CBDVRES DE CH. D8 BERNARD
Henri de Chftteaugiron, baroa de Vaudrey, ancien lieuto. nant-colonel de cavaleriej et du sieur Georges Froidevaux, avocat, eut donné lecture du procès-verbal dressé contre ce dernier par le garde champêtre Chambard, le magistrat, selon l'usage, accorda la parole au demandeur pour qu'il prit ses conclusions.
— Monsieur le juge de paix, dit le baron, avant que je commence, auriez-vous la bonté défaire fermer cette fenAtre ; tout à l'heure, le bruitqu'on fait sur la place empêchait d'entendre la lecture du ppocès-verbal, et je désire être entendu de tout le monde.
— Vermot, fermez la fenêtre, dit M. Bobilier avec le ton d'un patient mis à la question depuis quelque temps» et qui ne compte plus les tortures.
Vermot, gros garçon démocrate et joufDu, craignant les courants d'air, et qui avait déjà maugréé en silence contre la fenêtre ouverte derrière ses oreilles, s'em^n-essa d'exécuter l'ordre de son supérieur.
— Monsieur le juge de paix, dit alors M. de Vaudrey d'une voix dont le timbre sonore semblait accuser de superiluité la précaution qu'on venait de prendre, l'aifaire qui m'amène devant votre tribunal est fort simple et peut être plaidée en deux mots.
H. Bobilier respira plus librement, et ses petits yeux gris s'arrêtèrent sur le baron avec une expression de reconnaissance. Quoiqu'il eût souvent éprouvé que les promesses des plaideurs ne méritent guère plus de croyance que les serments des ivrognes, l'honnête magistrat, tant il est naturel de croire ce qu'on désire, avait pris au sérieux le rassurant exorde du demandeur.
— Vous venez d'entendre la lecture du procès-verba!
dont la véracité n'a pas été contestée, poursuivit le baron;
je vais compléter les faits le plus brièvement possible- Un nouveau soupir de soulagement sortît de la poitrine
du -uge de paix.
LR eSNTILBOHME CAMPAGNAHD. fl«
— Il y a trois setu^nes, forcé de me rendre à Màcon et d'einmeoer avec moi Grégoire Rabussoa, garde de mes propriétés, je donnai l'ordre à Jérôme Chambard, garde chanip^tje de la commune de Châteaugiron, de veiller en notre absence à la conservation de mesbois, et je lui déclarai que je le rendrais personnellement responsable des délits qu'y pourraient laisser commettre sa négligence ou son mauvais vouloir.
JérAme Chambard, qui avait un instant quitté la garde de son artillerie pour venir assister à la lecture du procèsverbal, hocha en «gne d'assentiment un front chauve qui, à part le gigantesque baron, dominait toutes les autres têtes de l'auditoire.
— Ce n'est m sans intention ni sans r^son que je viens de prononcer le mot de mauvais vouloir; jusqu'ici, en effet, Jérôme Chambard, imbu de certains préjugés aristocratiques dont ne sont pas exempts non plus quelques autres bourgeoisde cette commune, avait regardé les paysans de Chàleaugiron-le-Vieil, parmi lesquels j'ai llhonneur de me ranger, comme des êtres d'une nature fort inférieure à la sienne, et dont les propriétés ne méritaient pas qu'il prit la peine de les garder.
Quoique l'auditoire fût composé en partie des boui^eois sur lesquels venait de tomber par ricochet l'ironie de l'orateur, des rires unanimes accueillirent ses paroles, et tous les yeux se dirigèrent vers l'aristocrate garde champêtre qui, en se voyant l'objet de l'hilarité publique, renfonça son Gou dans ses épaules au point de devenir subitement d'une taille ordinaire et d'échapper ainsi aux regards des rieurs.
Le juge de paix fut le seul qui ne prit aucune part à la gaieté universelle; son front, éclairci pendant un instant, redevenait sombre à vue d'œii.
— Du reste, poursuivit le baron en poussant jusqu'à l'oubli de ses devoirs le dédain que lui inspiraient les pauvres habitants de Chftteaugiron-le-Vieil, le garde charapétrs
il* cfefaVkÈs b« ctt. bfc tesitibi»,
JérAme Chambaril ne faisait que régler sa coUdUitefitlt (xUe des hommes it t^Ut ëSt bbïM t» iùiû Ûéa liltérfets dfe tetto commune. ^
Au moyeti décrite bansltion, M.tlë Vâlidity, qtiiîKmanqiialt jamais l'occasion dé à\te en hcé aui bouïgebis, Se* antipaîhiqïles Voisina, les Vérités lei ïflieùx dbérfeeS, ëttàm* l'énumérauoQ de^ nombreux geiétè «lue tibtM'iîtSAit djhtK le bourg donninateur le village depuis si longteM^^o^fti^ë.
Pendant eette digression, qui, htiué devons l'àVouér, ne se liait que par un fil fort ténu au fôMd de l'affaire, l'attU lude et la physlonomiS de M. Bôbiliei- ètilérit etlriclisfes I examiner . Le fcorpâ iiehclié Mit Sdh blireau, fcomttié s'il efcl été tenté de mettre un tprme à la loquacité du battrtl, en lU sautant aii vlségé, Iteil efràht, fie l'hortogH dotit tes aigirtllea lui setoblalétii fiiatclieif aveciWe lenteiiHnouïéiàla fehèité par laquelle il pouvait apercevoir tine partie de ift place, l'oreille fort peu attentive à la iilaidoirie, mais en wïtocWè aux écoules du moindre bi-ilit extérieur, le flWll bai^ (» sueui- t]uoiqu'il l'esstiyftl: i bhàqUë instaiit, et lé net hay bouillé de tabac, car, dans sa soUrdB fureiit, il avdil à pfei près vidé sa superbe boité d'or, ie jttge de palkjqUtJil hOtii pardonne ce rapprochement arabitiéUx, resteOiblBlt ^ UlrSiM Comparé lai-meihK par Hôinêre à Un bOudifl sut le gtii> si toutefois on s'en rapporte à la tfadwtti&h de Perrauft;
— Mais, ttiDnsieUrleIiart)M,à'écriÈitoUiacOUprinfortlttiii magistrat hors d'état dé laisser HMir plUâ longtemps un ptif tience, je lerw obsferver que ces dfetaU* sbfll côtoplé*6m«» étrangers tk là câuâe.
-<-.i..t. AtocU, il l'a^li d'un obtjpoiit
dit à denii-voix Froidevaux d'un air de persiflage
— El DOQ pal d'AriBtoia ou àe m poliiiqas,
ajouta le baron eb jetant de son càté un regard mtMJtietir à
..^iUWJ,\'-.
li eENTILHOUa CÀSPiaifAlUt. lit
•a partie adverse; vous poavez avoir raison, ntallre Froidevaux, el puisque M. le juge de paix est aussi de Votre avis, je quitte les généralités polir arriver au fond de la cause.
— Enâti ! grommela M. fiobilier en s'enfotiçant dans BOD fauteuil.
— On ne s'est pas inscrit en faux Contre le procès-verbal du garde champêtre; ce procès-Terbal fait donc foi en justice, et les faits qui s'y troilvent relatés sont acquis à macause. Il est constant que le 3 septembre dernier M. Froidevaux a été aperçu par Jérflme Chambard ati moment OÙ, pour sortir d'une sapinière située dansle bois de la GaPdie, dont Je suis propriétaire, il franchissait, en la brisant, la palissade qui entoure ladite sapinière, composée exclusivement de Jeunes plants. Que faisait dans mon bois M. FroidevauKÎ C'est une question que je n'ai pas à examiner ici, mais à laquelle pourraient répondre, je crois, toutes les personnes qui savent qu'au mérite d'être un avocat fort distingué, U. Froidevaux Joint un amour effréné pour la chasse, surtout lorsqu'elle a lieu sur le terrain d'autrui, et la réputation du plus habile tireur dé l'arrondissement.
Des rires nombreux se firent entendre dans l'auditoire; mais ils étaient à demi étouffés par le respect qu'inspirait l'avocat Froidevaux, en face duquel personne n'eût osé éclater, comme on l'avait fait sans scrupule au nez de Jérôme Chambard.
— Le procès-verbal ne mentionne pas le délit de chasse, dit le juge de paix, qui vît avec effroi le plaidoyer du demandeur près d'accrocher quelque nouvelle digression, et crut urgent de pousser à la roue ; nous n'avons à nous occuper ici que du délit forestier.
— Laissons donc sur ta conscience de H. Froidevaux les perdreaux et les bécasses qu'il lui a plu de mettre en abatis régie dans mes bois, et restons dans tes termes du procèsverbal. Le bris delà palissade est avéré, etcequi ne l'est pas
1 1« ŒDVBBS DE CH. DE BERflABD.
moins, c'est le passage iUégal à travers ma sapinière qui, vu la jeunesse des plants et son état de clôture, rentre ^idemment dans la dasse des terrains préparis doni parle i'alvnéa 13 de l'article 171 du Code pénal. Ces faitn, sont-ils eonstants/oubienM. Froidevaux prétend-il les contesterT
— Il est inutile que je réponde à cette interrogation, dit le jeune avocat, peu importent les faits. Je n'ai pas à discuter la sincérité d'un procès-verbal dont je vais im)uver tout à l'heure l'illégalité.
— Vous me permettrez de vous précéder sur ce terrain, reprit H. de Vaudrey, qui, depuis le commencement de sa plaidoirie, n'avait cessé de montrer l'aisance, le sangfroid et l'aplomb du légiste le plus exercé; j'aborde donc la question de droit, et j'abandonne les faits à la sagesse de H. le juge de paix, dont la religion doit être à cet égard suffisamment éclairée dès à présent,
— Les faits sont constants, se h&ta de dire H. Bobili^ qui, les yeux pétillants d'impatience, se remit à pousser à la roue du procès ; toute la difficulté réside dans l'interprétation de l'article 16 du Code d'instruction criminelle.
— Je remercie monsieur le juge de paix de vouloir bien me mettre sur la voie, poursuivit le baron avec une politesse où perçait le persiflage ; mais j'allais arriver de moi-même à l'article qu'il vient de citer. Que dit donc l'artide 16Î
Le plaideur campagnard ouvrit le recueil des Codes qu'il avait tiré de sa poche un instant auparavant, et lut le premier alinéa de l'artide dont il venait de parier.
— Vous voyez, monsieur ïe juge de paix, diUl eVisuite, qu'aux termes de l'article 16 du Code d'instruction criminelle, les gardes champêtres sont chaînés de rechercher les délits qui auront porté atteinte aux propriétés rurales et forestières. -L'article est fort clair, et n'imphque Rssurément ni exclusion, ni incompatibilité dans les fonctions tie ces deux estimables classes d'officiers de police judiciaire. Haii que ne peut l'audace du sophisme? Ôi vous a dit, et l'on
XK GENTILHOMME GAMPAGHABD. HT
va sans doute vous répéter, que de la disposition des termes de l'article 16, il résidte...
— Permettez, monsieur, dit Froidevaux, il est inutile que vous [H«niez la peine d'exposer mes moyens de défense? je compte plaider moi-même.
— Avocat, n'interrompez pas! s'écria le juge de paix, qui, dans son impatieuce de voir arriver à sa conclusion 1& plaidoirie du demandeur, lança au défendeur un regard furieux.
