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DiglicJbfGoOgle
Ht mvHflB n a. h mutASD.
— le TOUS avaè priée de leslef au saltm, dit à la feons flfie madame Graodpwrin, avec la froideur agresàre qm evactérise assxt ordioairein^it le langage des bellesHoiërefl.
— J'en viens, madame, répondit laconiquement Vidonœ, trop balùtuée sansdoute à ira pareil accueH, pour ffea Ktontrer affectée.
— Vous feries bien d'y retowner, reprit Oarisse du même ton bief et see ; qudques-tiBS de ces mesàeurs peuvent arriva d'un instant à l'autre, et il est fort peu convenabie qu'ils ne trouvent personne pour les rece¥oiF.
— HoD père est dans son ctAnati, dît la jeune fille, après avoir répondu, par une révérence amicale, au sdut souriant que venait de loi adresser le baron.
— Le cabinet de votre père n'est pas le salon^ et vous savez fort bien qu'il n'a pas l'habitude d'y recevoir les visites.
— Je vous demande pardon, madame ; en ce moment même mou père vient de faire entrer dans son cabinet H, de Boisjoly.
— H. de Boisjoly est déjà arrivé? dit la belle-mère de Victorine, en changeant subitement d^ntonation.
— Il y a un instant^ madame.
— Mon cher moo^ur de Vaudrey, reprit madame Grandperrin avec une vivacité inattendue, nous sommes de vieux amis, et je ne fais pas de façons avec vous. Ue permeUez-vûus d'aller recevoir U. de Boisjoly 1 1l dîne ici pour la première fois, et, comme vous le savez peut-être, on le dit légëreioent pointilleus. et formaliste.
— Je ne vous cacherai pas, madame, répcHulit le baron en souriant, qn'il m'est pénible de me voir ainsi sacrifié ; mais cescmtlà de ces malheurs auxquels, à mon ftgfl, il fauts'atlendre et se résigner.
— Vous o'ètespasùmalheureuij puisque ma belle-fille n me remplacer près de vous, répliqua madame Grand' perrin, qui fit un effort pour sourire à son tour.
u emmfloiiin cawa<«aib. lu
— l'alÛs prier mademobelle Ticb^ne de m'accorder cet tgtésbia dédommagement.
— MademniseUe Victorine vous l'accorde «uis se faire prier, répfMMlitlajennefilleavecuD enjouement [duafrano qœ ceiu de sa bejle-mëre.
, — Mms, maàmaa, TtfoA H. de Taudrey, pour rester à l'ODissonde ce badinage, je dois, en consùence, vous ea •teitir : c'est mi téte-à-tAte en règle que vous autorisez là. B n'est pas psobsblej sans doute, qu'il puisse Atre fort dang««aLpoui mademoiseUe Victorine; mais ne craignez- TOtupat qo'iliKile soit pour moij en dépit de ma barbe grise î
■adame Grant^nrin arrêta sur le baron uaregard perçnnt, comme à elle eût chercbé, sous cette plaisanterie apparente, un sentimurt sérieta.
[ — A rnâdire, répcndii^le avec un accent singnUèr»ment e^reatif, loJB de te craindre, je crois que je le dé-
Victorine fronça les sourcils et rougit fortement, tandè que du bout d'un de ses pieds m^ons elle martelait le sol de l'^éeswc une impatience nerveuse.
. Quant ao baron, malgré la maturité de son âge et soQ usage du monde, l'insinuation de madame Grandperrïn lui causa ub embarras que trahit, pendant un instaot, sa ldi7si(Hioiiiie si impassible d'ordinaire.
£d remarquant la double irniH^ssion produite par ses paroles, la fomoe du maltredeforgesjugea inutile d'insister pour le moment, et, semblable aux archers parthes qui toumùent briâe ai»ès avpir décocbé leurs Qèdies meur- . trières, elle s'éloigna d'un pas rapide.
Tuit que sa bdle-mëre fut en vue, Victorine garda le si> lence et demeora îmmf^ile, les yeux baissés ; mais dès que madame GrandperriQ eut diq>aru au tournant de l'un des Bentiers qui conduisaient de l'allée de marronniers à la màaim, la jeune fille releva la tête et fixa sur le baron
18( (BDTKES DB Œ. DK DUNABD.
on vif et fenne regard oit étincelmt, comme un rayon de soleil dans une eau limpide, la naïve hardiesse qui distingue parfois l'innocenceà vingt ans.
