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IL

254 OiUVlVES DE Cil. DE BEUNAUD.

tA MEPRISE.

Le lendemain était le jour de l'élection.

Par un concours de circonstances particulières que nous avons expliquées, M. de Vaudrey, le fidèle partisan de la dynastie déchue, et Georges Froidevaux, l'homme du progrès, ayant réuni leurs etl'orts pour soutenir le candidat du gouvernement, celui-ci fut nommé dès le premier tour de scrutin à une assez forte majorité.

L'élection terminée, le baron, qui, loin d'y prendre part comme votant, n'avait pas môme voulu y assister comme témoin, se rendit à la forge, où M. Grandperrin, enorgueilli de son triomphe, venait d'être reconduit par ses Dartisans, presque aussi glorieux que lui-môme.

Au milieu de cette ovation, qui, selon l'usage introduit en France par le régime constitutionnel, devait se terminer par un banquet, M. de Vaudrey prit à part le nouveau membre du conseil général, et lui dit :

— Voilà une ali'aire en bon chemin, mais je ne pense pas que vous vouliez vous endormir sur ce premier succès; si vous m'en croyez, vous direz à ces dames de faire leurs préparatifs de voyage, et ce soir môme, ou demain matin au plus tard, nous partirons tous quatre pour Charollcs. Je vous parle de cela parce que mon vieux berlingot a une roue hors de combat, ce qui me met dans la nécessité de vous demander une place dans votre voiture.

— Vous avez donc des affaires à Charolles ? demanda le maître de foi'ges.

— Toujours notre grande afi'uirc. Pour que cela niarcho

plus vite, je vais présenter en personne, à l'homologation du tribunal de première instance, l'acte d'adoption que nous avons passé ce matin, Froidevaux et moi, devant Bobilier.

— Comment ! c'est déjà fait ?

— Parbleu ! me prenez-vous pour un traînard ? Quand tout sera réglé à Charolies, j'irai à Dijon recommencer la cérémonie à la cour royale, et ensuite nous n'aurons plus qu'à chanter : 0 hymen ! ô hyménée !

— C'est mener les choses militairement... Mais moi je n'ai rien à faire à Charolies.

— Comment ! la députation de l'arrondissement n'estelle pas vacante et ne voulez-vous pas vous mettre sm' les rangs ?

— Sans doute, car ma femme le désire beaucoup.

— Eh bien ! alors battez donc le fer tandis qu'il est chaud ; vous avez à Charolies une maison dont le plus bel appartement, m'avez-vous dit, est en ce moment vacant ; allez vous y établir ; tenez un état, donnez des dîners, des fêtes ; en un mot, jouez votre rôle de candidat ; pendant ce temps-là Froidevaux, qui a du crédit dans tout l'arrondisscment, visitera ses amis; de mon côté, je ferai mes circulaires, et vous verrez qu'en fin de compte nous en lèverons la députation comme nous venons d'enlever l'élection au conseil général.

— C'est fort tentant, mon cher baron ; mais, à supposer queje réussisse en elletà me faire nonuner député, il faudra donc m'absenler une partie de l'année ; et alors qui dirigera mes for{2;es ?

— Froidevaux, parbleu ! puisqu'il épouse votre fille ; où trouveriez-vous un régisseur plus intelligent et plus lidèlc?

— Vous avez raison, Froidevaux pourrait me remphicer ; et d'un autn^ eôlé il est certain que madiune Grandperriu serait enchantée de passer une iKulie de l'aimée à Paris. Si vous lui parliez de ee petit voyage à Charolies ? Vous savez qu'elle vous écoute volontiers.

— Je vais lui en parler à l'instant même.

M. de Vaudrey quitta le maître de forges, et se fit annoncer chez madame Grandperrin, qu'il trouva seule, car elle était enfin parvenue à se soustraire aux félicitations des électeurs triomphants. ^

— Ma chère Clarisse, lui dit-il d'un ton affectueux, je comprends si bien la pénible émotion que doit vous causer la seule pensée d'aller voir ma nièce ou de la recevoir chez vous, que je me suis creusé la tête afin de trouver un moyen de vous épargner ^cette ^épreuve. Voici ce que j'ai imaginé.