— Il résulte, vous dira-t-on, de la disposition des termes de l'article 16, que les gardes champêtres ont qualité pour constater les délits ruraux, et que les gardes forestiers sont chargés de rechercher les délits forestiers ; mais que ce sont là des attributions distinctes et séparées, sur lesquelles, mutuellement, ils n'ont pas le droit d'empiéter.
— C'est là, en effet, dit Proidevaux, ce que je soidiendrai et ce que je prouverai.
— Encore une fois, avocat, n'interrompez pasl s'écria de nouveau M. Bobllier, dont la perruque sembla se hérisser de colère comme les dards d'un porc-épic irrité.
— Avant d'écraser un pareil système, reprit le baron, sous le poids d'autorités qui vous paraîtront, je l'espère, irréfragables, j'en ferai ressortir la faiblesse par un raisonnement fort simple et à la portée de tout le monde. La plupart des communes, Ghàteaugiron est du nombre, n'ont que des gardes champêtres qui sont entretenus au moyen de centimes additionnels répartis sur tous les propriétaires fonciers; supposez qu'un de ces propriétaires ne possède que des bois, cela arrive souvent, il sera donc obligé de contribuer a l'entretien d'un garde sans pouvoir exiger qu'en retour de l'argent qu'il paie on veille à la conservation de sa propriété ; en un mot, it se trouvera exclu de cette réciprocité qui est une des grandes lois sociales; il donnera et ne recevra pas I L'énoncé seul d'une pareille proposition suffit pour en démontrer l'injustice que prouvera
m ikttvnlES bfe cà. i>B bsrhard.
plus vlctoneusemëlit ëncbre Id pièce dont je vtùs vous
donner lecture. ....
En vbyaili lë baron tirer dé sa poche et déployer h la hauteur de ses yeUS une fëuilté dé papier de grâtid ibimai, dont les quatre pages liii parurent cotivéHés d'une ëcritiire fine ei serrée, le maltieUreitx jiige de pàii se tordit sur ' son siégé tïominë s'il éÛt éprouvé une âilbitè attaque dtj goutte. »
— Hais, monsieur le baron, dit-il en même temps d'une vois étranglée, il Me pai-att inutile que voua nous donniez lecture de cette cohsulmtiotl. Toiis âVezp^^itémeni exposé le point de dh)It, et il tlé sailràil devenir plus clair qu'il né t'est déjà.
— I^rmeitez, monsieur le iiigé de paix, répliqua M. dé Vaudrey, qui était résolu d'obienil- pleine et complète ce qu'il notnmàlt sa ^tisfactioii morale, arrêter iba plaidoirie» c'est me dire que j'ai gagné moii procès, et je doute que mon adversaire s'accommode de se Voir juge avant d'avoir été eiltentltl.
M. Bobilier se rejeta aii tond dé soii fauteuil avec une grimace désespérée qui fit dire à qUelques-uns des assistants :
— tlil*a dôhc notre juge de paix à se dèmeher aiûsi et à rouler ses yeux comme le diable dans un bénitierî
Le baron semblait prendre un malicieux plaisir ^ prolon^r le supplice du digne magistrat ; il lut la cohsultaUod d'une vo!k lente et posée, et s^s omettre un seul mot depuis lé début d'Usage : L'ûvocat sousstgiié quiù bu lés pièces, ju*5qu'à la signature^ qui était celle du preniier avocat dé Màcon.
M. Bobilier, pendant cette lecture, avait graduellement cessé ses soubresauts nerveux pour tomber dans une sorte d'atonie. Il se souleva, quand elle fut terminée, comme ua homme enfin débarrassé du poids qui l'oppressait; mais aii moment où il ouvrait la bouché, le baron porta de nouvetùi
LB GENTlLBOMbE GAHPAGNAIID. Il*
la main à sa poche et en tira un second papier, non moins conscienciensement rempli de syllabes que le (weaiier.
— Après l'avis de M» Hichalet, dont le nom est européen, dit le plaîdeui' Impitoyable, M. le juge de paix me pemlettra de lui Ure mie autre consultation écaanée de H. Ménwtrier, l'un des professeurs les plus distingués de la Faculté de droit de Dijon.
— Vermot, dit à son greffier le vieux raa^strat, qui, à la vue de ce second calitie d'amertume, s'était de nouveau renversé dans son fauteuil en poussant une sorte de gémissement; Vermot, ouvrez la fenêtre, je vous prie... on étouffe ici... et je crois que je vais me trouver mal.
te greHier obéit en grognant sourdement.
M. de Vaudrey lut la consultatiui da savant professeur en appuyant sur chaque mot, ainsi qu'il l'avait déjà fait pour l'avis de l'avocat à réputation européenne ; mais aitîn, comme il n'est si long discours qui ne doive prendre fin, le baron, après avoir retourné, commenté, expliqué chaque point de son argumentation, trouva sans doute qu'il avait obtenu une satisfaction morale suffisante, car il articula brièvement ses conclusions, et s'inclina ensuite devant le juge de paix en cessant de parlei-
— La parole est au défendeur, dit aussitôt M. Bobilier^ qiù respira ensuite aussi largement que s'il fût sorti de dessous la cloche d'une machine pneumatique.
Un avocat reste rarement court, sa cause fùt-elle la plus mauvaise du monde; Georges Froidevaux plaida donc> et il ne laissa aucun des arguments de son adversaire sans réplique; mais, soit qu'il fbt préoccupé, soit qu'il attachât peu d'importance à cette affaire, soit qu'il eût compassion des angoisses reiïaissantes du vieux magistrat, il abrégea sa plaidoirie autant que le baron avait prolongé la sienne. Le résultat de cette sobriété de paroles inattendue fut qu'en général l'auditoire trouva son avocat favori au-dessous de lui-même; ce qui rehaussa encore par le contraste l'effet
130 (EUmES DE CB. DE BERNARB.
profli};irux prodtxit par l'iatanissable faconde de H. da Vaudrey.
Si. le défendeur s'étùt montré concis, le juge, délivré enfin de son cauchemar, fut bien plus laconique encore. Sans prendre la peine de motiver sa décision par aucun des prolises considérants dans lesquels il se complaisait d'ordinaire, il prononça d'un ton bref et cassant, un arrêt qui condamnait Georges Froîdevaux à cinq francs d'amende, maximum de la pénalité encourue par la contravention dont il s'était rendu coupable ; à vingt francs de dommages-intérêts, à l'occasion de la palissade brisée, et enfin aux dépens du procès.
— Appelez une autre cause, dit-il au greffier, dès que celui-ci eut fini de rédiger cette sentence expéditive,
En disant ces mots, H. Bobilier se rassit majestueusement sur ^n fauteuil et promena sur l'auditoire le regard d'un chat qui, à peine échappé à la m&choire d'un dogue menaçant, rencontre des souiîs et leur montre les dents à son *our, prêt à se venger sur elles de la peur qu'il vient d'éprouver.
— Monsieur Froidevaux, dit le baron à son adversaire vuncu, étes-vous de la cause qu'on va plaiderT
— Non, monteur, répondit froidement l'avocat.
— En ce cas, voudriez-vous m'accorder un instant d'entretienî
— Je suis à vos ordres^ monteur.
— Eh bien! veuillez me suivre, car au milieu de cettâ cohue il est imposable de s'entendre.
Le baron se dirigea vers la porte, et, malgré l'encomtnvment, sa vaste poitrine eut bientôt opéré à travers la foule une trouée dont Froidevaux profita pour le suivre.
— Tiens! le colonel et l'avocat qui sortent ensemble? répétait-on sur leur passage; vont-ils se battre, par hasardî
— Je ne conseillerais pas à M, Froidevaux d'en tâter, dit un des pompiers, qui^ en qualité de militaire sans doute.
DiglicJbfGoOgle
LB fiENTILHOmi CAHPAONARD. 131
affichait one préférence pour.H. de Vaudrcy, exaltée en ce moment jusqu'à l'enthousiasme ; le colonel l'aplatirait d'un coup de poing comme il vient déjà de l'aplatir par la parole. En arrivant, au bas du perron, le baron s'arrêta, et le jeune homme en ât autant.
— Ah çà ! Proidevaux, dit le premier d'un ton dont la familiarité contrastait avec la politesse hostile qui avait jusqu'alors caractérisé son langage, vous aimez donc bien mes p^^reaux?
— n me semble, monsieur le baron, que m^tenant j'en ai le droit, répondit le jeune avocat en armant ses lèvres de leur plus ironique sourire, car il crut que son adversaire voulait abuser de sa victoire en le persiflant.
— Comment ! vous avez maintenant le droit d'aimer, ce qui veut dire de tuer mes perdreaux ?
— Sans doute, puisque je les paie.
— n est vr^, reprit le baron en riant, que vingt francs de dommages-intérêts pour deux échalas cassés, c'est un peu exorbitant; et je crois, comme vous, qu'en me les allouant, notre digne juge de paix a eu l'intention de m'indenmiser du gibier que vous me tuez tous les jours.
— En ce cas il ne vous a pas alloué assez, dit Froidevaux d'un air sardonique, car ù vingt francs de dommages-intérêts font dix francs par échalas, en revanche ils ne font pas un sou par perdreau.
— Écoutez, Froidevaux, répliqua M. de Vaudrey redevenu sérieux, j'entends la plaisanterie, mais je n'aime pas qu'elle tourne à la bravade.
— Je ne brave personne, monsieur, de même que je ne erains personne.
— Notre entretien ne continuera pas un instant de plus sur ce ton, dit le baron avec un accent de paternelle sévérité, je vais vous parler sérieusement, veuillez m'écouter de même.
Malgré sa ferme résolution de ne pas reculer d'un pat
122 Œnràfci wt cB. tt bernud.
dcvsDt l'homme qu'il croyait son rival, et de lui rend» !»&■ TOCatiub pour pet^iR^, FnjrdêVHux sentit të sourire de l'ironie tsp^r sW ses lèvtts, et éo contempIciAt l'attitude Imposante de l'ancien milltaite, il prit de son ïXiVé un muetien grave et réservé.
— J'ai beaucoup Ostinu et beàncbup aime V6^ père, FroidevatA ; c'était un bravt et digbe officier ; aUËsi quand il est mort, tout notre régiment l'a pleuré. Nous avions commencé le métier ensemble, et pins d'ime ibis nous KViOUs trouvé l'oocaMon de nous donner quelques-unes de ces preuve de dévouement qui reésérrentleg liens de la fraternité militaire. Vous savez ce qu'il à t^ pout tndi k Leipaickl
— Je crois savoir èti èflfet, ïnOnsiettt le baron, qUe mon père fut alors assez teôTeux pduf Vous rendre un léger service.
— Un léger «ervlcé 1 V&Hh blessé au bras droit, j^âvais la jambe gauche prise éooi mon chÉvM, qui venait d^ètre tué, et une demi-douîiûne de hussards autHtbreos caracolaient autour de Aïoi en m*'apptit]Uant des coups de sabre qui, sans mon casque et nm ouira'sâe, bi'auraîent haché comme une julienne. Yoilà l'agréable position où je me trouvais, lorsque votre père accourut à mon secours, seul de sa personne, seul contre six, c'est-à-dire une fois plus héroïque qu'Horace ; et notez que le subterfuge du Homaîn n'était pas de mise dans la circonstance. Un instant de retard, j'étais tùllé en morceaux ; il ne s'agissait donc pas de séparer les ennemis, mais de les charger à fond ; c'est ce que fit votre père, Froidevaux. Tandis que je jurds comme un païen contre le pauvre animal qui me retenait cloué à terre, votre père, en moins de temps que je n'en mets à vous conter ceci, enfonça son sabre dans la poitrine des deux hussards qui me serraient de plus près, et mH]^. reste en iuite. Un bistant après, il m'avait Uré de dessoua mon cheval et remonté sur celui d'un des Autrichiens qu'il ve-
Ûl GERTiLHOmn (^kVASttAtlD. 131-
UH â\i tuer. Ah I vona appelés c^H Un léget senice I Je il», moi, que votre père m'a tout uniment sauvé la vie ; ausri, tant qu'il a vécu, U>ut ce que J« pMède, mon MAg compris, ft toujours éU (k Ah dtGpDsition.
