‹ Le gentilhomme compagnard (volume 2)Chapitre 9 sur 11 · LE 6ENT1LH0M1R CAUPAGNAGD · texte numérisé non relu

LE 6ENT1LH0M1R CAUPAGNAGD

— Ce D'est pas étonnant que notre colonel ait la berlue, dit UD des paysans, il vient de voir le feu d'assez près.

— Quel diable de rêve viens-je de faire T repritH.de Vaudrey; il me semble que j'arrive du fin fond des enfers àl'JDStar du pieux Ëiiée,et que pendant le voyage j'ai avalé par le nez et par les yeux toute la fumée du Tartare.

Le baron toussa à plusieurs reprises, et se leva ensuite brusquement.

— Ail ! je me rappelle, s'écria-l-il, le feu est au château, et madame de Bonvalotest en danger... Eh bient l'a-t-oa sauvée T

— Cest parbleu bien vous, monsieur le baron, qui l'avex sauvée, réponditlejugedepaix; sans vous en ce moment elle serût morte.

— C'est vrai, je me souviens maintenftnt de l'avoir descendue par la fenêtre, ni plus ni moins que si elleeût été un sac de farine; elle est un peu formaliste la chère dame, pourvu qu'elle veuiHe bien me pardonner ce procédé peu respectueux.

— Je lui conseille de se plaindre, dit H. Bobilier en se mettant à rire.

— Ah çà, et moi T Je ne suis pas descendu tout seul; je me rappelle fort bien que tout à l'heure je jouais là-haut à colin-maillard au milieu de la fumée la plus épaisse que j'aie jamais avalée malgré moi. Parlez-moi de la fumée du canon ! celle-là ranime et ne suffoque pas ; mais celle de làhaut, j'étouffe encore rien que d'y penser, je crois même qu'elle commençait réellement à m'étouifer bel et bien, et que j'étais déjà par terre quand on est venu à mon secours. Qui donc m'a tiré de ce mauvais pas T

— Un brave et digne jeune homme, monsieur le baron, qui a imité à votre égard le dévouement que vous veniez de montrer vous-même en sauvant la vie à madame de Bonvalot.

— Est-ce mon neveu t

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Sl« OBUTSIS BB CB. Dl inKAK».

— Si H. le marquis avait pu se douter dn danger que vous couriez, nul doute qu'il n'eût cédé à personne le boobeur de voler ^ votre seooura ; mais il ignore «leore.

— RabuasonT

— Non, momienr le baron, ee n'est pas Rabusson.

— Hais qui donc, alors 1

— Un brave et digne jeune homme, je le répète, votre adversaire d'avant^hier.

— FVoidevanxT

— Lui-même, monsieur le baron.

— Ah 1 c'est Froidevaux, dit M. de Vaudrey avec un accent singulier; puis, après un instant de silence, il ajouta :

— Allons, je vois que le proverbe est vr» ; Bon ohien chasse de race. Son père m'a sauvé la vie à Leipiick, et voilà qu'à son tour il me tire de cette fournaise; où sans lui je rôtirais fort désagréablement en ce moment. C'est d'autant mieux de sa part qu'il ne m'aime guère.

— A cause de sa condamnation d'avant-hier t C'est là un sujet de dépit, mais non un prétexte d'inimitié } et d'ailleurs Froidevaux vient de vous prouver, . ,

— Vouscomprenez parfaitementce que je veux dire, mon cher Bobilier; il ne s'agit pas ici de ce qui s'est passé samedi à votre justice de paix, mais de certain autre petit procès pendant devant le tribunal du dieu Cupidon.

— Ah I oui, mademoiselle Victorine Grandperrin I dit le vieillard avec un malin sourire.

— Bien, bien ; tout ce que je puis dire, c'est que voici one petite aventure qui poturait donner gain de cause à volve favori.

— Comment,monsieurlebaronTvoulez-vousdiFeparlà...

■^— Assez tnrce chapitre pour aujourd'hui, et allons rejoindre mon neveu. Le feu, continua le baron en montrant leBfenétrÊs du bâtiment, gagne maintenant du terrain au delà du salon vert, et il est urgent de l'attaquer de l'intérieur des appartements.

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IS aKfITILHQHHK CAHPAGNAID. fif

U. de Yaudrey, le juge de paix et les paysans qui lei avaient ac«oaipagaé4 letoitroèreitt dans la cour du ch&teait.

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Quelques heures a|)rès les éTénentents que nous venons de raconter, le feu était complètement éteint. Personne n'avait périj personne n'avait été blessé, et le dommage matériel se réduisait, ainsi que l'avait prévu le marquis, aux planchers et aux charpentes de la partie occidentale du ch$tepuj ainsi qu'au mobilier d'une douzùne de chambres ; dégât considérable sans doute, mais en songeant au désastre beaucoup plus grand qu'aurait pu causer l'incendie, on devait s'estimer heureux d'en être quitte à ce prjx,

Onze heures du matin venaient de sonner. Dans la salle à manger où l'on prenait ordinairement les repas lorsqu'il n'y avait qu'un petit nombre de convives étrangers, trois personnages se trouvaient réunis et attendaient, diversement occupés, le moment du déjeuner.

Dans l'embrasure d'une fenêtre, Langerac parcourait une revue pittoresque dont il semblait esaminer attentivement les illustrations ; mais la physionomie soucieuse du vicomte indiquait que ses yeux seuls, et non son esprit, prenaient part au passe-temps qu'il avait choisi.

Assis devant une petite table couverte de papiers, H. Bobilier, qui avait remplacé sa robe de chambre à raipages et le reste de ses vêtements nocturnes par son costume noir le plussoiennel, rédigeait le préambule d'une enquête sur l'incendie, qu'il se proposait de joindre À son fameux procè»-verbaU

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(ta CeUTRES DE CH. SS BEHNAKt^

H. de Vaudrey se promenait de long en large avec nne impatiencf qui semblait causée par la faim, car chaqae fois qu'il passait devant la table où le déjeuner se trouvait déjii servi en partie, il y grapillait au hasard quelques menus hors-d'œuvre, palliatif insufitsaut pour son robuste appétitsurexcité encore cejouT-là parle lever le plus matinal. Usant des droits que lui donnait son titre d'oncle, le gentilhomme campagnard avait jugé inutile de retourner chez lui pour changer d'habits, et il était vdtu fort peu somptueusement d'une redingote à peu près hors de service à laquelle le feUj dont elle portait de larges stigmates, venait de donner le coup de gr&ce.

— Si vous m'en croyez, Bobilier, nous nous mettrons à table, dit tout à coup le baron en s'arrêtent devant le juge de paix.

— Nous mettre à table, monsieur le baron! répondit le vieillard, qui, sans quitter sa plume, leva sur l'ancien militaire un regard surpris ; nous mettre à table quand madame la marquise nous a fait espérer qu'elle paraîtrait au déjeuner ! Ah ! monsieur le baron, vous voulez me mettre à l'épreuve,

— C'est moi, morbleu ! qui suis mis à l'épreuve en ce moment et d'une rude façon, reprit H. de Vaudrey, qui, en dépit de sa mauvaise humeur, ne put s'empêcher de sourire ; moi qui déjeune régidièrement à neuf heures, encore à jeun à nûdi! aprèsla nuit que nous venons de passer, qui pis est.

— Si vous preniez la peine de jeter les yeux sur la pendule, vous verriez, monsieur le baron, qu'il n'est guère plus d'onze heures.

— Au diable la pendule ! Je vous dis qu'à mon estomac il est midi passé, et si vous vouliez m'en crolte...

— Ah ! monsieur le baron, ditdenouveaule juge de paix en protestant par un geste expressif contre l'énormité qu'on lui proposait, j'aimerais mieux jeûner jusqu'à ce emx.

U GimiLHOMMB GAMPAGHARD. SIS

— Ceb TOUS est facile de faire de l'héroïsme, vous qui ne manges pas pins qu'une mauviette ; tandis que moi, je me sens de force à anéantir ce plat de résistance eo dix minutes.

En parlant ainsi, M. de Vaudrey lança un regard de convoitise & un énorme p&té de gibier qu'il av^t déjà loi^nô jdusieurs fois.

— Je vous assure, monsieur le baron, qu'en ce moment i'tdtrès faim, excessivement faim; mus le respect que je dois à madame la marquise...

— Sans doute, vous avez r^son ; vous êtes un véritable chevalier français avec vos scrupules et vos délicatesses, tandis que û votre exempte ne me maintenait pas dans le chemin du savoir-vivre, je sens que mon appétit brutal ferait de moi mi vrai rustre. Allons, puisqu'il n'y a pas moyen de vous avoir pour complice, jeûnons.

A ces mots, le baron prit sur une assiette une couple de sandwichs dont il fit deux bouchées; puis il continua sa promenade. Au bout d'un instant, pour changer sans douta te cours de ses idées, il dirigea les yeux vers Langerac qui continuait de paraître profondément absorbé par les illustrations de la revue qu'il tenait à la main; après l'avoir* examiné pendant quelque temps avec une attention singulière, H. de Vaudrey s'approcha de nouveau du juge de paix et lui dit, à voix basse cette fois :

— Expliquez-moi donc une chose. Hier, quand HéracHus m'a présenté ce jeune et beau gentilhomme d'ici à cAté, il vous est échappé un aparté assez bizarre.

— Quel aparté, monsieur le baron 1 demanda ]e vieillard en imitant l'accent confidentiel de son interlocuteur.

— Vous avez dit tout bas, en {HVpres tenues : Langerae comme moi.

— Et je le répéterai tout haut quand il vous plaira, dit U. Bobilîer d'un ton fort vif. mais aans élever la voix.

114 wmmaa «t m. »■ muub»^

— Von» eroyes doac que notre vicwate o'cst pas lui vé* rilable LangecacT

— Est-ce qu'il y a eiKore des Langeracî Éteints depuis Louis XIV. Notre vicomte, si toutefois il a Féellerqeul àrok à ce titrCj a'esl donc pas [rfus un Lang^ac cfu'il n'est un héros. Nous l'avons vu au feu cette nuit ; eli bieirt je parierais que ses parchemins ne feraient pas meiUeuio coutenauce devant l'examen d'un juge d'armes, s'il y avait encore des juges d'araaes, que n'a fait son courage devant tes flammes. ,

— Ce que vous me dites là, mon cher Bobilier, et certains souvenirs qui viennent enfin de se fixer dans ma cervelle après y avoir trotté confusément depuis hier, me donnent grande envie de faire subir à ce monsieur un petit interrogatoire sur faits et articles, et, ma foi, je ne vois pas pour quelle raison je lie m'en passerais pas la fantaisie.

Habitué à joindre immédiatement l'action à la détermination, H. de Yaudrey s'approcha du vicomte, tandis que le vieux juge de paix interrompait ses écritures pour prête l'oreille au dialogue qui allait avoir lieu.

— Monsieur de Langerac, dit le gentilhomme campa- 4 gnard d'un ton poli, permettez-moi d'interrompre un instant une lecture qui doit être fort intéressante, si j'en juge par l'attention que vous y mettez.

Le vicomte posa la revue sur une console et regards àlencieusement le baron en attendant qu'il s'expliqu&t.

— Vous avez peut-être remarqué, reprit ce dernier, que depuis hier je vous ai examiné attentivement à plusieurs reprises, en cherchant à me rappeler oit je voos avais d^à vu T

— ie ne me suis pas aperçu, monteur le baron, que voua ■ m'ayoz honoré d'une attention particubère, répondit Langerac un peu ému de ce préambule..

— Ma mémoire, longtemps en défaut, vient de se remettre sur la voie, et maiBleuant je pouRtùs, je carois, sans

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là eSNTiLBOUtlE CAUPAGNÀhD. 3U

risquer de me tromper, nommer le lieu où je vous a- rencontré, il y.asixou sept ans.

Quoiqu'il s'attendit à oeRe reconnaissance, Langetac ne piAi^empëcher de rougir.

— Pour ftioi, monsieur le baron, répondît-it, je cherche en Vaîti-* roe le rappeler.

— C'éïatt chei maître fluguenin^ avoué, demeurant à Paris, rbe'Caumai'tîn, interrompit M. de Vaudrey; à moins que je ne sois ëû ce hioraent le jouet d'une de ces ressemblances qu'on ne rencontre guère que dans les pièces de tiiéâtre imitées des Sîéneehmes, vous êtes bien le jeune homme blond que j'ai apetça assis au premier bureau, à droite, en entrant dans l'étude de ce respectable praticien, et il qui je me suis adressé d'abord.

En face de souvenirs si précis, Langerac comprit qu'une déûégation absolue serait imprudente, et il prit le parTî de conjuierpar un demi-aveu habilement ménagé le danger ([ui semblait le menacer.

— Monsieur le baron, répondît- il en atfermissant sa voix, je ne me souviens pas de la circonstance que vous venez do me rappeler ; mais il est fort possible, ou plut6t, d'après ce que vous venez de dire, il est certain que vous m'avez vu eu effet chez maître Huguenin.

— C'était donc bien vous î

— Selon toute apparence, car à l'époque dont vous parlez j'ai travaillé en eÂet pendant quelque temps chez ce di* gne avoué.

— Ah! ahintti. de Vaudrey en lançant au juge de paix un coup d'œil expressif.

- Comment ! monsieur le vicomte de Langerac, dit • H. Bûbilier en aspirant lentement une pàbe^ de tabac, tandis quil arrêtait sur le soi-disant gentilhomme un regard perçant et railleur, est-il possible qu'un homme de votre naissance ait fait le métier de clerc d'avoué ?

— l'avûue que je ne vois pas ce qu'il y a là de si surpre»

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310 ŒUVRES DB CH. DK BEHNiSD.

nant, répondit Langerac qui reprenait peuii peu sonaplonri) ; maisceque je ne corapreods pas surtout, c'est qu'il'] siivant magiïkrat tel que monsieur le ji^ de paix puisse siâtonner qu'uri homme du monde, appelé à administrer une assez belle fortune, ait consacré à l'étude des loisetmémeà celle de la procédure quelques-uns des loisirs de sa jem^esse.

— Tout ce qu'il vous plaira, monsieur le vicomte, répliqua le vieillard d'un ton .caustique; mais vous avez beau dire, Langerac elderc d'avoué jurent ensemble.

— D'abord je vous prie de croire que je n'étais pas tout a Mt clerc d'avoué, reprit l'ex-£icbot avec un rire affecté. Voici le fait : au lieu de me permettre d'embrasser l'état militaire, comme c'eût été mon désir, mon père m'a obligé de faire mon droit...

— Acet égard, je ne saurais bl&mer monsieur votre père, interrompit le baron d'un air de froide ironie, le métier de soldat exige une vocation bien déterminée, car il est fort rude ; il vous eût exposé à voir le feu de près, or, il m'a paru cette nuit que vous n'aviez pas un goût bien prononcé pour cet élément.

— Tout le monde, monsieur le baron, n'est pas comme vous un héros, répondit Langerac, qui s'inclina en se mor» dant les lèvres jusqu'au sang.

— Monsieur votre père vous a donc fait faire votre droit ? reprit H. de Vaudrey, fort insensible à ce compliment.

— Non-seulement mon père a voulu que je suivisse les cours de la Faculté de Paris, mais, mon droit achevé, il a exigé que je fisse une espèce de stage chez un des meilleurs avoués de la capitale. Ayant eu beaucoup de procès dans sa vie, et prévoyant qu'il m'en léguerait quelques-uns, il désirait me voir armé de pied en cap contre les chercheurs de noises c'était son expression. Voilà, messieurs, ce qui vous explique ma présenne accidentelle dans l'étude de matlro Huguenin.

— HoQsieur votre p^ire habitait la «ampagne T demanda

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U OBItTIUIOiniB CAHPAGNÂOD. 111

le baron, qui trouvmt cette 'explication assez plausible.

— Oui, monsieur le baron ; mon père vivait dans sa terre et n'en sortait pas pour ainsi dire, car il avait, ainsi que vous, beaucoup de godt pour le rôle de gentilhomme campagnard.

— S'il en est ain», reprit H. de Vaudre; tout à fait convaincu de la véracité de son interlocuteur, je comprends qu'il ait eu quelques procès dans sa vie et qu'il ait voulu vous mettre en état de défendre votre bien contre les chicaniers de village, — race abominable ! j'en sais quelque chose, ajouta l'ancien militaire en hochant ta tète.

— Autres temps, autres mœurs, dît H. Bobilier sur les 'lèvrtts duquel semblait s'être fixé le sourire du persiflage;

autrefois les gens de bonne maison complétaient l'éducation de leurs enfants en les attachast au service de quelque grand seigneur; aujourd'hiù la mode a- changé, et ce sont les études d'avoué qui servent d'écoles de savoir- vitre à notre jeune noblesse. Au lieu de pages, nous avons dès saute-nùsseaux gentilshommes ; c'est flatteur pour les gens qui ont dep procès.