Le baron expliqua son plan de voyage et ajouta :

— Vous voyez donc qu'en partant ce soir ou demain, et en habitant Charolles jusqu'au moment de l'élection, vous éviterez ce rapprochement qui vous effraie à juste titre. Je connais l'arrondissement, et il me paraît certain que votre mari sera nommé ; une fois à Paris, vous l'y retiendrez, ou du moins vous obtiendrez de lui l'autorisation d'y rester jusqu'à ce que le temps, la raison... enfin jusqu'à ce que vous vous sentiez complètement guérie.

— Guérie ! mais je le suis, dit madame Grandperrin avec un fier sourire.

— Vous croyez l'être, mais au fond...

— Au fond du cœur, vous dis-je, je suis guérie ; je le sens, j'en suis sure, et je ne fuirai pas devant un danger qui n'existe plus. Quoi ! parce qu'il a plu à M. le marquis de Chàteaugiron de venir habiter son château, faut-il que je m'exile ? mais son orgueil triompherait de cette lâcheté ! Peut-être croirait-il que je l'aime encore^ et plutôt mourir que de lui laisser un seul instant cette idée î Non, je ne partirai pas ! Madame la marquise de Chàteaugiron peut venir me voir quand elle voudra; je suis prête à la recevoir et à lui rendre sa visite. Peut-être même la préviendrai-je, cela iérait tant de plaisir à M. Grandperrin !

Clarisse accompagna ces derniers mots d'un rire si mo-

LE GENTILHOMME CAMPAOARD. 257

queur et si méprisant, que le gentilhomme campagnard ne put s'empêcher de se dire mentalement:

— Pauvre Grandperrin ! ta femme est bien jolie ; mais c'est égal, je ne voudrais pas être à ta place !

— D'ailleurs, reprit madame Grandperrin d'un ton plus calme, le mariage de ma bcUe-fiUe et de M. Froidevaux n'aura-t-il pas lieu ici ? Comment me dispenser d'y assister, ou comment empêcher que M. et madame de Châteaugiron n'y assistent eux-mêmes ? Vous voyez donc bien qu'il m'est impossible d'éviter cette rencontre, et puisque c'est un mal nécessaire, autant le subir aujourd'hui que plus tard.

— Écoutez, Clarisse, dit M. de Vaudrey, qui examinait la jeune femme avec une attention mêlée d'inquiétude, je vous connais depuis longtemps, et j'ai l'habitude de lire dans votre physionomie. Pour que vous ayez si subitement changé d'avis, il faut quelque raison grave, quelque raison que vous n'osez m'avouer !

— Et pourquoi ne vous Tavouerais-je pas ? s'écria madame Grandperrin d'un ton véhément ; pourquoi, après vous avoir rendu témoin de mes lâches douleurs, après avoir gémi et pleuré devant vous, pourquoi vous cacherais-je mes pensées, maintenant qu'elles ne sont plus de celles dont une femme doit rougir ?

— Calmez-vous, mon enfant, et expliquez-vous, dit le baron avec un accent plein de bonté.

— Vous voulez savoir pourquoi j'ai changé d'avis; eh bien ! écoutoz-nioi : non-seulement je suis prête à recevoir la visite de madame de Châteaugiron, mais je lad.ésire, cette visite, mais je l'attends avec impalience. Cela vous étonne, n'est-ce pas ?

— Je l'avoue.

— Vous ne comprenez donc pas que, selon toute apparence, à Tune ou à l'autre de ces visites, on me présenhn'a M. le vicomte de Lang;nMe, et que je meurs d'envie de eonnaitre M. le vicomte de Laugerac ?

558 ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD.

— A quel propos^ s'il vous plaît^ avez-vous envie de k connaître ?

— A propos du rôle qu'il joue au château.

— II y joue donc un rôle ?

— On le dit.

— Et lequel^ je vous prie ?

— Mais... par exemple^ le rôle d'ami delà maison.

— Qii'entendez-vous par là ? dit M. de Vaudrey en arrêtant sur Clarisse un regard sérieux.

— Il paraît, mon cher baron, répondit la jeune icmme avec un froid sourire, qu'en dépit de vos yeux perçants vous êtes aussi aveugle que les autres.

— Aveugle ! que voulez-vous dire, moraieu ?

— Ah ! si vous vous emportez, je me tais.

