassé de savoir où Ton doit tracer la limite inférieure du gyrus supramarginal. Il est certain qu'il se confond en bas avec le gyrus temporal supérieur. Si Ton prend pour limite, entre ces deux circonvolutions, la branche postérieure descendante de la scissure de Sylvius, ainsi qu'on Ta proposé, le gyrus supramarginal atteint alors, dans cet hémisphère, une colossale ampleur. »
Le grand développement des gyrus angulaire et pariétal inféro-postérieur est encore à signaler.
Enfin, la circonvolution frontale ascendante montre une conformation extrêmement curieuse :
1° Elle est reliée avec la pariétale ascendante par une mince circonvolution de passage qui coupe la scissure de Rolando;
2° Elle forme en face une forte sinuosité ;
3° Enfin, elle se prolonge en avant par des replis.
Les caractères anatomiques frappants observés sur le cerveau de N. Koning paraissent bien être ceux qui conditionnent les aptitudes ou le talent musical (Matisse).
On les retrouve, en effet, sur les cerveaux d'hommes qui présentaient de rares dispositions dans cet art ; ils atteignent chez eux un degré que l'on ne trouve pas ailleurs.
Edinger a eu la bonne fortune de pouvoir étudier le cerveau d'Hans de Bulow. Il l'a, de plus, dessiné. Auerbach reproduit ces dessins et mentionne, en outre, dans son travail, les résultats obtenus. On peut les résumer ainsi :
Hémisphère gauche. — Scissure de Sylvius très courte. Grand développement des parties moyenne et postérieure
de la première temporale, mais surtout du gyrus supramarginal. Celui-ci atteint une dimension considérable ; il s'élève très haut, recouvre une partie de la première temporale et se prolonge en elle sans solution de continuité. Enfin, les gyrus angulaire et pariétal inféro-postérieur sont très larges.
Hémisphère droit. — La scissure de Sylvius est courte, moins qu'à gauche cependant. Gyrus temporal supérieur large dans ses parties moyenne et postérieure; un repli s'est en outre formé à l'arrière. Sont également très développés : les gyrus supramarginal, angulaire et pariétal inféro-postérieur, enfin la partie supérieure du lobe pariétal et le pied de la frontale ascendante.
Helmholtz, on le sait, était un musicien distingué. Il avait en particulier une oreille excessivement fine, qui lui permettait d'apprécier avec une merveilleuse exactitude les sons même les plus élevés, ou les harmoniques d'un son fondamental. Grâce à ces rares facultés, il put pousser très loin ses belles recherches sur la théorie physiologique de la musique. Hansemann, qui a disséqué le cerveau d'Helmholtz, a trouvé sur lui les mêmes caractères que ceux observés sur Koning et Hans de Bulow : développement considérable des parties moyenne et postérieure de la première temporale et de toute la région pariétale inférieure (g. supramarginal, angulaire, pariétal inféro-postérieur).
Les similitudes entre le cerveau de Koning et celui de Gylden, étudié par Retzius, sont plus étonnantes encore. Gylden était un mathématicien-astronome de premier ordre. « Il était aussi, dit Retzius, très doué musicalement, et exécutait même au piano. » L'examen de son cerveau a révélé le même épanouissement anormal du gyrus supra-
marginal, la même place très élevée occupée, la même continuité (au moins du côté droit) entre lui et la première temporale. La circonvolution temporale supérieure gauche, très large en son milieu, est coupée, en ce point, de sillons nombreux, venus d'en haut et d'en bas, qui accroissent encore son étendue. La première temporale droite est renflée dans son milieu et dans son tiers postérieur. Retzius appelle enfin l'attention sur la présence de quatre plis trans verses (gyri transversi) sur l'opercule pariétal. « Par « suite de cette disposition, ajoute-t-il, il serait peut-être « plus exact de rattacher cet opercule, c'est-à-dire toute la « partie inférieure du gyrus supramarginal, à la circonvo- « lution temporale supérieure. »
« En résumé, les centres qui ont été trouvés spécialement développés chez les musiciens dont on a pu jusqu'ici étudier le cerveau sont :
« 1° Le tiers moyen et postérieur de la première circonvolution temporale. Peut-être aussi la seconde temporale ;
« 2'1 Le gyrus supramarginal et les circonvolutions satellites (g. angularis et g. pariétal inféro-postérieur) ;
« 3° Les tiers moyen et inférieur des circonvolutions centrales, généralement de la frontale ascendante.
« Tandis qu'Auerbach considère les deux premiers centres, qui avoisinent la terminaison corticale du nerf cochléaire, comme ayant une importance essentielle, il n'arrive pas à expliquer les causes du développement du troisième. » (Matisse1.)
Ce fait a peu de valeur en l'espèce ; ce qui nous importe c'est que nous avons ainsi un exemple particulièrement net des relations générales, dont nous avons formulé la théo-