‹ Le gentilhomme compagnardChapitre 11 sur 16 · M* (SDTBE5 DB CH. DE BERNARD · texte numérisé non relu

M* (SDTBE5 DB CH. DE BERNARD

le fiût seul de leur présence, se trouveront pour ainsi dire engages envers moi, ou du moins ne pourront pins décemment bBttre en brèdie ma candidUure. Toilà ce qu'a compris ma femme tout de suite, et ce qui fait que sa conduite me pamtt réellement fort habile,

— Admirable! vousdis-je. Oui,ieIerépète, c est le trait d'une femme supéneur», et madame est notre maître h tous.

Madame Grandperrin accueillait cet assaut de compliments par mi sourire moqueur d'accord avec la 6erté de son regard, et semblant annoncer qu'elle n'avait pas attendu cette e^>èce d'ovation pour être intimement convaincue de sa supériorité.

— Ne trouvez-vous pas , mon cher conseiller , dit tout à coup le maître de forges d'un air d'extase, qu'en ce ma» ment ma femme ressemble étonnamment h ce portrait de famille que vous voyez à droite de la porte 1

A cette question fort inattendue, H. de Boïfgoly tourna les yeux vers le tableau qui lui était dé^gné par H. Grandperrin.

— Quoi I cette vieille barbe I s'écria-t-il avec un étonnement qui semblait mêlé d'indignation; en vérité, il n'y â <]ue les maris pour avoir des idées pareilles. Cette vieille barbe ressembler à madame I quel sacrilège t quel blasphème I

— E^ moi, je vous dis qu'en supprimant en imagination la barbe et ai faisant la part de la différence d'ftge , de sexe «tde costume, il reste une ressemblance prononcée entre ce portrait él la figure de ma fenmie, lorsqu'elle sourit en prenant ses grands airs, comme elle fait en ce moment.

— Où voyez-vous que je prenne de grands airsT dit Carisse^ sans i^e la ëerté ironique de sa physionomie s'adoucit pour cela

— Vous en avez le droit madame, reprit le maître de Airgei en s'inclinant galamment; de même que vous avei

LU eBRTILHOHUS CAWAGHAIID. J41

le droit, , quoi qa'ea dise H. de Boisjoly, de reasembler à vos ancêtres.

— Ce portrait est donc celui de l'un des ancêtres de madame ï demanda le conseiller après avoir regardé de nou* veau re^ie du guemer barbu.

— Philibert de La Gennetière, capitaine d'une compagnie d'ordonnance, chevalier de Saint-Michel, brave parmi les braves, tué au siège d'Amiens, sous Henri IV.

H. Grandperrin mit k réciter cette biographie abrégée presque autant d'emphase qu'en déploie le maître d'une ménagerie, lorsqu'il explique aux spectateurs, les rares et curieux mérites de ses pensionnaires.

Le conseiller de préfecture, à qui le vaniteux industriel avait eu grand soin de présenter déjà officiellement ses quasi-ancétres du salon, s'inclina devant l'image du chevalier de SaInt'Micbel avec une affectation de respect qui diasimuiait mal un sourire moqueur.

— Celui-ci, reprit le maître de forges en désignant le second portrait, représente Christ(^he Contran de LaGenaetiëre, guidon des mousquetaires gris...

— De grftce, interrompit madame Grandperrin avec un accent d'impatience, laissons là mes ancêtres et revenons à notre affaire. En invitant à dîner pour aujourd'hui H. de Vaud. ey et H. Froidevaux, j'ai voulu ménager à H. de Boisjoly, dont l'esprit a des ressources si nombreuses, 1'oi.casion de sonder te terrain, et, s'il le trouve favorable, do livrer on petit assaut,

— Assaut que je livrerai, quel que soit le temûn, répondit H. de Boisjoly; car, en pareille matière surtout, l'occasion doit être prise aux cheveux; et voyez, madame, comme cela se rencontre bien I A tout hasard, et sans prévoir quel puissant auxiliaire je trouverais en vous, je me suis muni, en partant de M&con, d'un petit papier qui en* gagera, je l'espère, M. de Vaudrey, ce sanglier farouche, i accueillir favorablement mes ouvertures. Quant à mnltra

DiglzMbyGOO^IC

sti cnvBM DE ce. in mitUD.

fVoidevain, il noiu arrive ODe autre bonae fortune ; tio« magistrats morts coup sur coup dans le ressort de notre MHiF royale.