— Je ne m'emporte pas, répliqua le baron en s'efforçant de se contenir, je suis au contraire fort calme ; mais pourquoi dites-vous que je suis aveugle ?

— Parce que si vous jouissiez de votre clairvoyance habituelle, vous auriez deviné depuis trois jours...

— Quoi donc ? ventrebleu !

— Encore !

— .levous demande pardon.., c'est une vieille habitude... au fond je suis parfaitement calme... Qu'aurais-je de^ viné ?

— Mon Dieu ! une chose fort peu surprenante, car on dit madame de Châteaugiron si jolie !

— Mais enfin, cette chose...

— Cette chose, dit Clarisse d'un air de négligence affectée, c'est que M. le vicomte de Langerac fait la cour à madame la marquise de Châteaugiron ; rien de plus.

— Quel est l'auteur de cet infâme mensonge? s'écria M. de Vaudrey en pâlissant de colère ; nommez-le-moi ?

— Je m'en garderai bien ; ému comme vous l'êtes, vous feriez quelque folie dont vous vous repentiriez plus tard.

— Nommez-le-moi, je le veux .'

LE GENTILHOMME CAMPAGNARD. Sri9

— Non. Tout ce que je puis vous dire, et cela dans Tintérêt de madame de Cliàteaugiron...

— Écoutez^ Clarisse, interrompit le baron, dont les yeux lançaien!'. des éclairs, haïssez mon neveu tant qu'il vous plaira, cela m'est égal ; mais je ne souffrirai pas que, par un regard, par un sourire, par le moindre geste, vous paraissiez mettre en doute Thonneur d'une jeune femme à qui j'ai voué, du premier moment que je Tai vue, autant d'estime que d'affection.

— Où voyez-vous que je songe à manquer de respect à la vertu de cette jeune femme ? répondit madame Grandperrin avec une hautaine ironie ; je ne voulais pas parler d'elle, mais de ce M. de Langerac, qui me parait un adorateur un peu indiscret, pour ne pas dire un peu compromettant.

— De grâce, ne me tenez pas ainsi sur des charbons ardents, et dites-moi tout de suite ce que vous savez !

— Eh bien ! par exemple, pour vous donner une idée des petites indiscrétions de ce M. de Langerac, il paraît que quand il a bien déjeuné, il perd ses billets doux dans les cabarets de village.

M. de Vaudrey se leva par un mouvement si violent, que le fauteuil où il était assis roula au loin sur le parquet.

— Je vais chercher ce Langerac, dit-il d'une voix sourde, et s'il ne donne pas à cette odieuse calomnie le démenti le plus formol, je lui coupe de\aut vous les deux oreilles.

— Et que voulez-vous que je fasse de ses deux oreilles? dit madame Grandperriii en haussant les épaules. D'ailleurs, soyez Iranciuille, il démentira tout ce que vous voudrez lui faire démentir, cela est de règle en pareil cas.

— Il y a bien longtemps que je suis votre ami, reprit le baron avec une. émotion concentrée; mais pour peu que vous teniez à mon alVeelioii, ne souriez plus de celte manière sardonique et haineuse. Il s'agit de ma nièce, entcn-

dez-vous^ ou plutôt de ma fille, car j'ai déjà pour elle une affection de père.

— Et que m'importe madame de Châteaugiron ! répliqua Clarisse d'un air de pitié méprisante; je ne la connais pas, je n'en parle pas, je ne m'en occupe pas ; je ne vois ici qu'une chose, le juste et légitime châtiment d'un homme qui m'a outragée et que je hais ; d'un homme dont les infortunes conjugales réjouiront mon cœur, je vous le dis franchement, car il m'a trop fait souffrir ; mais, grâce à lui, je connais maintenant qu'il y a aussi du bonheur dans la vengeance !

M. de Vaudrey contempla avec un mélange de courroux et de compassion la femme passionnée dont la physionomie respirait en ce moment le triomphe de la haine satisfaite; puis, sans répondre un seul mot, sortit précipitamment du salon.

Quelques instants plus tard, le baron entrait au château. Dans un coin de la cour plusieurs domestiques préparaient une voiture de voyage et y rangeaient différents objets. Sans faire attention à cet incident, M. de Vaudrey monta les degrés du perron ; sous le vestibule il rencontra son neveu.