— Honsieui de Vaudrey, ditrelle d'une voix assurée quoique émue, je rends gr&ce bu hasard qui me laisse seule avec vous; depuis quelque temps je dteirais cette occasion de vous parler sans témoin, carj'ai une confidence à vous faire.
— Et de deux ! se dit le gentilhomme campagnard avec une ironie mélancolique. Décidément il parait que je suis flQCore plus respectable que je ne le supposais, et que dé* sonnais il faut me r^îgner au râle de confident. C'est triste.
— Avez-Tous compris ce que vient de dire ma bellemère î
— Je le crois, mais je pois me tromper.
— Enfin, quel sens attdchez-vooB à ses paroles?
— Celui que vous y attachez sans doute vous-m&ne.
— Mais ce n'est pas là répondre, dit Victorine d'un tîm d'impatience.
— Je vais donc m'expliquer, puisque vous l'exigez, reprit le baron en la regardantSxement : Madame Grandpen4n, sans s'en douter peut-être, vient de me souhaiter le plus grand malheur qui puisse arriver k un homme de mon Age.
— Un malheur 1 dites-vous î
— D'autant plus affligeant, qu'il serait de ceux pour lesquels on est sans pitié; le malheur de tomber amoureux d'une charmante jeune fille dont je pourrais être le grandpère.
— N'estrce pas que cela n'aurait pas le sens conmiun T dit mademoiseUe Grandperrin.
— J'en conviens, répondit H. de Vaudrey en s'efforçant de sourire ; mais enfin supposez que cela arrive.
ûUn instant édairci, le front de la jeune fille redevint aoucieux.
— hat cheveux blancs ne ^servent pas toujours de la
LK GBiraUBOHHB GAHPAGnABD. 1S(
fDlîe, ponrsuivit le baron d'une voix où perçut quelque émotion; sapposez donc que je puisse un instant oublier les miens, et que le souhait de votre belle-mère se relise en dépit de moi-même ; dites-moi, ne serais-je pas bien malheureux 1
— Et moi, donc 1 s'écria Victorine avec une fratushe explosion qu'elle se reprocha sans doute, car aussitôt elle baissa les yeux d'un air confus.
Si H. de Vaudrey avait conservé quelques-unes des illi^ sions d'amour-propre dont sont aveu^és quelquefois les hommes qui ont passé la cinquantaine, la cruelle naïveti de la jeune fille lui eût porté un rude coup ; mais le baron était un de ces esprits droits et justes auxquels profile l'expérience, et qui savent que dans les épreuves successives de la vie la sagesse consiste à conformer ses sentiments ,à son fige. Depuis que ses cheveux et sa barbe portaient les couleurs de l'hiver, il avait compris qu'il devait désormais renoncer aux roses parfumées du printemps. Le sentiment de sa dignité, d'accord avec le bon sens, lui conseillait de quitter l'amour avant d'en être dédaigné; docile à cette voix ra^onnable, il avait sevré son ftge mûr de ces philtres dangereux dont peut sans honte s'aoreuver la jeunesse puisqu'elle y puise la grâce, le courage, toutes les nobles ardeurs , quelquefois même te génie, mus que doivent écarter de leurs lèvres les vieillards, sous peine de voir trébucher leurs dernières années dans une ivresse ridicule et dégradante.
La philosophique tempérance que s'était imposée le gentilhomme camp^inard au sujet de la plus séductrice des passions, n'alliùt pas saiis doute jusqu'au stoïcisme, et il y avait dans sa réserve beaucoup plus de prudence que d'insensibilité. II éttdt donc résigné sans être exempt de tout i^gret, et sa rés^ation elle-même se trouvait quelquefois exposée à de pénibles épreuves. Ainû le baron n'avsît pu voir chaque jour, depuis plusieurs mois, les
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grâces sdves et piquantes de la jeune TnAenùe, sfeos aeatir reonm les âbree de son cœur, vivace ^Kore soos la froide armure dont il avait cm devoir le couvrâ. Haiâu eaison était restée victorieuse de ce retour inrtdoataire aux émollons de sa jeunesse, et le sentiment trop vif que lui snôt d'abord inspiré la jeune fille s'était peu à peu changé en une «ffiectimt plus calme dam sa tendresse, quoique le nom de paternelle ne lui eût pent-Ate pas eacore tout k un ccmvena.
