ŒUVRES DE CH. DB BEBNÀRD
qu(?, l'autre » poétique ; ces contrées, où i'iimour, si doux CD tous lieux, doit être plus enivrant encore l Oh ! par une bells nuit, comme celle-ci, poursuivit le vicomte d'un ton csalté, monter avec vous en gondole et naviguer mollement sur la mer qui baigne Venise la belle 1 ou bien, moi guidant vos pas, vous appuyée sur mon braSj parcourir, dans un recueillement plein de pensées, les ombrages de Tibur, le Campo-Sonto de Pise, les ruines du Colysée 1
— Kt Florence, fit la douairière, pour qui le tendre enthousiasme du tentateur commençait à devenir contagieux. Et Haples 1 Veder Nopoli e poimorir I Et le Vésuve?
— Volcan moins brûlant que mon cœur! dit Langerac en appuyant la paume de sa main droite sur la poche gauche de son gilet.
— Comprends-tu quelque chose à leur ai^ot 1 dît tout bas Lamoureux à son camarade.
— Ce n'est pas de l'argot, c'est du chinois, répondît Bancrocbe du même ton.
— Oui, ce sont là de doux rêves, reprit madame de Bonvalot après quelques instants d'un silence pensif; ce sont là d'agréables chimèresl
— Qui vous empêche de donner un corps à ces chïnières? repartit le vicomle toujours pressant; dites un mot, et ce rêve deviendra une enivrante réalité.
— Mais, en vérité, fil la douairière du ton d'une femme qui commence à perdre du terrain, on dirait à vous entendre qu'il ne s'agit que de commander des chevaux de poste et de monter en voiture.
— Hais c'est qu'en vérité ce n'est pas plus difficile que cela, répondit Langerac en passant de la déclamation poétique et exaltée au langage vulgaire et positif.
— Quoi ! sans même avoir un passeport î
— Est-ce qu'on demande des passeports à une fenome qui voyage dans sa chaise de poste T
— Sans argentT
IS GKKTILHOmB CAHPAaNAID. ISS
— Oh I sans argent, c'est une autre affaire, dit )e vicomte avec un sourire de douce moquerie; ne vous ai>ie'pa» entendu dire dix fois que vous ne vous mettîei jamais en route sans votre cassette d'ébène et vingt mille francs en or dedans f
En entendant ces derniers mots, Bancroche donna un vigonreniL coup de coude dans les cAtes de son camarade, et tous deux redoublèrent d'attention.
— Tous avez réponse à tout, reprit madame de Bonvalot en souriant à son tour; mais d'où savez-vous que j'ai ici ma cassette d'ébène T
— N'ai-je pas vu Geoi^na !a porter hier dans votre chambre?
— Allons , je vois bien qu'il est impossible de trouver en défaut vos yeux d'argus.
— C'est-à-dire mes yeux d'amant.
— Eh bien ! oui , ma fameuse cassette aux vingt mille ftancs est en effet, en ce moment, sur l'étagère de ma chambre à coucher...
Lamoureux riposta au coup de coude qu'il venait de recevoir, par une bourrade si expressive, que Bancroche en perdit l'équilibre et fit quelque bruit en essayant de se remettre d'aplomb.
— N'avez-vous rien entendu! dit la douairière qui se rapprocha du vicomte par un mouvement involontaire.
— Rien, répondit Langerac en profitant de l'occasion pour s'emparer tendrement d'une main qui ne fit aucun effort pour se dégager.
— Il me semblait avoir entendu du bruit derrière nous ,
— Quelque branche sèche que le vent aura brisée.
— Mais si c'était quelqu'un ! si l'on nous écoutait ! reprit madame de Bonvalot eu plongeant dans le tiùllis un regard inquiet.
Quoique l'obscurité fût trop profonde et le fourré trop épais pour qu'ils courussent le danger d'être découverts.