-^ Monsieur le juge de paix dit plus vrai qu'il ne le croit peut-être, répliqua Langerac en prenant à son tour i'acceot du sarcasme ; tandis que je cueillais les fleurs de la procédure dans le jardin assez mal odorant de maître Huguenin, j'ai fait souvent le Pal^ avec de jeunes confrères qui n'auraient pas été embarrassés pour prouver leur seize quartiers.

— Peste 1 dit le baron, je n'aurais jamais deviné que les études des avoués de Paris fussent autant de succursales des chapitres d'Allemagne ; mais chez maître Huguenin, vous n'étiez pas sans doute tous g^tilshommes T

— Non, assurément, dit le vicomte en ricanant ; il y avait, comme dans les chapitres dont vous parlez, le haut chœur et le bas chceur.

~ Eh bien ! parmi les clercs non gentilshommes de l'étaae de maître Buguenin, il eu est un qui a dû s'y trouver u. IS

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ns (Buvnra DE CH. DH vmaass.

^dsément en même teoBps qne vous, et sur le compte'do- ^uel jo vous serais fort- obligé de vouloir Ineii me domiec ^elquee renseignements.

— Volontiers, monsieur le baron. Son jiobi T

— Picbot ; Adrien Pichot.

Le coup était « imprévu que le vicomte fit un mouvenent en arrière comme s'il eût été matériellement edt^ot w pleine poitrine.

— Pichot, balbutia-t-il en essayant de se remettis, je ne MBDif^lle pas... je n'ai aucune iclée d'avoir connu... une personne de ce nom.

— L'individu dont je parle, poursuivit M. de Vaudrey, sans se douter que c'était à cet individu lui-même qu'il ■dressait en ce moment la parole, était un mauvais diAle ^ut j'aurai quelque intérêt à connaître l'adresse et le visage.

— Il ne me ccHinalt pas, se dit Langemc un peu rassuré.

— Et à qui, continua le baron, je me propose d'appU- ^er, certûn cas écfaéant, la plus rude oorrectiou qui puisse sortir d'une canne aoMe emmaoehée d'un Ixâs vigou-

xeux Hais qu'avez-vouE donc, monsieur de,LangeT«ct

TOUS étiez fort rouge tout â l'heure, et vous v(^ tant pftle, TOUS sentez-vous indisposé t

— La faim... je crois, répondit le vicomte d'une voix à pnne distincte; il y a bI longtemps que noue sommes levés...

— Ah 1 TOUS êtes comme moiT interrompit le gentil- Bomme campagnard ; vous avez envie de déjeunn? eh bien, tint mieux I puisque nous voilà deux oontre un, nous ■lions nous mettre à table, quoi qu'en puisse dÎFe notre ■uibumain juge de paÎK le prâids tout sur moi.

Au moment où H. de Vaudrey se dirigeait résolument vers la table, une des^ Dortes de la salle k manger s'ouvrit, •t le marquis entra.

— Pardieu I lui dit son onde d'un ton bourru, nous ae «ffimea pas des 'birce pour qne tu nous fasses fiùr« ua pa-

u GsmuHOun campaomabd. sis

ftai ramazan. N'estrce pas assez que km cMteau brûle flans qu'il deviesne encore la tour de la faimf Depuis une benie au moios je me mets à la [daoe d'Ugolin, et ponr peu que cela continue, je finirai par conquendre qu'il ait mai^é ses enfants.

— Je vous demande pardon^ mon oncle, iBai6 U m'a été impossible de venir {dus tât.

— A la Ixmne heure ! je te panjkmne; maii déjeantmanonsT

— Certes -oiù; déjeunons.

— Hais, monsieur le marquis, objecta H. Bobilier, eet-Q convenable en l'absence de madame la marquise...

— Ha femme, interrompit Héraclius en s'aaaeyant, m'a cUArgé de vous faire agréer ses excuses. Elle ne déjeunera pas avec noiiS] car il lui est impossible de quitter sa mère.

— Comment se trouve maintenant madame de BonvalotT âemBBdai.angerac avec une anxiété qa'il s'efforçait de dia-

— Mais, pas trop bien ; ^e ne sort d'mi évanouissement -^ne pom? tomber dans un autre, et dans l'into^alle des crises son état est peutrétre pire encore.

— Après la terrible épreuve qu'a subie cette nuit madame la douairière, il n'est pas étonnant, dit H. Bobilier, qu'elle soit en ce moment sérieusement indisposée.

— Halhenrenaeineut, c'est piusgrave qu'une indiapoûtion, et il y a des moments-où cela a tout l'air...

Le marqfiis s'interrompit brusquement, et s'edressant aux domestiques :

— Laissez-nous, leur ditril, j'ai à causer avec ces messieurs ; quand nous aurons besoin de vous, je sonnerai.

— Qu'y a>t-il donc? demanda H. de Vaudrey à son neveu, quand les domestiques se furent retirés.

— Ilya... je puis vousdire cela puisque nous sommes «lire nous, r^cmdit H^adius en baissant la voix par sur- 4ntlL de précudioQj le danger qu'elle a couru, a Sut ium

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S30 (BDTRKS ht CH. DE BERNABD. '

telle impression sur madame ii« Bonvalot^ qu'il y a dès k présent transport au cerveau, et que j'ai tout lieu de crains dre que le désordre d'idées auquel elle est en proie depuis quelques iSeures ne dégénère en une véritable folie. , — Folle! s'écria Langerac qui jusqu'alors avait trouvé que la douairière ne l'était pas assez.

— Diable ! dit M. de Vaudrey ; mais ta belle^nère peot avoir en ce moment les idées un peu troublées, et cela se conçoit, sans pour cela devenir folle.

— Si vous l'aviez entendue tout à l'heure^ vous partage riez mes craintes.

— Que disait-elle donc?

— D'abord elle a tenu les propos les plus incohéreats, elle parlait du clair de lune, de promenades au Lido,'3es ruines du Colysée; elle appelait Roméo comme si ellemême edt été Juliette, enfin mille folies ; puis la raison a paru lui revenir; mais ce n'a été qu'un éclair, :et tout ea répétant qu'elle aviùt maintenant toute sa tête et qu'elle se rappelait parfaitement ce qui s'était passé dans sa chambre cette nuit, elle nous a raconté, à Uathilde et à moi, l'histoire la plus extravagante...

— Quelle histoireT demanda M. de Vaudrey.

— Je vais vous la répéter, et vous jugerez ensuite si j« m'alarme à tort.

Les convives prêtèrent une oreille attentive, etle marquis de Chflteaugtron poursuivit son récit.

LÀ DOtmiJg ENQIlfiTE [nilt),

— Voici, reprit Héraclius, ce qui me tait cnûndw que nnteUigence de madame de Bonvalot n'ait éfpwuvé au n^-

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IX GENIILHQHIUB CAUPAGHABD. 311

lieu des émotions de cet incendie une secousse dangereuse. Ma belle-mèi^r vient de nous raconter le plus Gérieusement du monde qut cette nuit, au moment où elle commençait k s'endormir, d'affreux brigands dont elle ne peut déterminer le nombre sont entrés dans sa chambre, sans qu'elle sacbe par quel moyen ils sont paiTvenus à s'y introduire. S'il faut 4n croire cet étrange récit, ces bandits, en la voyant se réveiller, se sont précipités sur elle et l'ont étroitement bâillonnée après l'avoir roulée dans sa couverture de manière à l'empécber de faire un seul mouvement ; puis, autant qu'elle a pu le rem^uer à travers la fente du capuchon dont ils lui avaient couvert le visage, ils se sont emparés d'une cassette renfermant une somme assez considérable qui se trouvait placée sur une étagère en faoe de la chenûnée, et ont disparu par la porte du cabinet de toilette. A demi morte de peur et suffoquée par le^bflillon destiné à étouffer ses cris, madame de Bonvalot alOTS a perdu connaissance, et son évanouissement a duré si longtemps, qu'elle B'a conservé aucun souvenir de l'incendie. Voilà le rêve que ma belle-mère vent nous faire prendre pour le récit véridique des événements de cette nuit. Qu'en pensezvous?

— Es-tu bien sûr que ce soit un rével demanda H. de Vaudrey, en arrêtant sur son neveu un regard singulièrement expressif.

— J'aurais dû dire nn cauchemar.

— Ni l'un ni l'aulre peut-être.

— Quoi ! mon oncle, vous séries disposé à croire à ces

— Pourquoi pasî

'— A ceUe cassette enlevée T '

— D'abord la cassette existait^e en effetf

— Pour cela, c'est indubitable, je la connais depuis loi^ temps. C'est un petit coffret d'ébène dans lequel madame de Bonvalot a l'babiUide de laisser une vinglame de mille

SXt (BIITUS DB Cfl. DB BEHMABD.

francs en or ; c'est ce qu'elle appelle son en cas de voyage.

— Eh bien 1 l'a-tron retrouvée, cette cassette 1

— Comment sorait^n pn la retonuver? A part vous et H. Froidevaux, personne ne s'est hasardé à pénétrer daas la chambre de ma belle-mère. Le cofiret d'ébène est donc en ce moment réduit en cendres, aïoà que le reste du mo- Irilier; mus il est probable qoe lorsqu'on aura déblayé les décombres on retrouvera les mille lois changés en lingot.

— J'en doute, dit d'un ton bref M. de Vaudrey.

— En vérité, mon cher onde, reprit Héraclîus en riant, je ne savais pas que tods eussiez un goût si prononcé pour le merveilleux; et ce terrible b&Uon, y croyez-voos aussi?

— J'y crois d'autant plus que levoilà.

£n disant 06fi mots qui excitèrent la curiosité généra, le baron tira de sa poebe le morceau d'étoffe ronge dont le visage de la douaii^re était couvert lorsqu'il i'avatt airevhée à la mort.

— C'est on lambeau des torsades de mon pauvre arc de triomphe, s'écria H. B(d>i)ier en étendant viveiD«it la maia pour s^sir cette importante pièce de conviction, qu'il se proposait de joindre h son procès-verbal.

— Je ne crois pas que ce cbifTon vous sera d'une grande utilité pour découvrir les malfaiteurs, dit M. de Vaudrey en remettant le morceau d'étoffe au juge de paix ; quarante individus peut-être se S4mt disputé hier les t<»sades dont vous parlez; comment parmi eux reconnaître les coupables?

— Qu'on me donne un seul brin de fil, répondit le magistrat d'un air assuré, je me charge de démêler l'écheveau.

— Venez-vous de parler sérieusement, mon oncle ? demanda ChfiteaugiroD que la surprise avait d'abord rendu muet.

M. de Vaudrey décrivit la posiUon dans laquelle il avait tmuvé madame deBonvalot, ses membres enchaînés par les tCfiis de la «ouvectuie du Ut, et le lambeau de tç^ ronge

U fmmLHCWSB CjUrPAGNAIUl. SM

fwtement noué aatour de son ^sage, de mani^ à servir k la fois de bftilloR et de bandeau. A la fin de ce véàt, chacun des anditeun resta convaincu que l'attentat nocturiM et mystérieux dont avait parlé la douairiëre était un fait >éel einon la vision chimérique d'une imagiuation troublée par la peur.

— Voici comment les choses ont dû se passer, dît !a nmu jiigedepaix avec l'aplomb d'un hommequi se trouve sur s<Hi terrain : quoique le feu n'ait pu gagner la tourelle de l'ouest, qui est restée intacte, vous avez pu remarquer que la fenêtre de cette tourelle est ouverte, et qu'une dei ntoes se trouve brisée.

— Je ne me suis pas aperçu de cela, répondit Béraclins.

— Mais j'y ai fait attention, moi, reprit M. Bobilier, car mon métier est de tout voir, et même quand j'ai Vab de ne penser à rien, je ne perds pas de vue mon enquête. Li fenêtre de la tourelle est donc ouverte ; or, qui a pu l'ouvrir si ce n'est le bandit ou plutAt les bandits qui ont accoi»' pli cet audacieux attentat? Et comment (mt-ib ouvert la fenêtre sinon en brisant une des vitres? Une fois dans l'intérieur de la tourelle, une simple porte qui, selon toute apparence, n'était pas même fermée, les séparait de It chembre à coucher de madame la douairière; ainsi rien de plus facile pour eux que de pénétrer dans ladite chambre.

— Fort bien, dit Chàteaugiron, mus la tourelle est foEt élevée, et à moins d'une échelle ànmense dont on aurait retrouvé quelques traces,, .

— Monsieur le marquis, vous me mettez sur la voie, interrompit lejage de paix; de deux petites échelles il est facile, au moyen d'une corde, d'en faire une grande, dt c'est à quoi n'ont pas manqué ces coquins. Les deuK échelles lié*^ ensemble qui se sont brisées sous U. le baron^ et qu'on a trouvées au bout de la terrasse, appuyées contre le mur de clôture, ont évidenoment servi à ces brigandi

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S3t (EUVSEB DE CH. DE BERNABD.

pour slntroduii'e dans la toiirelle d'abord, et eôBuite pour se sauver. Monsieur le Diarquis, ajouta le vieillard avec un «ccent animé, il faut sans délai se mettre à leur poursuite ; veuillez, je vous prie, ordonner à un de vos gens d'aller chercher le maréchal des logis de gendarmerie qui sans doute n'est pas encore retourné à Rancenay.

Ch&teaugîron sonna.

— Monsieur le marquis, dit le domes^qne après avoir reçu l'ordre de son matbre, il 7 a là quelqu'un qui insiste pour parler sur-le-champ ë monsieur le baron.

— Aprësdéjeuner, ditH. de Vaudrey, qui, comme toutes les personnes de bon appétit, n'aimait pas à être dérangé lorsqu'il était à table.

— Monsieur le baron, reprit le laquais, c'est un grand jeune homme de bonne mine qui appartient, à ce qu'il dit, à votre maison.

— Rabusson, sans doute, reprit le baron; ftûtes-le monter.

— Fidus Achatet, dit M. Bobilier en souriant.

— Le fidèle Achate va être lancé d'importance, fit le gentilhomme campagnartf d'un ton grondeur.

■• Un instant aprts, Rabusson parut à la porte de la salle à manger; il tenait sa casquette d'une main, .et de l'autre un petit paquet dont il était impossible de deviner la nature, car il l'avait enveloppé dans sa blouse.

— Te voilà, déserteur, lui dît M. de Vaudrey en cherchant i. donner à son regard une «pression sévère; d'oii viens-tuî

— Mon colonel...

— Ta conduite est sans excuse, ausBï a-t-elle déjà recn ta punition.

— Sa punition, mon colonelT

— N'était-ce pas à toi de me retirer du feu, et n'est-ce pas M. Froidevaux qui l'a fait à ta placeT

— Ne m'en parlez pas, mon colonel, répondit l'ex-garde-

LE GENTILHOMHE CAHPAflNARD. SU

chasse d'un m contrit, quand j'ai appris la farce que tous aviez faite de vous jeter su beau milieu de la fournaise, et comme quoi c'était ce méchant axac&t qui était allé vous y chercher, il m'a pris envie de me casser la tête contre ur; mur? Il peut se flatter d'avoir du bonheur, ce chien de braconnier; aussi je lui garde une dent., ,

— Comment, drâle I tu gardes une dent à Froidevaux parce qu'il m'a sauvé la viel

— Vous avez raison, mon colonel ; i^)rës tout, quoiqu'il m'ait volé mou emploi, je lui dois de la reconnaissance.

— A la bonne heure.

— Aussi, dorénavant, il peut bien tuer nos perdreaux tant qu'il voudra ; ce n'est pas moi qui lui déclarerai procèsverbal.

— Tu feras très-bien, pour deux raisons : la première, ^est que tu n'es plus garde...

— Ah I c'est juste, mon colonel ; je n'y pensais plus.

— La seconde, c'est que j'ai donné à Froidevaux droit de vie et de mort sur mon gibier.

— Quand je distùs qu'il était trop heureux, ce braconnier-là.

— Ah çà I je ne pense pas que tu sois venu ici pour me parler de Froidevaux; qu'as-tu à me dire de si pressé}

— Hon colonel, répondit Rabusson dont la physionomie s'éclaira soudain d'un sourire de satisfaction, je venais vous rendre compte de ce que j'ai fait depuis que je vous ai quitté.

— Tu permets, HéracliusT dit M. de Vaudrey.

— Comment donc, mon oncle, n'étes-vous pas ici diei vous?

— Parle, reprit le baron en s'adressant àl'ex-garde.