~ Vous ava raiaoo, dit M. de Vaudre; en s'effôrçast de dissimuler l'impresôon stacz désagréable que lui avait causée l'exclmnadea trTtféeliie de madeiiHnselle Grandpeirin; noos serions m^euTenx tous deux, et de plus je aérais parfaitanentndieale.
— Ainai, repnt airec empressemait Victonne, voos me jnxnnettezbim...
La jeune tUo bésha et parut embaiTassée pour termina •a phrase.
— Je TOUS prot3Mt8 bien... de ne pas devenir aiBdraeux de TOUS. Est-oe U ce qœ vous voulez direl demanda le ba> ion qui appela à son aide toute sa {diilosO[^ue.
— C'est-à-dire, je ne vous empêche pas de no'aiiB^, et même je le désire, car j'ai moi-mâme beuieoup d'amUié pour vous.
— Bien vraiî Luanda M. de Vmidrey.
— ie ne mens jamais, répondit Vichvine eo posant ses doigts blancs et potelés dans la puissante main que lui [Mré* ■entait le vieux geotilhomne: j'ai b plus grûde estime povTotre :ttractère;je tous bonoie parce qae vous êtes brave, nobleet diarilaUe; je vous aime parce que «ou» Mes simple, ay irâud et bon ; en nn mot, j'ai pour vou» une amitié misai vive que reqieetueuâe, l'attacbemHit d'iue fille pour aon p^, mais...
— Je m'atCendais à ce mais, dit le baron avec un soolire mélaucoli<iue, et j'aurais tort de m'eo (^eoser. L»
ut GsmiLBCUIIII CUIPAOUID. 1«S
part que tous m'aies faite est déjà iiop belle pour bji bar" bon comme moi.
— Mai si le {wcget qoe s'est mia ea tAte ma beUe^nëre^ et auquel mon père partf. s'associer depuis quelques joan, devait se réaliser, je serais ma&evreuse, je lèsent; et voilà ce qui me donoe es œ ixMBnent le ooarage de tous parler avec une ftwichise bien ioconveuante peat-^tre...
— Ncm, mon enfant. La franchise n'est jamais un trat, et pour TOUS proorer que la vôtre ne meblrâepas^ je vais l'imiter. Le projet que vous attribuez à votre bdl»flaère b» m'a pas échappé dod plus.
— J'en étais sùn 1 s^écria Vietorine en rouissait 4e àépi. Suis^ assez humiliée 1 Ainsi voiutoi» êtes apeCC> qo'on me jette à votre tètet
— Ce dont )e me suis aperça snrtoot, et à mes dépoia, répondit le btson d'un air de douce pl^santerie, c'est que TOUS n'ëles pas fiUe à tous laisser conduire k l'aulei malgré tous; et je serai bien étonné si t'oo parvient jamais ivons réduire à fêtât de victime résignée.
— C'est pourtant à cela que vise ma belle-mëre. ~ Il ne faut pas liû en vouloir, son iotention au ftnd
— Oh I je n'en doute pas, cUt la jeune fille weo une ko* aie marquée, eBe m'aime tant I
— Vous la jugez mal, et en cela je ne puis foos i^pioa- Ter^ reprit H. de Tau^y d'un air sMeux.
— B est tout ample que voua la souteniez, reprit viremari Vietorine, vous Mes ton ami.
— Je Bunaussile vdtre, ett^est pour cela que je voudraig voir régner antre vous l'union et la bonne hannonie.
■^ Comment! mais noua sommes perfa^es l'une pour fanfare; moi la phw souaiBe des bcAes-fiUes, eUe la plus tendre desbdlat-roères; tout à l'heure encore, o'aiv6K-voai pas eu un échantillon de notre aménité resjlective t Nom aonuoes au mieux, vous dîfr^, et des rwlomniatfaira pooP:
„Ciooiilc
ISI OBDVHXS DS CQ. DE BGBHjUOI.
raient seuls prendre que l'accord le plus touchant ne r&> gne pas toujours au sein de notre famille.
