‹ Le gentilhomme campagnardChapitre 6 sur 26 · RANCUNE DE PRÊTRE · texte numérisé non relu

RANCUNE DE PRÊTRE

La conversation était dévenue générale, et tout naturellement les scènes orageuses qui avaient eu lieu quelques instants auparavant en faisaient le sujet.

- Avez-vous eu bien peur ? demanda M. de Vaudrey à sa nièce.

— Une peur horrible dans le commencement, répondit en souriant la marquise ; mais on s'habitue à tout. Peu à peu je me suis aguerrie, et j'ai fini par pousser la bravoure jusqu'à venir regarder l'émeute qui d'abord m'avait mise en tuite.

— C'était un assez laid spectacle, reprit le baron.

— Hideux, dit M. Bobilier.

— Ridicule avant tout, ajouta Chàteaugiron.

— Sauf les costumes qui m'ont paru beaucoup moins pittoresques, poursuivit la marquise, cela m'a rappelé la scène de la révolte dans la Muette.

— Il y avait en effet de la ressenblance, dit M. de Vaudrey : le mouvement, les cris, les llammes ; mais, par exemple, je ne crois pas que nos lazzaroni de Chàteaugiron aient interrompu leur tapage pour invoquer saint Janvier.

— Ils ne prient pas même le bon Dieu, observa le curé Dommartin d'un ton aigre ; ce n'est pas pour prier saint Janvier.

— Quels sauvages ! quels cannibales ! dit madame de Bonvalot en joignant les mains ; si toutes ces émotions ne m'avaient pas brisée, si je croyais avoir la force de supporter le voyage, j'aurais déjà envoyé chercher des chevaux de pos'e.

— Eh quoi ! madame, lit le baron, songez-vous à nous quitter si promptement?

— Oui, monsieur, j'y songe, répondit sèchement la douairière; l'accueil qu'on nous fait ici m'engage fort peu à y rester, et je n'ai qu'un regret, c'est d'y être venue.

— De la fenêtre où je m'étais placée, en ayant soin do rester cachée derrière les rideaux, dit madame de Chàteaugiron sans paraître prendre au sérieux les pnrolesde sa mère, j'ai pu admirer , mon cher oiu^le, votre foudroyante mWvvcntion. Vous n'avez pas vu cela, Héraclius?

— J'organisais mon armée sous le vestibule, répondit le marquis en riant. Qu'a donc (ait mon oncle?

Madame de Chàteaugiron raconta avec enjouement de quelh^ manière expéilitive et pérenqUoire le baron avait nus à la raison les chefs de rémeule.

— Vous m'attribuez à tort tout l'honneur de la bataille, dit gaiement M. de Vaudrey: il est juste de rendre à mon garde et à mon chien la piU't qui leiu* revient.

104 ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD.

— Quelles qu'aient pu être les prouesses de mon oncle et de ses deux compagnons d'armes^ dit Héraclius du même toji de plaisanterie, ce n'est aucun d'eux que je proclamerai le héros de la journée, c'est M. Bobilier.

— Ah ! monsieur le marquis ! s'écria le vieulard en s'inclinant fl'un air modeste.

— A moins d'en avoir été témoin comme moi, il est impossible de se faire une idée de l'énergie, de la résolution, de l'intrépidité déployées par notre digne juge de paix dans une circonstance qui aurait pu devenir vraiment critique ; seul il a soutenu le premier choc de Témeute sans autres armes que son écharpe^ et je voudrais que vous l'eussiez entendu faire les trois sommations ! Jamais général ordonnant à ses soldats de monter à l'assaut n'a parlé d'une voix plus ferme et plus imposante.

— Ah ! monsieur le marquis, reprit le vieux magistrat avec un accent de regret, que n'avais-je derrière moi, au lieu de ce poltron de Toinot qui m'a honteusement abandonné, la moindre brigade de gendarmerie ! la cour du chûteau n'aurait pas été souillée longtemps par la présence de ces coquins, et tout serait bien vite rentré dans l'ordre sans que ni vous ni M. le baron eussiez été obligés de vous déranger pour mettre le holà.