— En quoi ces trois décès KHis paraissent-ils unetKKme fortune 1 denkanda H. Grandperria on peu étonné, et que peuvent^ avoir de commun avecFroidevanz?

— Comment, candidatn^eti»imitif, vous aflcomprenei! pas que je vais faire danser aux yeux de notre homme, dans nn mirage ébloniisant, la toque et l'épitoge des trois défunts?

— On dit H. Froidevaux f«t desmteressé, repartit la maltresse du logis.

— Hadoiue, oo peut être icsi déùntere&se et avoir de l'ambitjon.

— L'amlûticm de devenir juge ou substitut dans un petit tribunal 1 reprit assez dédai^eusonent la jeune femme.

— Mais pour un avocat de village réduit à plaider & la justice de paix, une place de juge ou de substitut de pre~ Biière instance, c'est magnifique I

— Très-bien ; mais si vous échouez pr^ de ces messieurs, (£t Clarisse en souriant à demi, je livrerai aussi mon petU «ssaut.

— Vous me piques d'honneur, madame, répondit d'un air d'enjouement M. de Boisjolyj puisqu'il m'est in^tosùble da vous disputer le mérite de l'invention, que j'aie du moins celui de l'exéoutîon.

Un domestique entra dans le cabinet pour anntjnco km maîtresse que {dusieuis des convives étaient d^ réunis au salon.

— Allons, messieurs, dit Clarisse an se levant et en prenant le bras que s'enqireGsa de lui offrir le cwiseiUer de ^fecture, nous pouvons en resta là. Tout eet bien coo' venu, et il n'y a plus qu'à atteadre de pied ferme H. de Vaudreyet H. Froidevaux.

. MadaîneGtandparinetses deuxcompagnaunesedoi^

DiglicJbfGoOgle

U «BITILHOIIUE CODABIIAMO. 3tS

talent pat dé la praition critiqiié 06 se trouvait eo ce mo ment ménie Georges Frotdevaox, pontioii d'autant -pha fft^eufie que le ridicule s'y joignait en danger, ei de à»> qMQe/pour cette donUe raison, il est temps de le tiier.

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UNE GBANDE NOCTBLU»

Lorsque le jeune avocat était tombé de Téchise dans la rivière, plosienrs crîs fort différents d'expression étaient partis en même temps de l'on et de l'autre bord.

— Cest le doigt de Dieu 1 s'écria la vieHle dévote avec one pieuse férocité.

— Oui, Dieu le punit, et c'est bien faît^ dit de son c6té mademois^e Ursule, qui trouvait sans donte qu'il n'était mort si cruelle dont ne f6t i^ne un homme assez pervexs pour ne pas l'épouser.

Sur l'antre rive un seul cri s'éleva, cri d'angoisse sincère et de profonde épouvante ; après l'avoir poussé, ^ctorine pftiit et chancela au bras de H . de Vaudrey, qui, en la sentant fléchir, la porta plutôt qu'il ne la conduisit à on banc. 06 il ta fit asseoir.

— Ne bougez pas de là jusqu'à mon rebjnr, fui dit^il alors ; surtout rassnrez-vous, il n'y a pas le moindre danger, et je réponds de lui.

A ces mote, le gentilhomme campagriard courtrt à toutes jambes, ce qui, va son embonpoint, ne lui était pas arrivé depuis vingt ans peut-être, vers une barque qu'il aperçut à quelque distance. La chaîne qui servait d'amanv se trouvant fennée par un cadenas , ÎI arracha de son poignet d'sttilëte lepienon elle était attachée. Le baron descendit emuite dans la barque qtû enfonça soudain de ptudeurs

m (BDVBBS DK CH. SE BEBEUBD.

pouces, saisît i défaut de rames une gaffe qu'on y avait laissée par hasard, et, au risque de se voir entraluer par 1« courant sous les roues du chenal, il se dirigea, en manoea- VTSDt aveb autant d'adresse que de vigueur sa frêle embar* cation, vers la place où Froidevaux venait de disparaître.