L'accent de mademoiselle Grsndperrin était empreint d'une raillerie pleine d'amertume qui donnait le démenti 1« plus fonnel au sens littéral de ses pan^s.
— Voulez-vous que je vous dise quel est votre principal grief contre votre belle-mère ? dit le baron en aSectant un air enjoué, dans lé but sans doute de faire diversion aux pensées désagréables que trahissait la physionomie de la jeune fille.
— Elle a épousé mon père, voilà mon premier grief, répondit VictOTine avec énei^ie ; elle occupe dans notre maison la placede inamëreàmoi...Mft pauvtemère, ajouta la jeune fille, dont les yeux se mouillèrent de laiines, morte si jeune, et sitàt remplacée par cette étrangère I
— Hachèreenfant, reprit affectueusement H. deVaudrey^ je respecte votre douleur, mais elle ne doit pas vous rendre injuste. Il était fort difficile, impossible, pour mieux dire, que dans sa position et à la tête d'un établiiisement considér rable, votre père ne se remariât pas.
— Comme si, à vingt ans bientôt, je n'eussepas éte assez raisonnable pour diriger sa maison I
— Dansime position de cette espèce, îl est bien rare qu'une jeune fille acquière l'autorité qu'on n'ose pas con^ lester à une femme mariée.
— Ehbien! alors, quiempêchait mon pèrede me marier) ' — Ceci est juste, dit le baron en souriant, mais j'avoue que l'aversion manifestée par vous-même tout k l'heure pour le mariage m'avait empêché d'étudier la question hSous ce point de vue.
— Hais enfin, mon^ur de Vaudrey, se hâta de dire la la jeune fille un peu confuse, ne sentez-vous pas qu'il m'est impossible d'aimer lafenune qui est venue prendre la place de ma mèrel
— Je comprends vos préventions et 'e les excuse en par»
LB GENIILHOiniE CAHPAGKA&D. IIB
tie ; mais je dis qu'un peu de réflexionne tarderait pas à les guérir. Puisque votre père était décidé à se remarier, pou> quoi vous révcAiet contre un fait inévitable? D'ailleurs, croyez^a monexpérience, belle-mère pour belle-mère, vous auriez pu trouver j^us md.
— Plus mal que mademoiselle de La Gennetièrel dit Viotome avec ud dédfun peu dissimulé.
La figure de H. de Vaudrey devînt grave et presque sévère.
— Comme voos le disiez tont à l'beure, répondit-il, je sms l'ami, le «ncèreamide votre belle-mëre, de même que je suis le vAtre; or, je n'ai pas l'habitude de laisser dire devant moi du mal de ceux que j'aime.
— Je me tais, monueur, reprit la jeune 611e d'un air cmtrit, en bissant les yeux devant le regard désapprobateur du baron; je suis une étourdie qui parle trop librement, et souvent fort mal; à je vous ai fût de la peine, je vous en demande pardon.
— Ce sermt plutftt à moi de vous demander pardon de ma rudesse, dit le gentilhomme campagnard désamié par cette soumisNon ingénue ; mais vous savez qu'un vib.nx soldat a son franc parler. Dans tout ceci, je l'espère, il n'y a qu'un de ces malentendus qui divisent parfois momentanément les familles les mieux unies, et qui disparaissent à la première explication. Je le répète, vous n'avez qu'un seul grief sérieux contre votre belle-mère.
— Lequel? demanda Victorine qui depuis un instant semblait distraite.
— Ce projet de mariage, répondit H. de Vaudrey en s'efTorçant de parler d'une chose qui le touchait de à près, aussi tranguïUement que s'il eût été question d'un autre préfendu.'
Au lieu de répondre, la jeune fille lançait du cAté de la rivière des r^ards furtifs, mais ce silence mâme et cet em* barras pouvaient passer pour UQ acquiescement *t.
110 ceirvKfis dk es. n bkrmakd.
