‹ Le gentilhomme compagnard (volume 2)Chapitre 10 sur 11 · OEDTSBB DK'Cl. U KBKU · texte numérisé non relu

OEDTSBB DK'Cl. U KBKU

— Ne parle à personne de ce que tu viens de me (fin^ Bépoodit le baron.

— Suffit, bMHi ct^onel.

— Tu vas remonter chez moi.

— A l'instant même, nion colonel.

— Tu diras à Claudine de me pr^urear kdtaer sar4echamp, et tu auras soin qu'on fasse manger t'weine à Valenlin.

— Vous allez donc faire une loBRue promenade, mon colonel, puisque vous voulez monter ce colosse de Valentin?

— Prédsémeot Pas un autre de mes chevaux ne soait capable de fournir, en m'ayant sur son dos, la course que \e veux faire.

— VousaecompAgnerai-je, mon colonel ?

— Non. Je serai chez moi avant une heure ; ainsi, dîner et chevfll, que tout soit prêt quand j'arriverai.

— Tout sera prêt; mon colonel, dit Rabusson, qni, sur nu signe du baron, s'éloigna aussitôt, et se dirigea d'Un pM lapide vers Châteaugh'on-le-Vieil.

M. de Vaudrey venait de prendre un parti avec la proaip* titude qui caractérisait toujours toutes ses résolutions.

— Madame de Bonvalot sera ce soir à CbÂlon, s'était-U dit; Pichot, à son tour, y arrivera quelques heures (dus tard; pourvu que j'y sois moi-même avant le ilépart du bideau & vapeur, qui a lieu, je crois, & six ou sept heures du matinr je serai ausù avancé qu'^x. Ma voiture est hou de service, et il n'est pas question d'en emprunter une à HéraeUua^ puisque je veux mener l'aventure à fin sans qu'il s'en mêle. Courir la poste avec mon embonpoint, c'est tuant ; et d'ailleurs, au milieu de la nuit, je trouverais tous mes àxtAm endormis. Le mieux donc c'est d'enfourcher Vatentm, qui a les mns solides et qui m'a déjà porté plus d'une fois jusqu'à Chàlon. Je ferai le voyage patriarcalemeut, au petit trc^ car je n'ai pas envie d'éreinter dwb rïieval pour 1m

U sntTILBOniIE GAHPAGSARD. ST«

beaux yeux de cette vieille folle; et en arrivent j'aurai ea> ' core qudques henres pour me reposer avant le départ du bateau.

Ce pF(^ramine, où les nécessités de l'action k acoomplîf et le bien-être de la personne agissante se trotivaient couchés autant que cela était possible, fut ponctuellement exécuté.

Le leademain matin, à Chàlon, H. de Taudrey fut un des premiers passagers qui se présentèrent à bord du bateau k vapeur près de partir pour Lyon. Apr^ en avoir visité le pont, les salons et jusqu'aux moindres recoing, et s'être assuré que ni madame de Bonvalot ni Adrien Pichot ne s'y trouvaient, il remonta sur le quai, stluma im cigare, se drapa k l'espagnole dans un grand manteau dont il avait ea soin de se munir, et attendit patienoment, en se promenant de long en large, les acteurs du drame dans lecjuel il avait résolu d'intervenir à la façon des dieux à machine de œi^ taines tragédies antiques.

Au bout de quelques instants, le baron vit déboucher de la plus grande des rues qui abootissaient au quai le chasseur de millions qu'accompagnait un commisûcmnaire diargé de ses bagages ; il se tint à l'écart et le laissa passes faiblement; mais dès qu'il le vit installé dans le bateau, 9 reconnneDça sa promensde«aiK prendre aucune préoaiK Uon pour éviter d'être aperçu.

— Maintenant, se dît-il, qu'il me voie ou qa'il ne me voie pas, peu qi'import«. Voilà les communications coupées entre mes deux tourtereaux, et ils 3erontdid>lemeDt huiles l^ils parviennent i se réunir malgré moi .

Adrien Pichot, qui, ta veille au soir, était arrivé à Cbàloa quelques heures après la donairière, c'est4-<Jire f(»i tard, n'avait pas jugé à propos de se présenter en ce moment de« Tant elle.