— Mon cher Bobilier^ di M. de Vaudrey, je regrette beaucoup de n'être pas arrivé plus tôt.' Ce que le maréchal de Villars désirait le plus au monde, disait-il, c'était de voir le grand Condé l'épée à la main ; j'avoue que j'aurais éprouvé un plaisir tout particulier à vous voir revêtu de votre écharpe.

— Malheiireusement, monsieur le baron, mon écharpe, quoiqu'elle ait presque autant de couleurs que l'arc-en-ciel, n'annonce pas comme lui le retour du beau temps; c'est au contraire un symptôme d'orage, et Dieu veuille que je ne sois pas obligé de la ceindre de nouveau!

— Craignez-vous donc que cola ne recommence? demanda Chùtcauiïiron.

— Qu^ils recommencent si bon leur semble, cette fois je serai en mesure de les recevoir. Mon premier soin en revenant à moi, car vous saurez, monsieur le baron, que de colère je me suis trouvé mal, ni plus ni moins qu'une femmelette (c'est fort ridicule, mais on n'a pas soixante et douze ans sans que les forces physiques s'en ressentent) ; mon premier soin donc a été d'écrire au procureur du roi de Charolles, et de mettre en réquisition les gendarmes de Rancenay, qui seront probablement ici dans quelques heures. J'ai pris la liberté, monsieur le marquis, de faire monter à cheval un de vos domestiques, afin que mes lettres parvinssent plus vite à leur destination. J'aurai donc aujourd'hui même une force militaire à mes ordres, et si ces coquins s'avisent encore de remuer, cela me procurera le plaisir de les prendre en flagrant délit et de les faire arrêter sur-le-champ.

— J'espère qu'on ne sera pas obligé d'en venir à cette extrémité, dit madame de Châteaugiron.

— Un peu plus tôt, un peu plus lard, madame la marquise, ils ne l'échapperont pas; dès ce soir j'aurai mis au net le plus foudroyant procès-verbal que j'aie jamais eu l'occasion de rédiger dans tout le cours de ma carrière ; oi si les mandats d'amener se font attendre, je suis décidé à donner ma démission.

— Votre démission, mon cher juge de paix? dit Héraclius.

— Oui, monsieur le manjuis, ma démission. Ceci est désormais pour moi une allaire (riionneur; il faut que Toussaint Gilles et sa bande soient sévèrement châtiés connue ils méritent de l'ch'e, ou que moi-même j'abdique mes fonctions de magistrat: pas de milieu.

— Vous croyez donc, dit M. de Vaudrey, que c'est le club Toussaint Gilles qui a concerté celle échaulîourée ?

— Oui pourrait (mi douter?

— Moi, répondit d'an ton bref le curé Dommartin.

106 ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD.

— Vous, monsieur? reprit le juge de paix en jetant au jeune prêtre un regard de travers.

— Oui, monsieur, moi-même.

— Je serais vraiment curieux, monsieur, de savoir sur quoi vous fondez votre opinion.

— Je n'ai pas d'explication à vous donner sur ce point, monsieur; qu'il vous suffise de savoir que je ne suis pas de votre avis.

En voyant se rallumer inopmément la querelle qui avait éclaté la veille entre le vieux magistrat et le jeune curé, le marquis jugea son intervention indispensable.

— Messieurs, dit-il, que les scènes ridicules qui viennent d'avoir lieu aient pour instigateur le citoyen Toussaint Gilles ou tout autre, peu importe ; le fait essentiel et incontestable, c'est que ma maison a été envahie par une bande au milieu de laquelle figuraient plusieurs repris de justice, ce qui suffit pour la caractériser; c'est que mon domicile a été violé et ma propriété menacée; c'est qu'on a enfoncé ma grille, brisé mes fenêtres, brûlé une construction élevée sur mon terrain; c'est qu'enfin mon ami Langerac et le tambour des pompiers ont été blessés par une grêle de pierres à laquelle M. Bobilier n'a échappé lui-même que par miracle : voilà le fait. Maintenant, d'où le coup est-il parti et quels ont été les meneurs, c'est ce que nous apprendra l'enquête ; car je suis de votre avis, mon cher Bobilier, une enquête me semble nécessaire.