A l'instant où la barque, docile à la main de sou codducleur, atteignait le bord supérieur de l'écluse qu'elle n'était pas exposée à franchir, puisqu'en ce moment ce courant ne la couvrait pas, la tête du jeune avocat repamt au-dessus de l'eau.

— Courage, Froidevaux, je suis à vous I lui cria H. de Vaudrey d'une voix énergique.

En même temps le baron eugrava son batelet sur la crête de l'écluse, de manière à le rendre immobile, puis il examina le terrain d'un œil rapide ; à la vue du talus glissant qui le séparait de l'homme qu'Û venait secourir, il hésita un instant en dépit de son courage.

— Si je mets le pied sur ce miroir, se dit-il, je tomberai au premier pas, et je roulerai dans la rivière comme une boule, ainsi qu'il a fait lui-même tout à l'heure. Alors nom serons deux à nous noyer au lieu d'un ; et qui nous repécheraf Bahl poursuivit l'ancien militaire en prenant son parti, si à Leipsick son père avait fait toutes ces soties r^ flexions, je ne serais plus en vie. *

Sans balancer davantage, et au risque d'être précipité hii-méme dans la rivière au lieu d'en retirer le fils de son ancien compagnon d'armes, H. de Vaudrey passa de la barque sur l'écluse.

Par hasard, Froidevaux était tombé dans un endroit assez profond; le seul peut-être, à cent pas è la ronde, où il y eût assez d'eau pour qu'un homme put se noyer. Il alla au fond d'abord; mais le premier saisissement passé, il se débattit vigoureusement, et comme madame Perron n'avait pas exagéré son talent de nageur, il ne tarda pas, malgré le poids de ses habits alourdb par l'eau , à revenir à la

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nuTace. Un instant après il s'était accroché à l'un des pilotis qui renforçaient la base de l'écluse.

— A mervalle, lui cria le baron en lui tendant la gaffe dont il n'était armé : maintenant empoignez-moi cette lignelà et je vous pèche comme on poisson.

L'avocat reprenait haleine en se cramponnant d'une main au piea qu'U avait saisi, tan^ que de l'antre il es* aoyail ses yeux à demi aveuglés par l'eau qui ruisselait da ses cheveux.

— Ne m'en veuille): pas si je reste tàaâ b distance respectueuse, reprit le baron, cette maudite écluse me parait glissanie en diable, et si je tombais à l'eau, je ne m'en tirerais peut-être pas aussi bien que vous ; d'ailleurs la gaffe est assez longue pour que vous puisaez la saisir.

Au lieu de faire ce que lui disait H. de Vaudrey, ^oide- Taux lâcha le pilotis et se remit à la nage pour recueillir son chapeau qui flottait à quelques pieds de là, drconstance puérile, mais caractéristique, car à moins d'avoir passé par les plus rudes épreuves de la gène et du besoin, quel homme en pareil accident eût songé à son chapeau T

Après avoir reconquis sur l'onde perfide l'indispensable complément de sa toilette , si pleine de lustre , hélas I l'instant d'auparavant, et maintenant si déplorablement trempée, le pauvre avocat sai^t des deux mains le bord inférieur du barrage et se tira hors de l'eau par un effort vigoureux; un moment plus tard il était debout sur le talus ruisselant qui lui avait été si fatal.

— Venez, lui dit le gentilhomme, j'espère que la barque pourra nous porter tous les deux, quoiqu'elle paraisse déjà trouver son lest un peu lourd.

Froidevaux ne rendit rien, U est même probable qu^ n'entendit pas. Lorsque après sa chute il s'était senti entraîné au fond de l'eau, l'instinct de la conservation, n exclusif en pareil cas, l'avait porté à lutter contre la mort; il s'était donc débattu machinalement sans qu'une volonté réfléchie

34t ŒDVBES DE CH. DK BBtRASD.

f&t pour rien dans ses efforts. Hais dès qirïl se tK Bain et s&nfsur les dalles de f écluse, le ridicule de son accident le saisit b la goi^ et faillit d'accomplir, en le suffoquant, U catastrophe commencée par la rivière.

