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— Comme vous vous en passez vousHnéme poat porter le nom de votre mère.
— Mais puisque vos ancêtres, les Laagerac, étiûent vicomtes, dit le conseiller de préfecture d'un ton de perû- S^^, pourquoi ne preoei-Tous pas leur titre en mâme temps que leur nom?
— Un sot l'eût laissé, répondit l'es-Pichot avec un magniâque sang-froid.
— Ainsi dcHic j'ai l'honneur de parler en ce mommt à H. te vicomte de Langeracl dit le conseiller en affectant un respect moqueur.
— Tout comme j'ai l'honneur de parler moi-même à H. le chevalier de Boisjoly, répondit Langerac non noins ironiquement.
— Après toutj vous avez raison ; quand on prend do gftlon, on n'en saurait trop orendre. Pour achever, je suppose que votre fortune a suivi votre condition dans sa voie ascendante}
— Mais oui : un héritage assez confortable , quelques amis bien posés : avec cela un tumune n'a pas le droit de se plaindre de la fortune.
— Voilà im héritage qui me parait encore sentir le ycAsnage de la Garonne, se dit M. de Boisjoiy qiû avait le droit 'de se défier des Gascons, puisqu'il appartenait lui-même à cette race, plus renommée en général pour son esprit qae pour sa véracité.
En ce moment La cavatine Miei Rampolli femimni, exécutée k\a sourd iae jusqu'alors par l'avocat Frùdevaux éclata comme un solo de trombone.
— Audiabtele br&illardl dit le conseiller de préfecUiie ai portant las muas.à ses oreilles.
— Reconnaissez-vous cette voixT lui demanda Langerac.
— A moins d'avoir mené paître le taureau qui en abuse, •Wmment p«umd»-je la recomialtreî
— Vous avez voulu le mener patire . en effet, reprit I»
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Ticômte en riant, mais il n'a pas veula mordre k votr» herbe.
— Qu'est-ce que cela veut direT
— Cela veut dire que ce terrible chanteur dont vous scmblez apprécier gî peu le mérite , n'est autre que l'aimable M. Froidevaux qui vous & si tùen reçu tout à l'heure.
— D'où savez-vons que M. Froidevaux m'a bien reçu f dem&nda M. de Boisjoly en fixant sur son compatriote on regard défiant.
— Quand je m'exprime tânsi, vous comprenez que c'est par antiphrase. ' '
— Par antiphrase?
— Sans doute, puisque, loin d'accueillir vos propositions, ce philosophe antique de Froîdevaux a été tenté de faire sur vous ce qu'il nomme impoliment une cxp.âence m anima vili.
— Quelle expérience, s'il vous plaîtt
— Un petit saut par la fenêtre, rien que cela.
— Qui vous a dît cette absurdité? s'écria M. de B(ri»joly, dont la figure blafarde jaunit de dépit
— Une personne fort bien informée.
— Mais qui enfin?
— Mons Froidevaux lui-même.
— Vous le connaissez donc?
— Sans doute.
— Vous l'avez vu depuis peu t ~- Je sors de chez lui.
— Et pouvez-vous me dn« ce que vous êtes allé faire chez lui ?
— Pourquoi ne vous le diraia-je pas? Avant une heure, vous le sauriez sans doute ; autant vaut alors jouer tout de suite cartes sur table. Ma visite à cet agréable avocat a été [Wécisénient le pendant delà vôtre, à cela près que j'ni mis des formes là où vous avez déployé, à ce qu'il parait ane franchise un peu brutale.
Uù CEI3VIIBS DE en. DE BE&NABD.
— VoQs conuaiâsez donc M. de Châteaugiron T s'écria la conseiller visiblement contrarié.
— Parbleu ! Oreste et Pylade.
— Vous soutenez sa candidature?
— Comme vous soutenez vous-mèaie celle de H. tïrandperrin.
— Allons^ reprit M. de Boisjoly eD s'efforçant de dissimuler son dépit sous un sourire insouciant, je comptais retrouver en vous un ami, c'est un ennemi de plus au contraire que le sort me jette sur les bras : une mauvaise journée pour moi !
— Pourquoi mauvaise ?
— N'ôtes-vous pas mon adversaire, en cette affaire du moins ?
— Je ne ie serai que si vous my torcez.
— Four moi je ne demande que la paix.
— Moi de même.
— En ce cas signons-la.