En dépit de sa jBlousie, ProtdëvHilJE ne pUt eiltehdre âuis émotion Cet homina^ t^ndu à la mémoire de Éttti pël^, par un juge si fcothiiétei^ du courage é^eWie*.
— J'ai donc été l*ami de votre père, poursuivit le baroti, et je ne vtois aucune raison sérieuse pour devcnif l'ennemi de son fils. Si j'a( donné suite à l'affaire d'aujoiird'huS, c'est que, le procès^verbAl du garde une fois déposé, il m'était impossible de ne pas le soutenir ; d'ailleurs j'ai pour habitude de ne jamais abandonner mon droit lorsque je le vois contesté. Mais maintenant que tout est fini, voici ce que }'tà à vous dire. Vous distribuerez aux pauvres de la commune les vingt francs de dommages-intérêts, et dorénavant vous chasserez dans mes bois tant ipi'W vous plaira. Que diantre ! si endiablé destructeur de gibier que vous soyez, voua n'aurez point le cœur- assez dur poUr ne pas me laisser quelques pièces à tirer !
Cette concession imprévue, et surtout l'accent d'enjouement et de bonhomie par lequel H, de Vaudrey semblait avoir voulu en réhausser le prix, changèrent en un embarras visible l'émotion qu'avait causée au jeune avocat 1« récit du glorieux fait d'armes de son père.
— Honneur le baron, dit-il en hésitant à chaque mot, j'apprécie comme je le dois la générosité de votre procédé... Hais après ce qui s'est passé aujourd'hui... j'ai oioine de droit que tout autre à une faveur... que je n'ai pas sollicitée... et que ]e vous demande la permission... de refuser.
— Vous me refusez l s'écria H. de Vaudrey surpris.
— Oui, monsieur ie baron.
•^ VotiB> (e chaneur fanatique, voits reAaez 1» {tmois-
„Cooi^li:
tu OBCTIBS DE CH. DE BERNAUD.
àm de chasser dans mes bois, qui sont les plus ^boyeux du cantou I
— Oui, monsieur le baron.
— Pardieu I dit en riant le gentilhomme campagnard, autrefois nous appelions votre père l'original; mais je croif que vous lui auriez reudu des points. Que jusqu'ici voua n'ayez pas voulu demander un permis de chasse, ce n'est que de l'orgueil et je comprends i'oi^ueil ; mais refuser ce permis quand je vous l'offre, et vous savez que sur cet article-là je ne suis pas fort libéral ; ceci, permettez-moi da le dire; c'est de l'originalité poussée jusqu'à la bizarrerie.
— Soit; je suis un homme bizarre, iit Froidevaux en s'efforçant de sourire.
— Mes perdreaux vous sembleraient-ils moins bons parce que vous pourriez les tuer en sûreté de conscience?
— Peut-être bien.
— La chasse vous paridt donc plus agréable quand elle est assaisonnée par l'attrait du fruit défendu t
— Précisément, monsieur le baron, répondit le jeune avocat avec une gaieté forcée ; c'est en effet le fruit défendu qui m'atttire ; avec votre permis de chasse dans ma poche, j'aurms la moitié moins de plaisir.
— En ce cas,^ vous ressemblez à quelques-unes des femmes que j'ai connues autrefois ; dans leur amant, c'était moins l'amant lui-même qu'elles aimaient que le danger à braver, et le petit délit qu'il fallait commettre pour le voir.
— Voilà justement l'histoire de ma passion criminelle pour vos perdreaux; passion, du reste, éteinte à tout jamais par l'offi-e bienveillante que vous avez bien voulu me faire. A partir d'aujourd'hui, monsieur le baron, je vous en donne ma parole, vos bois seront sacrés pour moi.
H. de Vaudrey arrêta sur le jeune avocat un regard scrutateur.
— Ainsi, dilril, c'est sérieusement que vous me refuseï I
U QBnTILHOmU C^PAGHARD. t1|
— Fort série usement.
^ Jamais je n'ai rougi de devoir la vie à votre père; rougiriez-vous doQC d'être mon obligé pour une bagatelleT
— Non, sans doute, monsieur le baron ; mais il est inutile de cbercher plus longt«mps les motifs de mon refus ; teDODs-nous-en à votre première supposition. Je suis un homme bizarre, et cela suffit pour expliquer ma conduite.
Le baron observa son interlocuteur avec une attention pénétrante ; mais celui-ci supporta cet examen sans qu'aucun muscle de son visage trahit le secret de sa pensée.
— N'en parlons plus, monsieur Froidevaux, dit au bout d'un instant l'ancieii militaire, dont la 6gure av^t pris une expression d'ironie contenue.
Les deux honunes échangèrent un salut cérémonieux, et M. de Vaudrey, traversant la place sans s'y arrêter, se dirigea vers le pont ; car c'était son chemin pour aller à la fo^, où l'attendait madame Grandperrin.
Quelques instants après, les groupes dont était couvert le tbé&tre de la fête furent agités par une émotion soudaine. La cause de cette alerte était un courrier qui venait de déboucher au coin de la rue, près de l'aubei^ du Cheval- Patriote. Ce précurseur du marquis de Chftteaugiron était un garçon de bonne mine, possesseur d'une superbe barbe brune, et vêtu d'une veste bleue à galons d'or, que serrait à la taille le ceinturon d'im couteau de chasse. Il traversa la place au petit galop de son cheval , au milieu de la foule des curieux dont plusieurs faillirent à se fure écraser pour le regarder de plus près, et s'arrêta devant l'irc de triomphe sans mettre pied à terre.
— U. le marquis va-t-il bientôt arrivera lui demanda Philippe Amoudru en s'approchant tout em[«essé.
— Je n'ai pas cinq minutes d'avance, répondit le chasseur, et H. le marquis sera ici dans uu instant.
— Pompiers, aux armesl cria le lieutenant d'une voix éclatante.
lia OEDVRtiS ti GB. bt BBRItAKb.
Le tambour Toinot se jeta sur sa caisse, et en tira un appel si retentissant, que les pompiers se précipitèrent à f envi hors de la salle d'audience, et sautèrent, {>our la plupart, les cinq marches du perroû à la fois.
Au son du tambour, ît. Bobilier avait bobdi sUr SOQ fauteuil.
— A huitaine ! cria-t-il d'une voîl ]flils àîgàé encore que celle du lieutenant de pompiers.
— Mais, monsieur le juge de pâli... dit le père Cocquard, qui en ce moment essayall Ûb justifier ses moutons du délit de pâturage dans le pré d'atltmi, dont les accusait un de ses voisins.
— L'audience est levée, vieux bavard, InleTrâftipit te juge de paix, eu quittant brusquement son fauteuil.
— Hais, mohsieur le juge de paix, je demeure à trOÎs lieues d'ici ; trois lieties pour venu- , autant podr m'en retourner, ça fait six lieues, songez -y donc; et recommencer le voyage dans huitjours,poilrime bouchée de méchante herbe qu'ont peut-être mangée mes ttloUtons, ça me paraît...
Le vieux paysan k la vue basse aurait pu continuer longtemps ainsi sfuis courir le risque d'être interrompu. Dès les premiers mots de cette téclamatioti, ï. Bobilier, oubliant sans doute ce quli avait dit pell d'instante auparavant du prix du temps de ses juticiables, avait disparu par une petite porte placée derrière son fanteuil, et qui communiquait dfl M salle d'audience au vestiaire.
IR fiBNTILIiaMME CAUPAGKAftD.
L'ABBIYÉG At) CÈlAtÂAfL
Sur la place, tout était mmiTement) rumeur et cool'o* sion ; mais bientôt l'ordre se lit diuis ce chaosi
Les pompiers, proœptement alignés sur deux rangs, sa dédoublërenl pour former une haie en avant de l'ero de triomphe ; de la sorte, les curieux furent refoula de chaque Otéj et t'espace du milieu resta libre.
Au même instant, une vingtaine de gardons réunis jusqu'alors dans U cour d'hiHineur vinrent se rwger devant 1« grille, sous la directJos de l'un d'entre eux, qui m^iut en laisse un gros mouton enn^Mnné;
D'un autre oâté, la {Wrte de l'église s'ouvrit ; on en vit sortir une troupe déjeunes ailes uniformément vétuea dé biane et décidées de nœuds de rubans bleuS) rouges et jaunes, semblable^ la parure du mouton et aux torsades des colonnes de l'arc de verdure. Ces couleursj il est inutile de le dire, étaient celles des Chàteaugirons. Grâce à. la proxi' mité de la ville de Cbtioo-tur-SaAne, l'oidonn^eur de la fête avait pu distribuer les rubans auxquels se rattadiaient des souvenirs chevalecesquef^ avec autant de ^fusion qu'en montrent en Angleterre, au moment d'ab(Hxler les hustiag^ les cuididats des éleotionei
Sans offrir le poétique aspect de* théories athénieimesj ce peloton deBourgUi^onnes, à l'œil mutin, au teint de pèche et à la ntine éveillée, que fùsaieiU encore ressortir leurs petite bonnele ronds, ne manquait pas d'une certiûne gr&ce piquante. Deux d'entre eUe^ non pas les [dus jolies, mais, selon l'usage, les plus qualifiées, portaient imc>
u^lc
I*» (BUTUS DE GH. Dl BmHARI».
grtmde coroeille remplie de fleurs. L'une des élues était la fille du mEùre, l'autre la sœur du percepteur, et, quelque dépit qu'eût causé cette distinction au reste de la troupe, aucune parmi les plus orgueilleuses n'avait osé disputer à des filles de ce parage la gloire de présenter la corbeiUeà la nouvelle dame du cbftteau.
Les cantatrices villageoises traversèrent la place en bon ordre et se groupèrent sous l'arc de triomphe même, car ter était le poste honorable que leur avait assigné la galautene septuagénaire de M. Bobilier.
Derrière cet aimable troupeau marchait son pasteur, le curé Dommartin, maigre et bilieux jeune homme, sur les teraits duquel Lavater, à coup sur, eût reconnu tous les indices caractéristiques de l'ambition. Après avoir présidé au placement de ses choristes en jupon, le curé s'approcha du maire Amoudru, qui, pour la première fols de sa vie peut-être, venait de prendre de lui-même une détermination en ceignant son écharpe tricolore.
Pendant ce temps les autres personnages don^ nous avons déjà parlé n'étuent pas restés étrangers à l'agitation générale.
Au moyen d'un briquet dont il' s'était muni, le garde champêtre avait allumé sa mèche, et, prêt à faire feu au premier signal, il se tenait debout devant la ligne de ses boites.
L'avocat Froidevaux s'était placé sur le perron de la mairie, à la manière de ces curieux du monde élégant, qui ne dédaignent pas les fêles populaires, mais les regardent de loin sans y prendre part.