— Tous coni[H«Bez, pouraumt le banm dont f ei^oue» ment semblail en ce moment im peu forcé, qu'il m'est impossible de m'associer à votre raocnne contre madame Grandperrin, à propos d'un projet qui aurait pour moi tout l'attrait du bonheur s'il m'était permis d'y songer sans folie, et qui d'un antre ctAé exdteraït peut-être un peu moins votre courroux si, au lieu d'avoir (^qaaote-cinq ans et de se nommer le baron de Vaudrez, le futur n'en avait que trente et s'appelait...
— Et s'appelût 1 répéta Victorme dont le visage étdt couvert d'une rongeur ardente et le corsage doacem^it Bgit^.
— Gomme s'appelle ce monsieur enhalgt noir qui cherche, vî»-à-vÎ8 de nous, de l'autre côté de l'eau, & se cadier derrière un arbre.
A ces mots prononcés avee un c^me snecte, mais oil perçait c^iendant quelque peu de ce sentiment d'ugreut jalouse qu'éprouvent souvent les hommes d'un Age mOr i, l'aspect des jeunes gens qui les supplantent impitoyablement dans les plairirs et les suecës de la vie, M . de Vaudrey étendit la main en désirant à mademoiselle Grandperrin, qui probablement n'avait pas attendu jusqu'alors pour 1'»percevwr, Geoi^es Froidevaux fort mal caché derrière un saule, à l'ombre duquel, avec la bienheureuse confiance particulière aux waoureus, le jeune avocat ae oroyaît parfaitement ^ l'abri des regards iodiscrets.
us CAQUETS nn mxAGK
En face de l'habitat» de H. Gmidperrm, de l'autre c6te de U rivière, os tooH chemin, bordé de aaules, sépa-
nitdu eeuraiit les jardins de quelque^-unei dei
du viUage. Ce sentier, d'où l'eu apercerait toute Is lisi^ du pan' de la fcHge, était dereou depois quelque temps U promenade favorite de Georges Froideruiz. Chaque jour las habitants du voisinage pouvaient l'y voir, mwchaatk pas lents, d'un air penâf, ou assis au pied d'un aàxe, om ligne à la main ; de la part d'ua si détenniaé destracteur de gibïM, ime pueîlle conduite avait de qnoi surprendre, car, en général, l'amour vûàl de la chasse ne s'accorde pas pbia »ec te goût ^Eéminé de la rêverie qu'avec le tranquille passe-temps de la pèche.
Quelques observateurs ou plntàt quelques observatricis tétaient donc permis de mettre en doute la sincérité de la |wasion subite poiv la truite ^ la catpe doid se prétendait attnot l'avocat canq>agntfd ; mais qunque partageant au food cette incrédtdité, M. Bobilier n'avait pas hésité à venâ officieusenentenaide ii son jeune ami, tâôtle cœur du vert aeptnagétuùre reesentait de sympatiùe pour (ont ce qui lui rappelait les émisons de ses galantes anaées.
Ceci demande une explieatûm et lutus force à rétrograder . poiv quelques instants.
A Qiâteaugiron, une demî-dotoainede femmes, parmi ImqndlesnCMis devons i^aG» au premier rang madame E)Mèrtny, buraliste de la poiie aux lettres, et mûlemoiselle Ur> nile Cïiavekt, sœur du percepteur des contributions, étaient reçues dans le salon de laforge, et pour cette raiscm, quoique tenues ii distance reqiectueuse par lamattresjeduic^is, elles regardaient avec un dédain assez pnmoncé le reste du beau sexe du bcnug. Cette coterie composaU l'aristocratie de Cbàteaugirou; c'était une Chaussée-d'Àutin au petit {lied, car ses éléments essentiellement bourgecus ne lui per> mettaent pas d'adirer à refvoduire en miniature cantrâale le noble iaubotirgSanUGËrmain.
Envieuse jusqu'à la rage de la fortmie et de la beauté da madame Grandperriaetdesabelle^lla^kaoc^i^cJUftiw
IM œcVBES M CH. DS BEHNARD.
gironaiu [aivsi se nommait avec orgueil et privattvement à toate autre cette petite réunion féminine) s'éverb'ait too* tefois, et fort malheureusement d'ordinaire, & les prendre pour modèle ; mais à part cette sabordination involontaire^ c'était une véritable puissance avec laquelle chacun était tenu de compter. Elle donnait le ton, fixait ia mode, rendait sur toutes les matières des arrêts sans appel, et surtout cultivait avec l'assiduité le plus fervente la médisance, cet euphorbe vivace dont il est impossible de se former une idée juste lorsqu'on ne l'a étudié qu'à Paris, car ce n'est qu'en province que se développent complètement le \vaa de sa floraison et l'àcreté de son venin.
