‹ Le gentilhomme campagnard (volume 3)Chapitre 28 sur 39 · II · texte numérisé non relu

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le fcffcer à se battre avec moi , enssé-je dû pour cela le souffleter au milieu de son étude.

— Puisque tu avoues que c^eût été de la f<die^ je ne te ferai pas de sermon sur ce point. L'as-tu trouvé ?

— Non^ Depuis pluà de deux ans il avait quitté Tétode de M* Huguenin^ et piersonne parmi ses confrères ne put m dire ce qu'il était devenu.

. — Mais enfin^ les i^iisdgnements que tu as dtk prendre... — Détestables. Joueur^ fanfaron^ débauché^ enfin un vrai drôle; et même plus qu'un drôle^ s'il faut e(n croire les bruits que ses* anciens camarades faisaient charitaUement eourir sur son compte.

— Quels bruits?

— On m'a assuré qu'il avait été renvoyé ignominieusement de l'étude de M"" Huguenin^ et que peu s^en était fallu que la justice n'intervînt danà l'affaire. On parlait d'un abus de confiance des plus graves^ d'argent qu'il aurait reçu d'un certain Dufailly poi» lui livrer despièœs déposées dans Té* tude, et dont la soustraction devait faire gagner à ce Dufailly un procèis important ;• eu un mot ^ nne aventure qui efirt conduit notre Pichot tout droit devant la police correctionnelle^ si son patron , pour employer Fexpression consacrée^ ne l'eût envoyé se faire pendre ailleurs. Voilà l'homme qui a p#ssédé avant moi le cœur de mademois^ de La Gennetière^et vous ne comprenez pas que je la haïsse maintenant autant que je l'aimais !

— Ton amour-propre a dû être froissé, je le conçois; quoique après tout tu aies tort en principe;

— Tort en principe?

— Sans doute : en pareille matière ce n'est pas le prédécesseur qui est humiliant^ c'est le successeur: Que dirais-t» donc si, comme cela m'est arrivé une fois, tu t'étais vu supplanté par un agréable pharmacien? Miûs Iiâssons cela. Je prends note du Pichot, qui, d'après ce que tu vîèûs àe m'apnrendre, peut être un drôle dangereux, et si jamais il

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toatait de se rapprocher de Clarisse^ c'est moi qui yie chargerais de reconduire. En attendant^ brûle cette lettre. Le marquis obéit en silence. •

— Maintenant, reprît M. de Vaudrey d'un ton sérieux, totit doit être fini entre elle et toi, la haine aussi bien que Famour. Lorsque tu la reverras, car il est impossible qu'ici vous ne vous rencontriez pas, traite-la avec respect, tu lé dois; son mari, selon l'usage, ne se doute de rien; respecte aussi son ignorance.

— Soyez tranquille, je connais les égards dus à un époux aveugle , et ce n'est certes pas moi qui ouvrirai les yeux à celui-ci. Et, pendant que nous sommes sur le chapitre des égards, qui dois-je encore respecter?

— Ta femme, avant tout. Il serait possible que dans l'innocente confiance de son âme et en dépit de vos petites discussions d'intérêt, ce pauvre Grandperrin te fît des avances ; n'y réponds pas. Il meurt,, dit-on, d'envie de venir au château ; refuse-toi sans impolitesse à une liaison qui pourrait avoir des suites déplorables. On croit una passion bien éteinte ; tout à coup un souffle la rallume, et l'on est tout étonné de se brûler à sa flamme. Je t'en préviens, Clarisse est plus belle, plus séduisante que jamais, et quoique tu sois marié*. « . ,

— Rassurez-vous, mon oncle; le danger que vous semblez craindre n'existe pas pour moi. Je suis ainoureUx de ma femme.

— Tu es amoureux de ta femme, c'est fort bien ; mais Qarisse, elle, n'est pas, que je sache, immodérément éprise de son mari, et c'est son repos surtout que j'ai en vue en te recommandant la plus grande réserve.

— • Soyez sûr que je me conformera scrupuleusement à vos désirs; je suis si heureux d'avoir recouvré votre amitié que, pour la conserver, je ne reculerais devant aucun sacrifice, et ceci n'est pas même un sacrifice»

$8 OBCYBBS DE GH. DB BË1U9ARD*

— Je compte sur ta promesse^ et voilà un premier point terminé ; passons au second.

— Vous voulez parler de ma mésalliance? dit Héraclius en appuyant assez ironiquement sur ce dernier mot.

— Tu ne prétends pas sans doute avoir épousé une Montmorency ou une Rohan ?