Depuis un instant le vicomte de Langerac, qui avait probablement achevé sa laborieuse épitre, était descendu sur la place, un gros bouquet à la main. Au prix de quelques bourrades, car les bourgeois de Châteaugiron n'étaient pas gens k se laisser marcher sur le corps, il parvint à percer ta fouie et finit par arriver près de l'arc de triomphe.
tK gbktilhouhb campagnard. Il»
Enfin, sur le seuil de l'auberge du Chevai-Patriote, Toussaint Gilles venait de reparaître, les mains dans les poches de aa carmaf^ole, et sa calotte rouge enfoncée jusqu'aux yeux. Fort peu avenante dans son état ordinaire, la figure du capitaine démocrate exprimait en ce moment un violent dépit qu'il essayait de dissimuler sous une affectation de pitié méprisante ; mais les prodigieuses bouffées qu'il tirait de sa pipe trahissment sa fureur secrète, comme la fumée d'un (^atère annonce, alors qu'elle redouble, la rage intérieure du volcan.
Le curé Dommarttn et le maire Amoudru se trouvaient seuls en avant de l'arc de triomphe ; c'était la place réservée par l'ordonnateur de la fôte aux autorités du bourg.
— Monsieur le curé, dit Amoudru qui depuis un instant promenait de tous cdtés des regards inquiets, que ditesvous de H. Bobilier qui nous plante là au moment critique?
— S'il ne vient pas, on se passera de lui, répondit d'un ton bref le jeune prêtre à qui l'absence du juge de paix semblait un sujet de satisfaction bien plus qu'un motif d'anxiété, car il existait à Ch&teaugiron une sourde lutte entre le pouvoir judiciaire et l'autorité ecclésiastique.
— Hais enfin, reprit Amoudru comment nous tireronsnous d'affaire s'il n'arrive pas à temps pour prononcer son discours?
— Le mien suffira, dit le curé avec le même laconisme. En ce moment des claquements de fouet redoublés se firent entendre dans le lointain.
Le curé se tourna du cAté de l'église et leva la main. A ce signal, deux jeunes Châteaugironais, assez méchants vauriens toute la semaine, mais enfants de chœur le dimaDcbe, se suspendirent lestement à deux grosses cordes qui, par un trou pratiqué dans le plancher du porche, descendaient jusqu'à six pieds de terre ; à la seconde secousse, les entrailles des cloches s'émurent, et bieutàt leur sonnerie éclata joyeusement à toitie volée.
tlO fprvBBS DE t^, DB BBRRARD.
M. Bobilier vensjt dp (ïîi§»ger de costmpe en toule bftte dans le petit cabinet qui lui servait de vestiairej mais si pressé qu'il fût, il 4vait cr» pouvoir prendre \p temps d'exaiQiner, dans un miroir de toilettCi de quelle manière s« compQi^ent les boiicles de sa perruque, Ai4 premier son des clocbes le tqlrgir lui tomba des mains, et il se précipita lui-même liOFfi dw vestiaire, avec une vivacjté incroyable pour son ftge. Ep qHelqiies secondes, il eut traversé 1^ salle d'audience et je corridop, descendu le perron, et franchi l'espace qui séparait la justice de paix de l'arc de triomphe. Plus tranquille alQK, jl promena partout un regard vigilant qui trouva chaque chose en ordre et tout le monde à sa place. I^'esactitude rigoureuse avep laquelle son programme avût été exécuté, et le bel effet qui lui parut résulter de ses dispositions, firent épanouir sur son visage une satisfaction oi^ueilleuse, et ce fnt d'un flir ç^d'SUx, !p sourire aux lè- VTPP et sa tabatière tout ouverte dans sa iiia'Uî qu'il s'app|t>cl)^ des dignitaires dont il venait compléter le triumvirat,
-^ Eh bien ! piessipnrs, di^il ep ieuf offrant successiveipent di) tqbaç, qq'efl pensei-vpus? Poux moi, je crois que ça ira < pomme disaient ces gueu^ de iaçQbin^t
-^ Ui voiture approche, et pous ieritjpa bien de nous plftcer, réppudit le puré, qui en ipèœe Jqpips fit signe au maire de se mettre à sa gauche, et d'un geste invita le juge de paiï h pa$^r à ^ dn^ite.
Âloff se Feopjjvpla Is scène qui eut lipu aux Tuileries lors de l'instalUtton du Consulat. Aussi leste ^ déjouer les prétentions du curé Dommartin, que J'ayçjt été Bonaparte à déconcerter les desseins 4e l'abbé Sjeyès, M- jBobiljer prit le Oaire par le brap, le fit brusquement appuyer à gauche, et Ryançant lui-ménfo d'im pas, il se trouya pl^é entre ses {ieux collègues.
— iftia, monsieur le juge de p^ï» dit le curé, dont le visage blâme rougit légèrepieiit, c'est m? place que rst^ prenez là.
DiglicJbfGoOgle
LE GBNTILPOlUtfB CAMPAGNARD. 111
— Pas ie moins du monde, monsieur le curé, c'est la mienne, répondit d'un ton sec le vieux magistrat,
— Cependant, de tout temps, te clergé a eu le {N-ivilége d'occuper le premier rang dans les cérémonies publiques,
— Autrefois, c'est possible.
— Ajjtrefûia et aujourd'hui encore, fe suis étonné qu'an !)onune de votr^ &ge, qu'un homme à qui l'on accorde de; sentiments religieux, préteiidP conte^tpr->>
— Hooàeur )e curé, laJRsez là mon Age et ma religion, qui p'oat rien h faire ici, et sqy^ sjïr qu'en ce moment nous somme? tous les deifx h notre place.
Ifi curé Pommfirtin se mordit les ]è\ves jusqu'au sang,
— Si j'insiste, reprit^il, «vec un calme factice, ce n'est pas par un intiment d^ v«nîté personnelle; Dieu le sait, si je n'écoutais q|]p mes ggitts, ce gérait ^u dernier rang que j'irais prendre place, m^s epSà j'ai l'honneur de mpn oràtf) et de ma rQt>e à sontenir,
— Si vous avez une robe, j'en ai une aussi, monteur le curé, et même elle est un peu plus vieille que la vAtre.
— Monsieur )e jugp de Pfûx, tpppi le curé, dont la figure, après avoir rou{i un se^l instftnt, était devenue d'une pftleur blafarde, [H-en^ ^y garde !
— A. quoi, monsieur |e curé t
'— Je vous décifire ql|^, si vpue persistez, je regardera votreconduite comme une atteinte outrageante à mes droite,
— Vos droits, monsieur le curé î ~ Oui, mes droits.
— Coonsissez-vons, mmisieur le curé, Le décret impérial du 34 messidor an XU t d^iiwda le vieux magistrat d'nn air irooiqiie.
— Qu'importe cedécrctt '
— Il importe beaucoup; car c'est lui qui règle la matière , Je vous conseille de le lire, monsieur le curé ; vous y verrea que les prcnùers présidents des cours d'appel ovl la préliaoce sur les drcbsvëques ; or, à Ch^teaugiron, si vous êtes
I» (KEVBES DE CD. DB BBENAKD.
rarchevêqiie, je suis le premier président. J'ai donc le pas sur vous, et je le garde.
A ces mots, H. Bobilier frappa la terre du pied, comme pour y prendre racine.
— L'induction est fausse, s'écria le jeune prttre en s'emportant malgré lui ; entre un curé et un arcbevéque il n'y a qu'un seul intermédiaire, tandis qu'entre un juge de paix et un premier président, il y en a dix.
— Lisez le décret du 34 messidor, reprit le magistrat avee unsourire moqueur; il est vrai qu'il ne fait pas même mention de HH. les curés, si grands personnages qu'ils soient à vos yeux, mais en revanche il règle le rang des juges de paix dans les cérémonies publiques; je vous le répète, monsieur le curé, lisez le décret du 24 messidor.
— Monsieur Bobilier, je ne veux pas faire d'esclandre, dit le jeune prêtre dont les lèvres mêmes étaient devenues blanchesdecolère;mais, je vous'en préviens, je me plaindrai.
— A qui ?
— A mon évéque diocés^n, monseigneur d'Autun.
— Et moi j'en référerai au procureur général de Dijon. L'affaire ira devant le garde des sceaux, et comme il est probable que Son Excellence aura lu le décret du 24 messidor, que vous devriez lire vous-même, monsieur le curé vous en serez pour votre plainte.
Pendant ce dialogue, débité fort rapidement de part et d'autre, le maire Amoudru, ce Roger-Ducos du consulat chftteaugironais, n'avait soufflé mot, car le débonnaire administrateur, ployant déjà sous le faix du troisième rang, n'aurait eu garde de disputer à qui que ce fût l'écrasant honneur de la première place.
Au moment où le curé, de plus en plus livide, rouvrait la bouche, une formidable détonation lui coupa la parole et mit 6n à la querelle.
Depuis quelque temps, le garde champêtre se tenait
DiglicJbfGoOgle
LE CENTILIIOUIIB CAMPAGNARD. IBS
dressésur la pointe des pieds, et ces trois OU quatre poucesde supplément ajoutés à sa grandeur naturelle lui permettaient de voir, par-dessus toutes les têtes de la foule, ce qui se passait à l'autre bout de la place. Ne quittant pas des yeuv le coin de la rue par où était arrivé le courrier, il fut le pre mier qui aperçut les chapeaux enrubannés des postillons. Aussitôt il fit feu, et, parcourant ensuite d'un pas martial le front de sa batterie, il continua le salut sur toute la ligne avec une régularité dont eût pu s'applaudir l'artilleur le plus exercé.
Les enfants du boui^ accueillirent par des cris sauvages Cette canonnade si impatiemment attendue, et les cloches, de leur cAte, parurent émues d'un noble sentiment de rivalite, carleur sonnerie redoubla de vigueur; enfin, au milieu de ce tapage, le tambour Toinot, saisi d'un transport soudain, se mit à battre aux champs comme pour le roi, quoique son chef lui eût donné l'ordre derappeler seulement; les honneurs qu'on a l'habitude de rendre aux princes du sang ayant paru devoir suffire pour un marquis.
Pendant quelques instants, la place et le bourg tout entier retentirent d'un de ces magnifiques vacarmes auxquels les auditeurs les plus froids ont peine à rester insensibles, et qui rendraient l'ouïe aux plus sourds. Le bronze mugissait, la poudre tonnait, mille cris confus complétaient l'harmonie, etiesoleil, éclairant à pleins rayons l'arc de verdure et la façade du château, semblait se pencher, spectateur bienveillant, pour écouter le concert de plus près.
La voiture qui par son apparition venait de déterminer cette explosion générale éteit une calèche de voy^e à panneaux armoriés, dont la capote avait été rabattue, sans doute pour que les personnes assises dans l'intérieur pussent à la fois voir et être vues; des postillons en tenue dp gala la menaient fièrement, en faisant claquer leur fouet à tour de bras. Sur le siège antérieur on apercevait deux laquais vêtus de la grande livrée de Chàteauriron : babit bleu de roi.