— Pour lors, mon colonel, dit Rabusson, qui pour fah« son rapport prit l'attitude du port d'armes, vous vous rappelez qu'en arrivant près du gros genévrier, au coin du sentier de la Tremblaie, je vous brûlai la politesse sans de-

33S (BUTBBB m CH. DE BBRHABD.

Biander ia pennisaion de dix h6UTe&. J'avais mes rasons. Ne

Toilà4-il pas qu'au moment d'arriver audit aeatier, j'avais

entrevu, quoiqu'oB ue vlt^ëre plue clair que dans un four,

deuK individus qui semblùent vmirde ChUeBugiroo-l^

Bouig et qui marchaient contre nous. Ça m'avait para

louche.

— C'était fort loudie en effet, interrompit vivement H. Bobilier; deux hommes sortant du bourg au milieu deJa nuit et au moment où tous les hidiitanta des volages voisins s'empressaient au contraire d'y accourir à cause de l'incei^ die; c'était excessivemeot louche.

— Je me dis donc : Voilà deux gùllards qiù me font ''effet de ne pas avoir grande envie d'éteindre le feu, puisqu'ils lui tournent le dos ; pour lors qui estrce qui me dit que ce ne sont pas eux qui l'ont mis?

— Supposition fort logique, s'écria le juge de paix qui semblait s^intéreeser de {dus en plus au récitde ft^osson. Continuez, mon garçon, continuez-.

— Pour lors, au moment où je réfléchissais ainsi à part moi, voilà mes deux luroiœ qui, au lieu de continuer de marcher contre nous, se jettent dans le sentier de la Tremblaie, et se mettent à courir comme s'il avaient eu les cinqcfflitsdiableEàleuFs trousses. Pour iors, je ne me dis plus : C'est louche, je me dis au contraire : C'est clair.

— Et c'était clair en effet, interromphdenouveauM.Botùlieren s'agitant violenunent sur sa chaise; je parierais cent contre un que c'étaient les incendiaires.

— Je ne fais ai une ni deux, pnursuint Raonsson, je saote par-dessus une petite hâte pour arriver plus vite, et une fois dans le sentier de la Tremblaie, me voilà à cootw comme un perdu après mes deux coquins.

— Bravo I mon garçon ! s'écria le vieux ma^atrat d'un lûr de chaude approbation, un gendarme n'aurait pas mieux Eût.

!~ Moasifiiir le juge d« paix, répliqua BnbussM en <e

LE SERTILHOHHE CAHPAWAIID. 31T

redressant d'un air de dignité offensée, il me semble qu'as ancien maréchal des logis au deuxième régiment des cuirassiers de la garde vaut bien tous les grippe-^oquins an monde.

— Laisse là les ouïvasdwsde la garde, dit H. de Vandrej^ et continue ton rapport.

— VoiB savae, mon colonel, que le sentier de la TreBW blaie est bordé des deux c61ée, pendant près d'un quaif. de lieue, pariine haie usez élevée j mes deux fuyards, que je semiis de près, ne pouvaient donc se saaver ni à droit« ni à gauche, aussi filaient-ils droK devant eux, sans s'iunuser à compter les cailloux, ni moi non plus. Quoiqu'on ne vit presque goutte, nous courions donc tous les troiscomme des chevaux qui ont pris le mors eux dents. Enfin je gagne du terrain et je finis par accrocher un de mes drdies par le collet de sa blouse.

— A moi I ditHl alors en aillant son compagnon, nooi sommes deux, et il n'est qu'un.

Pour lors je vois mon brigand qui tire de sa poche um couteau tout ouvert; mais excusez, au lieu de lui laisserte temps de s'en servir, je lui appltqtiesur la télé un coup ds poing qui vous l' étend roide au milieu du sentier. En voyant ça, l'autre coquin, qui avait commencé de revenir sur sei pas, se remet à courir un peu plus vite qu'auparavant.

— Lâdie! lui criùt celai que j'avais jeté par terre,.tK m'abandonnes !

En même t^nps il essayait de se relever, mats d'un eoty de pied dans les rems je lui ai iÂentM fait reprendre le position d'un chien qu'on fouette. Saves-vous ce que m'a dit alors le gredin I

— Au lieu de m'assommer, coin% donc après ce gueux de Lamoureux, c'est lui qui porte le magot.

— Lamoureux I... le magotl répéta le jugedepaix, il s'Agissait donc d'un vol 1

-:- Çefit ce que je pensai tout de suite; pourlocs, conu»

Ml (EUTHBB DE CQ. DR BEIlRAItD.

je venais de reconnaître mon drble, quî n'était autre que M filou de Bancroche...

~— Bancroche, Lamoureuxl interrompit de nouveau M. Bobilier, deux repris de justice, les plus dangereux coquins du canton ! Nous somnjes eut la voie, je le parierais. Ma'iB continuez, mon brave Rabusson.

— Ponr lors donc, ayant reconnu Bancroche, je lui prends son couteau et je le laisse sur la place pour courir après le porteur du magot. Il avait de bonnes jambes, celut-d. Sacristie! j'ù (diassé bien des fois aux cdiens courants; mais ni Mireau niBavageau n'ont un jarret de cette forcelô. Croiriez-vous, mon colonel, que ce brigand de Lamoureuxaeu l'infamie de me faire courir jusqu'aux Trois- Chénes, une demi-lieue plus loin que la Tismblaie ? Heureusement encore qu'il avait perdu la tête, et qu'au lieu de se jeter à droite dans vos bois il avait pris par les prairies ; car une fois dans le taillis il m'aurait bien sûr échappé.

— Enfin l'as-tu attrapé t demanda le baron.

— fine manquerait plus que çaquejene l'aie pas attrapé! J'ai donc fini par lui mettre la main au collet, et pour lors je lui ai d'abord administré une demi-douzaine de taloches un peu soignées, pour lui apprendre à ne pas courir si vite une autre fois; puis ensuite je me suis dit : — Il y a plus d'une lieue d1ciiLChàteaugiron;je n'ai pasdecordes pour ficeler ce gueux de Lamoureux ; si je le laisse en liberté, il me fera encore courir, et ça ne me sourit pas ; le tenir par le coilet pendant près d'une heure de chemin, ça ne me sourit pas davantage, d'autant jAm qu'il n'est pas encore jour; pour lors, comment vais-je faire î

— Qu'as-tu fait T '

— Je me suis rappelé la cabane du vieux Pagery, où â ne reste que les quatre murs, et qui est tout à côté des Trois-Chènes ; j'y ai fait entrer mon brigand, qui avait aussi besoin de se reposer que moi, et j'ai monté la faction à k porte, c'est-à-dire à la place où était autreioisia pOTte»

d.,GoogIc

U OSHTILUOHHB CAHPlGNAitD. 11»

jusqu'au jour. Pour lors, quand on a vu clair, j'ai fait marcher mon prisonnier devant moi jusqu'à la Tremblaie, oà > D0U3 avons cassé une croûte...

— Cominent donc, interrompit H. de Vaudrey, tu as déjeuné avec ce drAle?

— Que voulez-vous, mon colonel, il n'avait pas mangé depuis vingtrqoatre heures, à ce qu'il m'a dit, et il me regardait déjeuner d'un âr si affamé, que je n'ai pas eu le cœur de lui refuser un morceau de pain et une tranche de jambon.

— Tu as bien fait ; l'homme qui a faim, fùt-il un bandit, a droit à des égards.

— D'ailleurs il a payé son déjeuner.

— Comment cela I

— En approchant de Chàteaugiron, ne voiljl-t-il pas que mon ingrat coquin a voulu de nouveau jouer des jambes; mais, minute, je vous lui ai appliqué une seconde volée encore mieux conditionnée que la première, et ça l'a rendu aussi obéissant qu'un chien bien dressé.

— Vous avez donc amené cet homme ici I demanda Héraclius.

— Oui, monsieur le marquis ; je l'ai remis aux gendarmes qui sont dans la couf et je suis venu faire mon rapport à mon colonel.

— Ah çà, dit H. Bobilier, et le magot dont parlait Bancroche, vous n'en faites pasmention; c'estpourtantle point principal ?

— Le magot, monùeur le juge de paix, répondit R^usson qui sourit d'un air de triomphe et développa la blouse qu'il tenait en paquet sur son bras, le magot, le voici.

A ces mots, le fidèleAchate du baron de Vaudrey posa mt la table un coflfret d'ébène richement ciselé.

— La cassette de madame deBonvalot! s'écrièrent en même temps Chftteaugiron et Langsrac

d.,Googlc

annrus de ch. bb a

U DEHAHDK EN MARIAGE,

Le récit de Rshusson, et surtout la cassette retrouvée par lui avant qu'on eût pu y rien soustraire , ne laissaient aucun doute sur la double culpabilité de Bancrocbe et de Lamoureux. C'étaient bien évidemment ces deux bandits qui, après avoir commis un vol dans la cbamtve de madame de Bonvalot, avaient misle feu au chftteau dans le but sans doute de faire disparaître, an moyen de ce second crime, les traces du premier.

Tandis que M . Bobilier, aiguillonné p* cet incident inattendu, reprenait d'une ardeur nouvelle son enquête préparatoire, et que les gendarmes montaient à chevd en toute hflte a&Q de poursuivre Bancroche, qni n'avait pas jugé it propos d'attendre dans le sentier de laTremblaiele retour de Babusson,H. de Vaudrey prit son neveu â part et lui dit-:

— Si ta femme peut quitter sa mère pendant quelques minotes, i^ie-la de m'accorder une petite audience.

— Un tëte-à-téte, mon oncle ? dit le marquis en souriant.

— Non, puisque tu seras prtsentj j'ai à vous parler à tous deux.

Un instant après Héractius et Hathilde rejoignaient le baron dans un petit salon dépendant de l'appartement de la marquise, où il était allé les attendre.

— Mes chers enfants, dit M. de Vaudrey après leur avoir fait signe de s'asseoir et s'être assis luinnéine, nous allons, s'il vous plett, tenir un petit conseil de fanùUe. Figu- PBz-vous d'abord qu'en ce moment nos rôles sont intervertis ; vous êtes, vous, denx grands parents bien vteérables et bien rusonnables; je suis, moi, conuue qui dirait votre

LE OERTILBOHHE CAMPAtmABD. 3*1

coquin de neveu, qui, ne sachant irop si ce qui lui trotte dans la cervelle obtiendra votre approbation, vient vou» demander conseil et vous soumettre sa conduite, ce que, par parenthèse, les coquins de neveux ne font pastonjours. D'un regard malicieux le gentilhomme campagnard appliqua au marquis ces derni^s paroles.

— Pariez, mon cher oncle, ou plutôt, mon cher neveu, dit madame deCb&teaugiron d'un ton d'enjouement ; en ce moment j'ai soûrante ans, et c'est la raison même qui voua c<niseilleraparma bouche.

— Vous saurez donc, reprit H. de Vaudrey, qu'il y a par le monde, tout près d'ici, un jeune homoke plein de cœcr et-de talent, à qui, pour marcher de piùr avec les gens les plus distingués, il ne manque qu'une seule chose, un peu de fortune.

— M. Froidevaux, sans doute î dit le marquis.

— Tu as deviné. Son père m'a sauvé la vie, il y a vingts trois ans, sur le champ de bataille de Leipsick, et vous savez ce qu'il a fait lui-même pour moi cette nuit.

— En sauvant la vie au sauveur de ma mère, il s'est acquis des droits étemels à notre reconnwssance, dH Mathilde d'une voix émue.

— A la mienne avant tout, répliqua le baron en riant; car, je dois l'avouer, je suis de l'avis du bonhomme Chrysale, ma guenille m'est chh^, et sans Froidevaux eHe serait en ce moment réduite à l'état d'amadou.

— Ahl mon oncle! pouvez-voas paxiar en plaisantant d'un trait de dévouement qui a failli vous coâter la vie I Ma mère n'apn encore vous témoigner sa gratitude, mais croyez bien...

— Permettez, mon enfant; il ne s'a^t pas ici de mon dévouement, m^ de celui de Froidevaux; ne trouvez- voua pas que j'ai contracté envers lui une de ceadettes...

— Dont ilest imposable de s'acquitter.

— Sans doote, car il n'est joa probable que je troave

.,gn;:d.,G00gIc

Ui CBIJTU3 DB CH. DE BmtÂBD.

jamais l'occaûon de faire pour lui ce qu'il a fait pour moi; mais enfin, quoique je doive renoncer à la satisfacUoti de m'acquitter complètement envers lui, n'y aurait-il pas quelque moyen de lui témoi^er que je ne suis pas tout à fait un ingrat T Voilà sur quoi j e désire avoir votre avis.

En achevant ces mots, H. de Taudrey arrêta sur la marquise et sur Héraclius un regard qui scmblut fouiller aa fond de leurs cœurs. «

Madame de ChftteaugiroD, de son c6té, legarda soc mari en souriant d'un air d'intelligence, hésita un instant, et dit enfin :

— Je sais tonte prête à vous donner mon avis; mais pour cela, il faut que vous me permettiez d'abord de vous adressa une quesUon.

— Parlez !

— le vais vous paraître Inen hardie, peut-être même bien indiscrète...

— C'estégal.

— D'ailleurs, si vous trouves l'indiscréUon par trop forte, vous me gronderez bien sévèrement, je vous demanderai pardon, vous me pardonnerez, et tout sera dit : est-ce convenu!

— Bien certûnement. Gronder, cela me convient beaucoup ; vous pardonner, c'est4-dire vous embrasser, cela me convient encore mieux.

— Veuillez donc me dire, mon cher oncle, à cert^ns bruits venus jusqu'à moi, car vous saurez que je suis déjà très au courant de la chronique de Ghâteaugiron ; si certains bruits, dis-je, fort intéressants en eux-mêmes, doivent être pris au sérieux.

— Quels bruits?

— Yotie mariage avec madememoiselle Grandperrin ! ditlamarquise, après avoir hésité un instant.

— Ah 1 ah 1 fit le gentilbomme campagnard en rianl;je

m GENTILHOUIIS CASPAGHARD. 21*

parie qu'il y a'du Bobilier là-dessous, et que c^est lui qui vous a fait cette belle histoire I

— C'est lui^ eoeSet... H^s vous ne répondez pas?

— Avant de vous répondre, ma cher Mathitde, je désirerms savoir quel rapport il peut y avoir entre le bruit vrai ou faux de mon mariage et le conseil que je viens vous de-

— Le rayportle plus évident et le plus direct; si vous vous mariez, ce n'est pas i nous que vous devez demander conseil, mais à la personne que vous voulez épouser.

— En vérité t

— Hais certainement; en toutes choses, un mari ne doit consulter que sa femme ; n'est-ce pas, Héraclîus î

— C'est indubitable, répondit le marquis en riant.

— Allons, reprit H. de Vaudrey qui se mit à rire à son tour, puisque c'estlà undesarticlesdevotre charte conjugale, ce n'est pas moi qui essaierai d'en contester le mérite. Mais une question encore, continua-t-il en arrêtant de nouveau sur sa nièce son regard pénétrant : Si je donnais raisonàce bavard deBobilier en épousant lajeune fille dont il vous a parlé, cela vous déplairait-il beaucoup î

— Hais (Kla me ferait au contraire le plus grand plaisir ! s'écria la marquise avec un accent dont il était impossible de suspecter la sincérité; comment donc, une tante plus jeune que moi! une tante qu'on dit bonne et charmante et à qui je pourrais parler comme à une amie, comme à une sœur 1 Rien que d'y penser je suis ravie. Oh ! je vous ea prie, mon oncle, si vous vous mariez, que ce soit avec mademoiselle Grandperrin !

— Et toi, Héractius, que penses-tu dece mariage t

-— Ha foi, mon oncle, répondit le marquis, pour vous parler franchement, je suis en ce moni£nt d'un sentiment tout opposé à celui de ma femme. Épousez qui vous voudrez...

^A part mademoiselle Grandpenin, n'est-ce pasi io-

Stt (BnVBlS DE CH. DB BBRMABD..

tfiirompitle baron; eh bimi 1 rassure-toi ; je D'épouserai ni die ni une autre.

— H. Bd>ilier s'est d(mc trompé? demanda Bfe^iilde.

— Bobilier est^ un vieux fou qui, à soixante-douze ans ■ounés, serait très-capable de convoler en quatrièmes noces, et qui croit tout le monde aussi endiablé que lui-même; par bonheur pour moi, je ne partage pas son outrecnidance. He marier, à mon fige 1 et avecqui T avewme enfant de vingt ans.! ie méritâr&ia d'être mis aux Petites-Haisons.

— Mais, mon onclCj dit madame de CMlean^ron, on n'a que l'âge qu'on parait avoir, et avec une magnifique santé comme la vâtre

— Madame la marquise, intnrompît le gentilhomme campagnard avec une gravité affectée, savez-vous dtien que la seule supposition que je paisse commettre, la folie dont TOUS a parlé Bobilier, est un manque de respect pour ma barbe blanche I

— D'ab(^ votre barbe n'est que grise, répondit Ja jeune femme avecun malin sourire.