Pendant quelques instants, Tamoursax désolé épronva la plus violente tentation de se rejeter à Pean ta t£te la première, et s^il n'y succomba pas, ce fut parce qn'il se <St avec JQStesse qu'il était tn^ bon nageur pour réussir à se no^er, et qu'au dernier moment, le l&che instinct de b nature, plus fort que sa volonté même, farradtenùt dâ nouveau à la mort.

— Si j'avais seulement sons la main une pierre d'an» cinquantaine de livres pour me l'attacheran cou, pensa-t-il, j'aurais l'espoir de rester au fond, mais malgré moi je m'en tirerais encore ; sans compter qu'avec son croc cet abominable homme serait capable de me lepédier, et ce suicide avorté n'aboutirait qu'à un ridicle de plus.

— Venez donc, lui cci& le baron qui ne comprenait rien à Tattitude de l'avocat ; il ne fait pas diand, et avec vos liftbits trempés vous pouvez attraper un refroidissement. A la forge, on TOUS donnera de quoi changer.

Limpression que lui causa la seule idée de paraître de-vant Yictorine et sa famille dans le piteux état où favaif mis son accident, tira soudain FVoidevaux de sa morne immobilité. Sans répondre un mot à M. de Yaodrey, sans jeter un regard duc6té où il eut pu apercevoir la jetmeBlIe, ilse frappa le front par un geste de désespoir, et prit sa course le Icmg de recluse pour regagner le bord d'où il étrà parti.

— Perdez-vous la t£IeT s'écria M. de Vaudrey, qui,daiu l'ttitention la plus charitable, remit sa barque à flot aSa de poursuivre par eau le fugitif; mais cette manœuvre ne fit qu'accroître la vélocité de ce dernier; poussé déjà par Is besoin de cacher son humiliation à tous les yeux, et avant (pie le batelet eût pu le rejoindre, il atteignit l'extrémité de l'écluse, d'où il gravît précipitamment snr U itaf/e.

tB CEItTrUBOmiK CAnTAGRAW. 3IT

li une dernière épreave l'attendiùt.

Dans le jardin dn percepteur, mademoiseUe Bergeret et madeiDOiseHe Chavdet, dont wi ap^v^evait les figures grimaçanfes par-dessus la hue d'aubépine^ glouglontaient h fenvi comme deux dindons en colère. Lorsque te malheureux arocat passa deTant elles, ear il n'y aratt pes (f autre chemin, leur harmoDiewt dno redoubla de TÏrecilé etiféBergie, comme éclate il la stretle tm morceau d'opérs.

— HonsteurFroideraux! cria madenH^srile Unnle avec ime irome triomphante, c'est btert pen galant h Tons de passer fflnsfsans nous saluer; mais, mon DtenT qu'avez-voos donc? vousTOilà trempé de la tête aux pieds ! Sortes-voasde la rivière, p«r hasard? Quelle idée de prendre nn bain par uiw bise pareHIe, et avec vos habits, encore F des habits tout neufs I C'est une drdle d'étrrame que vous leur avez donnée là I

De son dHé, mademoisdie Bergeret, qui p(»sédait let saintes Écritures plus qu'il ifai^partient d'ordinaire aux dé* vfries cothf^iqnea, fut saisie h la vue du pécheur chftiié par le doigt de Dten, c'était son expression, d'un transport semblaUe à eelaî qni s'empara de liarie, scrar d'Aaioo, après le passage de la mer Rouge.

— « C3i«Btons des hymnes au Seigneur, s'écria-^-^lle à9 sa voix la [dos aiguë, en répétant les paroles de la sainte prophétesse, chantons des hymnes au Seigneur, parce qnil a s^^ sa grandeur et sa gloire, et qu'il a {véeipité dwis la mer le titeni et le cavalier. »

Poursuivi par ces eta sauvages;, Fnndennx, qui en ce moment enviait le sort de I^iaivon, s'^ança dans le sentitf do bord de l'esa, suis trop sav(nr 06 il aQ»l, et ne tardi pas h dispwattre.