1«4 ŒDVKSS DE ta, DE SERHARD.
orné de galons dont la laine offrait une alternative de gtrons jaunes et rouges. Deux femnies de chambre occup^ùent le siège de derrière; fidèles à l'unirorme qu'apportent en voyage toutes les créaturçsdecetteestimable condition, elles portaient de laides chapeaux de paille destinés à préserver leur teint des injures 4u soleil, et des manteaux à laides collets pour se garaptîr du froid, sans parler des parapluies, des ombrelles, des spuliers fourrés, des instrutnents de toilette, des provisions de bouche, de toutes les choses, en un mot, que n'oublie jamais, en entrant en campagne, une fanme de chambre de bonne maison.
L'intérieur de la calèch^ exige une description plus détaillée.
Dans le fond, adroite, se renyersait nonchalamment sur les coussins une femme de cinquante ^ns, dont la figure et le maintien semblaient en révolte permanente contre les infle^bles réalités de cet Sge. pes sourcils trop noirs pour que le pinceau n'eût pas passé par là, ies. joues rosées et plus jeunes de vingt ans que le reste (}u visage, des cheveux fort abondantp autour des tempes mais beaucoup moins drus sur le derrière de la tâte que dérobaient invariablement aux régals indiscrets les boniiets les p)ussavamment tortillés ; tout daijs cette femme était artifices, prétentions et coquetterie. Son costume se composait d'un chapeau rose garni de dentelles et de fleurs^ d'un cachemire dont le fond blanc disparaissait sous les dessins les plus extravagants, relevés par les couleurs les plus criardes, et d'une robe de satip vert, que fermait vers le haut du corsage une énorme broche de diamajits. Cette petite toilette de campagne était complétée par une profusion de boucles d'orçille, de bracelets, de montres, de châtelaines, de binocles, d^ cassolettes: ep un mot, toute une orfèvrerie.
Madame Bonvalot, ou, pour eippninter le style de ses cartes de visite, madame ladouairiére de Bonvalot, était I4 belle-pière du marquis de Gb&teaugûnn ; nO' % aurons pluf
DiglicJbfGoOgle
LE GtMttLHOHMlE CAltPAGltAkb. Jlt
d'une feis l-oceasîûn de fëVfeiiif à cètie mût* et ttfdtentteuss beatité.
 aà gauche êtail àMsé éik tille, JMinâ ikrttïné de fingltrois àtts à (>éine, àànï là fthyâiOttOmié, les manières et 11 mise contrastaient Avec la minauderie Vi%illOtt£ 6t leà éi^la- "taiils atouré de la doUâîrière. tJHé tàpXAè de Jjïiille d'Italie, noilèë par de frais riibàiis cOUleiiï dÈ madVë, Unë m^Uitë grise soiis laquelle on entrevoyait îifie robe dé Soie à reltëti changeants, telle était sa simple toiletté ; mais lacôqiièllérïé ta plusrafânéeh^eùtrien imaginé d'e mieUx, tàtlt ce ïntidesté costume encadrait avec une graciéiiïë harcbôiiie té douTC et gai visage, les soyeux cheveux blonds et la taille aussi souple que hôbié de l'hérôine de U Tèlè.
Siir le devant de la calëctlé, êtt fâcé àé madame feon* ' viuot, se trouvait lé marquis MèrÂciSus dé Ch&lea'ugirO)l, C'était un élégant jéuiié hoitimc, Ë là Agure aristocratique et même un peu hàUtâiUé. SàùHâ coulëUT de ses cheveux, qui étaient presque aussi blôridâ i^ii'é cëuk de èà i'ehime, Il ttsséiitblait à son oiiclé, mais, Jqtiôique ^sé'z grand, sa taillé n'approchait pàS de ciiilé du b&rbJiJ AVak\ que lui, àà testé, il portait toiilé âa baHife, avec celle dWférencê, ijûé de sa pari, c'était un llëtê de ^UtniSâloii à Ib tllode qui corA^ mençait à s'établir âloTs, tàndÎË que lé g^ëntithommê àaol-
gignàrd J vosalt âvâiil Itiut l'ébonotnlé d'uiie partie du m[â bônsacr<é & Sa toîtëtte.
A cht^ dii marquis ûfa âOercéValt une jeUnë, fraîche 'et JbUlilUe fiaysànhe, 'coiffée de la inllte de HnOh gàitiie "dfe dentelles, qui séndëbâhuet âuit villageoises de qùelqneâ caAtbmâ aë là Iformàhdie; Cette appetissatitéCaûcnoise, de (JUl ^iïtiài^ltë k crtuii ààif eût toA aimé â jfnèdicàméhtei- Id KdùYriê'erié, t^aît dtûis son giron un tout jeune eufàiil eu* vëloppé d'une lorigiié pelisse de cachemire bl^c, qui suçâît , gravement liri hocnêt à jgrelots d'or dont le corail se con* fondait avec le vermillon de sa bouche mignonne.
En approchant de là place, les postillons, qui avident
tifl (EimiBS DB CH. Dl BESItAXD.
maintenu jusqu'alors leurs chevaux au ga)op, ralentirent à peine, malgré la foule,cetrainfougueux;inaisleinan]ui3, soit qu'il cr^gntt quelque accident, soit qu'il trouvât cette allure peu conveniû}le dansun jourde réception solennelle, leur ordonna de mettre l'attelage au pas.
— Hais, c'est charmant 1 s'écria madame Bonvaiot, lorsqu'au tournant de la rue elle eut embrassé du regard le château seigneurial, l'arc de triomphe et son couronnement pittoresque, les casques étincelants des pompiers sous les armes, les mille têtes des spectateurs curieux, enfin )a place tout entjère remplie de soleil, de mouvement et de bruit.
Le salut des bottes qui éclata en ce moment et la respectueuse batterie du tambour Toinot changèrent en une sorte d'enivrement la satisfaction qu'avait déjà causée à l'aimable douairière la sonnerie des cloches.
— Hais c'est charmant 1 mtùs c'est charmant 1 répéta-telle en promenant de tous cAtésdes yeux ravis. Les cloches ! les tambours I le canon! une réception royale! Marquis, je vous fais mon compliment ; tout ce que je vois, tout ce que j'entends estcharmant. Hais regarde donc, Mathiide, comme tous ces paysans ont bonne mine; et quel savoir-vivre ! tous le chapeau à la mmn, tous sans exception.
En ce moment la douairière de Bonvaiot, qui, selon l'usage des personnes royales en pareil cas, prodiguait aux assistants les saints les plus gracieux, aperçut Toussaint Gilles, toujours fumant, ricanant et enrageant devant la porte de son auberge. Au lieu de détourner les yeux de dfssus cette figure de trouble-féte, la belle-mère du marquis pinça la bouche en cœur et adressa au capitaine des pompiers une séduisante inclination de tête, dans le but sans doute de le décider à fiter sa calotte rouge, qui seule rompait l'hai-monie au milieu de la masse des fronts découverts. Cette provocation intéressée obtint pourtoutc réponse, nou« is d'être obligé de le dire, une énorme bouffée d«
.:o,Goo^lc
LB GBTTILHOHHE CABTPAGNARD. 131
tabac que tira dédaigneusemeot de sa pipe l'auber^te républicain.
— Fi I le rustre ! a'écria la coquette douairière, choquée outre mesure de l'insolence de ce Mardochée de cabaret.
— Madame, dit le marquis en souriant d'un air de mépris, que la grossièreté de l'hoa me au bonnet rouge ne vous étonne pas, il me fait llionmtir d'être mon ennemi.
Uadame de Chàteaugiron semblât accorder peu d'attention à la scène animée dont le spectacle se déroulait autour d'elle. Tous ses regards étaient pour son enfant; mis en gaieté par un étourdissant tapage, il s'agitait entre les bras de la nourrice et promenait sur la fouie l'étonnement de ses grands yeux limpides.
Lorsque la calèche eut atteint la kaie formée par les pompiers, le marquis HéracUus, qui jusque-là s'était contenté de porter de temps en temps la main à son chapeau, 86 découvrit tout à fait, et à son tour commença de droite et de gauche une distribution de saluts auxquels s'associa sa belle-mère en redoublant de sourires et en agitant son mouchoir,
— Bonnes gens! répétât-elle avec un accent de bienvieillance protectrice ; à part cet ignoble personnage eo bonnet rouge, je vois que ce sont de bonnes gens ; n'estrce pas, marquise î
— Sans doute, ma mère; mais regardez donc comme Pauline s'amuse.
Les yeux de la jeune femme se reportèrent aussitôt avec amour sur le visage mignon de sa petite fide, à qui les casques des pompiers, étincelant au soleil, semblaient causer un redoublement de gaieté.
La voiture, après avoir décrit un quart de cercle, s'arrêta ea présentant le flanc droit à l'arc de triomplie, devant lequel, ainsi que nous l'avons dit, se tenaient rangés sur la inbne ligne, les trois principaux dignitaires de l'endroit.
ISS (KOTKSs bi m. se BChitAim.
M. Bobilier radieux, patnnî Umt d'àU^s sujets d'ot^il, de la victoire qu'il venait de remporter sur le curé, Rt t^WS pas en av>«il, saXa atfcenllHe (Jàft Ï6è Vààs èb piW eurent ouvert la portière. Il â'inclinà d^&ti&rd d*ua W I la foii grave et galant devant madame Bonvalot qui se trouvait tte son c6té, et dont la belette éblatâhte ttiM ^ ta bgUre plâtrée de jeunesse a^ft^l fittii^son plFëtirier ï^<|^;tl étreignit ensuite av«c > Jie tecônïliiséShte «ïhision & iftMh que lui tendait le iuaiH^à, 'et ptrëtantt \& ^stoh 'M tS)i voix la plus solennelle:
— tlonsieur le marquis, madame % inai^;[ùîse, dSt-i), c'est un beau jour.
— Permettez, mon cher Bobilïerj inten^ompitle marquis, en r^imant uu sourire, les discours cdmme les vàb«s mèritent bien d'être écoutés d^out; permettez donc qlie nous descendions de voiture.
La portière fut ouvert» par lee valets de pied, qiù, en vrais laquiûs de Paris, avaient déjà échangé plus d'une nmarque moqueuse à propos de l'étrange figure du juge de paix et de quelques autres visages chàteaugironais noa moms r^ouissanti.
Le nwniute mit pied à tare le premier et voulut Mmiite ^der ta bëUe-mère à descendre; mais le vieux magisb^ s'y opposa résolument. .
— Monsieur le marquis, dM^U aveu une respectueuse vivacité, tandis qu'il se dégantait la main droite en homme qiU sait son étiquette, souf^z que je nëclame un privilège dont ont tWijours joui mes ancèttes. En ce beau jour, et locHpie madame la mwqnise met te |Hed pour U première fois sar Ig sol de Chàteaugiron, c'est à mol que revient l'honoeuF de lui ofiVir la maiti.
— Mon cher Bobîliér, je ne prétaids contester aucun de vos plrîvlléges, répondit te marqttis en souriant ; mais pour <(ue VOUS puissiez iwïâenter votre itaih à tna tenune) U
u «âÊhîiLbcniia cAùPAGRÀita. iii
faut d'abord que vôtis Ue pënUetiUez â*o#r1i- la mienne ^ madame de Bonv^ot.
Vn ïegW significatif àccoinpagnft iics parola, êl lé vieiix magistral tougft jusqu'aux oreilles éu recôoiiaissant sa taléprise, qui, du reste, ne lui avait Aui eti àU<cune façon dans l'esprit de ï'ïl^abté doiiairlëre.
— Ce vieux monsieur est bien iwd. dît^lte k deinî-Voit en s'appuyata M le bt'às àé s'ôb 'g&d&é, m^s il a l'air îort Aimable.