— Volontiers ; mais les conditionsî
— Peu doit vous importer au fond que M. de Cbàteaugïron soit ou non nommé membre de ce conseil général, tandis que moi j'ai un intérêt majeur et personnel à faire réussir M . Grandperrin ; abandonnez donc votre homme, et je vous promets qu'à la première occasion je vous indemniserai au centuple de ce sacrifice.
— Il est malheureuï que vos conditions soient ^^sément Je contraire des miennes.
— Quelles sont donc les vôtresî
— Que vous abandonniez vous-même votre homme, pour employer votre expression, car l'intérêt que tous pouvez avoir à l'appuyer ne saurait égaler celui que j'ai de mon câté à soutenir mon ami Ghftteaugiron .
— Il est convenu que nous jouons cartes sur table, a'estcepasî
— Sans douta.
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'— Eti bien 1 il y va de mon avancemeotl
— £t moi de ma fortune I
— Une place de sous-préfet !
— Un maringe superbe I
— Quel rapport peut avoii' votre mariage avec cette é'JMtioQl
— Vous comprenez qu'il m'est impossible de m'expliquer davantage, car, en pareille affaire, la discrétion est de rigueur; mais vous pouvez m'en croire sur parole. Ainsi donc, mon cher Boisjoly, rendez-mo île service que je vous demande.
— Impossible, mon cher Pichot... c'est-à-dire, mon cher Langerac; c'est moi, au eontraire, qui compte sur votre vieille amitié.
— Vous ne voudriez pas me taire manquer une affaire si avantageùseî
— Vous n'auriez pas le courage de ruiner de gaieté de cœur ma fortune administrative T
— Allons, un petit effortl
~- Comprenez mes raisons...
— Je vous saurai un gré infini de cette condescendance...
— Vous n'aurez pas obligé un ingrat...
— II me semble que la discussion ne marche pas du tout, dit le vicomte en se levant, et que nous pourrions continuer de la sorte pendant un mois sans parvenir à nous mettre d'accord. Concluons.
— Oui, concluons, répéta M. de Boisjoly, qui se leva do son côté.
— H'accordez-vous ce que je vous demande î
— Non. Et vous, aurez-vous égard à ce que je voua ai dit!
— Pas davantage.
— Ainsi nous sommes ennemial •- Comme il vous plaira.
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— Prenez-y garde , reprit le conseiller de préfecture, dont les lèvres blêmes étaient entr'ouvertes p&r un eou< rire convnlsif. Si l'on m'accorde assez généraleraenl que je suis un ami dévoué, quelques personnes en revanche ont éprouvé, aue je puis être un ennemi dangereux.
— Comme ami, vous ne me donnez pas lieu de cnùre à votre dévouement; comme ennemi, je ae vous crains en aucune mani^.
— Cependant îl est certaines choses que vous croyez Mm doute bien cachées, et qui pourraient vous nuire quelque peu dans l'opinion publique, si elles venaient à être
— Chacun a ses péchés, répondit Langerac d'une voix assurée, quoique d'abord il n'eût pu s'empêcher de rougir; ainsi, ne vous occupez pas des miens, à moins que vous n'ayez envie qu'à mon tour je vous aide à faire votre examen de conscience.
— Ma conscience est pure, dit H. de Boisjolyavec emphase, mais l'ancien quatrième clerc de meitre Huguenin pourrait-il en dire autant de la sienne?
~~ L'ancien quatrième clerc de maître fluguenin n'a pas de leçons de vertu à recevoir de l'ancien précepteur des enfaiits du duc de Chérizac.
— Vous oubliez que les murs de l'étude où vous avez travaillé pendant trois ans ont pu avoir des yeux et des oreilles 1
— Vous oubliez vous-même que les tapisseries de l'hôtel de Chérizac ont pu, de leur cAté, n'être ni sourdes ni aveugles I
— Rappelez-vous le procès Dufailly ! dit tout à coup le conseiller d'une voix basse et menaçante.
Tout le sang de l'ancien clerc d'avoué parut près de jaillir par les poiesde son visage; mais quoique évidemment blessé, il ne tarda pas à riposter.
— Et vous, dit-il. en adressant à son digne compatriote
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on regard plein de rancune et de hame, souveitez-^ûs da portefeuille bleu qu'oubliait quelquefois à son bureau le duc de Cbérizac I
Une pâleur verdAtre eavatiît sabitement la (îgure A blême déjà de H. de Boisjoly, et il promena vaguement les yeiuL autour de ta chao^, comme s'il eût ch^rcbé une porte pour s'enfuir ou une arme pour se venger.