— Ah I mon enfant, qnand la neige commence à tomber c'est que l'hiver airive. Non, mon parti est bien pris, je ne me marierai pas; il e^ trop tard, ^nsi, ne parions plus de cette folie, et revenons à l'avis que je vcras ai demandé.

— Puisque votre r^lutioa à l'égard du mariage est bien arrêtée, dit la marquise d'un tooiiref et décidé, voici'ae qu'il faut fiùre: priez M. Froide vaux d'accepter dès à présent U pension que vous donenriez à votrefila si vous en aviez un ; dites-lui de trouver au plus vite une aimable femme digne de lui et de vous, et assurez-leur -votre fortune . De la sorte vous aurez fait deuxhenreux au lieu d'un, et votre dette sera pa^fée autant qu'elle peut l'être.

., H. de Vaui^y comtemplaon inrïant sa nièce d'un air de douce surfvise ; mais au lieu de lui répondre, il s'ac wmanpiis :

t CAVPAeNAHD. 3»t-

— Que penses-tu de l'idée de ta femme f loi deinanda-t-U.

— Matbilde a lu dans ma pensée, répondit Chàteaug^roa «vec un accent plein defraDcbîse, et j'approuve complétament le conseil qu'elle vient de vous donner. Vous deves )a ^ à FroidevBux ; qu'il vous doive le tninheur Ei toutefois le bonheur existe 1

— Comment, monsieur, si le bonheur existe ! s'écria la marquise en jetant à son mari im regard de reproche ; estoe que vous en doutez 1

— Hais, mes enfants, dit le vieux gentilhomme sans parvrairii dissimuterentièrement son émotion, vous n'avez pasréfléchi que je ne puis enrichir Froidevaux sans vous désh^iterT

— Est-ce que nom voulons hériter de vous ? interrompit la jeune femme du ton le plus vif. Ne sommes-nous pas déjà assez riches, trop riches! devrais-je dire ! Quand mon plan n'aurait d'autres résultats que de détruire entre nous cette désolante question d'argent, je vous supplieras de l'exécuter. On dit que les personnes qui n'ont pas d^enfants se défient de leurs parents et attribuent volontiers à de vils calculs d'intérêt les témoignages d'affection qu'elles en reçoivent; eh bien ! quand vous aurez assuré votre fortune à M. Froidevaux, ces vilaines pensées ne pourrcmt pas vous venir à notre égard ; nous ne serons plus pour vous des tsoltatéraox, nous serons des amis; et moi qui suis très-démonstrative avec ceux que j'aime, je pourrai vous dire & quel point je vous suis attachée par le respect, par l'afiTeotion, par la reconnussance, puisque je vous dois la vie de ma mère ; je pourrai vous ^primer tout cela sans être soupçonnée de soi^r k votre héritage. — Succession^ héritage, des mots hideux I

H. de Vaudrey se leva brusquement, prit sa nièce dans ses bras, et sécha d'un baiser paternel deux IsEmes qu'dl» l'efforçaH en vain de retenir.

d.,GoogIir

U« (KCmtES DE GH. DE BEBIUKD.

— Héiaclius, dit- il ensuite, ta femme est un aoLle coeur, congé à la rendre heureuse.

— Mais il n'a qu'à continuer, reprit Hathilde qiû sourit à travers ses larmes et tendit sa main à son mari par un geste plein d'une chaste tendresse.

— C'est donc bien convenu, mon oncle, dit Chfiteaugiron, après avoir pressé sur ses lèvres la main do la jeune femme^ vous suivrez l'avis de Hatbilde?

— A un petit changement près. Je compte, puisque vous me le permettez, assurer à Froidevaux la moitié de nia fortune...

- Pourquoi la moitié seulement! interrompit madame

— Parce que l'autre moitié est destinée à mou filleul, le futur comte de Chfiteaugiron ; vous savez, ma chère nièce, ajouta le gentilhomme campagnard en souriant, que TOUS m'avez promis de me le faire embrasser avant un an.

— Mais je n'ai rien promis de pareil, répondit la jeune femme, qui baissa les yeux et les releva aussitAt ; d'ailleurs ce n'est pas d'un baptême qu'il s'agit ici, c'est d'un mariage ; car puisque votre intention est de rendre M. Froidevaux le plus heureux possible, il est bien entendu qu'il s'occupera sans délai de trouver une petite femme bien aimable, bien bonne, bien jolie même, ce qui ne g&tejamais rien...

. — Soyez tranquille, interrompit le baron avec un sourire où perçait une sorte de mélancolie, la petite femme dont vous parlez là est toute trouvée.

— En vérité ! s'écria la marquise d'un air de curiosité,

— Comment 1 cet infernal bavard de Bobilier, qui a fait de si belles histoires sur mon compte, ne vous a donc pas parlé des amours romanesques de Froidevauxï

— Hais non : vous allez nous raconter cela, n'estn» pasî

— Un autre jour.

tJiie des femmes de U marquise entra dans le salon et

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LB GSNTILHOHHB CAHPACnABD. )ST

prévîeutsa maltresse que madame Bonvalot la demandait.

— Vous allez tout de suite chez H. Proidevaux T dit Hathilde au baron avant de sortir.

— Fiez-vous à moi, répondit-il, à dtner je vous apprendrai du nouveau.

U DEHAItDB EH KARUeS (tmv^

Une heure plus tard, M. de V&udrey, C[ui d'abord était allé chez lui Taire une toilette complète, entrait dans le salon de la fot^e.

— Quel prince attendez- vous 1 dit41 & madame Grandpenin qui s'y trouvait ainsi que son mari. Vos esclaves en livrée ! des fleurs partout I les fauteuils débarrassés de leurs vénérables housses 1 je le répète, pour quelle tête couronnée avez-voHS fait ces frais î

— C'est de M. Grandperrin et non pas de moi qu'il faut TOUS moquer, répondit Clarisse avec un sourire aif^re-doux; y s'est figuré à tort ou à raison que madame la marquise de Châteaugiron avait l'intention de m'honorer d'w>e visite, et il a voulu, un peu prématurément, je crois, oue îoute U maison fftt sons les armes.

— le sais, reprit le baron, que ma nièce se dispose en effet avenir voasvoir,maisil n'est pas probable que ce soit aujourd'hui. L'alerte de cette nuit...

— C'est ce que je disais tout i l'heure à ma femme, interrompit le maître de forges; il n'est pas probable que madame la marquise, il peine remise de la frayeur qu'elle a d(i éprouver, songe & faire des visites, et il me semble que, vu la drconstance, il serait convenable de la prévenir.

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1I3S (EDVBBS BB CB. SB BraNARD.

— Mais je ne m'y oppose pas, répondit madame- Gnmdi»' perrin de l'air le plus calme et le phis aatucel.

— N'est-ce pas mademoiselle Victorine que j'apo^is dans le jaidiiil demanda M. de Vaudrey en chûageant brusquement le sujet de la conversation.

— Elle-même, répondit H. Grandperrin après avo» regardé à travers une des fenêtres.

— C'est, je crois, notre ami Froidevaux qui se promène avec elle î

— Un digne et loyal garçon. Vous savez qu'il est k nous? Ha femme l'a à bien prêché hier qu'il a pris l'engagement formel de me donner toutes les voix dont il dispose, et pendant toute la matinée, il n'a fait que counr pour me recruter d^ partisans. Ah i c'est que quand ma femme se mêle d'entreprendre une convewon...

— Froidevaux vous a-t-il parlé du petit service qu'il m'a nndu cette nuH T

— Loi I pas le moins da monde. J'ai seulement aitenda dire à quelques-uns de:mes ouvrira qu'il s'hait, ainâ que vous, beaucoup exposé pendant l'incendie.

— Aussi modeste que courageux, se dit le baron ; honnête, intelligent, généreux I où trouv»nia-je ailleurs autant de garanties pour l'ai%nir de cette cbëre enfant) Oui, j'en suis B&r, il la rendra heureuse.

— Vous êtes bien rêveur, dittoot k coup madame Grande perrin, qudque chose vous préoccupe 1

— C'est vrai, répondit M. de Vaudrey eu rehnaut b tête.

— Serai-je indiscrète si je vous- demande le sujet de votre préoccupation t

— En aucune manière, puisque je viens ici tout ex[»^ pour vous le dire.

— Ah 1 idi ! voyons, dit le maître de forges, c'^ dons ime affaire sérieuse }

— Tout ce qutl y a de plus sérieinu

d.,GoogIc

' LB flBinUHOHHB CAMPAGNARD. 3St

— tTn tnanage peutrétre ? dit Oarisse, qui sourit à demi en arrêtant sur le baron un regard perçant.

— Toutes cas femmes sont plus ou moin» Borciëres, pensa le gentilhomme campugnard qui, après otoït fatt cette réflexion philosophique, dit à haute voix :

— Précisément, madame, un mariage.

— Nous vous écoutons, dit de l'ur le plus gmciem madame Granâperrin, après aroir lancé à son maii on coup d'oeil d'inteiligeuce.

— Puisque le mot mariage a été déjà fnvnoncé, grâce à la perspicacité surnaturelle de madame, reprit M. de Vaudrey avec un sourire sérieux, tout préambule est inutile ; je vais donc droit au fait, et je vous demande la main de mademoiselle Victorine.

Un éclair de triomphe brilla dans les yeux de madame Grandpsrrin tandis qu'un sourire d'orgueilleuse satisfaction s'épanouissait sur le visage de son mari.

— Ainsi, dit Uarisse d'un air fia et l'on pourrait dire caressant, ce que j'aviûs cru remarquer était bien réel ; vous aimez Victorine et vous désires l'épouserl J'ignore ce que H. Grandperrin...

— Permettez, interrompit vivement le baron, j'aime beaucoup mademoiselle Victorine, c'est la vérité; mais quant à avoir l'idée de l'épouser, je ne suis pas assez fou pour cela.

L'éclair de triomidie s'éteignit dans le regard de madame Grandpemn, et l'orgueilleux sourire disparut des lèvres de son mari.

— J'ai donc mal entendu T ditce dernier avec un accent île désappointement qu'il s'efforçait de dissimuler; ne Tenez-vous pas de me demander, en termes poûtifs, la main de ma fille T

— Sans doute, et je vous la demande encore, mais er m'oit pas pour moi. ,

— Et pour qui donc

ItO (EliVBES DB CH. DE BEBTfABD.

— Pour ce digne et loyal garçon dont vous parliez tonf à l'heure, pour Georges Froidevanx.

— Froidevaux 1 s'écria le mattre de forges en faisant nn baut-le-corps, un homme qm n'a rien !

— Pardonnez-moi, répliqua doucement M. de Vaudrcy; sans parler de son talent, qui, sur un thé&tre convenable, lui vaudrait une fortune, Froidevaux possède dèa à présent dix mille livres de rentes, et il lui en reviendra autant un peu plus tard.

— Il vient donc d'hériter?

— Pas encore, heureusement pour quelqu'un à qui je porte quelque intérêt, répondit le baron avec un soutire de bonne humeur.

— Cette fortune lui est donc venue en dormant?

— Pas tout k fait, quoiqu'il fût en efiet l'heure de dormir quand il l'a acquise.

— Expliquez-vous, mon cher baron, car il m'est impossible de rien comprendre à vos énigmes.

— Voici toute l'histoire. Le petit service que Froidevaux m'a rendu cette nuit, et dont il ne vous a pas môme parlé, consiste i m'avoîr retiré des flammes où je commençais à rûtir bel et bien, en d'autres termes, à m'avolr sauvé la vie.

— Ah I diable I je ne savais pas cela... Mais ces dix mille livres de rentes ?

— Comment, vous ne comprenez pas ! dit le gentilhomme campagnard en haussant légèrement les épaules ; ces dix mille livres de rentes sont le quart de mon revenu dont Froidevaux jouira dès à présent, en attendant que ma mort le mette en possession d'un second quart. La moitié de ma fortune à lui, l'autre moitié au premier enfant mâle de ChJiteaugirou : c'est une affaire arrangée.

Le riche industriel regarda l'ancien militiùre comme s'il eût hé^té à croire que c«lui-d parlât sérieusement.

— Quoi ! dit-il enfin, vingt mille livres de rentes h fVoîdevaux parce que le hasard a voulu.»

LK GENTlCaOHHB CAlOAtillAHD, J|f

— Il n'y a pas de hasard, iaterrompit le baron d'un ion bref, il y a un homme qui a risqué sa vie pour sauver celle d'un autre.

-^ C'est fort bien sans doute, mais vingt mille livres de rentes ! j

— Libre à vous de penser que ma peau ne vaut pas cela; mais à votre tour permettez-moi d'être d'un autre avis.

— Et le marquis de Châteaugirun... poursuivit H. Grandperrin après un instant d'hésitation, connut-il votre projett

— Parbleu I à qui en aurais-je fait part, sinon b luit

— Et.... il ne vous a fait.... aucune observation T

— Si fait.

— Ah I ah I fit le maître de forges es adressant à sa femme un din d'œii expressif; ah I H. de Ch&teaugiroa vous a fait des observations 1

— Oui, répondit tranquillement H. de Vaudrey, mon neveu et sa femme auraient voulu que j'assurasse à Froidevaux la totalité de ma fortune ; mais j'aî fini par leur faire entendre raison. Maintenant nous sommes tous trois d'accord, et l'affaire est définîtiventent convenue comme je vous raidit.

M. Grandperrin regarda de nouveau le baron avec l'ébahissement d'un homme à qui Ton parle un langage inintelligible.

— Ah cà I qu'y a-t-il donc de si étrange dans ce que je voun dis là T demanda brusquement H. de Vaudrey ; on dirait, à voir ^otre mr étonné, que je vous raconte une histoire des Mille et me Nuits.

— M. Grandperrin fait comme moi, il admire, dit Clarisse en rompant le silence qu'elle gardait depuis quelque temps.

Sang paraître remarquer le sourire plein d'amertume dont furent accompagnées ces paroles, le baron reprit sa négodation matrimoniale.

— Vous voyez donc, dit-il, que Froidevaux est dès »

o;,GoogIc

Ui mmai db es. la ^uabd.

moment un parti BOtiabUa, «t que ses actions gafferont «ic<s« œnt pour œai par la snite. Fort galant htxnme d'ailleurs ; franc, probre et loyal ; plein d'honneur et de talent; d'un Age convenable, d'un physique mieux que mal, d'une santé de fer, d'un caractère éprouvé. Que dianfie 1 il me semble que tout cela ctunpose l'étoffe d'un excellent mari et que vous pourriez aller loin avant de trouver quelqu'un qui réunit h ce point les qualités que vous avez le droit d'exiger de votre gendre !

A meeure que le baron faisait l'éloge du jeune avocat, M. Grandpernn remuait la tête de haut en bas en manière d'acquiescement; mais, sur un signe improbatif de sa fenmie, il interrompit cette pantomime de bon augure, et lépoodit avec un embairas visible :

— Mon cher baron, je toaibe d'accord de tout ce que vous me dîtes là, et je ne conteste certainemeat aucun des mérites de H. Froidevaux; mais...

— Mats quoiî

— Mais en dehors des qualités que vous venez d'énumérer, il en est d'autres encore que je désire rencontrer dans l'homme à qui j'accorderai la main de ma fille.

— Des qualités quf^Froidev»ix n'a pasi lesquelles, s'il vousplallT

— Mais, par exemple... la naissance.

— Commenti la naissance ! qn'avei-Toos à dire de celle de Froidevauxï Son père, un des plus braves officiers de l'armée, est rn^wt chef d'escadron de cuirassiers ; son grandpère était un médecin fort estimé ; sa famille eet établie dans ce pays de tanps immémorial, et elle a toujours joui de la considération universelle; que pouvez-vous demander de plusl >

— T(Mit cela est vrà; mais le sens que j'atjche au mol

— Et quel sens y attachez-vous, je ywia prie T

~ Vous comprenez bien oe que je veux dire. E| bq

U fifiNTILBOHHE CAlIPAfillAMD. 34S

mot, M. Froidevatix n'est pas un liomme de condition...

— Va homme de condition ! Ah çà ! Grandperrin, je puis dii« cela devant votre femme, vous êtes fou.

— Je vous remercie du compliment, répoiidit le maître de foi^s avec un sourire forcé.

— Oui, fou, je le répète. Quoi I vous bourge<»s, et tout ce qu'il y a de plus bouigMis, vous exigerez de votre gendre fiitur qu'il soit ^ntilhomme ?