— Indispensable, monsieur le marquis; si l'on ne fait pas un exemple, ces coquins-là se moqueront de nous et recommenceront à la première occasion. Non, point d'indulgence, point de miséricorde pour ces lâches incendiaires ! ajouta d'un ton véhément le vieux magistrat qui avait surtout sur le cœur l'embrasement de son arc de triomphe et la destruction de rétonnant tableau qui lui avait coûté tant de jours de travail.

— M. le marquis est dans son droit, et il a parfaitement

raison de vouloir que la justice soit saisie de cette affaire, dit le curé avec un accent doucereux; personne rssaiément ne désire plus que moi que les instigateurs de cette scène de désordre soient sévèrement punis.

— Les instigateurs de cette scène de désordre, reprit M. Bobilier d'un ton cassant, sont, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, Toussaint Gilles et ses amis. Uh conciliabule a eu lieu hier soir à l'auberge du Cheval-Patriote, et quel but pouvait- il avoir, si ce n'est de concerter la scène infâme d'aujourd'hui?

— Ce conciliabule est-il bien authentique? demanda le curé avec un sourire d'incrédulité.

— Parfaitement authentique, monsieur; je n'ai pas Thabitude d'avancer des faits controuvés. — Amoudru, poursuivit le ju^e de paix en s'adressant au maire, qui se tenait révérencicuscment assis sur le bord de sa chaise, le plus loin possible de la maîtresse de la maison, ne m'avez-vous pas dit qu'hier soir le garde champêtre, en faisant sa ronde, avait aperçu, à travers les fentes des volets de rau!)erge du Clieval-Putriute, le club au grand complet, discutant avec la plus grande chaleur comme s'il se fut agi d'une affaire très-importante?

— C'est vrai, monsieur le juge de paix, répondit d'une voix mal assurée Amoudru, qui retomba aussitôt dans son respectueux silence.

— Qu'est-ce que cela prouve? dit le jeune prêtre assez dédaigneusement.

— Vous me demanderez peut-être aussi, riposta M. Bobilier en ricanant, ce que prouve la présence de Toussaint Gilles et des autres clubistcs au milieu du rassemblement ?

— D'abord êtes- vous bien sur qu'ils y étaient?

— Conmient, s'ils y étaient ! s'écria le juge de paix qui parut prêt à bondir sur son fauteuil : je leur ai parlé à tous ; jai inscrit leurs noms sur mon cah^pin ; de ma propre maui j'ai appréhendé au corps Toussaint Gilles, et vous me

108 (XiUVRES DE CH. DE BERNARD.

demandez maintenant si je suis sûr qu'ils y étaient ! Il fallait y être vous-même^ monsieur, vous les auriez vus.

Un peu déconcerté par cette apostrophe à laquelle il était loin de s'attendre, le curé Dommartin s'eftbrça de se disculper de l'accusation assez clairement articulée contre lui.

— Je me suis empressé d'accourir dès que j'ai été averti de ce qui se passait, dit-il en prenant un air de dignité offensée, et je regrette certainement beaucoup de n'être pas arrivé plus tôt, car ma présence eut pu n'être pas tout à fait inutile ; peut-être même mes exhortations chrétiennes eussent-elles été un peu plus efficaces que des sommations imprudentes ; peut-être, en entendant la voix de leur pasteur, ces hommes égarés auraient-ils fini par se retirer tranquillement, tandis que la menace d'employer la force pour les disperser, en d'autres termes de verser leur sang, était le meilleur moyen de les exaspérer. Par malheur j'ai été prévenu trop tard, mais j'espère que monsieur le marquis et madame la marquise sont trop persuadés de mon dévouement pour ajouter foi à des insinuations...

— Je n'insinue rien, monsieur, interrompit brusquement M. Bobilier, je constate un fait, votre absence, qui, je l'avoue, m'a un peu étonné, car la cure n'est qu'à cinq minutes du château, et le désordre a duré près dune heure.

— Vous oubliez, mon cher Bobilier, que c'était l'heure du dîner de M. le curé, dit M. de Vaudrey, à qui les manières hypocrites du jeune prêtre avaient toujours déplu et qui ne lui pardonnait pas son ingrat procédé envers la famille Grandperrin.

