‹ Le gentilhomme compagnardChapitre 6 sur 16 · LE CONSEIL · texte numérisé non relu

LE CONSEIL

Ainsi que nous t'avons dit, peu de temps aprèB son nrivte au6haipiiu, le marquis de Châteai^iron, acccsnpi^é de H. BobiJiep et du vicomte de Langerac, if était dirigé vcts ia

lis OCVVRES DE CD. DE BBBNARD.

biUiothèque. Lorsqu'ils y furent entrés tous trois, le maître du logis avança un fuuleuil au juge de paix, et s'assit luimême, tandis que le vicomte s'étendait négligemment sor nn petit divan de cuir placé daiisunentre-deux de fenêtres.

— Voyons, mon cher Bobilier, dit le marquis, pendant que ces dames s'habillent, que les pompiers se mettent à table et que vos nymphes de Chflteaugiron batifolent dans les jardins en attendant le bal. causons sérieusement. Oii en sommes-nous?

D'un cliu d'oeil expressif, le vieillard montra le jeune homme blond qui en ce moment s'occupait d'allumer un i^are.

— Vous pouvez parler devant Langerac, reprit Héradius, il est mon ami et je n'ai pas de secrets pour lui ; d'ailleurs il est déjà depuis longtemps au courant de notre affaire.

Le juge de paix hocha la tête comme si en secret il eût désapprouvé le choix d'un pareil conBdent.

— Nous vous écoutons, monsieur le bailli, dit le vicomte en plaçant un oreiller sous sa tête et en s'allongeant sans façon sur le divan.

— Je vous ai déjà fait observer, monsieur, répondit le magistrat d'uu ton fort sec, que je ne suis pas bailli, mais juge de paix.

— Ne laites pas attention à ce que dit Langerac, interrompit le marquis, c'est un fou.

— Et vous mettez un fou au courant ae vos afTairesT re* prit H. Bobilier en haussant légèrement les épaules, malgré sa vénération profonde pour tout ce qui tenait h la famille de Chflteaugiron.

— Sa folie ne l'empêche pas d'être de bon conseil; vous en jugerez tout à l'heure.

— Puisque M. le juge de paix se trouve offensé de la qualiBcatioD de bailli que j'avais cru devoir lui donner, tant il B le physique de l'emplcù, je m'empresse de retirer cette

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LE GENTILHOmiB CAUPAGHAKD. l&T

ex]n¥Ssion iscongnie, dit Langerac qui accumpagna cet paroles d'un nuagd de fumée.

— Sachez, monsieur, que le titre de bailli n'a rien d'incoilgru, répondit H. Bobilier, dont la mauvaise humeur ne parut pas apaisée par cette rétractation ; certes, je m'estimerais heureux d'occuper cet emploi honorable qu'ont rempli pendant dix générations mes ancêtres ; mais enûn les baillis n'existent pas plus aujourd'hui que les petits seigneurs débraillés dont se moquait Molière ; et s'il plaît à M. de Langerac de copier les uns, il me permettra de ne pas imiter cette prétention, en acceptant, sans y avoir droit, te nom des autres.

— Tiùs-toi, Langerac, dit le marquis au vicomte, qui dtait sou cigare de sa bouche pour répliquer ; H. Bobilier a raison, et tu n'es pas de force à lutter avec lui. D'ailleurs nous avons autre chose à faire qu'à échanger des plaisanteries plus on moins piquantes.

— C'est juste, dit le vicomte en remettant son cigare entre ses lèvres ; l'ordre du jour !

— Monsieur le marquis, reprit le vieux magistrat avec l'accent solennel qui lui était ordinaire dans les grandes circonstances, lorsqu'il y a un mois vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et de m'annoncer l'ùitention où vous étie! de vous mettre sur les rangs pour la place vacante au conseil général deSaône-et-Loire, ma première impression, je ne vous le cacherai pas, a été celle d'une triste surprise.

— Pourquoi celaî demanda Héraclius étonné.

— Ah ! Monsieur le marquis, ne comprenez-vous pas combien il doit paraître pénible à un ancien serviteur, ou, comme vous avez la bonté de le dire, à un ancien ami do votre famille, de vous voir, vous, un Chfiteaugiron, le chef <1u nom et des armes de cette race antique, réduit k willidtcr les suffrages de gens qui autrefois eussent élé les humbles vassaux et les très-obéissants serviteurs de vM ancêtres 1

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