— Que voulez-vous, mon cher baron, c'est mie faiblesse, c'est un ridicule, c'est tout ce qu'il vous plaira, mais c'est ainsi. Je ne sois nulteraent partisan des fffincqiea de l'égalité, moi ; quoiipie j'appartienne à la bourgeoise, aÎDsi que TOUS venez de le dire, je prise fort la noblesse; en un mot, à défaut du sang j'ai la fibre aristocratique, et je suis fort déddé à ne marier ma fille qu'à un homme qui ait un nom, et, au besoin, un titre.

— Au baron de Vaudrey, par âLemple? dit le gentilhomme campagnard en regardant âxâment l'oif^iUeux bourgeois.

— Certes, répooiMt ce dernier, », comme je l'aï cm ud instant, vous m'aviez demandé pour vous-même la main de ma fille, ma réponse eût été fort digérante de celle que je suis obligé de vous faire.

— Parlez-vous sérieusement î

— Fort sérieusement, et je suis sûr que ma fenmie m'approuve.

— Écoutez, Grandperrin ; je viens de (Kre que voue étiez fou, le terme est trop faible : c'est archi-fou, c'est ensorcelé, c'est endiablé que j'aurais dû dire. Quoi ! poursuivit le baron en s'animaut de plus en plus, si de mon câté j'avaiï perdu la tête au point de vouloir épouser Victorioe, vous me la donneriez donc, à moi votre aîné de trois an» < à moi barbe grise 1 à moi criblé de blessures et de rhumatismes I Vous forceriez cette pauvre enfant d'épouser un vieux grognard, car que siii»-je autre chuseT parce que ce vieux

m CEUniES DE CH. DE BERNARD.

grognard s'appelle Vaudrey et possède une particule devant son nom ! Vous consentiriez au malheur certain devotre fille unique, et quelle fille bonne et charmanie 1 pour avoir le petit plaisir de dire, en parlant d'elle, madame la baronne! Et cependant, Grandperrinj vous n'êtes pas uo mauvais père I

— J'ai même la prétention d'être un père excellent, répondit le maître de forges en souriant d'un air contraint, car cette véhémente apostrophe l'avait ému en dépit de sa vanité.

— Eh bien ! s'il est vrai que vous aimiez votre fille autant qu'elle le mérite, occupez-vous de son bonheur au lieu de chercher à donner une puérile satisfaction à votre amourpropre. Vous pouvez en croire un homme dont la baronnie remonte aux croisades et la noblesse un peu plus haut, uq bourgeois comme Froidevaux, jeune, honnête et plein de talent, vaut poiu- votre fiUe tous les gentilshommes du monde. Et puis, au bout du compte, ajouta M. de Vaudrey en changeant subitement d'accent, avez-vous à reprocher à mon prétendant autre chose que son manque de naissance?

— Rien autre chose; s'il remplissait la condition que je suis résolu d'exiger de mon gendre, je n'aurais aucune objection à faire contre ce manage.

— Si donc Froidevaux avait un nom qui sonn&t à votre oreille d'une manière suffisamment aristocratique, vous lui accorderiez la main de votre lille }

Un regard expressif de madame Grandperrin autorisa le niattrc de forges à faire une réponse affirmative, que l'incorrigible roture du jeune avocat devait rendre illusoire.

— En ce cas, dit le père de Victorine, je l'accepterais pour gendre d'autant plus volontiers, que je rends justice à ses qualités, et que, d'un autre cfité, vous semblez désirer vivement ce mariage.

— Fort bien; je prends acte de votre promesse, répondit

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1£ GEmaHOHHE CAUPACNABD. ItS

vivemeut le baron; maintenant fait6s-moi le plaisir d'aller , me chercher le Code civil.

— Le Code civil 1 répéta le maître de forges étonné.

— Oui; vous devez l'avoir dans votre bibliothèque.

— Est-ce que vous comptez trouver dans ce livre une recette pour changer un boui^ois en gentilhommef demanda Clarisse avec un accent de persiflage.

— Peut^tre bien, madame. Grandperrin, ayez donc la bonté d'aller me chercher ce que je vous demande.

Le maître de forges se leva, et sortit du salon.

m ARTICLE DU CODE OTIL.

~- Deux mots, ma chère Clarisse, tandis que nous som> mes seuls, dit alors M. de Vaudrey en se rapprochant de la maltresse du logis ; la conclusion de ce mariage dépend de vous, car vous avez tout pouvoir sur H. Graodperrin; au lieu de lui faire signe de refuser, comme cela vous est arrivé tout à l'heure, autorisez-le d'un geste à accorder son consentement, et dans cinq minutes tout sera terminé .

— Vous vous exagérez singulièrement l'ascendant que je puis avoir sur H. Grandperrin, répondit la jeune femme d'un m réservé.

— AUoDs donc 1 comme si je ne savais pas qu'il ne vwt que par vos yeux.

— Eh bien ! en ce cas, il me semble que vous auriez pu vous adresser d'abord à moi.

'— C'était mon intention ; mais je vous ai trouvés ensemble, et vous savez qu'en toutes choses j'ai l'habitude d'aller au but parle chemin le plus court. Voyons, Clarisse, pouty tuivit le vieux gentilhomme avec un mélai^e d'affection et

.,gn;:d.,.G00gIc

Ht ŒUTHEB DE CB. DE BEBNAKD.

de fermeté, montrei-vous raisonnable et rencHOcez à nn projet qui ne peut pas se réaliser. A une époque oii vous nourrissiez contre mon neveu des sentiments de haiae et de V'^ngeance, vous avez peneé à me faire épouser voire belle-fille, sans voos apercewir que c'eût été punir cette pauvre Victorius et moi-même, bien plus encore qu'Héraclius; aujotird'fam que la haine etla vei^eance doiveiit £tre enfin remplacées par la paix et par l'oubli, tous ne devez plus songer k cette union extravagante à laquelle ni Victorine ni moi ne consentirons jamais. J'aime beaucoup cette aimable enfant^ainsi que vous vous en êtes aperçue ; et c'est parce que je l'aime sans illuaon et sans égoî^ne, que je désire qu'elle épouse Froidevaux, car je le crois digne d'elle.

— Vous tenez donc beaucoup à ce mariage? dit madame Grandperrin d'un air irrésolu.

— Je tiens à payer nia dette h Froldevaux et à assurer le bonheur de Victorine; car ils s'aiment, voitt ie savez aussi bien que moi. Voyons, mon eofwt, accordez-moi œ que je vous demande ; c'est votre vi^l ami qui vous en prie

Madame &andpenin tendît la main au ban»! par on geste empreint de mélancotie.

— Après tout ce que vous avez fait pour moi, réponditedle d'usé voix légèrement altérée, je serais une ingrate si e résistais plus longtemps. Mou ascendant sur H. (îrandperrin n'est pas tel que vous le supposez ; mais ei£u, p^ jou grand, disposez-en.

— Voici le recueil des Code.s, dit le naaltre de fi^es ea rentrant dans le salon.

— M. de Vaudrey prit le volante è tranche multicolore, le feuilleta pendant un instant et laissa tout à coup échapper un geste de satislactioo.

— Je l'aurais parié, dit-il en même temps d'un air }oyein^ l'articte y est, pardieu^ bien I

12 aatrojÊaiam ciwAffluitD. ut

— Que) artideî demanda' le mâtie de foires.

Le gentilhomme campa^md se leva, et d'an ton h la fois Bokond et enjoué:

— Mon cher Grandperrïn, et vous, madame, dit-il, j'ai fhonneur de «sng demander votre Me «o mariage non plus peur maître BroitîeTaox, avocat, mais pour Georges de Vaudrey-Froidevaux, mon fils adoptif .

— Votre' fiteadofitifl répéta U. GrandperriBen ouvrant de grands yeux.

— Si vous voulez iMen le permettre. Vous saurez que, quoique je n'aie pas fait mon droit, grâce à un assee bon nombre de procès dont le destin m'a gratifié, je connaît passablement mon Code. Tout il l'heure je me ^uis donc rappelé, assez vognement il est vrai, certain article qui, maintenant que je viens de le relire, me parait de nature à tnmoher net le nœud gordien que je cherche à d^KHier. Jugez-en vous-ntMe :

— Article 3të, poursuivit le bâton en ^ifffoehant de «es yoix le Code, qu'il avait gardé tout ouvert dans at main. aLafacultéd'adopttffnepourraâtreexercée qu'envers l'individu -à qui l'on waa, dans sa minwité et pendant six ans au moms, fourni des secourset donné des soins- noB interrompus, ou envers celui qui aurait sauvé la vie k l'adoptant, soit dans un combat, soit en le retirant des flammes ou des flots. D

— Fn le retirant des fiammes, entendez-vous, Grandpenin? Or c'est précisément ce qu'a fait Froidevaux cette nuit. Nous nous trouvons donc dans un des cas prénis par la loi; j'ai le droit de l'adopter, et je l'adopte.

— Sérieusement t demanda le maître de forges, dont Ui physionomie annonçait qu'il commençait i prendre un vif intérétà ta conversation.

— Comment, si je parle sérieusemement 1 Me prenea-vous pour un Gascon? J'adopte Froidevaux, vous dis-je, ce qui iBÏ donnera le droit de joindre mon nom au sea.

d.,GoogIc

348 (EDVBBS DE CH. DB OBRKABD.

— Et même de porter le vMre de préférence, dît d'un air animé le vaniteux bourgeoia.

— Vous arrangerez cela avec lui, reprit le geatilhomine campagnard en riant.

— Il pourra donc aus&i prendre vos arme&T

— Bieo certainement, et même mon titre, si cela peut Tousplaire.

— Comment! votre tita«T dit H. Grandperrin dont la physionomie s'épanouissait k vue d'œil.

— Mon Dieu I oui ; pour peu qu'il puisse vous être agréable que Victorine soit baronne tout de suite, je suis prêt i céder mon titre à son maii, et k m'appeler Vaudrey tout court.

^ Quoi ! vous renonceriez à votre titre de baron ! s'écria le père de Victorine d'un air stupéfait, d'où l'on pouvidt conclure hardiment que le riche industriel ebt été complètement incapable d'accomplir un pareil sacrifice.

~- Je vous ferai observer que si je renonce à mon titre, je garde mon nom, répondit le vieux gentilhomme avec un accent d'insouciance oji pergait une certaine moquerie.

— Et le nom de Vaudrey vaut tous les titres du monde, ' dit Clarisse, qui s'était aperçue que l'étonnement de son

mari frisait la sottise.

— C'estjuste,repritM. Grandperrin avec unrire de bonne humeur; le poisson est assez bon pour se passer de sauce. Saronne de Vaudrey-Froidevaux, cette petite Victorine I Ne trouvez-vous pas qu'accolé au vôtre, le nom de notre jeune homme change tout à fait de physionomie T

— C'est-è-dù^ qu^d a fort bon air, dit le baron en riant k son tour; voyons, que dites-vous de ma proposition!

— Ce que j'en dis... Mais d'abord, madame, qu'en ditesvous, vous-mémet répondit le mattrede forges en tournant vers sa femme une figure dont une sorte d'inquiétude comprimait Is complet épanouissement.

— £q face du noble et généreux [«océdé de H. de Van-

LE GEnTlLHOHHB CAVPAQNASD. 34 f

drey, toute béâtation me semblerait injurieuse, dît Ciaiisas qui parut ne pas prononcer sans effort ces paroles décisives.

— Vous me conseillez donc de dire ouiT reprît M. Grandperria avec une vivacité que rendaient plus remaniuable ses manières halrituellement compassées.

— Je vous le conseille d'autant plus qu'il est temps de mafier Victorine, et que H . Froidevaux me parait m^ter, sous tous les rapports, le double bonheur que lui ména^ son bienfaiteur.

— En ce cas, puisque ma femme y consent, c'est une affaire faite, dit le maître de foires radieux; touches là, mon cher baron t

— Conclu, répondit H. de Vaudrey en serrant dans sa large main les doigts du futur beau-père de Froidevaux ; l'adoption le plus t4t possible, et le mariage quinse jouis plus tard.

— Cest entendu, vous avez ma parole ; mais à propos, lyouta H. Grandperrin de l'air d'un homme qui s'avise subitement d'une chose à laquelle il n'a pas encore songé, il faudrait pourtant savoir si Victorine n'a point de répugnance pource mariage; je ne suis pas un tyran domestique, naoi, et il m'en coûterait de faire violence à ses sentiments.

— Soyez tranquille, répondit le gentilhomme campagnard avec un sourire empreint de mélancolie, je crois pouvoir vous garantir que laviolencie ne sera nullement néccs~ Baire.

— Si vous luiparhezT

— J'allais vous le proposer. Vous savez que mademoisdle Victorine et moi nous sommes amis depuis longtemps, et qu'elle écoute volontiers mes conseils.

- Allez, mon cher baron, allez ; au train dont vous menez les affaires, je ne doute pas du succès. Vous trouverez sans doute ma fille dans le jsrdin avec le beau

SfiO OttJVRBS DB CH. BB DEHNAIII).

Léandre. Nous vous donnons carte blanche, n'esfc^c pss> Clarisse 1 , — Il est trop juste de laisser à M. de Vaudrey w {daisir ^ conclure une négociation qu'il a si bien commencée.

Le gentilhomme campagnard échangea de nouveau une cordiale poignée de main avec le maître de foires, remercia madame Grandperrin par un regard expivsuf, et sortant du salon, il se dirigea rapidement vers la partie du jardin où il avmt aperçu qn^qoes instants auparavant les deux amants.

A la vue dn baron, qiû se montra înopinémeBt devant eux au détour d'une altée, GeCK^s et Vietorine s'arrél^vnt tout interdits, comme pourrwt faire un cunple de daims timides à l'aspect d'un astimal carnassier.

— C'est vous que je cherche, leur dit M. de Vaudrey avec une Ivusquerie peu propre à rassurer ces deux oœurs effarouchés.

Froideraux s'inclina d'un air contraint, tandis que la jeune tilte, les joues couvertes d'une éclatante rougeur, fusaitun effort pour sourire.

— Mon Dieu, dit^^lle, vous m'avez fait peur I H. Froidevanx me racontmt les détails de l'incendie de cette nuit; et j'en ai l'imagination tellement frappée , qu'en vous voyant paraître à l'improviste...

— Vous m'avez pris pour le feuT lui répondit le baron eu riuit sans pitié de son embarras. . .

— V«u8 vwis moquez toujours de moi I reprit Vietorine d'un air boudeur.

— Aussi pourquoi me parler da cet incendie qui est déjà de Fhistoire ancienne, t»idis qu« j'ai une nouvelle toidd fraîche et si intéressante à vous apprendre }

— Une nouvelle ?

— Une grande nouvelle.

— Intéressante T

— Extrêmement intéressante, pour vous surtout.

d.,GoogIir

LE GENTIIBOUIUB CAKPAGtlAUt. Ul

. .-De quoi s'agit-il donc? demanda la jeune fille, qui, sans pouvoir se douter de ce qu'elle allait apprendre, aenlii son cœur battre plus vite.

— Il ne s'agit de rien moins, ma jeune amie, que du nunage de mademoiselle Victorine GraDdperriu.

— Mon mariage ! s'écria Victome dont les brillanteg couleurs s'efiacèrent soudain.

■^- Son mariage ! dit eu même temps Froidevaux d'nna ^ois sourde et tremblante.

— Eli bien ! qu'y a-t-îl là de si surprenant, et à qui en avezvous tous deux avec votre air effaré t reprit M. de Vaudrey en riant d'une façon qui parut tout à fût barbare au couple amoureux; mademoiselle Victorine a vingt ans, sije ne me trompe, c'est le bon &ge pour se marier ; aussi la lésolutioa que viennent de prendre ses parents me parait-elle aussi juste que raisonnable.

— Une résolution prise... en mon absence, murmura la jeune fllle dont les yeux lançaient des éclairs, symptâmes de révolte ; ainsi, on a disposé de moi sans même me coosnlter... et l'on croit que /obéirai !

— Peut-on, dit à son tour Froidevaux le front couvert d'une morne pWeur et les lèvres frémissantes d'émoUon; peut-on, sans être indiscret... demander quel est l'heureux mortel... à qui est destinée la main de mademoiselle?

— Mais parfaitement, répondit le baron du ton le plus calme; cet heureux mortel, c'est M. de Vaudrey ici présent.

— Vous, s'écria Victorine en fondant subitement en lar^ mes, vous que je croyais mon ami 1 Est-ce là ce que vous m'avifiz promis?

— mon Dieu ! dit Geoi^es arac un accent de sombre désespoir, je ne croyais paâ-qUe je regretterais jamais d'avoir sauvé la vie à un homme.

