II. u
n2 ŒUVRES DE Cîl. DE BERNARD.
— Halte! dit tout à coup Bancroclie à voix basse, nous ne sommes pas seuls ici.
Les deux bandits s'arrêtèrent et prêtèrent Toreille.
— On marche, reprit Bancroclie en étendant la main du côté d'où venait le bruit dos pas.
Lamoureux écarquilla ses yeux qui distinguaient les objets presque aussi bien la nuit que le jour, et finit par entrevoir dans l'ombre le couple qui s'avançait lentement à leur rencontre.
— Les gendarmes ! dit-il d'une voix troublée en saisissant son compagnon par le bras.
— Tu aperçois des gendarmes partout, répondit Bancroche, cjui toutefois, en entendant prononcer ce nom redouté, avaitfaitun soubressaut.
— Je te dis que je vois du blanc, du bleu, du rouge, du jaune, trente-six couleurs.
Les trente-six couleurs que le bandit effrayé prenait pour le respectable uniforme de la gendarmerie, n'étaient en réalité que le chapeau, le chale et la robe qui composaient le costume ultra-bariolé de madame de Bonvalot.
— Ce n'est qu'une femme, poltron, dit Bancroche, lorsqu'un rayon de lune perçant à travers le feuillage lui eut permis d'entrevoir à son tour la douairière.
— Femme ou gendarme, cachons'-nous, reprit Lamoureux. Tu ne vois donc pas qu'il y a un homme avec elle ?
— C'est, ma foi vrai, cl tu as raison; cachons-nous. Ils se jetèrent dans un taillis qui bordait l'allée.
Un instant après Langerac et madame de Bonvalot s'assireiU sur un banc qui ne se trouvait qu'à quelques pas de l'endroit où venaient de se tapir les deux bandits.
— Quelle folie! dit l'aimable douairière en continuant la conversation commencée; partir quand nous ne sommes arrivés que d'hier seulement! aller en Suisse ou en Italie et vous permettre de m'y reioindre ! En vérité! je ne coin-
prends pas comment de pareilles extravagances ont pu se nicher dans votre cerveau !
— Ce n'est pas dans mon cerveau^ madame, répondit Langerac avec feu, c'est dans mon cœur qu'est éclose celte idée qui ne me quitte ni jour ni nuit.
— Mais c'est donc une monomanie?
— Une monomanie, une démence, une extravagance, tout ce qu'il vous plaira ; mais avant tout c'est delà passion.
— De la passion ! répéta madame de Bonvalot, qui leva sentimentalement les yeux au ciel ; mais l'obscurité était si profonde que ce jeu de physionomie fut complètement perdu.
— Oui, madame, de la passion ! de la passion ardente, profonde, folle même si vous voulez ; car est-il réellement amoureux celui que son amour ne rend pas un peu fou ?
— Eh bien ! à la bonne heure, répondit la douairière en minaudant, soyez fou, je le veux bien ; je n'ai pas le droit de m'y opposer ni le pouvoir de vous en empêcher, mais du moins n'essayez plus de me faire partngor votre folie. J'ai été trop indulgente pour vous jusqu'à ce jour, j'ai accueilli par une tolérance trop grande vos étourderies, et c'est lace qui vous a encouragé à m'adresser tout à l'heure cette élrango et inconvenante sollicitation.
— Étrange en quoi, madunuî ? Eu quoi inconvenante?
— Ah ! vicomte, vous n'y pensez pas.
— N'étes-vous pas la maîtresse absolue de vos actions?
— Assurément.
— QiK'lqu'un a-t-il le droit d'exercer un contrùh^ sur votre conduite?
— Personne au monde.
— N etes-vous pas libre d'aller en Suisslî ou en Italie si bon vous semble ?
— Sans doute.
— Et ne vous ai-je pas entendue parler bien des fois de votre désir de visiter ces deux contrées, l'une si pil tores-
184 ŒUVRES DE Cil. DE BERNATID.
que, Tautre si poétique ; ces contrées, où l'amour, si doux en tous lieux, doit être plus enivrant encore ! Oh ! par une bell;# nuit, comme celle-ci, poursuivit le vicomte d'un ton exalté, monter avec vous en gondole et naviguer mollement sur la mer qui baigne Venise la belle ! ou bien, moi guidant vos pas, vous appuyée sur mon bras, parcourir, dans un recueillement plein de pensées, les ombrages de Tibur, le Campo-Santo de Pise, les ruines du Colysée !