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KA CBUYH^B DK CH. DE ÇPI^MD.-
Bancroche et Latnoureux s'accroupirent par va iKQov^ meut simulUné.
— Tout le monde est occupé du feu d'artifice, s^pondit LangCTac, et personne oe songe à troubler ce t#te^-tête depuis si longtemps désiré ; répondez-moi donc, ie grâce et accordez-cioi la faveur que j'iniplpre.
— Mais quand je serais, assez faible ou plutôt ç^z follç pour consentir à ce que vous me demandez, reprit la douairière en recommençant à minauder, comment mp ^rait-il possible d'imaginer un prétexte plausible pour (quitter ce chAbtau où j'ai annoncé l'intention de pa^er toute la fin de l'automne?
— Manque-t-on jamais de prétextes? Ce sera l'air du pays qui ne vous convient pas et dont pourrait souffrir votre poitrine délicate, ou bien le besoin d'effacer, p^ les distractions d'un petit voyage l'impression péniblç^u'a faite sur vos nerfs si irritables la scène d'aujourd'hui.
— Il est sttf que depuis ce matin mes nerfs sont dans ^n état horrible, ditmadamede Bonvalot dont la main, par ui^e crispation sans doigte involonlairej serra à sou tour celle du vicomte.
— Et le climat de l'Italie est d bon pour les maladies nerveuses!
— Vous croyez?
— J'en suis sur. Pui^ songei-y, chère Éléonorfij s\ vojis repoussez ma prière, je ne réponds plus de ma r^ison^ car je siùs si malheureux!
— Vous, malheureux?
— N'avez-vous pas remarqué VQUs-mâ^ie 01^ T^yeriCf ou plutôt ma fiâtesse T
— En effet, vous, si gai d'oramaire, je ywa tiotive tout pensif, tout préoccupé, depuis ce matin surtout.
— Et vous ne hsez pas dans ma pensée!,., et vous ne devinez pas fa cause de ma préoccupation !.^.. Ingrate I en Tenàat wA sami voixe cousentemeat, oi) plitV>t malgré votre
IX OENTILHOHHE CAUPAGNAHD. tl7
défense, j'espérais trouver dans ce qu'on appelle la libella de la namp»gne mille occasions de vous ouvrir mon cœur, ti voira, depuis hier matin, la première fois qu'il m'est possible de vous parler sans témoins. Oli I si vous pouviez comprendre à quel point cette contrainte me tue ! poup- Buivit le vicomt£ en se frappant pathétiquement le front du plat de la main ; ces gens qui vous entourent, qui vous surveillent, que dis-je 1 qui vous espionnent, t) est des moments, voyez-vous, où il me prend envie de les tuer...
— Allons, ami, calmez-vous, dit la douairière d'un ton de tendre compassion ; une idée doit vous consoler, c'est que vous n'êtes pas toujours seul à souffrir de cette contrante qui vous chagrine.
— Eh bieu ! s'il est vrai, reprit Langerac en redoublait de véhémence, pourquoi résister encore à mes prières t Déjà ta marquise a des soupçons ; vainement pour la tromper ai^e essayé de feindre à son égard une de ces passions concentrées et silencieuses, dont la femme la plus rigide ne songe pas à s'offenser; elle n'a pas pris le change, et depuis surtout que je me suis jeté au-devant de la pierre qui allait vous atteindre, elle ne doute plus que je ne soi^ ici pour vous seule I
— Quoi ! voua croycE que Hatbilde...
- — Elle a tout deviné, vous dis-je, et si elle avertit Cb&teaugiron, il faudra donc que je m'éloigne... que je vous perde k jamms 1 ajouta le vicomte d'une voix suffoquée.
— M'embétent-îlsavecleursgiriesl dit tout bas Q^ncrocl)^ à son compagnon.
Le l)andit accompagna cette réflexjon d'un ^stad'impatieoce.