LôPS^ûè M. fibbilÎÉ* 'p\A éhfill exercer té (^li'ii iioinmâil le privilège 3e se^ Abcëtres, il ^rëseAta, 'co^forihéifaent aiix sncîe'nûiés lois du câ'élmbtlial, fiôh 'pas là àiài'n, lïiais le pareitienl de iï hiahche à ma'dàmé w Cîi&ieaugiroh. Après "avoir retnètciè pat un gracièUtc so'oi^rè, là Àarqûîsé lui ■ effleura le brâà de s6ti gàât ei ï'élànçà lè^t^niënt à ^ire.
Là noUrrycê descéftdït i soti rotir, SurVeiUée pehdaiit cetle ôliétatfort pat ^îl \Sgilànt 'de là Jéiiné «tèrè.
— MaiHteniM, tilôiisSeuï te Jii^è de pax, eï vous âiissi, mes^iei!ifs, âjâilià le maquis en âàluaiit le maire et le ciiié, nous somttôi biii ^ m&.
jirà BÂCBPTION
— HoilHièur le màrqufs, madanàe là marquise, déclama M. Uobilier en envoyant cetle Fois son second salut à sa véritable adresse, c'est un beau jour pour le pays, et j'ose ajouter pour moi surtout, que ce jour qui ramène dans lé domaine de ses ancêtres le rejeton d'une famille illustre et honorée ; un jour depuis longtemps désiré et impatiemment attendu; un jour dont l'aurore nous a comblés de joie, et
140 CBlTVnSS DK CH. DE SlIRnARD.
dont le souvenir vivra longtemps que dis-jet vivra tou.
joun dans nos cœurs
Ici le magistrat fit une pause, soit que son émotion lui coupât la parole, soit qu'ayant débité son exorde tout d'une haleine, il eût besoin de respirer.
— Il n'en finira pas avec ses jours, dit le curé au maire' d'un air sardonique.
Mais le timide administrateur étwt trop préoccupé dfes deux ou trois paroles qu'il devait prononcer lui-même et qu'il ne cessait de répéter mentalement, pour s'associer, ne fùtrce que par un sourire, à celte remarque dénigrante.
— . . . . Un jour enfîn, grand, remarquable et précieux parmi tous les autres jours, puisqu'il nous apporte le bonheur sous la forme d'un ange; car, madame la marquise, si pour la première fois aujourd'hui nous sommes admis à .'honneur de contempler les traits charmants de votre visage et toutes les grftces qui vous distinguent,^vos vertus en revanche nous sont depuis longtemps connues; maintenant qu'il nous est enfin accordé de joindre l'admiration de ta vue à la reconnaissance du cœur, rien ne manque à notre félicité, et nous n'avons plus qu'à remercier le ciel qui nous a accordé ce jour deux fois heureux.
— L'y voilà revenu, murmura le curé en ricanant; la fin vaut le commencement.
— C'est charmant, charmant, dit haut la douairière de Bonvalot, car, s'attendant à être aussi complimentée^ elle crut devoir encourager l'orateur.
Au lieu de se tourner vers la douairière, qui déjà prenait pour l'écouter sa pose la plus majestueusement gracieuse, H. Bobilier s'approcha de la nourrice, et saisit dans se6 doigta secs et crochus la main de la petite Pauline, qui regardait avec de grands yeux étonnés cette vieille et étrange figure.
— Monsieur le comte, lui dit-il en souriant avec attendris- ■emeot, j'ai dit jour deux fois heureux, c'est trois fois lieu-
DiglicJbfGoOgle
LE GBKTILHOVMI CAMPAGNARD. 141
reux que j'aurais dû dire; mais je n'avais pas osé espérer le plaisir que j'éprouve en ce moment, en vous souhaitant aussi la bienvenue dans cette terre illustrée, depuis tant de siècles, par tes vertus chevaleresques de votre race. .
— Que chante donc ce vieux bonhomme avec son monsieur le comte î dit à sa fille la douairière, visiblement choquée de n'avoir pas eu sa part dans ces félidtatioDs offlcieiles.
— Mon Dieu I il prend Pauline pour un garçon, répondit madame de Gbftteaugiron en étouffant un éclat de rire.
— Hon cher Bobilier, dit le marquis, fort disposé à partager Itiilarité de sa femme, le comte de CMteau^ron, à qui vous venez d'adresser an si aimable compliment, serait comtesse en Allemagne, m^s en FVance ce n'est qu'une pauvre petite fille qui ne mérite pas qu'on fasse des frais d'éloquence pour elle.
— Et pourquoi ne le mériteraitrelle pas 1 s'écria vivement la marquise en jetant à son mari un regard de reproche; il me semble que ma fille vaut bien tous les garçons du monde. Pauline ne peut pas encore vous répondre, monsieur le jvg^ de paix ; mais moi je vous remercie pour elle, car je l'espère, quoique ce ne soit qu'une pauvre petite fille, comme vient de dire son père, vous ne rétractez pas pour cela votre souhait de bienvenue.
Pendant que madame de Chàteaugiron parlait, le vieux magistrat s'était remis de la confusion où l'avait jeté son secondquiproquo.
— Madame la marquise, réponditr-il avec un accent de galant^te dégagée sentant son dameret d'ancien régime, il n'est pas étonnant que le bonheur de vous voir ^t tourné la tête d'un vieillard qui ne l'a pas déjà trop bonne; il y a quelques mois, H. le marquis m'avait fait l'honneur de m'éorire que vous veniez- de le rendre père d'une charmante petite fille, et, si ma mémoire s'est trouvée un instant en défaut, j'espère que voi>s aurez de l'indulgenctf
DiglicJbfGoOgle
143 OEUVRES DB Ca. DE BERNARD.
pour cette méprise; apr^ tout, ce n'est qù iiaé er^ùr de
d4e; j'ai pris le présent pour l'avenir,
— Comme tout à l'heure vous preniez le passé pour le présent, dit malicieusement le marquis en se pem^ant à l'oreille du vieillard.
Du coin dn l'œil M. Bebilier examina U douairière de Bonvalot, et il se demanda quel prestige d'optique avait pu lui faire confondre cet automne avec un printemps^
— Je n'ai pas besoin de vous répéter» ûrofi cher ju^ de paiX) reprit tout bant Ch&téaugiron, à t]ttel poiât nous sommes sensibles à toutes les ehoâes aintables qUe VMffi venez de nous dire; tm fenune sut àé^k tjue notre faittille n'a pas de plus ancieil ni de meilleur ami qtie vowsj aussi, dès à présent vous pouvez compter siir son i^eOtiou conuoe sur la mienne.
— M. de Chàtexu^n^ ttionsjgut, ne vom âitHen que )e ne so^ prête à conârmet> âiouta la tttàrqdfte m BOWlailt avec bienveillance au igattnll beptUdgénAlret
L'hoiiiilSte représéntdtil iè l'ddtii^e déVbViëthtint HicfSM se trbttVk aihjrtemeHt ^Sé^ ^Br ce peli dé htottj de «Mites les peines qil'li s'était donliées éepUffe qiHnJë joilfa. et il s'incllh* Cil silente, leis IftfmêS SuS Jeiik.
Le curé Dommartin, encore èmu diï dÈpti âë 'de voir abaissé au second rang, S^àpprochà bOiir aébiler à àoh tour iâ har&ngne doill nou^ ne difons nén, car toits ièè «HMpliments ecclésiastiques se ressemblent' co'mnle âiix j'Oiti^ dé la bénédicUon d'Isaac, là graisse dé la terre et là rosée du cië) eh composent le thktiie invariàblem^l ) SeûlËtHënt y esl d'iteagè d'y ajouter queiqueS tilots èiit la Vie élfertlelte à laquelle ûii ne ^nsaît guère dû temps dû vieux patriarche.
Tout ambitieui est courtisan : )e jeune prêtre n'eut donc garde d'oublier dans ses félicitations et dans ses souhaits madame Bonvalot, etjparcetliahile à-propos, ilse condli*
:=lnG00l^lc
LE G^TlLnqHHE CAMPAGNARD. 141
les bonnes grâces de la douairière, autant qite le vieux juge de pqix {!e ^es était aliénées p^ spii oubli.
pnflu le maire Amoudrn, fortié, bien malgré lui, do prep^c aussi la parole, répila, les yeuit baissés, le fi'ont (îftuveift de sueur et du top d'ui^ ^poïi§r fort peu sûr de s^ leçûO, Je? ^e\^n courtes plirase^ cqpiposées à spn qsage par l'Qrdoon^mr 4^ i? fôi6.
Les îiaT9Rgnes officielles tfif ipin^es, tes cantatripes vêtues (le yanc sortirent ep (pagsf 4P îJessoos l'arc de triopiphe comme s'avance sur la scène, lorsque les principiuix personnage? ont débité leur^ tirade^, le cbœup d^ tragédies
Les deux dignitaires chargé; de It^ corbeille de fleurs s'approchèrept à P3? comptés de ipa)]ame de ChSteaugiron, et la plus élevée pR rang, la fllle du maire Amoiidru, pop IpOijIg tfpubl^p qus fififl pèfÇ, l>3il)HM? d'une voix inintelligible un petit compliment que la marquise accpejUit ^vec 59 gr^ gfÇQjlfHPîée; puis, siFup signe di! ci^ré, qui se piit à batfî« Ub^'Jî^ ^veç l'aidPfpb d'un inai^P de c)iapelle, tûy(p5 |p5 ^^% P4rttrP(^ 4'nfl seitl çp dont durent ffémir les 4^01 1^ uq qu^ 4^ li^He ^ la ronde.
^rjsfls'nldrs ^ pfMte P^nlipe gyait pris avec up couraga ejfçipj^gif ç |ep hftiipeurs rppdjis à ses parepts ; cloches, boltpç, ie^pbopr, toi^t pfffm; mÉnje l3 figure en C£isse-noisett« et I^ jçrjTjqpe éjjfluriij'ég de ^- Botlilipr; mais à cet upisson renversant, sa fermeté l'abandonna, et bientôt ellfl jpi^i^ ^ l'VSH^ 13é'''^Ré^ des choristes des cris non moins
perç^nîa qiji çbanj^ept ei ^W '^ ipoi^^e^H écrit à pp^ ^ule pa4ip.
— Ab ! piptt Djc^j ! qwplle c^cflphppie ! dit à sa fille msr
dame Bonvalot, en faisant le ges^e (je porter jes ip3insàsei|
Pepreifêement la jcppe feUîRi? eut \p tepips de lui saisi
le t^ et d^prévepir^jpsi cette dfiipopstration offensapte.
:rr^^fi qpç ppus ne sop^pes pas icj aux Ilaiiepii
DiglicJbfGoOgle
144 OHJVRBS DK CH. BB BKRNARD.
<lit-ell{! ea méiue temps avec un sourire d'indulgence.
— Pourquoi me parler des Italiens au milieu de cet affreux cbarivari î répondit la douairière d'une voix languissante: c'est rappeler l'idée d'un lit de roses à "an malheureux rôti sur des charbons. Ah ! mon cher Rubiai, où es-tu T Moi qui ai l'oreille si délicate, les nerfs si sensibles, l'organisation si impressiomiable ! Je ne saurais te dire k quel point cette musique sauvage m'agace, me déchire, me torture. En vérite, si je ne me retenais, je jetterais des , cris perçants.