— Et Florence, fit la douairière, pour qui le tendre enthousiasme du tentateur commençait à devenir contagieux. Et Naples ! Veder Nopolie poimorir ! Et le Vésuve?
— Volcan moins brûlant que mon cœur! dit Langerac en appuyant la paume de sa main droite sur la poche gauche de son gilet.
— Comprends-tu quelque chose à leur argot ? dit tout bas Lamoureux à son camarade.
— Ce n'est pas de l'argot, c'est du chinois, répondit Bancroche du même ton.
— Oui, ce sont là de doux rêves, reprit madame de Bonvalot après quelques instants d'un silence pensif; ce sont là d'agréables chimères!
— Qui vous empêche de donner un corps à ces chimères? repartit le vicomte toujours pressant; dites un mot, et ce rêve deviendra une enivrante réalité.
— iMais, en vérité, fit la douairière .du ton d'une femme qui commence à perdre du terrain, on dirait à vous entendre qu'il ne s'agit que de commander des chevaux de poste et de monter en voiture.
— Mais c'est qu'en vérité ce n'est pas plus difficile que cela, répondit Langerac en passant de la déclamation poétique et exaltée au langage vulgaire et positif.
— Quoi ! sans même avoir un passeport ?
— Est-ce (ju'on demande dt3S passeports à une femme qui voyage dans sa ciiaise de poste ?
— Sans argent?
— Oh ! sans argent, c'est une autre affaire, dit le vicomte avec un sourire de douce moquerie; ne vous ai-je pas entendu dire dix fois que vous ne vous mettiez jamais en route sans votre cassette d'ébène et vingt mille francs en or dedans?
En entendant ces derniers mots, Bancroche donna tin vigoureux coup de coude dans les côtes de son camarade, et tous deux redoublèrent d'attention.
— Vous avez réponse à tout, reprit madame de Bonvalot en souriant à son tour; mais d'où savez-vous que j'ai ici ma cassette d'ébène ?
— N'ai-je pas vu Georgina la porter hier dans votre chambre?
— Allons , je vois bien qu'il est impossible de trouver en défaut vos yeux d'argus.
— C'est-à-dire mes yeux d'amant.
— Eli bien ! oui , ma fameuse cassette aux vingt mille francs est en effet, en ce moment, sur l'étagère de ma chambre à coucher...
Lamoureux riposta au coup de coude qu'il venait de recevoir, par une bourrade si expressive, que Bancroche en perdit l'équilibre et fit quelque bruit en essayant de se remettre d'aplomb.
— N'avez-vous rien entendu? dit la douairière qui se rapprocha du vicomte par un mouvement involontaire.
— Rien, répondit Langerac en profitant de l'occasion pour s'emparer tondrement d'une main qui ne fit aucun ollbrt pour se dégager.
— Il me semblait avoir entendu du bruit derrière nous.
— Quelque branche sèche que le vent aura brisée.
— Mais si c'était quelqu'un! si l'on nous écoutait ! reprit madame de Bonvalot en [)loiigoant dans le taillis un regard inquiet.
Quoique l'obscurité fût trop profonde et le fourré trop épais pour qu'ils courussent le danger d'être découverts^
Bancroche et Lamoureux s'accroupirent par un mouvement sinmltané.
— Tout le monde est occupé du feu d'artifice, répondit Langorac, et personne ne songe à troubler ce tête-à-tôte depuis si longtemps désiré ; répondez-moi donc, de grâce et îiccordez-moi la faveur que j'implore.
— Mais quand je serais assez faible ou plutôt assez folle pour consentir à ce que vous me demandez^ reprit la douairière en recommençant à minauder, comment me serait-il possible d'imnginer un prétexte plausible pour quitter ce château oîi j'ai annoncé l'intention de passer toute la fin de l'automne ?