— Je vous dis qu'il y a quelqu'un derrière nous, dit madame deBoDvaloten entendant un %er craquement ; et sans attendre la réponse du vicomte, elle se leva d'un air d'efiroi.
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IM OKOVaSS DK CH. DE BERnARD.
Langeracse retourna et regarda attentivement dans les taillis; mais il n'aperçut rien
— Cest sans doute quelque gibier, dit-il, et vous vous alannez k tort.
— C'est possible, mais en attendant je meurs de peur.
— Près de moi !
— Ah I vous n'êtes qu'un danger de plus, reprit la douairière d'une voix langoureuse. Rentrons donc au cMteau; le feu d'artifice est fini, et peut-être a-t-on déjà remarqué notre absence.
— Ainsi vous me refusez un mot 1 ainsi vous m'ûtez toute espérance l
— Je vous répondrai demain, dit madame de Bonvalot d'un ton qui n'avait rien de trop décourageant; mais en ce moment rentrons.
La douairière accepta le bras duvicomteavec un abandon de bon augure, et le couple intéressant reprit à pas lents le chemin du chAteau.
Un instant plus tard les deux bandits sortirent sans bruit de leur cadiette.
— Eh bien I qu'en dis-tu î demanda Lamoureux h son compagnon.
— Qu'en dis-tu toi-même î répondit Bancroche.
— Je dis que si nous pouvions mettre la grifi'e sur cette cassette oii il y a vingt mille francs en or, ça vaudrait un peu mieux que de brûler le château.
— Tu n'es pas dégoûté ! D'dlleiu^ l'un n'empêche pas l'autre. Hai8Commentlasubtiliser,cette cassette?
— N'as-tu pas entendu la vieille que j'ai prise pour un gendarme, dire que le magot étût pour le quart d'heure dans sa chambre à coucher!
— A quoi ça nous avance T
— A quoi t
— - Oui ; ça nous apprend-il où elle est, celte scélérate do chambre à coucher T
;yGOOglC
LB GEnTILHOMMB GAUPAGNARD. 181
— Tu voudrais bien le savoir, où elle est, heÎD, gourmand?
— Cette question !
— Eh bien 1 je vas te le dire.
— Toi.
— Foi de Lamoureux !
— Tu sais où est la chambre de la vieîllef dit Bancroche d'un air de vif intérêt.
— Tout juste, mon vieux, et je t'y conduirais les yeux bandés.
— Comment donc çaT
— Voici ta chose. Tu sais que j'ai travaillé au château pendant plus de quinze j ours ; je suis donc entré dans toutes les chambres dont on a réparé les plafonds ou les cheminées, dans celle de la vieille comme dans les autres.
— Sais-tu seulement laquelle c'était?
— Comme si nous n'avions pas eu tous les jours sur le dos, du matin au soir, ce vieux rageur de Bobilier, qui nous faisait donner aux cinq cents diables!
— Qu'est-ce que ça peut avoir de commun....
— Écoute donc; ce sapajou de juge de paix était toujours fourré au milieu de- nous. — Qu'on mette des ouvriers à l'appartement de M. le marquis, disait-il; — ou bien ; Comment, fainéants, les plafonds de l'appartement de madame la marquise ne sont pas encore finis I — ou bien : Qu'on fasse du feu dans l'appartement de madame la douairière pour voir si les cheminées fument encore. — C'est comme ça que j'ai appris ot est la chambre à coucher de la vieille.
— C'est donc elle qu'on appelle douairière?
— Comment tu ne l'as pas reconnue ? Elle était hier assise dans la voiture à côté de la marquise, et ce matin elles sont allées à la messe ensemble.
— Mais enfin, où est^lte cette gredine de chambre à coucher?
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ISO CEtTTUBS DE CQ. DI BERNARD.