— Ah ! Monsieur le baron, s'écria le curé en dévorant son dépit, une pareille plaisanterie, car ce ne peut être qu'une plaisanterie...

— Mais je ne plaisante pas du tout, reprit impitoyablement le baron, je suis sûr que vous étiez à table, et je trouve tout simple que vous ne vous soyez pas dérangé. Loin de songer à vous en faire un reproche, je crois que vous n'avez fait

LE GENTILHOMME CAMI'AGxNARD. 109

que VOUS conformer aux maximes de TÉglise; un de ses commandements ne dit-il pas ou à peu près ;

Ton dîner chaud tu mangeras, Afin de vivre lonffuement?

M. Dommartin blêmit de colère et se mordit les lèvres jusqu'au sang; mais il s'abstint de répondre, car il savait par expérience que le baron était un adversaire trop bien muni d'armes offensives pour qu'il fût prudent de s'y frotter. Ce n'était pas la première fois que l'ambitieux curé se voyait malmené par son noble paroissien, et malgré son secret dépit, il avait l'habitude de supporter ces petits déboires en affectant une pieuse résignation ; car le moyen d'engager une lutte avec le cousin de monseigneur l'évéque d'Autun?

Madame de Bonvalot, près de qui les insinuantes courtisaneries du jeune prêtre avaient obtenu la veille le plus grand succès, et qui d'ailleurs, dès la première vue, s'était mise à détester cordialement le caustique gentilhomme, crut devoir intervenir dans la discussion.

— Monsieur le curé, dit-elle avec un accent protecteur, vous auriez tort de vous affecter d'une plaisanterie que personne ici ne songe à prendre au sérieux ; votre caractère et vos principes sont trop connus pour qu'on puisse croire? que vous ayez perdu volontairement une seule minute avant d'accourir à notre secours.

— J'ose dire que madame la douairière me rend justice, répondit le curé en s'inclinant d'un air de respectueuse reconnaissance; j'ajouterai que je ne comprends p;is que M. le juge de paix me conteste le ih'oit d'avoir une oj)inion.

— Je vous ferai observer, monsieur, répondit avt'c sa vivacité ordinaire M. Bobilier, qn(3 nier un fait quand ce fait es^. patent, ce n'est pas une opinion, c'est un démenti.

— Quel fait ai-je nié^ je vous prie^ et quel démenti vous ai-je donné?

— Messieurs, dit la marquise, dont le gracieux visage prit un air de froide dignité, il me semble que cette discussion est au moins inutile.

. — Madame la marquise^ s'écria le vieillard d'un air ému, vous connaissez le profond respect que j'ai pour la maison de Châteaugiron et pour vous en particulier; j'aimerais mieux mourir que d'y manquer, et ce n'est certes pas moi, le plus dévoué de vos serviteurs, qui prolongerai une conversation dont le sujet paraît vous déplaire ; mais, je vous en supplie, permettez-moi d'ajouter un seul mot, ce sera le dernier. — Nierez-vous, monsieur, poursuivit le juge de paix en s'adressant au curé avec un changement d'accent subit, nierez-vous que tout à l'heure vous ayez paru révoquer en doute ma véracité quand je vous ai dit que j'avais vu à la tête de l'attroupement Toussaint Gilles et sa bande ?

— Distinguons , monsieur , répondit jésuitiquement M. Dommartin, je n'ai jamais prétendu que les personnes dont vous parlez n'aient pas figuré dans l'odieuse saturnale qui vient d'avoir lieu; je dirai plus, il me paraît très-probable, d'après leur impiété bien connue, qu'elles y ont joué un rcMe fort actif; mais que des gens d'une condition si subalterne soient les véritables instigateurs du désordre auquel Is ont pris part, c'est ce qu'il m'est impossible d'admettre. Agents, oui; auteurs, non ; voilà en deux mots mon opinion, et je suis à me demander en quoi elle a pu éveiller la susceptibilité de monsieur le juge de paix.