— Manque-t-on jamais de prétextes? Ce sera l'air du pays qui ne vous convient pas et dont pourrait souffrir votre poitrine délicate, ou bien le besoin d'effacer, par les distractions d'un petit voyage l'impression pénible qu'a faite sur vos nerfs si irritables la scène d'aujourd'hui.
— Il est sûr que depuis ce matin mes nerfs sont dans un état horrible, dit madame de Bonvalot dont la main, par une crispation sans doute involontaire, serra à son tour celle du vicomte.
— Et le climat de l'Italie est si bon pour les maladies nerveuses !
— Vous croyez ?
— J'en suis sûr. Puis, songez-y, chère Éléonore, si vous repoussez ma prière, je ne réponds plus de ma raison, car je suis si malheureux !
— Vous, malheureux ?
— N'avez-vous pas remarqué vous-même ma rêverie, ou plutôt ma tristesse ?
— En effet, vous, si gai d'oramaire, je vous trouve tout pensif, tout préoccupé, depuis ce matin surtout.
— Et vous ne lisez pas dans ma pensée î... et vous ne devinez pas la cause de ma préoccupation !... Ingrate! en venant ici sans votre consentement ou plutôt malgré votre
LE GENTILROJIME CAMPAGNARD. 1S7
défense, j'espérais trouver dans ce qu'on appelle la liberté de la campagne mille occasions de vous ouvrir mon cœur, et voilà, depuis hier matin, la première fois qu'il m'est possible de vous parler sans témoins. Oh ! si vous pouviez comprendre à quel point cette contrainte me tue ! poursuivit le vicomte en se frappant pathétiquement le front du plat de la main; ces gens qui vous entourent, qui vous surveillent, que dis- je ? qui vous espionnent, il est des moments, voyez-vous, où il me prend envie de les tuer...
— Allons, ami, calmez-vous, dit la douairière d'un ton de tendre compassion ; une idée doit vous consoler, c'est que vous n'êtes pas toujo-urs seul à soufi'rir de cette contrainte qui vous chagrine.
— Eh bien I s'il est vrai, reprit Langerac en redoublant de véhémence, pourquoi résister encore à mes prières ? Déjà la marquise a des soupçons ; vainement pour la tromper ai-je essayé de feindre à son égard une de ces passions concentrées et silencieuses, dont la femme la plus rigide ne songe pas à s'offenser; elle n'a pas pris le change, et depuis surtout que je me suis jeté au-devant de la pierre qui allait vous atteindre^ elle ne doute plus que je ne sois ici pour vous seule!
— Quoi ! vous croyez que Mathilde...
— Elle a tout deviné, vous dis-je, et si elle avertit CMtcaugiron, il faudra donc que je m'éloigne... que je vous perde à jamais ! ajouta le vicomte d'une voix suffoquée.
— M'cmbétcnt-iisavcclcurs girics! dit tout bas Dancrocho à son compagnon.
Le bandit accompagna cette réllexion d'un geste d'impatience.
— Je vous dis qu'il y a qu(^lqu*un derrière nous, dit madame de Bonvalot en entendant un léger craquement ; et sans allendre la réponse du vicomlO; clic se lova d'un air d'cilVoi.
188 ŒUVRES DE CïT. DE BERNARD.
Langerac se retourna et regarda attentivement dans les taillis; mais il n'aperçut rien
— C'est sans doute quelque gibier, dit-il, et vous vous alarmez à tort.
~ C'est possible, mais en attendant je meurs de peur.
— Près de moi !
— Ah ! vous n'êtes qu'un danger de plus, reprit la douairière d'une voix langoureuse. Rentrons donc au château ; le feu d' artifice est fini; et peut-être a-t-on déjà remarqué notre absence.
— Ainsi vous me refusez un mot ! ainsi vous m'ôtcz toute espérance !
— Je vous répondrai demain, dit madame de Bonvalot d'un ton qui n'avait rien de trop décourageant ; mais en ce moment rentrons.
La douairière accepta le bras du vicomte avec un abandon de bon augure, et le couple intéressant reprit à pas lents le chemin du château.