— Point d'étourderie, s'était^îl dit; il ne s'agit pas d'effiiroucher par un emtwessonaitd'éeolier cette podiKmds

î.C'.ooj^li:

380 OBOVRBS Dl CB. DE BEIUIARD.

quinquagénaire; la prudence exige que je ne Fasse mon entrée en scène que sur le bateau; une fois embarqués tons deux, il n'y aura plus à s'en dcdire, et il faudra bien ipi'clle consente & ce que nous voguions de conserve jusqu'au port de l'hyménée.

Le vicomte de contrebande était tellement préoccupé de ses idées de mariage ou plutAt de fortune qu'il n'accorda aucune attention au gigantesque personnage enveloppé d'un manteau bleu, qui semblait monter une faction mystérieuse sur le quai, vis-à-vis de la [dace où le bateau il vapeur était encore à l'ancre.

A]»^ une attente assez longue, car deptns qu'il avait pris la portion militaire que nous venons de décrire, la docbe du bateau avùt déjà répété deux fois son appel, le banm vit enfin soi^ d'un des principaux hAtels de la ^e, l'héroïne du roman auquel il s'était promis d'ajouter un chapitre imprévu. Madame de Bonvalot n'était accompagnée qua de sa femme de chambre, espèce de soubrette-confidente, et d'un seul domestique en qui elle avait également une entière confiance. Le reste de ses gens était reste à Châ< teaugiron, où devait retourner la voiture qui l'avait amenée; plusieurs portefaix pliaient sous le poids du nombreux bagage sans lequel, à l'instar de presque toutes les coquettes d'un &ge mùr, elle ne se mett^t jamais en CBiapagne,

A la vue de l'intéressante douairière, M. de Vaudrey marcha droit à sa rencontre, après avoir eu soin au préalar ble de jeter son cigare et de lisser sa moustache . Une sorte de transformation semblait s'être opérée dans sa tournure et sur sa physionomie ; on eût dit que l'écorce parfois un peu rude du gentilhomme campagnard venait de s'écailler subitement, afin de laisser reparaître dans tout son lustre, la courtoisie élégante et cavalière de l'ancien officier de le garde royale.

— Hadame, dit-il en s'inctinant de fort bonne gràce^ pe^

d.,GoogIc

U GBNTlLHOlUa CAMPAGNARD. 3SI

mettez à l'un de vos plus dévoués serviteurs de vous offrir soD bras jusqu'au bateau.

— Comment ! c'est vouSj monsieur de Vaudrey 1 répondit madame de Bonvalot, fort surprise de la rencoutre ; quel hasard tous amène à Chàlonî

— Je vous prie de croire, madame, que ce n'est pas du tout un hasard, reprit le baron en s'emparant poliment du bras delà douairière.

— Vous avez donc des affaires iciî

— Pas la moindre affaire.

— Mais vous piquez ma curiosité, dit la douairière qui, en remarquant le changement fort avantageux, selon elle, qui s'était opéré dans les manières du gentilhomme campagnard, crut devoir, de son côté, faire quelques frais d'amabilité on plutôt de minauderie : ce n'est pas le hasard qui vous amène à Chftion, ce n'est pas non plus une affaire; mais alors, qu'est-ce donci

— Le désir de vous faire mesadteus, madame.

— En vérité I dit la douairière dont les yeux, subitement arrêtés sur le baron, exprimèrent une surprise quî'n'avait rien de désagréable.

— Hier, quand vous êtes partie, je n'étais pas au ch&teau. Je n'ai pas voulu que ce contre-temps me priv&t du plaisir de vous souhaiter un heureux voyage. J'ai donc monlé k cheval sans prévenir personne, et me voilà.

— A cheval I vous êtes venu à dievalT

— Oui, madame.

— Mais, si je ne me trompe, il y a ime douzaine de lieues d'ici à Châteaugiron î

— Tout autant, madame, et je vous avoue qu'à mon âge, douze heuesà fraucétrier...

— A franc étrier ! répéta la douairière d'un air d'admiralion ; c'est im vrai tour de force que vous avez accompli là !