— Ah çà, entendons-nous, reprit le gentilhomme campagnard touché de ces deux douleurs si profondes et si sincères; il parait que je me suis mal expliqué. Quand je pr^h

SSS CBOTHES DB CH. DE BSUARD.

noncelenomdeVaudrey, il est bien convenu qne je 00 parle pas du vieux Vaudrey, de l'anden soldat, de la htat>& grise, de moi, en un mot...

— Hais de qui donc parlez-vous alorsl demanda mademoiselle Grandperrin dont les pleurs s'arrétërentsubitement.

— Du jeune Vaudrey, morbleu! de l'héritier de mon nom^ ae mon fils adoptif, en un mot I

— Quoi I vous avez on filsT s'écria Victorine en recoiomençant de pleurer.

— Ah ! par exemple, cera me convient, dit entre ses dents le jeune avocat ; les cheveux blancs de ce vieux soudard me . liaient les mains ; mais entre hommes du même âge, rien de plus naturel qu'un duel ; avant d'épouser Victorine, il faudra que ce jeune et beau gentilhomme commence par me tuer.

— Oui, ma chère enfant, ditM. de Vaudrey en adressant à la jeune fille un sourire plein de bonté, j'ai maintenant un fils que j'aime beaucoup et qui, jecrois, ne vous déplaira pas trop non plus, quand je vous l'aurai présenté.

En disant ces mois, le baron prit Froidevaus par la main et, lui montrant ta jeune fille que ce geste avait rendue tntmobilede surprise :

■~ Georges, lui dit-il d'une voix émue, quoiqu'il s'efforçât de conserver le ton de l'enjouement, voilà votre femme; surtout rendez-la heureuse, ou vous aurez un terrible compte à régler avec moi.

— Quoi!... que voulez-vous dire?... Est-il possible qne vous parliez sérieusement ? s'écriëreitt à la fois les deux amants, qui n'osaient en croire leurs yeux ni leurs oreilles;

— Écoutez-moi, mes enfants, dit H. de Vaudrey sans quitter lamain de Geoi^eset en saisissant par un geste plein d'aifection celle de Victorine ; je n'aime pas les dettes, aussi n'ai-je pas voulu lais^r passer la journée sans vous payer, mon cher Froidevaux, celle que j'ai contractée cette nuit envers vous.

— Ah ! monsieur le baron, sfécria le jeune avocat d'une

a GSNTILBOUHK CAHPAGNAKD. 3BI

voix tremblante, le bonheur que vous me laisseï entrevoir eâ trop grandj et je n'ose y croire.

— Croyez-y, mon ami, car rien n'est plus réel. Vous adopter, si toutefois vous y consentez, vous donner mon nom et une partie de ma fortune ce n'e&t été m'acquitter envers vous qu'à moitié; mais Victorine, qui vous aime depuis lon^mps, je le sais, ne refusera pas sans doute dA vous payer le reste de ma dette.

— Honami ! mon p6rel dit lajeunefilleen se jetant dans les bras du baron.

— Ah I je voos y prenos, mademoiselle la pleureuse, dit H. de V^drey avec une tendre moquerie, maintenant quo vous êtes bien sûre que je ne veux pas être votre mari, vous âtes la première à m'embrasser.

— Mais mon père, mais ma belle-mère, reprit Victorine dont la figure rayonnante exprima une inquiétude soudaine, consentiront-ils...

— C'estdéjàfaitjtoutest arrangé avec eux, etvouspouvet aller les trouver. — Maintenant que vous voilà un peuremJs delafrayeur que je vous ai causée tout àl'heure, poursuivit le baron en souriant d'un air de douce plaisanterie, je vais faire ce qu'a fait Froidevaux cette nuit après m'avoir sauvé la vie.

— Qu'a-t-il donc fait 1 demanda Victorine, qui promenait du vieux gentilbomme à son futur mari ses jolis yeux bleus, encore embellis par l'expression du bonheur.

— il s'est sauvé pour m'éviter la peine de lui dire grand merci! répondit M. de Vaudrey,quis'éloignarapidementet disparut presque aussitôt derrière un massif, en laissant la couple amoureux plongé dans une extase que nous n'essaierons lias de décrire.

anmaa m cb. d£ BiMAUk

xxvni

LA uAPBIBK.

Le leademain étût le jour de l'électjoih

Par un concours de circonstances particulières que nsiw avoos rapliquées, M. de Vaudrey, le fidèle partisan de la dynastie déchue, et Geoi^es Froidevaux, l'homme du pn>grès, ayant réuni leurs efforts pour soutenir le candidat du gouvernement, celui-ci fut nommé dès le premier tour de acrutin A jne assex forte majorité.

L'élection terminée, le baron, qui, loin d'y [ffendre part comme \otant, n'avait pas même voulu y assister comme lémtHD, se reodit à la forge, où H. Grandperrin, encwgueiUi de sDQ triomphe, venait d'être reconduit par ses oartisans, presque aussi glorieux que lui-même.

Au milieu de cette ovation, qui, selon l'usage introduit eu France par le régime constitutionnel, deviùt se termina par on banquet, M. de Vaudrey prit à part le nouveau membre du conseil général, et lui dit ;

-~- Voilà une affaire en bon chemin, mais je De pense pas que vous vouliez vous endormir sur ce premier succès ; si vous m'en croyez, vous direz à ces dames éa faire leurs préparatifs de voyage, et ce soir même, ou demain matin au plus tard, nous partirons tous quatre pour Charolles. Je vous parle de cela [rarce que mon vieux berlingot a une roue hors de combat, ce qui me met dans le nécessité de vous demander une place dans votre voiture.

— Vous avez donc des affaires à Charolles t den^anda le naître de forges.

rr Toujours notre grande affaû^. PiHir que cela mardis

diyGoogIc

LB GENTILHOMME ClMPAeifABD. Si*

plus viU, Je vais présenter en perscmne, à l'homologatioii du tribunal de première instaDce, l'acte d'adoption (jue nous «vous passé ce matûi, Froidevaux et rooi, devant BobilieE, ^ Comment ! c'est déjà fait ?

— Parbleu ! me prenet-vous pour un traînard î Quand tout sera réglé à Cbuolles, j'irai à Dijon recommencer la cérémonie à la cour royale^ et ensuite nous n'aurons pUis qu'à cbanter : bymen ! 6 hyménée !

— C'est mener les choses militairement... Mais moi je i^ai rien à faire à Char(^e8.

— Comment I la députation de l'arrondissement n'estelle pas vacante et ne voulei-vous pas vous mettre sur les

- rangs?

— Sans doute, car ma femme le désire beeueoiqi.

— Eh bien ! alors battez donc le fer tandis qu'il est chaud ; vous avez à Charolles une maison dont le plus bel appartement, m'avez-vous dit, est en ce moment vacant; allez vous y établir ; tenez un état, donnez des dîners, des fêles ; en un mot, jouez votre rôle de candidat ; pendant ce temp^là Froidevaux, qui a du crédit dans tout l'arrondissement, vi^tera ses amis ; de mon cAté, je ferai mes circulaires, et vous verrez qu'en fin de compte nous enlèverons la députation comme nous venons d'enlever l'élection su conseil général.

— C'est fort tentant, mon cher baron ; mais, à supposer que je réussisse en effet à me faire nommer député, il faudra donc m'absenter une partie de l'année ; et alors qui dirigera mes forges ?

— Froidevaux, parbleu 1 puisqu'il épouse votre fille ; où ^uveriez-vous un régisseur plus intelligent et fias fidèle T

— Vous avez raison, Froidevaux pourrait me remplacer ; et d'un autre cdté il est certain que madame Grandperria serait enchantée de passer mie partie de l'année à Paris. Si vous lui parliez de oe petit voyage à Cbarolles t Vous savex ^u'eOe vous éooute voloiditïrs.

tSe CEUVUES DE CH. DE BEKKAItD.

— Je TaÎB lui en parler à l'instant même.

M. de Vaudrey quitta le maître de fo^es, et se fit annoiw cer chez madame Grandpeirin, qu'il trouva seule, car elle était enfin pervenuB à se soustraire aux félicitations des électeurs triomphants.

— Ma chÈre Clarisse, lui dit-il d'un ton affectueux, je comprends si bien la pénible émotion que doit vous causer la seule pensée d'aller voir ma nièce ou de ta recevoir chez vous, que je me suis creusé la tête afin de trouver un moyen de vous épargner , cette épreuve. Voici ce que j'ai imaginé.

Le baron expliqua son plan de voyage et ajouta :

— Vous voyez donc qu'en partant ce soir ou demain, et en habitant Charolles jusqu'au moment de l'élection, vous éviterez ce rapprochement qui vous effraie à juste titre. Je connais l'arrondissement, et il me parait certain que votre mari sera nommé ; une fois à Paris, vous l'y retiendrez, ou du moins vous obtiendrez de lui l'autorisation d'y rester jusqu'à ce que le temps, la raison... enfin jusqu'à ce que vous vous sentJez complètement guérie .

— Guérie ! mais je le suis, dit madame Grandperrin avec an fier sourire.

— Vous croyez l'être, maïs au fond. ..

— Au fond du cœur, vous dis-je, je suis guérie ; je le sens, j'en suis sûre, et je ne fuirai pas devant un danger qul'n'existe plus. Quoi 1 parce qu'il a plu à U. le marquis de Cb&teaugiron de venir habiter son château, faut-il que je m'exile? mais son orgueil triompherait de cette l&cheté '. Peut-être croiraitril que je l'aime encore, et plutôt mourir f.\Ë de lui laisser un seul instant cette idée ! Non, je ne partirai pas I Madame la marquise de Chàteaugiron peut venii me voir quand elle voudra ; je suis prête à la recevoir et à lui rendre sa visite. Peut-être même la préviendraî-je, cela ferait tant de plaisir à H. Grandperrin I

Clarisse accompagna ces derniers mots d'un rire à ma-

iM GraruBoniE gahpaghabd. ut.

queur et si méprisant, que le gentilhomme campagnard œ put s'empêcher de se dire mentalement :

— Pauvre Grandperrin I ta femme est bien jolie ; mais c'est égal, je ne voudrais pas être à ta place I

— D'ailleurs, reprit madame Grandperrin d'un ton plus calme. Je mariage de ma belle-fille et de H. Froidevaux n'aura-t-il pas lieu ici T Comment me dispenser d'y assister, ou comment empêcher que M. et madame de GhftteaugiroD n'y assistent eux-mêmes ? Vous voyez donc bien qu'il m'est imposable d'éviter cette rencontre, et puisque c'est un mal oécessaire, autant le subir aujourd'hui que plus tard.

— Écoutez, Clarisse, dit M. de Vaudrey, qui examinait la jeune femme avec une attention mêlée d'inquiétude, je TOUS connais depuis longtemps, et j'ai l'habitude de lire dans votre physionomie. Pour que vous ayez si subitement changé d'avis, il faut quelque raison grave, quelque rusoa que vous n'osez m'avouer !

— Et pourquoi ne vous l'avouer^je pas I s'écria madame Grandperrin d'un ton véhément ; pourquoi, après vous avoir rendu témoin de mes lâches douleurs, après avoir gémi et pleuré devant vous, pourquoi vous cacherais-je mes pensées, maintenant qu'elles ne sont plus de celles dont une femme doit rougir T

— Calmez-vous, mon enfant, et expliquez-vous, dit le baron avec un accent plein de bonté .

— Vous voulez savoir pourquoi j'à changé d'avis ; eh bien 1 écoutez-moi : non-seulement je suis prête à recevoir la visite de madame de Chiteaugiron, mais je la désire, cette visite, mais je l'attends avec impatience. Gela vous étonne, n'est-ce pas T

— Je l'avoue,

— Vous ne comprenez donc pas que, selon toute apparence, à l'une ou k l'autre de ces visites, on me présentera M. le vicomte de Langerac, et que je meurs d'enne de connaître M. le vicomte de Ltmgerac 1

o;,GoogIc

3n (BUVBES HBCa. OX MBIUBD.

— A quel propos, s'il vous plaît, arez-TOus envû de le connaître f

— A propoB du rôle qu'il joue su ch&teffli.

— 11 y joue donc ud vùle t ~ Ou le dit.

— Et lequel, je vous prie 1

— Hais. . . par exemple, le r61e d'ami de la mmson.

— Qu'entendez-vous par lit ? dit M. de Vaudiey en and" tSDt Rir Clarisse un regard sérieux.

— Il parait, mon cfaer baron, répondit la jeune l«mme avec un troid sourire, qu'eu dépit de vos yeux perçants vous Hes ansâ aveugle que les autres.

— Aveugle I que voulez-vous dire, moraieu I ~ Ah 1 si vous vous emportez, je me tais.

— Je ne m'emporte pas, répliqua le baron en s'efforçant de se contenir, je suis au contraire fort calme ; mm pourquoi dites-vous que je suis aveugle ?

— Parce que si vous jouissiez de votre clairvoyance habituelle, vous auriei deviné depuis trois jours...

— Quoi donc T ventrebleu !

— &icore t

— Je vous demande pardon... c'est une vieille habitude... -au fond je suis parfaitement calme... Qu'am^tùs-je deviné?

— Mon Dieu ! une chose fort peu surprenante, car on dit madame de Ch&teaugiron si jolie I

— Hais enfin, cette chose...

— Cette chose, dit Clarisse d'un air de négligence afTeo* téc, c'est que M. le vicomte de Langerac fait la cour à madame la marquise de ChfLteaugiron ; rien de plus.

— Quel est l'auteur de cet iof&me mensonge? s'écria y. de Vaudr^y en polissant de colère ; nauunez-le-moi 7

— Je m'eu^garderai bien ; ému comme vous l'êtes, vous ftfiez quelque folie dont vous vous repentiriez plus tard.

— Nonunez-le>moi, je le veuxJ

o.,GoogIc

— NoD. Tout ce que je puis tous dire, et cela dam l'tfttérét de madame de Ctaàteaugiron...

— Écoutez, Glatisse, mterrompit le boon, dont les yeoK lançaient des éclairs, haïssez okhi nereu tant qu'il voui plaira, cda m'est égal ; mais je ne siMiârinii pas que, par vm regard, par on sourire, par le moindre geste, vous parais* siez mettre &a doute l'tioimeur d'une jeime femme à qui j'ai voué, du premier moment que je l'ù vue, autwit d'estime que d'affection.

— Où vdyez-vous que je sosge à manquer de respect k la vertu de cette jeune femme ? répondit madtune Grandpeirin avec une hautaine ïnHiîe ; je ne voulais pas parier d'elle, mais de ce H. de Langerac, qui me parait un ador»teur un peu uidisoret, pour ne pas dire un pen compromettant.

— De gr&ce, ne me tenez pas ainsi sur des charbons m^ents, et dites-moi tout de suite ce que voas savez t

— Eb bien I par exenqde, pour vous donner une idée des petites indiscrétions de ce H. de Langerac, il paraît que quand il a bien déjeuné, il perd ses billets doux dans les Mbarets de village.

M. de Vaudrey se leva par un mouvement si violent, que le Ëmteuil où i) était imis roula au loin sur le parquet.

— Je vais diercher ce Langerac, dit-il d'une voi& sourde, et s'il ne donne pas à oette odieuse calomnie le démenti le plus formel, je lui coupe derant vous les deux oreilles.

— Et que voulez-vous que je fasse de ses deux oreilles T dh madame Grandperrin en haussant les épaules. D'ailleurs, soyez tranquille, il démentira tout ce que vous voudrez lin faire démentir, cela est de règle en pareil cas.

— Il y a bien longtemps que je suis votre ami, seprit le baron avec une émotion coneentrée ; mais pour peu que TOUS teniez à mon affection, ne souriez plus de cette raaoitoe urdonkpK et haineuse. Il s'agit de ma ititee, eateo-

310 OBUTUSS Dl CB. DE BEKKAKD.

dez-vous, ou plut6t de ma fille, car j'aî déjà pour elle une affection de père.

— Et que m'importe madame de Chftteaugiron ! répliqua Clarisse d'unair de pitiéméprisante; jenelaconuaispas, je n'en parie pas, je De m'enoccupepas; je ne vois ici qu'une chose, le juste et légitime châtiment d'un homme qui m'a outragée et que je hais ; d'un homme dont les infortunes conjugales réjouirontmon cœur, je vous te dis franchement, car il m'a trop fait souffrir ; mais, grâce à lui, je connais maintenant qu'il y a aussi du honheur dans la vengeance !

H. de Vaudrey contempla avec un mélange de courroux et de compassion la femme passionnée dont la physionomie respirmt en ce moment le triomphe de la haine satisfaite; puis, sans répondre un seul mot, sortit préci{Htamment du salon.

Quelques instants plus tard, le baron entrait au cbftteau. Dans un coin de la cour plusieurs domestiques préparaïrat une voiture de voyage et y rangeaient différents ohjels. Sans faire attention à cet incident, H. de Vaudrey monta les degrés du perron ; bous le vestibule il rencontra sod neveu.