— Viens avec moi, je vois t'en montrer les fenêtres Lesdeux bandits suivirentavec précaution lèche min qa'a-
Vdiënt pris la douairière et le vicomte, et quoique l'allée se proloDge&t jusque contre les bâtiments, ils s'arrêtèrent lorsqu'ils furent arrivés sur la lisière du parc. De grands parterres dessinés à la française les séparaient seuls du château et permettaient d'en apercevoir la façadç,, pleinement éclairée en ce moment par la lune.
— Tu vois bien ces deux fenâtres, près <je la tourelle qai est & droite 1 dit alors Lamoureux, c'est là que couche la vieille et son magot.
— Tu en es sur I
— Tout ce qu'il ya do plus sûr.
— Les fenêtres à otAé 1
— Un salon.
— La tourelle T
— Un cabinet de toilette.
— Sans doute quelque femme de ct^ambre couche près d'elle?
— La femme de chambre doit coucl^er d^na un cabinet d'entresol où nous mettions ooa ouUls quand nous travaillions dans l'appartement.
— Hais ce cabinet communique avec la chambre à coucher. Ces ricbesj c^ ^ besoin qu'on les garde quand ils dorment!
— Il y a un petit escalier de service, œf^s il donne dans un corridor assez loin de la chambre, le te dis qu'O] tordrait le cou à la vieille que la feinme d^ chambre n'y entendrait rien du tout.
— C'est tentant tout de niëme, dit Bancrocbe en passant sa langue sur ses lèvres comme fait un chat qui flaire un fnand morceau! quel dommage que les fenêtres soient si élevées I
— Il y a des échelles sous la vSîAe où nous avons passé pour entrer dans le jardin, répondit Lamoureux à qui la
LE GEIf TanOHNE CAHPAGKARD 191
cassette pleine d'or donnait à la Tqis de l'imagination et da courage.
— Seront-elles assez longues T
— Il y 8 un paquet df cordes à cdté, et en attachant deux échelles ensepible....
— Tu as raison... Hais comment entrer dans la chambre sans briser au moins une vitre, et con^ment briser uife vitre sans faire du bruit ?
— 11 y a un Dieu poiir Ips bons lurons comme nous, dit Lamoureux d'un air convaincu ; quand nous nous sommes sauvés, il me restait un caillou àla main ; dès que nous avons été dans le jardin, je l'ai jeté par colère contre le chàleau et il a justement cassé la vitre du milieu de la fenêtre d^ la tourelle ; en sorte que, pour ouvrir cette fenêtre, il n'y a qu'à passer le bras par le trou et soulever l'espagnolette.
— Mais si on a mis une autre vitre ?
— Je parierais ma boule qu'au milieu du tapage perspnoç n'y aura pensé.
— C'est possible.
— C'est sûr- Songes-y donc Bancroche, vingt niilte frana à partager entre nous deux !
— Vingt mille francs en or, qui plus est I c'est ça qui est peu embarrassant I
— Allons, çava-t-ilî
— Comtqe tu es brave aujourd'hui 1 janoai? î@ ne t'ai vu tant de cœur à l'ouvrage,
— Dame I c'est que vingt mille francs...
— Tu as raison, et puisque tu esrésqlq h tenter It) chose, ce n'est pas moi qui bouderai.
— Ainsi, ça yaî
— Oui, ça ya, dit Bancroche en frappant dans la main que lui présentait Lamoureux; la lune ne tardera pas h se coucher, et quand tout le monde sera endonni nous noua mettrons à la besogne.
Les deux dan{;ereux comptions rentrèrent dans I& fan
It3 (EUyiIBS DE en. DE BEBKÂSD.
par prudence, et s'étendirent tranquillement aa pied d'aa hélre, en atteDdant l'heure du voleur.
La plupartdeshabilantsduchftteau étaient déjà endormis, loi'sque madame de Bonralot, coiffée pour la nuit et vêtue d'un peignoir blanc, ouvrit une des fenêtres de sa chambre, et restaquelque temps accoudée sur la balustrade du balcon.