— Il est impossible de mieux préciser une question et Me faire une distinction plus juste, dit madame de Bonvalot d'un air approbateur; pour ma part, je me range complètement à lavis de monsieur le curé. Ce hideux Toussaint Gilles, avec son bonnet rouge enfoncé jusqu'aux oreilles et sa pipe ignoble, n'est évidemment qu'un brigand subalterne^ soudoyé, selon toute apparence, par les ennemis du

marquis; et il n'y a qu'une imagination effrayée qui ait pu voir en lui un chef de bande et Télever aux proportions d'un Fra-Diavolo ou d'un Rinaldo Rinaldini.

— Je suis heureux que mon opinion se trouve d'accord avec celle de madame la douairière, reprit le curé, et je crois comme elle, que pour arriver à découvrir les véritables auteurs du désordre, il faudrait remonter un peu plus haut que l'aubergiste Toussaint Gilles et autres gens de cette espèce.

— Qu'entendez-vous par là, monsieur le curé ? dit Châteaugiron.

— Monsieur le marquis, un vieil adage dit : «Si tu veux découvrir l'auteur d'un crime, cherche d'abord à qui ce crime profite. »

— Mais je ne vois pas que le pillage de mon château, car je crois qu'on en voulait venir Ki, eût p-rofité à d'autres qu'aux pillards eux-mêmes.

— Monsieur le marquis, reprit le jeune prêtre avec un accent de plus en plus insidieux, il y îî profit et profit : pour les misérables lancés en avant par une inllucnce occulte, le vin à boire et le mobilier à piller; pour les véritables instigateurs du désordre...

— Eh bien ! dit le marquis en \ oyant que le curé semblait hésiter à poursuivre.

— Que vous dirai-j(^, monsieur le marquis? chacun a des ennemis ou du moins des rivaux; pour certaines consciences peu délicates, tout moyen semble bon lorsqu'il s'agit d'écarter un concurrent redoutable ; peut-être, car je n'aflirme rien, a-t-on pensé (|u'en nu naçaiit Notre château d'un incendie, cela vous ferait i)ren(lre le pays en haine, et par • suite renoncer à certains projets qui peuvent contrarier certaines gens.

— Que d'ambuges ! murmura M. Bobilier en haussant inq)erceptiblement les épaules.

— C'est vrai, dit à haute voix le baron pics de qui le

112 OEUVRES DE Cil. DE BERNARD.

vieillard se trouvait assis, et qui avait entendu son exc)amal ion. Veuillez, monsieur le curé, quitter le style des oracles v?t nous dire clairement ce que vous pensez.

— Ce que je pense, monsieur le baron? mais en vérité, je ne sais trop que vous dire. Je cherche, je. considère, je pèse le pour et le contre; mais quant k affirmer...

— Vous venez de nous dire que pour découvrir les véritables auteurs de notre petite émeute, il fallait remonter plus haut que l'aubergiste Toussaint Gilles.

— Je l'ai dit en effet, monsieur le baron, et je suis toujours de cet avis.

— Pensez-vous qu'on doive chercher hors de la commune?

— Je n'ai pas dit cela, monsieur le baron.

— C'est donc dans la commune? Mais alors, pour me servir de votre expression, j asqu'où pensez-vous qu'on doive remonter ?

— Le plus haut possible, dit à demi-voix le curé.

— Mais, reprit M. de Vaudrey avec un sourire sardonique, il me semble que le personnage le plus considérable de la commune c'est mon neveu; est-ce lui, par hasard, que vous accusez d'avoir voulu piller son château!

— Monsieur le baron, répondit le jeune prêtre un peu étourdi par ces interrogations serrées et pressantes, quand je dis qu'on doit remonter le plus haut possible, il est bien certain que je n'entends parler ni de M. le marquis ni de vous-même.

— C'est donc M. Grandperrin que vous accusez ? s'écria le gentilhomme campagnard, en se levant par un mouvement d'indignation si véhément, qu'involontairement le curé se jeta en arrière sur son fauteuil.

Au même instant un domestique ouvrit une des porli^s du salon, et annonça à l'étonnement pour ne pas dire à l'embarras général :

— M. Grandperrin !

LE GE:;TILiiO?,î:\ÎE CAMPAGNARD. 113

Page 1