— Vous voyez que si vous me connaissez^ je ne vous connais pas moins , reprit Langerac, dont le trouble parut se dissiper à mesure que devenait plus manifeste celui de son adversaire; ainsi donc nous savons tous deux à quoi nous en tenir, et un plus long entretien est inutile. Ifaintenant, voici mon adieu : La paix ou la guerre, à votre choix !
Sans attendre la réponse de H. de Boisjoly, qui ressemblait, par l'immobilité de son attitude et l'altération de ses traits, & un homme récemment frappé de la foudre, le viccunt^ de L: ng'irac sortit de la chambre.
Au moment où il descendait l'escalier, sans nouvelle rencontre cette fois, une rumeur violente, dont nous expliquerons les causes dans le chapitre suivant, remplit soudaineiBent l'auberge du Ckeval-Pairiote.
4 CONJDBATION VILLAGEOIS!
La grand'messe était commencée.
AumcMoient oii le dernier coup tkchevait de soanw, les fidèles rassemblés devant l'église avaient vu sortir du château un groupe sur qui s'était portée aussitôt l'attentinD générale.
En tête, marchait la man^iise de CMteaugîcoii; comme b veUle, elle donnait le bras à H. Bobilier, qui e(^ $«nk
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lajeuni de quarante ans, à le radieux épRnouissement de la physionomie avait le privilège d'elTacer les rides.
Derrière ce couple disparate s'avançait, en s'appuyant longuissamment sur son gendre, ta douairière de BÔnvalot, parée de si éclatants atours qull y avait dans cette toiletté multicolore de quoi faiïe mourir de jalousie les boui^eoises de Châteaugiron les aùeta endimapchées.
La marche était fermée par deux laquais en linrée portant des coussins de velours.
Après avoir traversé la place en recueillant sur leur passage les marques non équivoques d'une curiosité respectueuse , contre laquelle pourtant protestaient çà et là quelques visages hostiles et plus d'un chapeau enfoncé jusqu'aux oreilles, les maîtres du chiteau, toujours ao compagnes de leur escorlCj entrèrent sous le porche et de là dans l'église.
A part quelques retardataires qui pressaient le pas, atia d'arriver à la messe en temps n^le, la place se trouva bientât déserte.
La porte de l'auberge du Cktml-Pairiote et les voleta des fenêtres du rez-de-chaussée étaient exactement fermée car un arrêté de la police municipale interdisait l'ouverture des cabarets pendant la durée des offices; mais, selon l'usage, cette soumission aux ordonnances était plus apparente que réelle. Au lieu de s'adresser à l'entrée ordinaire, les pratiques de Toussaint Gilles, plus altérées du jus de la treille que de la parole divine, passaient en ces occasionpar une cour oii se trouvait l'écurie, et de là s'introduis s^ent, au moyen d'une porte de derrière, dans le sanetuaire bachique, dont l'extérieur, grâce îi cette précaution, ne cessait pas d'o&'rir aux yeux des passants la clàture la plus édifiante.
Ce jour-là, dès que le dernier coup de la messe eut fini de tinter, Toussaint GHIes, contrurement à ses habitudes, nftiM d'accorder une plus longue hospitalité à une dMiû*
ut GENnLHOUHB CiMPAGNARD. 115
douzaine de buveurs attablés dans la salle il manger, et qui ne se résignèrent à quitter la place qu'après une assez longue résistance.
— Je n'ai pas envie d'ôtre mis à l'amende à cause de Tt)u£, «lit l'aubergiste aux plus récalcitrants; le garde champétpe m'a déjà menacé d'un procès-verbal, et ces deux scélérats de Bobilier el)d'Anioudru ne demanderaient pas mieux que de me prendre en contravention. Ainsi donc, faites-moi l'amitié de vous en aller; mais si vous voulez revenir après la messe, je m'engage à vous servir d'un vin comme vous n'en avez jamais bu de pareil; c'est moi qui régalerai.
Cett« promesse, accompagnée d'un clignement d'œil mystérieux , ramena la gaieté sur le visage des consommateurs, qui se décidèrent enfin à se retirer momentanément et jurèrent tous d'être exacts au rendez-vous.
Dès qu'ils furent sortis, l'aubergiste poussa le verrou afin que personne ne put pénétrer de ce côté à son insu; puis, traversant de nouveau la salle à manger, il entra dans la chambre voisine dont ta porte était restée soigneusement fermée jusqu'alors.
De chnque ct^té de la table, autour de laquelle avait siégé la veille le club démocratique de Châteaugîron, deux membres de celte société respectable, les plus altérés, sinon les plus illustra, étaient assis, une bouteille entre eux deux en guise de trait d'union : c'étùent le boucber Gautherot et le taillandier Picardet.