La lune n'argenlait plus la cime des arbres du piffc, mais les étoiles se détachaient étiacelantes du sombre azur du cieL
— Quelle nuit romantique 1 dit l'aimable douùriëre avec un accent de douce mélancolie ; ô Shakspeare I que tu étais un grand poète, et comme tu savais lire au fond de nos cœurs de femme I
En ce moment la quinquagénaire exaltée se comparaît à Juliette rêvant tout haut, sur son balcon, au milieu des enchantements d'une nuit italienne ; au bout de quelques instants, elle s'était si bien identifiée avec ce rdie d'une fille de quinze ans, qu'un faible bruit s'étant fait entendre audessous d'elle dans le jardin, elle murmura machinalement : — Roméo ! mou Roméo !
Le bruit cessa soudain, et une forme confuse,, que madame de BoDvalot avait cm entrevoir, disparut en même temps comme si elle se fut enfoncée sous la terre.
L'être mystérieux qui venait de faire battre plus vite le cœur de la doufùriëre n'était pas Roméo, ni même Langerac; c'était Bancrocbe, qui dans son impatience s'était approché tout contre la façade du château en rampant le long des parterres.
— Elle ne se coucbera donc pas, cette vieille folle ! se dit irrévérencieusement le voleur.
Soit qu'elle craignit la fraîcheur de la nuit, soit qu'elle trouvât qu'elle avait consacré à la rêverie shakspearienne autantde temps (\ne doit y en mettre raisonnablemeilt toute héroïne de roman qui connaît son rAle, madame de BonvaloV ne tarda pas à quitter le balcon et à fermer la fenêtre ; une demi-heure plus imà, les lumières qui éclairaient sa cham-
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LE QENTILBOMHB CAHPAGHAKP.
bre s'éteignirent k la grande BatiefacUon des deux b toujours en embuscade.
L'IHCKNDIB.
Vers trots heures du matin, Grégoire Rabusson entra précilHlamment dans la chambre de M. de Vaudrey.
— Qu'y a-t-il î lui demanda le baron en se mettant sur son séant.
— Mon colonel, le feu est au ch&teeu, répondît l'exgarde-chasse, qui en même temps s'approcha d'une fenêtre dont il ouvrit les rideaux et les volets.
A travers les vitres la lueur d'un incendie considérable éclaira soudain la chambre de ses reflets sinistres. Déjà H. de Vaudrey s'était jeté à bas de son lit.
— Qu'on réveille tout le village, dit-U ; fais atteler la pompe, et qu'avant cinq minutes tout le monde soit en route !
Tandis que le baron s'habillait à la hftte, Rabusson sortit en courant pour exécuter les ordres qu'il venait de recevoir.
Un instant après, ceux des paysans de Chflteaugiron-le- Vieil qui s'étaient trouvés prêts les premiers, descendaient au pas de course le plus direct et par conséquent le plus escarpé des sentiers qui conduisaient au boui^, tandis que la pompe parcourait au trot de deux chevaux vigoureux un chemin un peu plus long, mais eu revanche plus praticable.
Le tocsin, qui sonnait à l'église de Ch&teaugirot>le- Bourg, et auquel commençaient à répondre les cloches de deux autres villages situés dans le valkni, la générale battue par Toinot^ qui était rentré en possession de son casque et
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It4 (CnVRBS DB CH. DB bbbnaud.
de son tambuur, les roues de la pompe et les sabote ferrés des cbevaux retentissant sur un sol pierreux, les clameurs confuses qu'on entendait sortir de l'intérieur du bourg, tes langues de flamme que dardaient plusieurs des fenêtres du chflteau, phare destruct«tur à la clarté duquel se dirigeaient, dans l'obscurité de la nuit, les paysans qui accouraient de toutes parts au lieu du sinistre, tout conMbuait à donner à cett« scène un caractère lugubre et etfrayant.
— Mon colonel, voilà un incendie qui n'est pas naturel, dit Rabusson qui marchait à cAté de H. de Vaudrey.