Un instant plus tard les deux bandits sortirent sans bruit de leur cachette.
— Eh bien ! qu'en dis-tu ? demanda Lamoureux à son compagnon.
— Qu'en dis-tu toi-même ? répondit Bancroche.
— Je dis que si nous pouvions mettre la grilTe sur cette cassette où il y a vingt mille francs en or, ça vaudrait un peu mieux que de brûler le château,
— Tu n'es pas dégoûté ! D'ailleurs l'un n'empêche pas l'autre. Mais comment la snbtilisor,celte casi;otte?
—N'as-tu pas entendu la vieille que j'ai prise pour un gendarme, dire que le magot était pour le quart d'heure dans sa chambre à coucher?
— A quoi ça nous avance ?
— A quoi ?
— -Oui ; ça nous apprend-il où elle est, cette scélérate de ( hambre à coucher ?
LE GENTILHOMIWE CAMPAGNARD. 189
— Tu voudrais bien le savoir, où elle est, hein, gourmand?
— Cette question ! '
— Eh bien ! je vas te le dire.
— ïoi.
— Foi de Lamoureux !
— Tu sais où est la chambre de la vieille? dit Bancroche d'un air de vif intérêt.
— Tout juste, mon vieux, et je fy conduirais les yeux bandés.
— Comment donc ça?
— Voici la chose. Tu sais que j'ai travaillé au château pendant plus de quinze jours ; je suis donc entré dans toutes les chambres dont on a réparé les plafonds ou les cheminées, dans celle de la vieille comme dans les autres.
— Sais-tu seulement laquelle c'était ?
— Comme si nous n'avions pas eu tous les jours sur le dos, du matin au soir, ce vieux rageur de Bobilier, qui nous faisait donner aux cinq cents diables!
— Qu'est-ce que ça peut avoir de commun....
— Écoute donc; ce sapajou de juge de paix était toujours fourré au milieu de nous. — Qu'on mette des ouvriers à l'appartenient de M. le niarquis, disait-il; — ou bien : Comment, fainéants, les i)lal'onds iW. l'appartement de madame la marquise ne sont pas encore linis ! — ou bien : Qu'on fasse du feu dans l'appartement de madame la douairière pour voir si les cheminées fument encore. — C'est connne ça que j'ai appris où est la chambre à coucher de la vieille.
— C'est donc elle qu'on appelle douairière?
— Comment tu ne l'as pas reconnue ? Elle était hier assise dans la voiture à côté de la marquise, et ce malin elles sont allées à l:i messe ensemble.
— Mais enliiî, où est-elle cette gredine do chambre i\ coucher ?
J90 ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD.
— Viens avec moi, je vais t'en montrer les fenêtres
I Les deux bandits suivirent avec précaution lechemin qu'a- 1 aient pris la douairière et le vicomte, et quoique Tallée se prolongeât jusque contre les bâtiments, ils s'arrêtèrent lorsqu'ils furent arrivés sur la lisière du parc. De grands parterres dessinés à la française les séparaient seuls du château et permettaient d'en apercevoir la façade, pleinement éclairée en ce moment par la lune.
— Tu vois bien ces deux fenêtres, près de la tourelle qui est à droite ? dit alors Lamoureux, c'est là que couche la vieille et son magot.
— Tu en es sur !
— Tout ce qu'il y a de plus sûr.
— Les fenêtres à côté ?
' — Un salon.
— La tourelle ?
— Un cabinet de toilette.
— Sans doute quelque femme de chambre couche près d'elle?
— La femme de chambre doit coucher dans un cabinet d'entresol où nous mettions nos outils quand nous travaillions dans l'appartement.
— Mais ce cabinet communique avec la chambre à coucher. Ces riches, ça a besoin qu'on les garde quand ils dorment !
— Il y a un petit escalier de service, mais il donne dans un corridor assez loin de la chambre. Je te dis qu'on tordrait le cou à la vieille que la femme de chambre n'y entendrait rien du tout.
— C'est tentant tout de même, dit Bancroche en passant sa langue sur ses lèvres comme fait un chat qui llaire un friand morceau? quel dommage que les fenêtres soient si élevées !