— Non assurément; mais enfin^ sans appartenir àla haute noblesse^ la famille de ma femme...

-— N'appartient même pas à la petite. Ce n'est pas un crime^ je lésais.

— Je vous assure^ mon oncle, qu'on vous a induit en errem*.

— En quoi?

— Les Bonvalot sont une ancienne famille d'annateorsy et vous savez qu'autrefois le commerce maritine...

— Ne dérogeait pas ? à d'autres !

— Hais enfin les ordonnances de nos rois...

— Tu plaisantes. Je crois, avec tes armateurs et tes or- .donnances : comme si je n'avais pas connu le pèrô de ta femme, Laurent Bonvalot, de son vivant fort honnête ma^ chand de vin à Bordeaux.

— M. de Bonvalot vendait son vin, c'est fort possible, dit le marquis, sans pouvoir s'empêcher de rougir ; mais je vous ferai observer que vous vendez aussi le vôtre.

— Il y a une petite différence, répondit M. de Vaudrey avec un flegtne railleur, c'est que c'est bien mon vin que je vends, tandis que M. Bonvalot, en dépit de la particule dont il te plaît de l'affubler, vendait, si je ne me trompe, le vin des autres, enfin la chose est faite, n'en parlons plus.

— Mon mariage vous a donc vivement contrarié ?

— Je ne te cache pas que, sans être fort infatué de notre noblesse, j'aurais préféré, et de beaucoup, que tu épousasses une fille de qualité, sa dot dût-elle être un peu moius ronde.

LB GENTILHOMinS CAKPAGKAIID. ••

— Comment ! supposez-vous donc qu'un vil motif d'intérêt ait dicté pion choix ?

— Quelle raison, si ce n'est Pappftt d'une belle fortune^ aurait pu te décider à te bon-valotiser ?

— Je vous l'ai dit, répondit Héraclius ^n s'eiforçant de cacher son dépit, j'aimais ma femme.

—Au sortir d'une grande passion, retomber aussitôt Astni une autre ! Quel Âmilcar !

— Ne comparez' pas deux choses qui se ressemblent si peu. La passion fiévreuse que m'inspirait mademoiselle de La Gennetière n'a rien qui approche de la tendresse, du respect, de l'adoration que j'aie voués à ma femme. Sa fortune! ah mon oncle, quel mot avez-vous prononcé là?

— Allons, ne te fâche pas; mon intention n'était pas de te faire de la peine.

— .Quand vous la connaîtrez, vous me rendrez justice; vous verrez si sa fortune a pu entrer pour quelque chose dans mon' désir de l'épouser.

— Je ne demande pas mieux que d'avoir tort, et en attendant que tu me prouves que je me suis trompé, je rétracte le mot qui t'a blessé. Va donc pour un mariage d'incUnation : va même, puisqu'il n'y a plus à revenir làdessus, pour un mariage roturier. Tes descendants, si tu as des fUs, n'entreront plus, il est vrai, ni à Malte ni à Saint- Georges, mais après tout, par 'l'égalité qui court, ce n'est pas là un malheur dont il soit impossible de se consoler. Si ta femme justifie par ses qualités l'attachement que tu parais avoir pour elle, je te promets qu'elle n'aura pas à se plaindre de moi.

— Elle sait sans doute que vous êtes ici, dit Châteaugiron dont le secret dépit se trouva subitement dissipé par les dernières paroles de son oncle, je suis sûr qu'elle vous at-. tend avec impatience; ne voulez-vous pas que je vous conduise près d'elle?

— To\it à l'heure. Achevons ta confession pendant quo

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nous sommes seids^ afin que nous m soyons {dus obligés d'y revenir^ et que je puisse te donner une absolution complète. Je t'ai parlé d'un troisième grief?

. — Ma candidature sans doute? dit le marquis en s'^orçant de sourire.

~ La chose est donc vr»e ? reprit H. de Vaudrey, dont la figure se rembrunit*

— Oui, mon oncle.

— Tu cherches à te faire élire au conseil général ?

— J'en conviens.

— Et si le député de Charolles. meurt d'ici à , peu de temps, comme c'est probable, tu te mettras sur les rangs pour le remplacer ?

— C'est en effet mon intention.

— Ainsi dans l'un et l'autre cas, tu es décidé à prêter serment au gouvernement.

— n le faut bien.

— Il le faut ! répéta brusquement le baron : qm fy force ?

— D'abord un sentiment que je ne rougis pas d'avouer devant vous : l'ambition.

— Et le devoir? tu ne m'en parles pas.