— En quoi ne Iç trouves-t^ pas naturel T répo)id)t le baron.
— Je ne sais trop i^ue vous dire, ipais on qe m'6^a pas de la tête que c'est encore un nouveau tour de ces gredjos d'hier.
— Le tour serait un peu fort et pourrait cft&t^r cVer ^ ses auteurs.
— Les brigands ! à l'un d'eux me to^lb^t sou^ la main...
Au lieq (l'achever sa phrase, Rabusson s'arrêta brusquement comme un épagneul qui tonibe en arrêt ; pHis, sans ajoqter un seul mpl, il s'élança dans un sentier qui coupait ft angle droit celui qu'ils descendaient en ce moment.
— Rabusson ! lui cria M. de Vwdrçy , où diaptrp vas-to parlitî
L'ex-garde-chasse ne répondit pas, et le XtaxiWl, trop pressé pour s'occuper de cpt incident, continua son cheu^a ainsi que les paysans qui l'accompagnaient-
Toute la population du bourg était sur pied. La pompe de la commune et celle de la furge fonctionnaient à l'envi, alimentéçs par une double chaîne qui s'étendait du château à la rivière. Arrivés de la veille au soir, les gendarmes "de la brigade de Rancenay maintenaient ^'ordre et surveillaient la partie déguenillée des assistants avec une attention défiante qui semblait annoncer que (es soupçons manifestés
o;,GoogIé
ut OBNTaHOUlIK CAHPAGIUIID. tOC
par Rabusson avaient aqssi trouvé accès dans l'esprit de ces honnêtes défenseurs de l'ordre public.
Après avoir conduit sa femme et sa fille dans la partie du châleau la plus éloignée du foyer de l'incendie, le marquis s'était mis à la tête des travailleurs, et il dirigeait leurs efforts avec autant de sang-froid que d'intelligence.
H. Grandperrin présidait en personne à la manoeuvre de la pompe de la forge, qu'il avait fait amener p v ses ouvriers au premier signal d'alarme.
Réveillé en sursaut, le vieux juge de paix avait passé en toute hâte un pantalon à pieds, des pantoufles, une robe de chambre, et sans prendre le temps de remplacer par son imposante perruque le bonnet à fontange qui lui servait de coiffure de nuit, il s'était empressé d'accourir. L'imminence du danger avait redoublé la pétulance naturelle du vieillard, qui, se multipliant pour ainsj dire, se montrait presque au même instant, toujours au premier rang, partout ou l'incendie semblait redoubler d'intensité.
Le curé Dommartin, malgré sa rage concentrée, avait cru devoir faire acte de présence ; il se donnait aussi beaucoup de mouvement et s'attachait surtout il se faire remarquer par le maître du château.
Enfin, parmi les travailleurs les plus zélés et les plus infatigables, on distinguait, chose assez étrange, le capitaine Toussaint Gilles, Lavcrdun, Gàutherot, Picardet, en un mot, tous les membres du club patriotique, instigateurs de l'émeute de la veille. Il est vrai que, dans cette conduite ipnttendue, il entrait un peu plus de calcul que de dévouer ment. Sachant déjà que le juge de paix était occupé à rédiger contre eux le plus foudroyant procès -verbal qui pût sortir de la plume d'un magistrat indigné, ils avaient senti redoubler leur émotion, en voyant arriver à la tombée de la nuit la brigade degendarmerie de Rancenay. Le bruit qu'on allait procéder à l'arrestation des principaux éme^ticrs n'avait pas tardé à se répandre dans le boui^ : il n'é-
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IS< (EIITBEB DB CH. Dl BEUIASD.
tait donc pas étonnant que, sans s'être cwicertés, les chefs du parti républicain cherchassent en ce moment à désarmer, par un zèle apparent, les poursuites dont ils se trouvaient menacés.