— Gardez-vous-en bien, dit madame de Chflteaugiroo en riant, c'est assez que Pauline s'en mêle, sans que vous vous metUez encore de la partie. :
La marquise s'approcha de sa filie pour essayer de la calmer; mais déjà la Cauchoise était parvenue à lui fermer la bouche parle moyen que la nature met toujours k la disposition des nourrices.
Parmi les auditeurs se trouvait une personne encore plus désagréablement affectée que la douairière de Bonvalot et non moins émue que la petite Pauline, maïs d'une autre manière et par une cause différente, c'était M, Bobilier.
Dès les premières mesures du couplet entonné si vigoureusement par les choristes, la figure du juge de paix avait exprimé une surprise profonde, qui bientôt fit place à une sorte de stupeur à laquelle succéda enfin la plus violente indignation.
— Oti! l'mfàme jésuite, dit-il entre ses dents en lançant un regard furibond au curé Dommartin, qui continuait de battre la mesure sans avoir l'air de songer à mal ; ob 1 te monstre d'ultramontain ! il a changé mes vers pour y substituer des platitudes de sa façon.
Selon l'usage de l'ancienne magistrature, le juge de paix professait en religion les doctrines gallicanes, et par conséquent se trouvait en désaccord complet avec le curé qui, comme In plupart des membres du jeune clergé, se moa-
ut GEHTILHOHHB CÀHPACHAHD. I tfi
bât le fidèle partisan des maximes de la cour de Rome; mais les combats qu'ils s'étaient livrés à plusieurs reprises sur ce chapitre n'étaient que d'insignifiantes escariiiouches au prix de la lutte près de s'engager entre eux en ce moment ; car si le jeune prêtre n'av^t pas encore digéré la petite humUiaâon qu'il venait de subir en se résignant à D'occuper que la seconde place, te vieux magistrat à s>m tour se trouvait blessé par son adversaire dans sa paternité poétique, c'est-à-dire, de l'accord unanime de tous les ob* servateurs, au centre le plus irritable de la vanité humaine. Pendant un instant, M. Bobilier fut tenté de se précipiter sur le chœur des jeunes filles pour interrompre le chant des couplets usurpateurs ; il voulait démasquer le perfide curé et lui demander raison, devant tout le monde, de cet attentat inqualifiable ; mais donner cours en ce moment à son indignation trop légitime, n'eût-ce pas été offenser la marquise de Chftteaugiron î Et le moyen, d'ailleurs, de jeter te trouble au milieu d'une fête qu'il regardait, non sans raison, comme son ouvrage ! Le juge de paix s'efforça donc de se contenir; et, à l'aide de sa tabatière qu'il acheva de vider coup sur coup, il y réussit en partie ; mais ses petits yeux gris, fixés sur le jeune prêtre avec une expression de rancune implacable, pétillaient comme le charbon embrasé d'cHi sortira bientât un incendie.
— Abominable moliniste! grommelait-il en se barbouillant le nez de tabac avec fureur ; disciple de Sancbez I nouvel Escobar ! Je me vengerai, Tartufe que tu es. Oui, tôt ou tard tu passeras par mes verges.
Lorsque les jeunes choristes eurent achevé les trois couplets de rigueur, H. et madame de Ch&teaugiron leur adressèrent les compliments obligés sur la beauté de leurs voix et l'éclat de leur exécution.
— Uesdemoiselles, dit ensuite le marquis d'un air d'enjonement cavalier, je crois que ma femme a dans ses maliet quelques bagatelles que vous ne dédaignerez peut-être paa
DiglicJbfGoOgle
M< ŒUVRES DE en. DE BBRIfABD.
de porter au bal d'aujourd'hui, car je vous préviens qu'on dansera ioute l'après-midi sur la terrasse du château, et nous espérons que Vous serez le plus bel ornement de cett« petite fét«. «
Au mot de bal, les jeunes filles avaient senti la surexcitation nerveuse de leurs gosiers descendre subitement dans leurs jambes; mais ce moment de bonheur complet Tut court, et l>ient&t leurs yeux se fixèrent sur le curé avec une expression d'inquiétude mêlée de prière.
Les prêtres en général, les pins jeunes surtout, ne prennent guère pour modèle le bon pasteur de Béranger ; ils B'aiment pas trop, peut-être n'ontrils pas tout à fait tort, que leurs paroissiennes aillent danser sous le vieux chêne : aussi, au lieu d'accorder l'autorisation que Ini demandaient avec une muette éloquence tous les regards arrêtés sur lui, le curé Dommartin baissa-t-il la tête en se mordant les lèvres d'un air contrarié. II se trouvait en effet entre deux écueils : d'un côté, déplaire au maître du château en s'opposant à une chose que celui-ci semblait désirer ; de l'autre, affaiblir son autorité pastorale par une concession qui pourrait en entraîner d'autres.
— Monsieur le curé, dit le marquis en remarquant l'attitude embarrassée du jeune prêtre, ne restez pas insensible aux prières qu'on n'ose pas vous adresser, mais qui n'ont pas besoin de la parole pour se faire comprendre !
— Monsieur le marquis... répondit le prêtre en s'indînaotd'un air contraint.
— S'il y a péché, il ne sera ni à votre compte, ni & cehri de ces aimables demolielles, je m'en charge, ou plutôt je lemet« sur la conscieni^e de mon oncle.
— De monseigneur d'Autun?... dît le curé surpris.
— De lui-même, monsieur le curé. En passant à Autun, d'où nous sommes partis ce matin, j'ai dit à mon oncle que j'avais l'intention de donner ici un bal pour fêter la première visite de ma femme à Chàteaugiron, et, Je vous
IB flENTILUOHHK CAHPAGNAim. I4T
en donne ma parcde, il m'a répoadn qu'il n'y voyait auctra mal, et que, ponr sa part, il m'y autorisait complètement.
— Quand l'ëwôque a parlé, le curé doit se taire, dit l'ecclésiastique empressé de mettre sa responsabilité kooovert aoâs l'autorité de son supérieur.
— Monsieur le coré, vous nous permette! done de daftserîs'écrièrentà lafuisplu^eurs jeunes flllea qtri aossitM bai^rentles yeux et rougirent de oonftuion.
i — Je ne permets rien, répondit le jeune petAK d'un ton sec, car le goût pour l^herbe d^endue que manifestaient ri naïvement les blanches brebis de son troupeau causait àcs ngide pasteur encore plus de dépit que de sorprise.
La joie qui étincélait dans les yeux des jeunes tilles s'^ teignit soudun, et une sorte de consternation se peignit sur leur» visages.
— Je ne permets rien, répéta le coré en cbangefUt d'ໜnt, car mon cher a déjà pemùa et il ne me reste qo'à M Obéir.
— Ainsi nous dansemmsT s'é(»ia une peUte Botttgm* gnonne dont les jambes rondelettes dansaient déjà.
— C'est oequej'igiv)re,c'eslce que je veux igncMrer; et pcurcelfl je vous avertis que je n'irai pas me promeiw sur la terrasee du cbâteau.
A cette permission tacite, le chœur des Jeunes fiUes tout CTtier retondit par an trémoussement avant-coureur des fintirs da bal.
— Quelle transaction jésuitique ! murmura te juge dé [nix.
— Vouadevwde nouveaux remerchnants à mtee vieil snxi, dit le marqms k sa femme, quand cette grave affaire fut airangée; non-seulement c'a* lui qui a tout ordonna tout dirigé, mais encwe les Incrindres dMaîts sont son ou> vrage. Ainsi, ce tableau qui représente nos armes, c'est lid qui l'a print.
— Une croûte efiroyablel dit & demi-voix la douaklèra
ut CBOVBBB DE CB. DE BBBNiSIk
de BoDvalot, qui gardait lancune au juge de paix; je suit sûre que ces lions hideux m'empêcheront de dormir.
— Comment 1 Monsieur Bobilier, dit la jeune marquise •vec une intonation flatteuse, magistrat et artiste !
— Ajoutez poète, reprit Chàteaugiron en regardant sa femme de manière à déconcerter la gravité qu'elle s'efforçait de conserver.
— En vérité 1 poSte aussi T
— Certainement ; etvous venez d'entendre un échantillon de sa poésie, car les couplets chantés par ces demoiselles sont de lui.
— Ils m'ont paru fort jolis, répondit madame de Châteaugiron, vouée pourcejour-là du moins à l'optimisme le plus
Ces paroles firent épanouir une satisfaction radieuse sur le visage blafard du curé; mais en revanche elles entrèrent comme une pointe de poignard dans le cœur du magistrat.
— Madame, dit ce dernier en grimaçant un sourire qu'on eût pu prendre pour nu grincement de dents , si les dents n'yeusscatmanqué, il me serait bien doux d'avoir mérité un éloge prononcé par une bouche ^ charmante ; mais la vérité m'oblige de vous déclarer que je n'y ai aucun droit.
Le curé Dommartin prit te maintien modeste d'un auteur applaudi dont on va jeter le nom au public d'un théfUre.
— J'avais en effet composé quelques faibles vers, poursuivit M. Bobilier après avoir lancé à son ennemi un regard foudroyant ; j'espérais, madame la marquise, qu'ils auraient l'honneur d'être chantés ■aujourd'hui devant vous, et déjà ils avaient été répétés; mais H. te curé, les trouvant sans doute indignes d'une si belle récompense... a jugé à propos... dans sa sagesse... sans même me prévenir... de supprimer mes couplets et de les remplacer par d'autres... beaucoup meilleurs sans doute... mais enfin peut-être ebtilété plus convenable... plus poli... plus lionuéle... de m'avertir de ce changement.
LE GEtfTlLHOUUE CAMPAGNARD. 14*
La physioDomie du poète désappointé exprimait un comrroux si plaisamment pathétique, sa voix entrecctpée pie- . nait des intonations si bizarreSj sa perruque elle-même frémissait d'une telle indignation, que la marquise n'eut que le temps de détourner les yeux en portant son mouchoir à sa bouche ; de son cAté, Chftleaug^ron, qui n'avait pas cette ressource, mordit sa moustache à belles dents pour s'empêcher d'éclater ; quant à la douairière de Bonvalot, loin de compatir & la poignante émotion du magistrat, elle se tourna vers le jeune prêtre, et lut sourit le plus gracieusement possible.
— Ainsi, monsieur le curé, dit-elle, les vers que nous venons d'entendre sont de vous? Je joins mon compliment à celui de ma niècej ils sont charmants, et vous pouvez m'en croire, car j'ai la prétention et même la réputation de m'y connaître un peu ; oui, je le répète, ils sont charmants.
Le curé s'inclina profondément d'un air pénétré; puis se tournant vers le maître du château :
— Monsieur le marquis, dit-il gravement, je vous dois une explication au sujet du grief que vient d'articuler contre moi M. lejugç de paix; je le confesse humblement, j'ai cru devoir modiUer, changer même les couplets qu'il avait bien voulu me remettre, et si H. le juge de paix l'exige, je suis prêt à faire connaître les raisons qui m'ont forcé de prendre ce parti, peut-être rigoureux, mais né-
— Oui, monùeur, je l'exige, s'écria M. Bobtlier avec une Valeur extrême ; car au ton que vous prenez en ce moment, je vois que ced est désormais pour moi une question d'honneur.
— Puisque H. le juge de paix l'exige, reprit le curé en continuantde s'adresser au marquis, voici la raison qui m'a décidé, à mon grand regret, à supprimer ses vers: il m'a paru peu convenable, je dirais presque peu décent.