Quoiqu'il se fût attendu à l'échec qu'il venait de subir, le marquis n'en avait pas encore complètement pris son parti, car quel est le candidat malheureux qui se résigne sur-lechamp à sa défaite ? Ce fut donc en souriant d'un air contraint qu'il alla au-devant du vieux gentilhomme.

— Je ne pense pas, lui dit-il, que vous vous attendiez à desremercîments. Saturne mangeait ses enfants, mais vous, mon cher oncle, vous tuez politiquement votre neveu; et, en vérité, je ne sais lequel de ces deux traits est le plus barbare.

— T'ai-je pris en traître? demanda M. de Vaudrey. *''

— Non, puisque vous m'aviez prévenu ; mais, je l'avoue, je ne m'attendais pas h une exécution si rigoureuse ; car enfin, laissons de côté ma personne et abordons la question

générale, la question de principe, vous êtes donc d'avis que, parce qu'une famille est tombée du trône, Taristocratie française tout entière doit renoncer à prendre part aux affaires du pays ?

— Avant tout, je suis d'avis qu'un seul serment suffit à I4 vie d'un homme; tu en as déjà prêté un, tiens-t'y.

— Mais, mon oncle, avec votre système la noblesse^ si déchue déjà, va se trouver complètement annihilée !

— Que veux-tu que j'y fasse? La noblesse s'en va, c'est un fait, et il n'y a rien à dire contre un fait ; ainsi, au lieu de défendre un intérêt de corps qui tombe en lambeaux, que chacun songe à sauver son honneur personnel, en un mot, fais ce que dois, advienne que pourra !

— Cependant une foule de bons esprits pensent qu'au lieu de désespérer de l'avenir, on doit s'elTorcer de reconstituer en France une aristocratie forte et puissante, dans le genre du torysme d'Angleterre.

— Rêveries creuses! dit M. de Vaudrey en haussant les épaules; qui dit torysme dit non-seulement noblesse, mais fortune et intelligence. Quand je verrai à la tête de notre prétendue aristocratie des gens comme les Northumberland, les Devonshire, les Rutland, les Bodfort et tant d'autres, qui possèdent en moyenne trois ou quatre millionsderentes, et connaissent la manière de s'en servir, je pourrai croire à l'avenir du torysme français; jusque-là il ne m'est pas plus possible de le prendre au sérieux que de comparer les courses de (Chantilly à celles d'Epsom ou de New-Market. Mais que parlons-nous là de torysme et de turfs? j'ai bien autre cliose en tête !

— Et moi aussi; savez-vous quelle est au chAteau la grande nouvelle du jour? Ce n'est pas ma déconfiture, c'est le départ de ma belle-mère.

— Ah ! madame de Bonvalot nous ([uilte?

— Grâce à vous.

— Comment ! griice à moi ?

— Sans doute. Jusqu'ici ma belle-mère avait supporté avec héroïsme les diflerentcs épreuves qu'elle a subies depuis son arrivée ; émeute, incendie, attaque de brigands; mais en apprenant mon écliec électoral, qui entraîne momentanément la ruine de ses projets, elle a conçu un dépit si violent que, sans écouter les prières de sa fille et les miennes, elle a ordonné qu'on préparât tout sur-le-champ pour son départ. Vous avez dû voir sa voiture dans la cour?

— Eh bien ! bon voyage ! dit M. de Vaudrey d'un air de parfaite résignation.

— Mon Dieu ! mon oncle, reprit Héraclius en baissant la voix, je dirais volontiers comme vous ; mais ma femme, qui, malgré les petits ridicules de sa mère, a beaucoup d'affection pour elle, est excessivement contrariée de ce brusque départ; je vais donc tenter un dernier effort pour empêcher madame de Bonvalot de nous quitter ; ainsi vous devriez vous joindre à moi.

— Parbleu, non ; d'ailleurs, en ce moment je cherche M. de Langerac.

•— Le voilà justement qui descend, dit le marquis en levant la tête.

— Laisse-nous, j'ai à lui parler.

Le marquis, sans faire d'observation, prit un corridor à droite du vesti])ule, et se dirigea vers l'appartement où s'était établie la douairière depuis que l'incendie avait réduit en cendres celui qu'elle avait habite primitivement. De son côté, le gentilhomme campagnard attendit Langerac, qui descendait le grand escalier en chantonnant d un air vainqueur une cavatine italienne.