Jamais le capitaine des pompiers n'avait dirigé avec une ardeur plus énergique la manœuvre des soldats de sa compagnie. Gautherot et Picardet rivalisaient d'efforts de leur cAté ; enfin il n'était pas jusqu'au vice-président Laverdun qui ne s'essoufflât à pomper ou à porter des seaux.
— J'attraperai une pleurésie, c'est sur, se disait de temps CD temps le gros épicier en essuyant de sa main trempée d'eau froide la sueur qui ruisselait de son front ; mais c'est égal, j'aime encore mieux ça que d'aller devant le jury ou seulement devant la police correctionnelle.
A mesure que le vieux juge de paix, drapé dans sa robe ji ramages et le nœud de sa fontange retombant sur ses yeux en guise de visière, passait près de l'un des clubistes, celuici s'efforçait d'attirer son attention.
— Monsieur le juge de paix, trouvez-vous ma pompe bien placée comme ça? demandait Toussaint Gilles en faisant violence à la fois à son orgueil et à sa rancune.
— Monsieur le juge de paix, disait & son tour Gautherot, ce n'est pas ici votre place ; votre vie est trop précieuse pour que vous la risquiez^ c'est à nous qui ne vous valons pas, tant s'en faut, de nous exposer pour sauver le château.
— Monsieur le juge de paix, criait de son câté Picardet en montrant au vieux magistrat ses mains et ses cheveus brblés, je suis déjà à moitié rôti; maisc'est égal, je ne quitterai pas la place que le feu ne soit éteint ou que je ne sois moi-même tout à fait cuit.
On voit que le digne taillandier cherchait adroitement ik mettre sur le compte de l'incendie la détérioration qu'avait subie son individu en dégringolant du haut de l'arbre de la liberté, et à métamorphoser ainsi en acte d'héroïsme ua Bcddent tout à fait mvolontaire.
U OEMILHOIIU CAHPAGNilD. 1*1
— Je3UÎ3ennage,monsieurIe juge de paix, disait d'une voix attendrissante l'épicier Laverdun, et je serai bien heureux si je n'attrape pas une pleurésie. Mais on a du cœur ou l'on n'en a pas, et entre honnêtes gens il faut se secourir.
A tcutes ces interpellations intéressées, H. Bobilier se contentait de répondre par un grognement sourd, et il passait outr* impitoyablement en murmurant entre ses dents :
— Je vous vois venir, mes drAles ; c'est mon procèsverbal qui vous donne ainsi du cœur à l'ouvrage. Vous espérez désarmer ma juste vengeance en faisant maintenant les bons apAtres, mais il est trop tard : ce qui est écrit est écrit.
Après avoir fait placer sa pompe à l'endroit oii elle lui parut devoir agir avec le plus d'etllcacité.et ordonné aux paysansde Chàteaugiron-4e-Vieilqui n'étaient pas nécessùres à la manœuvre, de former une troisième chaîne parallèle aux deux autres, H. ie Vaudrey s'approcha de son neveu, qu'il aperçut au premier rang des travailleurs ;
— Ta femme et ta fille sont en sAreté 1 liù dit-il brusquement.
— Oui, mon oncle, répondit Héraclius en serrant la mun du baron comme pour le remercier d'être venu k son secours ; je les ai conduites à l'autre bout du chftteau, et ma belle-mère est allée sans doute les rejoindre.
— Personne n*a péri î
— Personne, autant du moins qu'on peut le savoir au milieu de ce désordre. J'espère que la perte se réduira au mobilier de quelques chambres.
— Il y a un mur de refend qui partage le château d'une façade à l'autre, entre ces deux fenêtres, dit le baron en montrant à Héraclius les croisées dont il parlait ; il faut concentrer le feu entre ce mur etl'angle du bâtiment.
— C'est à quoi nous visons, mais la besogne %t rude ; il
' M (BCTEBS VB CB. DE BZRNABD.
lierait que le feu a pris ou a été mis dans une cliambre âurez-de-chaussée
— Tu crois donc que cet incendie est l'œuvre de U malveillance ?