' M. de Vaudrey, pour le rejoindre, ovrH ranoirié h ligne âe l'écluse jusqu'au rivage. Voyant l'imitilité desa pour' suite, il arrêta sou batelet et se tourna vers les deux vieïMef filles, qni c(»itinaaieat leur dtanl de victoire k qoelquei p« dehii,

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ut ŒOVBBS DB CB. DK BBRNAKD.

— Mademoiselle Bergeretet mademoiselle Cbavelet^ leur eria-t-îl d'une voix tonnante, d vous ne cessez pas sur-le* champ vos ^apissements, je tous accroche l'une et l'autre avec ma gaffe, et je vous mène prendre un bain en pldne eau.

A cette foudroyante apostroptie, et surtout à la vue du croc à deux branches dont était année la perche que le baron brandissait vers elles d'un air menaçant, les deux dévotes, frappées d'une terreur panique, baissèrent d'abord la tête derrière la haie conune pour se dérober au premier coup; puis, sans répliquer im seul mot, tant leur parut tertible le colossal gentilhomme debout sur sa barque et prêt à les harponner, elles battirent en retraite précipitamment, et disparurent bientôt au fond du jardin comme s'évanouissent dans le broaiUard les sorcières de Macbeth.

H. de Vaudrey n'accorda qu'un léger sourire k la déroute de ce couple malfaisant, et, virant de b<»rd aussitM, il traversa rapidement la rivière. En un tour demain, il eut renfoncé le pieu qui servait à amarrer la barque, et sautant à terre, il se dirigea vers le banc où il avait Iciissé Victorine, mais il ne l'y trouva plus. Vainement le baron, qui ne put se défendre d'une sorte d'inquiétude, jeta les yeux de tous eûtes; il nedécouvritrien. La jeune fille était devenue invisible.

— Allons, se dit-il après s'être convaincu qu'il était, impossible que cette disparition eût pour cause un nouvel accident, il me parait maintenant prouvé qu'elle l'aime réellement. Elle a craint sans doute qu'à mon retour ù^ ne m'égayasse aux dépens de ce pauvre Froidevauk, et, pour éviter mes plaisanteries, elle s'est sauvée. La fuite est signiQcative . Au îcàt, pourquoi ne l'aimerait-elle pas T poursuivît le baron en s'efforçant de secouer le dépit involontaire que lui causait cette idée; puisqu'à moins de vouloir jouer le rftle d'un C&ssandre, il m'est interdit de prétendre encora au don de plaire, mieux vaut Froidevauxquebiend'autraft£

U flKRTILDOIIllE CAMPAGIUU». J4V

do moins c'est un garçon d'esprit et im honnête bomnie. H. de Vaudrey, qui malgré lui était devenu rêveur, quitta l'allée des marronDierset prit un des sentiers qui couduissient àla maison du maître de forges; au moment d'y arriver, il aperçut à l'entrée d'une petite pelouse et sous i ombrage d'un vaste platane le garde-chasse Rabusson^onversant avec la jolie femme de chambre de madame Grandperrin.

— Mes enfants, ne vous dérangez pas, dit avec bonhomie le baron, qui ne put s'empêcher de sourire en remarquant le mouvement de retraite qu'avait fût involontair»meot la jeune fille à sa vue.

— Mon colonel, se h&ta de dire Rabusson, moins décontenancé que la femme de chambre, le facteur est arrivé, et je vous cherchais, idnsi que vous m'en avez donné l'ordre^ car j'ai une lettre datée de Hâcon à vous remettre.

— Tu as le front de dire que tu me cherchaist reprit le gentilhomme campagnard, en [venant la lettre que lui présentait le garde-cbasse.

— Mon colonel, je vous assure que je vous cherchais.

— Sans bouger de place, n'est-ce pasl Mademoiselle Virginie, poursuivit le baron en s'adressant d'un air railleur à ta femme de chambre, vous voyet avec quel magnifique aplomb le vaurien ment; que cela vous serve de leçon et vous apprenne à ne pas trop vous fier à ses cajoleries

— Hais croyez bien, monsieur le baron, que je ne m'y fie pas du tout, répondit vivement la jolie soubrette.

— Ce sont vos afiiùres, ma belle enfant, et vous êtei avertie. A propos, pourriez-vous me dire où est madenuiseUeVictorinel

— Je viens d'apercevoir mademoiselle qui rentrait h la maison, répondit Vii^ie, dont les joues s'étaient couvertes des plus belles couleurs.