— Je ne dois rien à la branche aînée.

— Hais ton père lui devait la pairie; l'as-tu donc oublié? En 1830, tu avais des idées plus justes, et je dois te le dire, plus dignes du nom que tu portes. Tu envoyas ta dénùssion alors sans hésitation ni regrets. Et voilà maintenant que tu reviens sur tes pas pour donner à ton passé un éclatant démenti ! Où est la dignité d'une pareille conduite? où est sa constance, où est sa raison; où est soù excuse?

— Vous devez comprendre, mon oncle^ que j'aurais Yiiea des choses à vous répondre^ car je n^û pas |Nns un pareil parti sans y avoir réfléchi mûrement ;,inais,.kpart iiie&conviciions personnelles, à part l'ambition que je puis «voir, un engagement d'iionueur me force de marcber jusqu'au

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bout dans le chemin où je isnis entré de^is quelque temps.

— Un engagement, d -honneur I et envers qui mordieii?

— Envers ma bdle*mère^ répondit le marquis avec une légère hésitation.

— Envers... ta bell&-mère ! répéta M. de Yaudrey d'un air surpris; tu plaisantes sans doute ?

— En aucune manière.

— '■ Que diantre ta belle-mère a-t-elle à faire là-dedans?

— Je vais vous eK]4iqueroela y répondit Châteaugiron qui s'efforçait de vaincre l'embarras dont il n'avait pu se défendre; madame de -Boûvalot^ quoique d'un âge assez mùr^ a conservé tous les goûts de la jeunesse ; elle aim&4es plaisirs^ les fêtes, les grandeurs. . .

— Les grandeurs! la veuve d'un marchand de vin ! dit le gentilhomme campagnard en haussant les épaules.

— Enfin elle est iiestée tout à fait femme du monde, poursuivit Héraclius sans paraître avoir entendu. cette remarque satirique ; plusieurs de ses amies^ non moins jeunes de caractère, et admises aux Tuileries depuis la révolution de Juillet, lui ont monté la tète à propos des fêtes du château, en sorte qu'elle ne rêve plus que présentation et bals de cour.

— Eh bien 1 laiése-là rêver.

— Par malheur, elle n'est pas femme à se contenter d'un rêve, il lui faut la réaUté. Aussi n'a-t-elle consenti à mon mariage qu'après m'avoir imposé, comme condition essen*tielle et sine quâ ho9i, l'engagement de faire tous mes efforts pour reconquérir la pairie dont m'a privé la révolution. Pour cela, il faut que je me rapproche du gpuvemem^t etque je comnience par lui prêter serment, car qui veut la fin....

— Et tu as accepté la condition î

— J'étais amoureux.

— Avecunpare!lmotIesétoiJffneauxdeton«^èc6cr<Rent avoir répondu à tout! Je serais curieux de savoir si cette belle clause a été insérée dans ton contrat,

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— Non sans cloute^ mais je n'en suis pas moins engagé^ car madame de Bonvalot a exigé ma parole d'honneur.

— Et parole de gentilhomme vaut acte. Je comprends la manœuvre de ton agréable belle-mère ; elle espère qu'une fois pair de France ou en passe de le devenir^ tu iras avec ta femme' aux Tuileries dont ton nom seul d'ailleurs suffirait pour t'ouvrir les portes^ et qu'elle-même passera pardessus le marché.

— Tel est en effet, ie crois^ le calcul de madame de Bonvalot.

— Et ta femme, reprit le baron, connaît-elle ce projet?

— Sans doute.

— L'approuve-t-elle î

— En aucune manière. Hathilde' aime la retraite autant que sa mère adore le monde, et ce matin encore elle me disait que son plus cher désir serait de passer sa vie à Chàteaugiron.

— Voilà qui me dispose à l'aimer. Allons, mène-moi près d'elle.

— Mon oncle, dit Héraclius avec une sorte d'embprras, il faut que je vou3 présente aussi à ma belle-mère.

— Présente.

— Je voudrais vous prier... Vos plaisanteries parfois emportent la pièce... Madame de Bonvalot, je dois en convenir, n'est pas exempte de ridicules... Mais, par égard pour ma femme...

— Bien ! bien ! interrompit le baron; madame Bonvalot t'a joué un tour que je ne lui pardonne pas, et, sur mon âme, elle me le paiera.

Forcé de se contenter de cette réponse peu rassurante, Châteaugiron ouvrit la porte du cabinet, et après avoir traversé plusieurs pièces, il introduisit son oncle dans un petit salon où il comptait trouver la marquise

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