Quoiqu'il se fût attendu à l'échec qu'il venait de subir, le marquis n'en avùt pas encore complètement pris son parti, car quel est le candidat malheureux qui se résigne sur-lechamp à sa défaite T Ce fut donc en souriant d'un air contraint qu'il alla au-devant du vieux gentilhomme.

— Je ne pense pas, lui dit-îl, que vous vous attendiez à des remerclments. Saturne mangeait ses enfants, mais vous, mon cher oncle, vous tuez politiquement votre neveu; et, en vérité, je ne sais lequel de ces deux traits est le plus barbare.

— T'4i-je pris en traître? demanda H. de Vaudrey.

— Non, puisque vous m'aviez prévenu ; mais, je l'avoue, je ne m'attendds pas b une exécutioa si rigoureuse ; car enfin, laissons de côté ma personne et abordons la quealiW)

LB GENIILnOUUB CA1IPAG^ASD. 161

générale, la question de principe, vous êtes donc d'avis, que, parce qu'une famille est tombée du trdue, l'aristocratie française tout entière doit renoncer à prendre part aux affaires du paysT

—Avant tout, je suis d'avis qu'un seul sermentsufSt^ Il vie d'un homme; tu en as déjà prêté un, tiens-t'y.

— Mais, mon oncle, avec votre système la noblesse, si déchue déjà, va se trouver complètement annihilée !

— Que veux-tu que j'y fasse t La noblesse s'en va, c'est un fait, et il n'y a rien à dire contre un fait ; ainsi, au lieu de défendre un intérêt de corps qui tombe en lambeaux, que chacun songe à sauver son honneur personnel, en uu mot, fais ce que dois, advienne que pourra l

— Cependant une foule de bons esprits pensent qu'au lieu de désespérer de l'avenir, on doit s'efforcer de reconstituer en France une aristocratie forte et puissante, dans le genre du torysme d'Angleterre.

— Rêveries creusesl dit H. de Vaudrey en haussant les épaules; qui dit torysme dit non-seulement noblesse, mais fortune et intelligence. Quand je verrai à la télé de notre prétendue aristocratie des gens comme les Northumberland, les Devonshire, les Rutland, les Bedfort et tant d'autres, qui possèdent en moyenne trois ou quatre millions de rentes, et connaissent la manière de s'en servir, je pourr» croire à ' l'avenir du torysme français; jusque-là il ne m'est pas plus possible de le prendre au sérieux que de comparer les courses de Chantilly à celles d'Ëpsom ou de Nevr-Market. Hais que parlons-nous là de torysme et de turfsî j'ai bien autre chose en tête 1

— Et moi aussi; savez-voos quelle est au château la grande nouvelle du jour? Ce n'est pas ma déconfiture, c'^ le départ de mabelîe-mère.

.— Ab 1 madame de Bonvalot nous quittet ^ Grâce à vous.

— CiKoment I grftce à moil

34) (ECVBES DE CH. DS KKNUD.

— Sam cloute, iasqu'kd ma belle-mère avait sopporté avec faérofsnie les différentes épreuves qu'elle & subies depuis soD arrivée : émeute, incendie, attaque de brigands; mais en apprenant mon échec électoral, qui entraîne monentanément la mine de ses projets, ^e a conçu un dépit si violent qoe, sans éo)uter les prières de sa fille et les miennes, elle a ordonné qu'on préparât tout sur-^e-cbamp pomr son départ. Vous avez dû voir sa voiture dans la cour?

— Kl bien 1 bon voyage ! dit M. de Vaudrey d'un air de parffute résignation,

— Mon Dieu ! mon oncle, reprit Héraclius en baissant la ▼ois, je dirais volontiers comme vous ; mais ma femme, qui, malgré les petits ridicules de sa mère, a beaucoup d'affection pour elle, est excessivement contrariée de ce bnisqne départ; je vais donc tenter «n dernier effort pour empêcher madame de B(Hivalot de nous quitter ; ainsi vous devriez vous joindre à moi.

— Parbleu, non j d'ailleurs, en ce moment je dierche H. de Langerac.

— Le voilà justement qui descend, dit le marquis en levant la tête.

— Laisse-nouB, j'ai à lui parler.

Le marquis, sans faire d'observation, prit un corridor è droite du vestibule, et se dirigea vers l'appartement oîi s'était établie la douairière depuis que l'incendie avait réduit en cendres celui qu'elle avait fa^ité primiUvement. De MU câté, le gentilhomme campagnard attendit Langerac, qui descendait le grand escalier en diantonnant d'un air vainqueur une cavatine italienne.

Le parfaH cwitentement qui éclatait sur les traits du vicofflte^et dans ses moindres gestes étaH causé par un mictoscopit^e billet que madame de Bonvalotlui avait glissé dans la main, à l'issue du déjeuner, et qui conteneàt ces seuls mots : Connais-tu la contrée oii let eitrannien fleuritletU f traduction du premier ■ven de la KHnanoe de Mignon

d.,GoogIc

U OEmiLHOUa CiHPAGHUtD. SU

que le coureur de dotsaraittraduit à son tour de la nuo^&rs suivante :

— Je vous accorde le rendra-veus en Italie que vons m'avez demandé avant-hier sok-.

En pensant aux conséquences solides qu'il comptait tirer de cette extravagante équipée, Langerac avait peine à contenir sa joie.

— Cette fois je tiens les millions, se disait-il, car je stiî» un homme trop mural pour enlever une jeune première si intéressante suas l'épouser. Alors que pourront dire sa fille et son gendre t N'aorai-je pas réparé mes torts T

La vue du baron qui l'attendait au milieu du vestibule, le maintien imposant et le front sévère, troubla légèrement le vicomte au milieu de sa joie dorée, toutefois il continua de descendre l'escalier sans interrompre sa cavatine.

— Monsieur de Langerac, lui dit le gentilhomme campagnard en l'invitant à se taire par un geste assez impérieux. vous allez mefairele plaisir de venir avec moi à la forge.

— A la forge, monsieur le baron ! répondit le vicomte surpris, et pourquoi cela, s'il vous platt 1

— Je vous le dirai en route.

— Hais je vous ferai observer qne je ne coimats pas U. Grandperrin.

— Ce n'est pas près de lui que je vous mène.

— Si c'est près de sa femme, je la connais encore bien moins, puisque je ne l'ai jam»s vue.

— levous présenterai. Veuillez m'accoinpagner.

Le baron parlait d'un ton d'autorité qui semblait n'ad mettre ni excuse si réplique; ausà, tout en pestant tout bat contre cette tmport«nité. Langerac se décidart-i) à faire ce • qu'on lui demandait.

Lorsqu'ils fur^t sortis du chftteau, M. de Vaudrey reprit la parole:

— Un bruit infâme, qui est cena aux oreilles de madame Grandperrin, court, & ce qu'il parait, dans la pays, dlb>it.

3*1 (XDVKES DE CB. DE BERRASD.

avec l'accent d'une grnvité menaçante; on dit, monsieuFj que votre apparente amitié pour mon neveu n'est qu'un masque dont vous vous couvrez pour cacher des manœunés aussi perverses que déloyales.

— Tout est découvert, se dit le vicomte troublé jusqu'au fond de l'Ame par cette rude apostrophe; la vieillards avait raison ; avant-hier soir, quelqu'un nous écoutait.

— On dit, repritM. de Vaudrey en redoublant de sévérité, qu'abusant de l'hospitalité que mon neveu vous accorde, vous vous efforcez... malheur à vous si le fait est vrai I... vous vous efforcée de séduire sa femme ou plutftt de la compromettre, car je crois madame de Chftteaugiron pleine d'honneur et de vertu.

-~ Je l'échappe belle I pensa Langerac en se remettant de son alarme.

— Que doi&-je croire de ce bruit, monsieur le vicomte de Langeracî poursuivit l'oncle d'HéracIius, qui s'arrêta brusquement et &sa sur son compagîîon un regard foudroyant.

— Monsieur le baron, répondit Langerac en étendant la main par un de ces gestes solennels qui conviennent à l'innocence accusée, je vous donne ma parole d'honneur, ma foi de gentilhomme, que c'est là un infâme mensonge, une épouvantable calomnie ; qu'on me mette en face de la per^ sonne qui a tenu ces indignes propos, et si elle n'avoue pas qu'elle en a menti par la gorge, il faudra qu'elle vienne se la couper avec moi, sûr comme je m'appelle Langerac.

■~ Fort bien, dît le baron d'un ton radouci; venez répéter cela devant madame Grandperrîn; je ne vous en de-

Un , instant après il étaient inrivés à la forge.

Après s'être assuré que madame Grandpemn se trouvait oicore dans le salon où il l'avait laissée. H. de Vaudiey dit an laquais k qui il s'était adressé:

d.,GoogIc

LE GEHTILHOHHE CAHPAGKAHD. 3li.

— Annoncez à votre naaltiesse M. le vicomte de Langerac et moi.

us DES! DÈPABTS

En entendant prononcer le nom de l'homme qu'elle regardait comme l'inGtrumenl de sa vengeance, madame Granâperrin se leva par un mouvement d'irrésistible curiosité ; mais presque aussitdt elle retomba sur son siège, frappée de stupeur.

De son cOté, Langerac, qui était entré dans le saloi d'une allure assez conquérante, s'arréla dès le second pas comme si, àlaplaced'uuecharmantefcmme, il eût eu sous les yeux q,uelque épouvantable monstre.

— Madame, dit H. de Vaudrey, j'ai l'honneur de vous

Le baron s'interrompit, car il venait de remarquer l'émotion extraordinaire de Clarisse.

— Qu'avez-vous ? lui dit-il en s'approcbant rapidement j vouspMissez. Qu'avez-vous donc î

— Cet homme ici! murmura madame Grandpenin d'une voix à peine distincte ; et c'est vous qui l'amenez !

U. de Vaudrey jeta les yeux sur le vicomte, qui, non moins troublé que la maltresse du logis, semblait avoir pris racine & la place où il s'était arrêté.

— Vous connaissiez donc déjà M. de Langerac I reprit-il à demi- voix, avec un accent d'élonnement que Clarisse prit pour une impitoyable ironie.

— Ah I c'est joindre l'outrage à la cruauté t dit-elle en lançant au vieux gentiUiontme un regard de lionne blessée;

;yGOOglC

t9t CRUTEBS n CE. DB BEKNAKD.

mais, de grftce, par égard pour H. Grandperrin, si ce n'est pour moi, éloignez cet homme ; je crois tuut, je consens è tout, je ferai tout ce que vous voudrez ; mais^ par pitié, qu'il s^éloîgne t

Un éclair traversa l'esprit du baron, qui se dit en moi> dant sa moustache ii belles dents :

— Mordieu ! quelle école iHoi qui m'efforce d'empScber les rencontres dramatiques 1

— C'est donc H. Pichot î ajouta-t-i) tout bas, après s'être penché vers madame Grandperrin.

— Ah I vous «avez tout I répondit-elle en cachant son visage dans ses mains ; suis-je assez humiliée I

— ftemetlez-vous, mon enfant ; je viens de commettre une lourde bévue ; maïs je vous promets de la réparer sans délai.

H. de Vaudrey se rapprocha du vicomte, qui pendant ce court dialogue n'av^t pu parvenir à se donner une contenance, et l'interpellant froidement :

— Venez, lui dit^il, notre visite est finie.

Sans faire une seule observation, Langerac s^nclina machinalement devant madame Grandperrin qui ne vit pas ce salut ou se dispensa d'y répondre, et il se dirigea vers la porte que lui montrait son introducteur.

Les deun hommes traversèrent les pièces qui précédaient te petit salOD, et sortirent de la foi^e sans échanger une parole.

— Au diable la reconnaissance I se disait le vicomte pcnoant ce trajet. Hais qui eût pu prévoir que j'allws rebouver ici mon ancienne passion, Clarisse de La Gennetière T A son air bouleversé, il est facile de voir qu'elle a une peur horrible que je ne lacompromette... comme sije pouvais le f^ire sans me compi-omettre moi-même I Car enfin, si, en évoquant certains souvenirs, il dépend de moi d'amoradrir quelque peu la réputation de vertu dont elle jouit sans doute en ce pays, ne peut-elle à son tour me porter un

LS GEKTlLaOUIIB CAHPA05AID. 3«T

coop plus rude encore, et cela au moyen d'un seul mot T Qu'elle prononce mon nom, et voilA ma fortune k tous les diables ; jamais la véuérable millionnaire, avec qui je deia aller lOir fleurir les citronniers en Italie, ne consentirait à accepter pour compagnon de voyage Adrien Pichot. Le vicomte de Langerac, passe, mais Pichot I nom odieux que je voudrais pouvoir enfouir dans les entrailles de la terre. Par bonheur, le féroce gendarme qui m'aecompagne ne sait pas oii le bftt me blesse ; car s'il s'en dontait...

— Monsieur Adrien Pichot, dit en ce rocnnent le gentilhomme campagnard d'an ton bref et cassant, maintenant que nous sommes au milieu de la rue, un mot, s'il vous plalt.

— Ah I sflcrebleu I pensa le faux Langerac, il fût mieux que de se douter, il sait tont. , „

Le baron tira sa montre.

^ Il est midi et demi, poursuivit-i!, je tous donne une demi-heure pourfaire vos paquets, et une henre pour sortir dn territoire de Ch&teaugiron.

— Quevoulei:-vonsdire,raofl^urTbalbutial'anâen clerc d'avoué en devenant fort blâme.

— Je veux dire que si, i deux heures sonnantes, votre visage apparaît encore sur un point quelconque de l'horizon, je me verrai dans la nécessité de vous le couper en deux au moyen du petit instmment que void.

En disant ces mots, le baron tn^ndit une grosse canne qu'il tentùt à la matn.

— Me couper le vis^e en deux...

— N'avez-Tous pas deux noms ? Cela fera un visage pour cliacun.

— Monsieur, dit Langerac d'une voix altérée, votre ôge et votre parenté avec un de mes meilleurs amis me font excnser la violence de vos ptoYiles, que vous regretterez d'àitieurs, j'en suis stir, pour peu que vous réfléchissiez avec sang-froid à ce qui vient de se passer. Je me m'atteiH

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30fl <BUTIIE3 DE CH. DE BERHALr-

dais nullement à retrouver dans madame Grandperrin une personne que j'ai connue autrefois ; Doa-seulement je n'aî pas provoqué cette rencontre, mais si j'avais pu la prévoir, J'aurds tout fait pour l'éviter ; car je stùs un homme d'honneur, monsieur, un gentleman, j'ose le dire, et jamais je ne manquerai aux égards dus à une femme. Si donc vous jugez ma présence à Ch&leaugiron incompatible avec le repos de madame Grandperrîn, je suis tout prêt à m'éloigner ; mais à condition que ce soit d'une manière honorable, car vou& devez comprendre qu'il m'est impossible d'accepter la manière dont vous avez posé la question.

Malgré son trouble, Langerac venait de réfléchir qu'à tout prendre, l'espèce d'exil qui lui étatt imposé d'une fafon à comminatoire servait ses projets, loin de leur nmre. En effet, depuis que madame de Bonvalot avait annoncé son pny jet de voyage en Italie, aucun intérêt ne le retenait plus a& cbâleau ; et déjà il avait cherché un prétexte plausible pour motiver son propre départ.

— Ce n'est pas avec un congé honorable, répondit rud^ ment le gentilhomme campagnard, c'est avec une cartouche jaune qu'on renvoie un ûibustler de votre espèce, car vous n'êtes pas autre chose, entendez-vous, monsieur le vicomte de Langerac 1 J'en ai appris de belles sur votre compte chez maître Huguenin.

- Monsieur 1 s'écria Picbot de plus en plus hlëme, â je ne respectais vos cheveux blancs..

M. de Vaudrey s'arrêta brusquement, croisa ses bras sur sa lai^e poitrine, et laissa tomber sur le chevalier d'industrie un regard si éocasaot, que celui-ci, au Heu d'achever sa phrase distinctement, balbutia quelques mots inintelligibles, et s'éloigna en pressant le pas.

— Je serai au :^àteau à deux heures, lui dit alors le bavon ; ayez soin de dégueipir auparavant, ou sinon...

11 n'acheva pas non plus sa phrase^ mais un geste significatif compléta sa pensée.

IB filKTILHOHHE CAHFAGNASD. i99

Tandis que le faux vicomte, à demi suffoqué par une rage 'mpuissante, continuait son chemin vers le chiLteau, M. de Vaudrey prit une ruelle qui conduisait b la mnison de" M. Bobilier, où il devait se retrouver avec FroidevauK afia de signer l'acte d'adoption rédigé pendant la matinée par le vieux juge de paix.