— Peu décent? interrompit le vigoureux vieillard.
DiglIMbyGOOglC
H9 (BDVBE8 DB CB. DB BSKIUBD.
— Oui, peu décent, répéta le ieune prétie d'un (on «é- Tèro, de faire chanter par des jeiues filles cbrétienQe&, et d'adtesserà uoe jeune femme chrétienne, des couplets, tort bien tournés peui^e souale rapport poétique, mais réprébeosJJtles wi pointde vue aior&l,car ou y reqnre un parfum
— Un pufuia :paîen 1 s'écria le juge de paix de plus en plu& irrité; ap{H>enez, monsieur le curé, que je ue suis pas plus païen que vous, ent«nde^vou8 bien, et sans la présence de madame la marquise. ..
— De grSce, mon cher Bobilier, interrompit à son toor Héraclius, permettez à H. le curé de s'ex|diquer; i) a pu, ■ans mauvaise intention, se servir d'une expression îmr
~ Monsieur le marquis, dit le jeune prêtre d'un ton fié* riaux, je coonais la valeur des termes dont je me sers ; j'ai dît un parfum païen, eu quelle autre expression plus juste et plus modérée aurais-je pu employer pour caractériser des vers où, à propos de madame la marquUe, il eat ques* tion de Vénus et d'Hébé qui, » je ne me trompe...
-^ U est question aussi de Minerve, dit impétueusement le vieux poète; mais v(ùlà ce que vous ayez bien ania de passer sous silenœ.
— De Minerve aussi, puisque vous y t^ex, il n'en est pas moine vrai que toutes ces fausses divinités du paganisme sont d'étranges saintes à invoquer dans une fête dont le c% ractère doit être avant tout rdigieux et chrétien ; et moi, pasteur de cette partù&se, j'ai eu raison...
— Et moi je vous dis, s'écria M. Bobilier qui s'échauffait de plus en plus, que les gens les plus éminents de votre ordre, des gens devant qui vous vous seriez courbé jusqu'à teire, mousieur le curé, le cardinal de Bernisi, l'abbé de CnsuUeu, et tant d'autres qu'il est inutile de dter, ont mis dans leuK vers cent fois plus de paganisme que vous n'en trouverez januùs dans les miens.
LE GEIfTlLaOJUIB CAMPAGNARD. Itl
— Messieurs, dit ChftteaugiroD d'un ur conciliant, pei<mettez-moi de clore ce débat ; voos, monsieur le curé, vous avez peut-être raison à votre point de vue : vous, mon cher Bobilier, vous n'avez pas tort an vôtre. Tout ceci ne roule donc que sur un malentendu, qui, du reste, n'aura fait que doubler nos jouissances ; car, après le plaisir d'avoir eatendu la poé^e de H.Dommartin, nous aurons, je l'espère, celui d'écouter aussi la vâti-e, mon cher juge de paix. C'est convenu ; vous nous direz vos vers à dtner, et M. le curé, qui s'est déjà si gracieusement exécuté au sujet de la danse, voudra bien conserver quelque indulgence pour vos petites hardiesses poétiques, fussent-elles, ainsi qu'il l'assure, un peu entachées de paganisme.
— Au lieu de réciter mes vers, dit le juge de paix rasséréné par cette agréable perspetÀlve, j'aurai l'honneur de les chanter à madame la marquise, si du moins elle daigne me le permettre.
— Vous chantez donc aussi, monsieur BobilierT demanda madame de Ch&teaugiron en riant.
—Comment, s'il chante! s'écria le marquis; quand je TOUS dis qu'il a tous les talents.
— S'il chante comme il pânt, dit ta douairière àsafille,~ cela nous promet un joli dessert.
— Ce débat heureusement terminé, ce fut au tour des garçons de présenter leur offrande; ils s'en acquittèrent *vec toute la gaucherie qu'on pouvait attendre de jeunes rustres de quinze à vingt ans, mais le mouton enrubanné ayant tout à fait ramené la gaieté sur le visage de la petite Pauline, sa mère se montra charmée du présent.
Le marquis exprima sa satisfaction d'une manière aussi expressive que laconique, en mettant dans la main de l'o> rateu" de la troupe une bourse dont les mailles laissaient entrevoir, le prix du moutoa payé, au moins autant depi^ ces d'or qu'il y avait de donateurs.
^- Vive monsieur le marquis f vive madame h marqmstt
m CBDVBKS DB CH. DE BERNABD.
s'écrièrent en chœur les jeunes garçons à la vue de cette réniunéralioii seigneuriale.
— Vive monsieur le marquiti vive madame la marqmset répéta comme un écho une voix sonore qui seniblii<t parUr d'une des colonnes de l'arc de triomphe.
En même temps le vicomte de Langerac^ son chapeau d'une main et son bouquet de l'autre, sortit de derrière le pilier de verdure où il s'élmt tenu caché jusqu'alors
— Oui te savait là, et que diantre y fais-tu î lui demanda le maître du château sans paraître très-étonné de cette apparition.
— Tu le vois, je fais comme les autres, dit le vicomte en s'avançant d'un air dégagé : je chante tes louanges et celles de madame la marquise.
— Le jeune homme blond s'inclina devant madame de Ch&teaugiron. dont la ligure, à sa vue, avait exprimé une surprise désagréable, etqui lui répondit par un accueil glacial. Il salua ensuite madame de Bonvalot ; mais cette fois il obtint en retour le sourire le plus bienveillant, et, sans le fard dont étaient couvertes les joues de la douairière, on eût pu voir qu'elle avait rougi.
— Mon cher Bobilier, dit le marquis après avoir échangé nue poignée de main avec le nouvel arrivant, il me semble que maintenant nous pourrions entrer au ch&teau?
— Si auparavant, répondit le juge de paix, monsieur le marquis voulait bien adresser quelques paroles aux pompiers.... Ils s'y attendent,... et je suis sur que cela ferait bon effet.
— Monsieur le bailli a raison, dit Langerac d'un air goguenard ; à quoi penses-tu donc 1 Allons ! un petit speech à ces dignes pompiers; c'est de rigueur.
En reconnaissant le jeune homme qui de la fenêtre de l'auberge du Cheval-Patriote lui avait jeté déjà une interpellation assez impertinente, le vieillard fronça le sourcil.
— Vous coounettez une erreur, monsieur, dit-il sèche*
ut GBKTILHOHHE CAHPAGKABD. t(l
Oient, je n'ai pas l'honneur d'être bailli, je ne sitis qu'un pauvre juge de paix.
— Si vous n'êtes pas baïlli, mon cher monsieur, je suit sûr du moins que vous êtes digne de l'être.
~ Je crois, en effet, répondit H. Bobilier en relevant fièrement la tête, que si la charge dont vous parlez, n'avmt pas été emportée comme tant d'autres par latourmente révolutionnaire, je saurais la remplir avec honneur^ ainsi que font fait pendant dix générations mes ancêtres.
— Quand je vous disais que vous sentiez le baîlU d'une lieue ! Je vous ai reconnu sur-le-champ, rien qu'à votre perruque.
Les yeux du vieux magistrat étincelèrent ; et il ruminait quelque réplique mordante, lorsque le marquis, après avoir adressé ses remerclmenls aux pompiers et les avoir invités k dhier au château, revint près de lui et dit en souriant ;
— Mon cher juge de ptûsi voici le moment d'exercer votre privilège ; veuillez donner le bras àma femme et nous montrer le chemin.
Il n'y avait ni dépit ni déplaisir .qui pussent tenir contre noe invitation si flatteuse. M. Bobilier s'approcha de la D arquise en déployant ses plus grands airs d'ancien régime, et bient6t il obtint l'inappréciable faveur, ce fut là l'expression dont il se servit toujours par la suite, de sentir s'ap^ puyer sur son vieux bras te bras frais et potelé de la jeune femme.
— Monsieur le maire, ayez la bonté de conduire madame de Bonvalot, reprit le marquis en riant malgré lui de la tournure triomphante du juge de paix.
Aunwment où Amoudru, tout étourdi de l'honneur impi'évu qui lui tombait en partage, promenait un regard effaré de la douairière à la nourrice, le vicomte de Langerac s'empressa d'offrir son bras à madame de Bonvdot, qui mit à l'accepter un empressement presque aussi prononcé.
IM tBDTKBI DE CH. DE BBRN4SD.
— Quelle foliel lui dU-elle tout bas eu minaudant; TOia av^s-je permis devenirî
— No& , sans doute, répondit le jeune homme blond avec eett« familiarité cavalière pour laquelle les femmes (l'iin Ige mùr ont une toute particulière indulgence ; vous ne nie permettez rien, il faut bien alors que je me passe de la per^ mission.
— Que dira le marquisT
— Vous voyez comme il m'a reçu ; d'ailleurs il a besoin de moi.
~ Hais que pensera Mattiilde T
— Ce qu'elle pense déjà.
— Que pense-t-elle déjà? demanda U douairière avec rai accent d'inquiétude.
— Que je suis venu pour ell&
— Et si c'était vrai '.
— Jalouse ? dit le vicomte avec un tendre sourire.
— Jalouse I non , je n'ai pas dît cela, répondit la douairière d'un air raignard qui eAt nûmn coBvenu à tme ingénue.
— Ah 1 plût an ciel que vous fussiez jalouse ! s'écria l<angerac avec chaleur; je croirais alors...
— Changeons d'entretien ; vous savez que je vous ai défendu ces élans passionUés. Oui, changeons d'entretien. Est-ce à Hatbilde que vous voulez offrir ces flenrs T
— Vous savez bien que c'est pour vous que je les à cueillies.
Le vicomte offrit son bonquet à madame de Bonvatot qui le }»it sans se faire prier, et le respira quelque t^nps d'un air rêveur.
— Surtout ne le coofiez pas à votre femme de chambre, r^rit Langerac avec un sourire significatif.
— Pourquoi cela T demanda la douairière en prenant la physionomie la plus naïve que ooiapurtftt le badigeonnage dosa figure.
U OBNTILHOiaiE CAHPAGRARD. IIS
— Parce qu'en général, les femmes de chambre sont plus curieuses que leurs maîtresses.
— C'est un vilain défaut que la curiosîtél
— Mais, pas toujours.
— Comment I vous voudriez que je fusse curieuse T
— C'est la chose que je désire le plus en ce moment.
La douairière de Bonvalot porta de noHveau le bouquet à son nez, et à elle n'aperçut pas un petit billet assez md caché entre les fleurs, c'est que sans doute elle avait bien mauvaise vue.
L'entretien fîntt, car les deux interlocuteurs venaient d'entrer dans un salon du rez-de-chaussée où les avaient précédés madame de Cbâteaugiron et le juge de paix, et oà arrivèrent un instant i^irës, le marquis, le- curé, te maif^ accompagnés de plusieurs des notables de ta commune.
Après quelques instants de conversation, M. de Ch&teâit-^ girOD conduisit sa femme et sa belle-mëre dans les appar^ temeuts qui leur avaient été préparés, et prit ensuite congé de ses hAtes jusqu'à l'heure du dhier.
— Hainteaaat, dit-il en reteouit H. Bobilier qui s'apprôtait à sortir avec les autres, allons causer de notre affaire.
Le marquis et le juge de paix, suivis du vicomte de Lai^erac, se dirigèrent vers une bibliothèque servant de cabinet de travail, qui se trouvait située à l'un des angles duch&lâau.