— H. de Vaudrey inclina la tète en signe de remerdment, et il ouvrit la lettre que venait de liù remettre le ganJe-cbasse. Dès Us premiers mots qu'il y lut, une riv*

„Coo^lc

ÏM (nrVBU DB CH. DM BEBIUID.

întigficlioa éclata sot son visage, et il poursuivit avee Vmlérèt le plus prontncé.

Mademoiselle Virgimeprofitadeoettelecbire paur^s'éloîgner h petit bruit, ni«s dob sans avoir échangé auparavant, en dépit des conseils da baron, on tendre regard avec l'tficien sous-offîcier de cuirassiers.

— Rabusson, dit H. de Vaudrey «psè» avoir achevé de lire' la lettre qn^ mit dans sa poche, tn vas retotimer chez moi, et ta couperas tes mou^acbes.

— Couper mes monstaches I s'écria le garde âtahi.

— Il me semble que je m'exprime en français, reprit l'ex- Ueutenant-colonel avec l'accent d'un homme habitué par un long commandement militaire à se voir obéi b la letbe; ta couperas tes moustaches.

— Je les couperai bien certainement, mon colonel, â ça peut vous être agréable, répondit Rabusson d'uo ton soumis, mais c'est drôle.

— Drâle ! en quoi!

— Cest drôle que la même idée vous soit venue au même instant, i vous» mon colonel, et à mademoiselle Virgule.

— Mademoiselle Virginie veut donc au^i que tu coupes tes moustaches^

— Elle en parlait ttmt i IHieure.

— Mauvais sujet, dît le barfn ea rian^ qae lut ont doue liit tes moaatachest Estr«e <|Be tu aurais eu l'audace de l'oabraBseiT

— Ma loi, mon colonel, il n'a tenu qu'à elle, et je n'aurais pas mieox denuDdé si rile avait voulu, répliqua Rabu»lOD, qui mit dans cette répoiffie évaaive toute la discrétioik qu'on peut attendre d'un amant délice.

— Je te orois bien, niori)leu I Virginie est un gentB brin de fille. Mais reven<»is à ton affaire : tu vas donc aSa couper tes moustadies et quitter ta bandoulière.

D,izMb>GoOi^ll;"'

CAHPAMARS. an

' ■- Quitter ma bandouli^, mon colonel, et ponrqiuN ça ans vous commanderT

— Parce que n'étant plus mon garde, à comider de cet instant, il n'est pas convenable que tu portes plus longtemps une bandoulière où se trouve la plaque de mes armes.

— Vous me renvoyez ! s'écria l'honnête Rabnsson, dont l'étonnement fit place soudain à une émotion douloureuse qu'esprima fortement son visage martial.

— Te renvoyer 1 dît M. de Vaudrey en lui frappant amicalem^t sur l'épaule; est-ce qu'on renvoie jamais un brave garçon comme toit J'aurais donc perdu la tête T Bien loin de me priver de tes services, je te fais monter en grade: tout à l'heure tu étais mon garde-chasse, à dater d'à présent tu es mon commis de Ikhs.

— C'est-à-dire, répondit Rabusson d'un tir épanoui, que de ample maréchal des logis vous me faîtes miaréchfd des logis dief T Accepté, mon colonel.

— Je te fais officier, morbleu! ne confondons pas. Entre un commis de bois et un garde-chasse, il y a autant de différence qu'entre une épaulette et un galon.

-^ Alors, ça me va de miens en mieus, mon colonel.

— Et ce n'est là que le commencement des grandeurs qui t'attendent, ajouta en riant M. de Vaudrey.

— Je suis content comme ça, dit Rabnsson qui se frottait les mainB d'un as radieux, et si je pouvms seulemest savoir pour quelle raison il faut qne je coupe mes moustaches...

— Pour la même raison qui exige que tu quittes ta bandouli^. '

— Je ne suis pas plus avancé, mon colonel.

— Ni les moustaches ni la bandoulière ne stmt d'ui^ forme dans le régiment où ta vas entrer.

— Le régiment 1 nous reprenons donc du service î c-a me Ta encore.

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