Dans un coin de la chambre se dressait, appuyé contre la muraille, un énorme drapeau bicolore confectionné pendant la nuit par les soins de l'épicier vice-président , et appoi'té dès le point du jour, dans le plus grand secret, au lieu déagnc pour le tendez-vous des conjurés.
— Tout le monde est p:irti, dit Toussaint Gilles k ses amis politiques, et maintenant personne n'entrera plus sans I(î mot d'ordre.
Au même instant on entendit frapper h la poite qui oit-
»• OHITUS BB CB. DB DBUUBk
naît sur la cour pluâeurs coups séparés pac des iutenallea dont l'irrégularité semblât calculée.
— Qui vive T demanda le président du club à travers le trou de la serrure.
— Ëvandre et Scœvola ! répondit par le méine canai oae TOix emphaUque.
— C'est le gref&er, dit Picarde! à Gautherot, tandis que l'aubergiste allait ouvrir la porte.
— Le greffier est un savant, je n'ai disconviens pas, ré* pondit le boucher avec un sourire ironique ; mais c'est égal, il faut «mvenir qu'il nous a donné hier soir un drAle de nuA d'ordre.
— Qu'a-t-il de si drAleî demanda le taillandier.
— Comment ! tu n'as donc pas entendu ce qu'il vient de dire? ^
— Je l'ai bien entendu , muis j'avoue que je ne l'ai pas parfaitement compris, répliqua naïvement Picardet.
— Il a dit : Ëveulrez ces veaux-là.
Telle étaiten effet l'étrange variaote qu'avait subie le mot d'ordre du greffier en passant par l'inteÛigence du boucher, plus familier avec les animaux du jour qu'avec les grands hommes d'autrefois.
— Je conviens que le mot d'ordre est drôle, dit le taillandier en se versant à boire, comme s'il eût éprouvé le besoio d'arroser cette drôlerie pour en faciliter la digestion.
— Et moi , je soutiens qu'il n'a pas le sens commun, reprit Gautherot d'un ton péremptoire; car on n'éventre pas les veaux, on les assomme.
En pareille matière, l'autorité du boucher était trop irrécusable pour que Picardet osU se permettre la moindre objection; aussi se contenta-t-il de vider son verre d'un trait.
Pendant ce rapide dialogue, Toussaint Gilles avait ouvert la porte en évitant de faire du bruit, et le greffier Vermot étut entré dans le cénacle républicain d'un pas non moiu disci^
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— Choyens , diUil tvec une gravité tragique de» que I» pwte fut refermée , ce n'est pas le moment de boire : IV ristocratie ne boit pas , elte ne s'endort pas non plus; eo ce' moment même il se tnune un comfdot contre nous.
— Un complot} dît l'aubergiste en interrogent le greffier du regard.
— Un complotT répétèrent comme un écho Gautherot et Picardet. ^
— Écoutes, reprit Vermcd, d'un air ùiq)(»rtaat et mysté- EieHx : tout il l'heure j'étais à majustice de paix, asHs à mon bureau et occupé à rédiger une consultatitHi pour ce pauvrapère Cocqaard k qui Bobilier a coupé hier la parole d'un» manière û indigne, afin d'aller recevoir plus vite son mtvquis et sa marquise. Tous savez que ma justice de paix n'est séparée de la mairie que par un corridor; je prête l'oreille, et je reconnais bientôt la voix d'Amoudru père et celle de Rabusaon, le garde de Vaudrey.
— Un gmllard presque aussi soUde que son maître, interrompit le boucher Gautherot avec un accent d'admiration Diétée d'envie ; je suis sûr qu'il assommerait un bœuf d'un coup de poing, car, pour le dire en passant, on n'éventce pas plus les bœufs que les veaux; on les assomme.
— Rabusson n'est pas plus méchant qu'un autre, dit l'aubergiste en souriant dédaigneusement, et je connais qud> qu'un qui lui prêtera le collet tant qu'il voudra.
— Et moi j'en connais un autre, ajouta le taillandier, qui ferma par manière de défi ses grosses mains noires et odieuses.
— Laissez-moi donc finir mon narré, reprit Vermot d'oa ton d'humeur.
— C'est jiist£, dit le président; vous avez la parole.
— Ayant donc reconnu la voix. d'Amoudru et celle d& Rabussoa qui entraient à la mairie, je me lève à pas de loup, je vais dans le corridor, et je colle mon oreille contre la pOTte, qu'ils avaient par boi^eur laissée entr'ouverie.