— Pas tout à fait, madame, c'est une étape un peu longue, iroilà tout; et pour avoir le plai^r de causer quelques ttù-

»9 <BnVBU DB CH. DE BKRimD.

■utes avec tous avant votre départ, j'aurais brsvé nne fotifue encore plus grande.

— liais, baron, savez-vous queToilà un procédé fort aimable, fort galant, en un mot tout à fait chevaleresque !

Entre la coquette douairière et le gentilhomme campagnard il n'était plus, comme on le voit, qnesUon d'antipathie, et, d'un cAté du moins, ce changement était sincère. Par un sentiment de vanité tout féminin, madame de Bonralot savait plus de gré au baron d'avoir fait douze lieues pour venir lui dire adieu, que de s'être jeté à travers les Sammes pour lui sauver la vie.

— firave par caractère et habitué au danger, se disaiitHe, il est probable qu'il se serait exposé de même pour foute autre femme, tandis qae c'est bien pour moi, expres- ■ément pour moi, qu'il a fait ces douze Uenes à franc étiier. C'est vraiment un homme fort aimable quand il veut l'être, et j'avais contre lui des préventions injustes.

H. de Vaudrey et madame de Bonvalot marchaient tout en causant, et ils venaient d'arriver près do quai sans que le premier eût manifesté jusque-là la moindre intention de s'opposer k l'embarquement de la femme à laquelle il donnait le bras.

— Quoique j'aie quitté Cfaftteaugiros quelques heures seulement après vous, dit-il alors, je puis vous donner des Douvelles de ce qui s'y est passé depuis votre départ.

— Comment I encore du nouveau! répondit la douairière d'un air d'enjouement ; en vérité, Chàteaugiron est le pays mx aventures ; on y fait des émeutes, on y brAie les châteaux, on y commet des vols enjolivés de toutes sortes de airconstances romanesques; qu'est-il donc arrivé «icorel

— Vous savez bien, ce jeune homme qui est arrivé au càftteau presque en même temps que vous, et qu'Hérachus traitait en ami intime 1 dit le baron d'un ton parfaitement dégagé.

■» Le vicomte de Langerac? réDOndit madame de Bon^

U OERTItHOHHE CAWAeNUD Ml

valot avec une vivacité qu'elle s'efforça aussitôt de cadm sous une aftectation d'indifférence.

— Lui-même, madame.

— Eh bien t.... U lui est arrivé quelque chose T

— Uœ chose assez fftcfaense ; pour liû^ du moins.

— Une chose ncbense I Et quoi doncT

— Il a eu le malheur de perdre de la mani^ la ^m inopinée son nom, son titre, enfin toutes les plumes de paon dont il avait jugé à propos de s'aflubler.

— Que Toulez-vons dire ? s'écria la douairière en fixant for le baron des yeux effarés.

— En deux mots, madame, reprït M. de Vaudrey avec on imperturbable sang-froid, il a été découvert et prouvé que ce prétendu vicomte n'est en réalité qu'un vÀ:ilid)le chevalier d'industrie...

— Un chevdier d'krdustrie 1

— Bien connu de la police de Paris, et d'une eq)èee encore plus dangereuse que les misérables qui ont tenté de vous voler votre cassette et de mettre le feu &a difttefiu.

— Ah I mon Dieul Vous me faites peur! dit madame de Bonvalot dont le bras béraissait sur celui du baron ; le vicomte de Langerae un chevalier d'industrie t Et veusditei que le nom qu'il porte n'est pas le ùen T

— Pas le moins du monde ; il s'appelle Picbot.

— Pichot I fit la douuriëre avec un mouvemrat d'hoi> reur ; ah I mon Dieu ! quel nom 1 Picbot I

— La parenté est digne du nom, reprit le gentilhooime campagnard, qui ne se fit suonn scrupule de recourir à son imagination pour achever d'écraser Adrien Pidiot sous les cîrconstfuices eggravantes les ;dnscapabies.(leiléseBcbanter une femme vaniteuse ; son père, à ce qu'il paraît, est un artiste en chaussures de troiùème ordre ; sa.mèce est euisinière, onde ses Mres......

— Ah ! ^ntd Dieu t quelle famille t intenwnplt madnme deBonvalot«Q faisant un geste de d^foOt; mais quia4'>

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