Le parfait contentement qui éclatait sur les traits du vicomte et dans ses moindres gestes était causé par un microscopique billet que madame de Bonvalot lui avait glissé dans la main, à l'issue du déjeuner, et qui contenait ces seuls mots : Connais-iu lu contrée ou les citronniers fleuris-' sent ? traduction du premier vers de la romance de Mignon

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que le coureur de dots avaittraduit à son tour de la manière suivante :

— Je vous accorde le rendez-vous en Italie que vous m'avez demandé avant-hier soir.

En pensant aux conséquences solides qu'il comptait tirer de cette extravagante équipée, Langerac avait peine à contenir sa joie.

— Cette fois je tiens les millions, se disait-il, car je suis un homme trop moral pour enlever une jeune première si intéressante sans l'épouser. Alors que pourront dire sa fille et son gendre ? N'aurai-je pas réparé mes torts ?

La vue du baron qui l'attendait au milieu du vestibule, le maintien imposant et le front sévère, troubla légèrement le vicomte au milieu de sa joie dorée, toutefois il continua de descench'c l'escalior sans interrompre sacavatiue.

— Monsieur de Langerac, lui dit le gentilhomme campagnard en l'invitant à se taire par un geste assez impérieux, vous allez me faire le plaisir de venir avec moi à la forge.

— A la forge, monsieur le baron ! répondit le vicomte surpris, et pourquoi cela, s'il vous plaît ?

— Je vous le dirai en route.

— Mais je vous ferai observer que je ne connais pas M. Grand porrin.

— Ce n'est pas près de lui que je vous mène.

— Si c'est près de sa femme, je la connais encore bien moins, puisque je ne l'ai jamais vue.

— Je vous présenterai. Veuillez m'accompngnrr.

Le bnron parlait d'un ton d'autcn-ité ([ui semblait n'ad mettre i/i excuse ni réplique; aussi, tout en pestant tout bas contre celte importunité, Langerac se décida-t-il à fuirt* ce qu'on lui demandait.

Lorscpi'ils furent sortis du château, M. de Vaudrey rcpril la paroUî :

— Vn bruit infâme, qui est venu aux oreilles de madiime Grandpcrrin, court, à ce qu'il parait, dans le pays, dit-il

avec raccent d'une gravité menaçante; on dit, monsieur, que votre apparente amitié pour mon neveu n'est qu'un masque dont vous vous couvrez pour cacher des manœuvres aussi perverses que déloyales.

— Tout est découvert, se dit le vicomte troublé jusqu'au fond de l'âme par cette rude apostrophe; la vieillarde avait raison ; avant-hier soir, quelqu'un nous écoutait.

— On dit, repritM. de Vaudrey en redoublant de sévérité, qu'abusant de l'hospitalité que mon neveu vous accorde, vous vous efforcez... malheur à vous si le fait est vrai !... vous vous efforcez de séduire sa femme ou plutôt de la compromettre, car je crois madame de Châteaugiron pleine d'honneur et de vertu.

— Je l'échappe belle ! pensa Langerac en se remettant de son alarme.

— Que dois-je croire de ce bruit, monsieur le vicomte de Langerac? poursuivit l'oncle d'Héraclius, qui s'arrêta brusquement et lîxa sur son compagnon un regard foudroyant.

— Monsieur le baron, répondit Langerac en étendant la main par un de ces gestes solennels qui convienneiit à l'innocence accusée, je vous donne ma parole d'honneur, ma foi de gentilhomme, que c'est là un infâme mensonge, une épouvantable calomnie; qu'on me mette en face de la personne qui a tenu ces indignes propos,'et si elle n'avoue pas qu'elle en a menti par la gorge, il faudra qu'elle vienne se la couper avec moi, sûr comme je m'appelle Langerac.

— Fort bien, dit le baron d'un ton radouci ; venez répéter cela devant madame Grandperrin; je ne vous en demande pas davantage.

, Ln instant après il étaient arrivés à la forge.

Après s'être assuré qu(; madame Grandperrin s(î trouvait encore dans le salon où il l'avait laissée, M. de Vaudrey dit au laquais à qui il s'était adressé :

— Annoncez à votre maîtresse M. le vicomte de Langerac et moi.

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