A deux heures précises, le baron, qui en toutes choses tnor trait une ponctualité militaire, était de retour au chàtean.

— Eh bien ! lui dit Héraclius, qu'il trouva ainsi que la marquise dans le salon du rez-de-chaussée, où l'on se tenait d'ordinaire, madame de Bonvalot a été inexorable,

— Elle est partie î demanda M. de Vaudrey.

— Depuis plus d'une heure.

— Je regrette de ne m'être pas trouvé ici pour lui faire mes adienx.

— Je le regrette bien plus que vous, dit madame de Chflt«augiroD qui semblait sincëremeat afflige du brusque départ de BU mère.

— Ma femme, reprit le marquis, est persuadée que si vous aviez joint vos instances aux nOtres, madame de Bonvalot aurait consenti à rester ; et elle vous en veut beaucoup de ne vous Sire pas trouvé là.

— Je crois, ma chère enfant, dit le baron, que puisque votre mgre a résisté à vos prières et à celles d'Héraclius, à plus forte raison les miennes eussent-elles été inutiles ; d'ailleum, il ne s'agit pas sans doute d'une longue absence t

-~ Je ne sais trop qu'en penser, répliqua Chàteaugiron, madame de Bonvalot a Imssé échapper quelques paroles qui . sembleraient annoncer l'intention de rester assez longtemps hors de France.

— Ce n'est donc pas à Paris qu'elle est allée î

— Mais pas du tout; elle va, nous a-t-elle dit, en Italie.

— En Italie î

— Et peut-être plus loin ; car lorsque la manie de», voyages vous prend à cinquante ans sonnés, il n'y a pas da

;yGOOglC

7 To aamxs db an. de bxhiiard,

raison pour qu'elle ne vous mène pas au bout dn monds.'

— Héraclius, il s'agit de ma mère, dit la marquise avec va accent de reproche ; l'idée d'être séparée d'dle pendant longtemps peut-4to me cause un véiitaUe dia^in; j'Araistant œpéré qu'elle se fixerait près de noK 1

' — Allons, mon enfant, ne vous chagrinei pas, lltali* n'est pas aux antipodes. Si votre mère y reste trop longtemps, aavez-vQus ce que nous ferons? nous irons l'y diercher. — ■ C'est ce que j'ai déjà dit à Hathilde.

— Mais, reprît le baron en s'adressant à son nerea^ n'aatu pas aussi un autre départ k m'annoncer ?

— Vous savez donc déjà que Laogerao nous a quittés T répondit le marquis.

— Ah Iriil il est partit

— Il y a une demi-heure à peine.

— Et qud motif a pu l'engager à vous fouaa» compagnie si brusquement T

— Une lettre qu'il a reçue de Paris

— Ah 1 vraiment ; une lettre qu'il a reçue de Paris T

— On lui annonçiut qu'un de ses parents, dont il est ]'héritier,ti«tàtoute«itréniité, et vous comp'enez...

— A merveille. Un parent dont on est l'héritier et qui est à toute extrrâiité mérite bien qu'on quitte tout pour lui. C'est donc à Paris qu'est allé M. de i.Biigerac t

— Oui, mon oncle.

— En ètes-vous sûr? demanda madame de Ch&teaugiron en arrêtant sur son mari un regrad oix perçait une iacrédu* lïté mêlée d'inquiétude.

— Commet, si j'en siûs sAr I Ne viens-je pas de le vdr de mes propres yeux monter dans la voiture de ChUon-«ur- SaAne à Moulins, qui passe tous les jours eu bout de la placeT

.~- Il compte sans doute prendre à Moulina la diligence ^Lyon à Paris} dit le baron.

~ C'est en effet son intention.

U flBlflLHOllHB CUIPAfilUW. »t

— Puisque nous voilà sur le diapitre de U. de Langerac, Kfàt le geidilboiDiDe oampagDanl avec une ironie contenue, fais-moî donc le plaisir de me dire où, qua&d et comment vous êtes dev^ius à bent amis,

— Où 1 à Paris. Quand ? quelque temps avant mon mariage. Gomment T comme on devient amis à Paris.

— C'est-à-dire, je suppose, un peu à la légère.

— Uon J)iea 1 la vie est a courte I s'il fallait tout appro* toaiït...

— Tout, ce serait difficile ; mais il me semble que l'amitié, par ei«rai^, mérMnnit bien de faire exception et d'être prise au sérieux.

— Je vous prie de (coire, son onde, que nion amitié pour Langerac est tout à fiait sérieuse, et je suis s&r que de

BOB côté...

— .lh.vant tout, es-tu sftr qu'il srat véritablement un Langerac?

— A vrai dire, je n'ai pas encore BMigé à hû demander son acte de naissance ; mais personne, que je sache, ne lui a jamais contesté son nom ni son titre.

— Tu es bien convaincu , par consécpieot , qu'il a le droit de iH%ndre l'un et l'autre T

— Tout ce qu'il y a de plus convaincu. Hais pourquoi me faitefr-vons toutes ces questions î

— Parce que je stùs bien aise de voir jusqu'à quel point ce dn)le est parvenu à te tendre aveugle.

— Que voulez-vous dire?

—'Veux-tu savoir le véritable nom de ton ami Langerac T

— Comment! le nom qu'il prend n'est dcrao pas le sienî dit la marquise avec une vivacité singulière.

— Ton ami Langerac, poursuivit le gentilhomme cam' pagnard en regardmifixement son neveu, s'af^^e Adrien Pictiot.

— Adrien Pichotl répéta Héradios qui atimaoubreaairf nir son fauteuil.

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tTS OBCTBm DE CH. DB BKRNAUI.

— Comme j'ai lliunneur de te le dire.

— Mais c'est impossible, mon onde ; tous vous tronipex bien certainement,

— Ainsi donc il n'est réellement ni gentilhomme ni vicOQiteT dit Hathilde qoi semblait aussi charmée de ce qu'elle venait d'apprendre que son mari en paraissait stupéfait.

— Adrien Pichot, vous dis-je, ancien derc chet maître Huguenin, avoué à Paris et maintenant faiseur de dupes; qu'en dis-tu, Héraclius?

— Je dis, mon oncle, que je vais faire seller un cheval et courir après la voiture de Moulins.

— Allons donc 1 fît le baron en haussant les épaules, estce qu'on court après de pareils drAles?

— Vous devez comprendre cependant qu'il m'est impossible de ne pas avoir une explication avec lui t

— L'explication a déjà eu lieu.

— Entre vous alorst

— Précisément.

— Et il a avoué t

— Je n'avms pas besoin de son aveu, car j'étùssArde mon fait. Une persouue qui l'a vu autrefois à Paris l'a reconnu devant moi.

Un regard significatif accompagna ces paroles, qui firentéclore une rougeur soudaine sur les joues du mai^ quis.

— Alors cette lettce de Paris et ce parent mourant étaient autant de fablesT dit la marquise , dont la physionomie exprimait une satisfaction sans mélange ; et c'est en se voyant reconnu, c'est-à-dire démasqué, qu'il s'est décidé à partir t

— Ce n'est pas «ans peine qu'il s'y est décidé, et il a fallu pour cela que j'employasse certains arguments ausâ irré«stibles que ceux dont parle Basile, quoique d'une tout autre nature.

Ll GBI(TILH(»aiB CAXPACNAIID. 3Tt

— Ainsi c'est à vous, mon ciier oncle, que noua devons d'être débarrassés de cet odieux personnage I

— Vous êtes doitc contente d'en être débarrassée î

— Ravie, endcintée, j'en conviens rranchement. Il y a longtemps que je le soupçonnais d'être tout autre chose qne ce qu'il voulait paraître, et de s'être introduit dans notre maison avec les intentions les plus perfides.

— Il faut vous dire, mon oncle, dit le marquis, que Ha^ thilde a toujours éprouvé pour ce... Comment dirai-je?

— Pour ce chevalier d'industrie, mordieu ! Est-ce que tu conserves à cet égard le moindre doutet

— Pour ce chevalier d'industrie, soit ; ma femme a donc toujours ressenti pour lui une véritable antipathie.

— L'instinct féminin! fit le baron, il est un peu plus sûr que tout notre prétendu talent d'observation.

— Si vous m'aviez écouté, dit Hathilde à son mari, depuis longtemps vous auriez cessé vos relations avec ce dangereux personnage, et sous tous les rapports cela eût beaucoup mieux valu,

— Tout à l'heure, reprit M. de Vaudrey en regardant attentivement la jeune femme, vous venez de dire que ce drêle s'était introduit chez vous dans les intentions les plus perfides. Permettez-moi de vous demander ce qu'il faut entendre par là.

La marquise parut embaixassée et ne répondit rien.

— Pourquoi ne pas répéter devant mon oncle ce que tu viens de me dire? demanda Héraclius à sa femme.

— A moins que ce ne soit un secret d'Etat, ou, ce qui revient au même, un secret de ménage, dit le baron en souriant, vous pouvez m'admettre en tiers dans la confidence, je suis fort discret.

Cliàteaugiron piit sans doute pour un consentement tacite le silence que continuait de garder la marquise, car il reprit :

' — Voici l'idée, selon moi, passablement déraisonuabl*

»14 . OniVUS BR CB. n WËMAMa.

que Mathikle s'est min dans la tète depuis qndqne t«np^ et qu'elle vient de m'avouw tout à l'heure sealemeot. S'A faut l'en croire, les assiduités de Langerac n'auraienten d'autre but que la fortune de madune de Bonvalot.

— Peste I fit H. de Vaudrey, une pareille captsre a et effet de quoi tenter un corsaire de cette espèce. Deux o« trois millions, si je ne metrompeT

— Trois millions, au moins ! Langerac, si toutefois ma femme a lu dans son jeu, comme elle le prétend, se sérail donc proposé tout uniment de déterminer madame de Bonvalot à commettre en sa faveur une de ces petites folies dont ne se préservent pas toujours les femmes d'un ftge mûr ; à l'épouser, en un mot.

— Voilà qui me paraît beaucoup plus [ffobable que la ridicule histoire dont m'a parlé Clarisse, se dit le gentilhomme campagnard, qui jugea inutile de communiquer cette réflexion à ses interlocuteurs ; en fait de beaux yeux, un drâle comme ce Pichot doit s'amouracher avant tout des beaux yeux de la cassette.

— Cette folle idée s'est si bien implantée dans l'esprit de Mathilde, que tous mes raisuinements n'ont pu parvenir k la déradner. Cela est arrivé au point que les choses les plus fortuites et les plus indifférentes en elles^nêmes portent maintenant ombrage à ma femme. Ne s'est-elle pas figuré, par exemple, à propos de la coïncidence du départ de sa mère et de c^ui de Langerac, qu'il y avait là quelque chose d'arrangé entre eux, de convenu, de prémédité, une espèce de pèlerinage à Gretna-Green, en un mott

— Vous exagérez, ou plutôt vousdénaturezmes craintes, dit Uathilde d'un sir contraint ; elles n'ont rieo dont mt mèrepnisses'o&ëns«;il est vrai queje crois H. deLai^erac, ou plutôt H. Pichot, capable des procéttés les plus «.ieux, et c'est sur lui seul que sont tombés mes soupçons.

-- Mais, demanda le bixon àsonnevet^ ne vi«w>tu pa»

U GEiniLHWm CMPABHAID. 2IS

de nous dire que tu l'as tu monter dans la voiture qtrï va h: Houlim T

— Oui, mon oncie, lui et ses baf^ges.

— Si madame de Bonvalot vs eu Italie, dQe a dû aller prendre le bateau à vapeur ë Chftlon-sur^aânel

— C'est en ^et pour Chàlon qu'elle est partie.

— En ce cas, mon enfant, vous pouvet éti'e traiU{uiUe, repritlevieux gentilhomme en s'aiiressantà la jeune femme, »ux chemins, diamétralement opposés qu'ils viennent de prendre, ils n'ont aucune chance de se rencontrer, à moins qu'ils ne poussent mutuellement leur pèlerinage jusqa'à l'océan Pacifique, ce qui n'est pas probable.

Une rumeur soudaine qui se Si entendre au dehors ioteprompitla conversation.

Les trois interlocuteurs s'approchèrent d'une des fen^ tr^ avec une égale curiosité.

u BREBIS ÉGAAÉB.

Deux gendarmes à cheval venaient d'entrer dwB le cour du ch&teau dont on avait refermé aussitdt la grille, car un attroupement nombreux, qui dure^ n'avait rieu d'agressif, BB pressait sur leurs pas. La «orioùté populaire avait pour objet, en cette circonstance, bien moins les cavaliers euxmêmes qu'un individu qui cheminait pédestrement et piteusement entre leurs moatores, les mains liées par une forte corde dont un des gendiurraes avait attaché l'autre bouta l'nr^ii de sa selle. Ce prisonnier si bien gardé n'était autre que Bancroche.

M. de Vaudrey, comme tous les honunes d'un tspnt et-

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31 « mtjnSi Dl GB. DI BKUfAKD.

d'un tempérament actifs, était assez curieux de ta nature ; il s'empressa donc de descendre dans la cour, et d'un signe appela prèe de lui Rabusson qui venait d'y entrer en même iemps que les gendarmes.

~ Où l'a-t-on arrêté! deraanda-t-il.

— A l'Auberge-Rotige, mon colonel, répondit l'ex-gardecbasse.

— Tu étais là T

— Bien entendu , mon colonel ; je m'étais douté que le brigand se réfugierait dans cette auberge, qui est un vrai repaire, où il y a cinq cents cachettes ; mais il a eu beau y mettre toute la malice possible, nous avons été aussi Sns que lui, et nous le tenons.

— Bien, mon garçon, en contribuant à l'arrestation de ■ce bandit, tu as rendu à tout le pays un véritable service.

— En nous en revenant, j'ai vu une chose qui m'a paru louche.

— Quelle chose t

— Je vousdiraî d'abord, mon colonel, que depuis que les deux gred insont mis le feu au château, car ce sont eux qui l'y ont mis, sans aucun doute, je me défie de tout le monde, et je vois des incendiaires partout. Voilà donc que sur la route,à une demi-lieue d'ici J'aperçois la voiture de Moulins «t celle de ChAlon arrêtées nez à nez.

— Comment, nez ànei î

— Côte à côte plutôt.

— Et c'est cela qui t'a paru louche t ditle baron en sou- «ant.

— Attendez donc, moncolonel.Dansle premier moment j'aicruquelesconductenrsvoulaîent échanger leurs chevauï comme ils font souvent, mais pas du tout ; qiw est-ce que je vois descendre tout à coup de la voiture qui va h Houlinsl le petit jeune homme blond logé au château

— H. de Langerac î demanda le gentilhomme cam»

LE GEirnLHOVHS CAHPAGNABD. ITT

pagnard d'un ton qui annonçait l'éveil de sa curiosité.

~ Oui, mon colonel ; pour lors donc, voilà H. de Lao* g«rac qui descend de la voiture de Moulins et qui monte dans celle de Châlon.

-^ En vérité I tu es BÛT de cela?

— Je l'ai va comme je voua voîSj oxm colonel, puisque je n'étais pas à plus de trente pas.

— Et lui, fa-t-ilvuT

— Non, mon colonel.

— Continue.

— Pour lors, voilà qu'on transporte d'une impériale sur l'autre toutson bataclan de voyage ; et puis : en route ! Nestce pas, mon colonel, que c'est fièrement louche?

— En quoi donc ? dit M. de Vaudrey avec une feinte insouciance; parce qu'il a plu à H. de Langerac de changer de voiture, ne vas-tu pas l'accuser d'être un de ces incendiaires que tu vois, dis-tu, partout ?

— Je ne prétends pas ça, mon colonel, ce serait trop fort. Hais je dis que H. de Langerac a voulu faire croire à H. le marqub qu'il allait à Moulins, tandis qu'au contraire il va àCliàlon, etje soutiens que c'est louche ; car enfin, un homme quine manigance rien de mal va droit son chemin, et ne s'escamote pas comme ça lui-même au milieu de la grande route.

— Mathilde avait raison, se dit H. de Vaudrey en fronçant les sourcils, maître Pichot en veut sérieusement aux millions de la douairière, et il leur donne chasse eu ce moment. Ce qu'il y a de plus piquant, c'est que c'est moi qui lui ai fourni le prétexte de départ qu'il cherchait sans doute. Allons, décidémeDtje n'ai pas aujourd'hui la main heureuse; pourvu qu'il soit encore temps de réparer ma sottise I

— N'est-ce pas, mon colonel, que cela vous paralt,comme fc moi, diablement louche ? reprit Rabusson, qui d'ordinaire n'était bien assuré de son opinion que lorsqu'il la voyait ■PIHOuvée par son dief.

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