— C'est l'avis de tout le monde, mais nous saurons plus tard k quot opus en tenir. Le feu a donc éclaté dans une chaml>i% du reiHle-chaussée, où l'on avait placé momentanément de vieilles boiseries lors de la restauration des appartements; ces boiseries, peintes à l'huile' pour la plupart, ont offert à la flamme l'aliment lepluscombustible que pût souhaiter un incendiaire, et c'est ce qui explique la rapidité des progrès dn feu.
— Allons I plaie d'argent n'est pas mortellej les murs du château sont solides et, comme tu l'as dit, la perte se bornera à une partie du mobilier qui, par parenthèse, et grâce h HM. les jacobins, n'avait plus rien de précieux. Reste il ton poste, je vais voir comment se comportent mes paysans.
Au moment où H. de Vaudrey retournait près de sa pompe, qui depuis un instant fonctionnait éneigiquement entre les mains vigoureuses des pompiers du vieux village^ il fut accosté par le juge de paix.
— Eh bien, monsienr le baron, s'écria ce dernier d'un air indigné, quedites-vousde ces brigands qui, non contents d'avoir brûlé mon arc de triomphe, viennent de mettre le feu aucbAteauî Y *-t-il un supplice assez cruel pour de pareils scélérats, et faut-il qu'on ait supprimé la roue I
— Hais, mon cher Bobilier, n'allez-vous pas trop loin ! réijûndit H. de Vaudrey d'un ton calme qui contrasUit avec l'irritation du vieillard; je viens d'apercevoir panai le§ travûUeurs les plus iélé«, Toussaint Gilles et les autres membres de son club ; ne les avez-vous pas vus?
— Sans doute, je sais fort bien qu'ils sonttpuslà, nais c'est pour mieux cacher leur jeu.
— CoQunent, reprit le (laronen baissait |a wa» le«
LB GBNTII-HOMUB CAHPAGKARD. 10|
toupçonneriez-votu d'être pour quelque chose à,afa tout ceci!
— Je ne dis pas cela, monsieur le baroi^ paais il est clair pour moi que le feu a été mis au château par quelques-uns des bandits coiiv(>qvés hier par ce jacobin de Toussaint Gilles; et si Iq responsat^Uté de l'émeute dont U a été 1^ chef avoué doit retomber sur lui, pourquoi n'eu serait-il pas ainsi de cet incendie qw me paraît avoir une connexion intime avecl'éqieute elle-même, ou plutôt qui en est la conséquence lexique T
Avant que N. de Vaudrey e&t pu discuter la valeur de cette inductiOQj Langerac, p&le et effaré, aborda brusquement les deux interlocuteurs.
— Madame de fionvalot, leur dit-il d'une voix étranglée , tavez-vous oii est madame de Bonvalot 1
— Comment diable voulez-vous que je vous donne des nouvelles de madame de Bonvalot, moi qui ne fais que d'arriver? répondit le baron.
— Et vous, monsieur Bobilierî reprit le vicomte qui tourna vers le vieux magistrat un regard plein d'angoisse.
— Est-ce que madame la douairière n'est pas près de madame la marquise? dit le juge de pais en répondantà une question par une autre.
— Hais non : madame d> Châteaugiron est dans une inquiétude mortelle ; la femme de chambre de madame da Bonvalot n'a pu donner aucune nouvelle de sa maîtresse, que personne n'a vue, quoiqu'on l'ait cherchée partout ; et maintenant il n'est plus possible de oénétrer dans son appartement.
— Pourquoi dope } demanda Tji. de Vaudrey.
— te f eu. . . dit le vicomte d'uoe voix entrecoupée, le fe(i A coupé le passage.
— Ah 1 grand pieu 1 s'écria M. Bobilier en faisant un soubresaut, ce q(ie vous dites 1^ est possible en effet.