— Il y a des échelles sous la voûte où nous avons passé pour entrer dans le jardin, répondit Lamoureux à qui la
LE GENTILHOMME CAMPAGNARD lOï
cassette pleine cVor donnait à la fois de Timagination et du courage.
— Seront-elles assez longues ?
— Il y a un paquet de cordes à côté, et en attachant deux échelles ensemble....
— Tu as raison... Mais comment entrer dans la chambre sans ])riser au moins une vitre, et comment briser une vitre sans faire du bruit?
— Il y a un Dieu pour les bons lurons comme nous, dit LamoureuK d'un air convaincu ; quand nous nous sommes sauvés, il me restait un caillou à la main ; dès que nous avons été dans le jardin, je l'ai jeté par colère contre le château et il ajustement cassé la vitre du milieu de la fenêtre de la tourelle ; en sorte que, pour ouvrir cette fenêtre, il n'y a qu'à passer le bras par le trou et soulever l'espagnolette.
— Mais si on a mis une autre vitre ?
— Je parierais ma boule qu'au milieu du tapage persoime n'y aura pensé.
— (î'est possible.
— C'est sûr. Songes-y doncBancrochc, vingt mille francs à partager entre nous deux !
— Vingt mille francs en or, qui plus est ! c'est ça qui est peu embarrassant !
— Allons, ça va-t-il ?
— Comme tu es brave aujourd'hui ! jamais je ne t'ai vu tant de cœur à l'ouvrage.
— Dame ! c'est que vingt mille francs...
— Tu as raison, et puisque tu es résolu i\ tenter la chose, ce n'est pas moi qui bouderai.
— Ainsi, ça va?
— Oui, ça va, dit Bancroehe en frappant dans la main que lui présentait Lamoureux ; la lune ne lardi ra pas à se coucher, (^t (juand tout le monde sera endormi nous nous mettrons à la besogne.
Les deux dangereux compagnons rentrèrent dans le parc
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jiar prudciice j et s'étciulirent tranquillement au pied d^un hCiivQ, en attendant l'heure du voleur.
La plupartdes habitants du château étaient déjà endormis, lorsque madame de Bonvalot, coiffée pour la nuit et vêtue d'un ppignoir blanc, ouvrit une des fenêtres de sa chambre, et resta quelque temps accoudée sur la balustrade du balcon.
La lune n'argentait plus la cime des arbres du parc, mais les étoiles se détachaient étincelantes du sombre azur du ciel.
— Quelle nuit romantique ! dit Taimable douairière avec un accent de douce mélancolie ; ô Shakspeare ! que tu étais un grand poëte,et comme tu savais lire au fond de nos cœurs de femme !
En ce moment la quinquagénaire exaltée se comparait a Juliette rêvant tout hauf, sur son balcon, au milieu des enchantements d'une nuit ilalienne; au bout de quelques instants, elle s'était si bien identifiée avec ce rôle d'une fille de quinze ans, qu'un faible bruit s'étant fait entendre audessous d'elle dans le jardin, elle murmura machinalement : — Roméo I mon Roméo !
Le bruit cessa soudain, et une forme confuse, que madame de Bonvalot avait cru entrevoir, disparut en même temps comme si elle se fut enfoncée sous la terre.
L'être mystérieux qui venait de faire battre plus vite le cœur de la douairière n'était pas Roméo, ni même Langerac ; c'était Bancroche, qui dans son impatience s'était approché tout contre la façade du château en rampant le long des parterres.
— Elle ne se couchera donc pas, cette vieille folle ! se dit irrévérencieusement le vo'cur.
'^ Soit qu'elle craignît la fraîcheur de la nuit, soit qu'elle trouvât qu elle avait consacré à la rêverie shakspeariennc aut;int do temps que doit y en mettre raisonnablement toute héroïne de roman qui connaît son rôle, m.idame de Bonvalot ne tarda pas à quitter le balcon et à fermer la fenêtre ; uno demi-heure plus tard, les lumières qui éclairaient sa cham-
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hre s'éleignirent à la grande satisfaction des deux bandiîs loujours en embuscade.