Pendant longtemps, H. Bobilier et Georges Froidevaux avaient fait les délices de ce club en jupon. Sans rivaux dans la commune pour l'éducation, les manières polies et les talents d'agrément, puisque, à part ses visites à la forge, le baron de Vaudrey ne fréquentait pas la société ch&teaugironaise, et que, de son c6té, H. Grandperrin concentrait toute son intelligence dans ses spéculations industrielles, le juge de pais et l'avocat s'étaient vus, à des titres divers, également recherchés, fêtés, courtisés, adulés. Il eût été fort difficile de décider lequel des deux jouissait de la plus grande faveur près de ces dames et de ces demoiselles; car ■i le jeune homme étfut un causeur enjoué et parfois sjnrituel, s'il savait assez de musique pour marier sa basse sonore au soprano perçant de mademoiselle Chavelet, qui possédait une discordante épinette baptisée par elle du nom de piano d'Erard, quels succès en revanche n'obtenait pas le vieillard, et par quels applaudissements ne se voyait-il pas encouragé, lorsque, papillonnant dans le salon de madame Ëstèveny, il effeuillait les plus fines fleurs de son savoir-vivre aiistocratique, racontait les glorieuses histoires des châtol^ns et des baillis ses ancËtres, ou lécîtut avec >ne emphase paternelle quelque tragmenl de poésie légère, «iqiidj avait-il soin de dire, le Mereurt de France n'avail
DiglicJbfGoOgle
U GEinUHinUIE CAVPAGKAIID. 191
pu refusé l'hospitalité udb cinquantaine d'années auparavant!
Quand il s'agit de décerner le prix entre deus concurrenia, ai leur mérite est tellement égal qu'il soit impossible de préférer l'up aans se montrer injuste envers l'autre, il estd'usage de partager la couronne. Tel avait été l'embar* ras de la société du bourg pour décider lequel était en définitive l'homme le plus aimable du vieux juge de pux oa du jeune avocat, que pour en sortir oo avait fini par recourir i l'expédient ctHiciliateur dont nous venons de parler.
— H. Froidevaus est Alcibiade, mais H. Bobilier est Anacréon, avait dit sentendeusement, en pinçant sa bouche en cœur, madame Estèveny, bas-bleu émérite, à qui l'amitié sans doute désintéressée d'un vénérable membre de l'Institut avait fait obtenir te bureau de poste de Chàteaugiron. On sut que les écrivains en cornettes sont particulièrement friands de ces sortes de places, sans doute parce qu'ils se figurent que trier les lettres, c'est encore les cultiver.
Mais si U plupart des femmes de la Chaussée^' Antin chàteaugironaise tenaient, à l'exemide de madame Estëveny, la balance égale entre les deux rivaux, il en était une néan^ moins qui, tout en rendant justice è l'amabilité de l' Anacréon, avait peine à cacher sa préférence pour l'Alcibiade. C'était mademoiselle Ursule Ôiavelet, fUle majeure depuis longtemps, et menacée de devenu* bientôt la doyenne de l'aimable chœur de chant que nous avons vu si vigoureusement à l'œuvre dans un des précédents chapitres. En gé^ uéral, la présidence dévolue à l'âge est peu ambitionnée, parle beau sexe surtout. Aussi, nul doute que la sœur du percepteur n'ebt fait bon marché des honneurs réservés à son céUbat mûrissant, si quelque parti sortable, et par-dessuâ tous les autres Georges Froidevanx, se fût offert à la changer de vieille fille en jeune femme : métamorphose que nous voyons s'acoomi^ir avec suacès tous les jours et après laquelle cette intéressante créature, en dé{ût de sa pruderie
iM Œenm vt œ. vm mmu^
et de sa dévotioD, soujùrait un peu plus qu'elle n'eût vmbi en convenir.
« Est-il besoin d'ajouter qœ la premiëie parsomie qui remarqua la dimimitioa des assiduités du jeune avocrt près du beau monde de CbàteaugirtHi et la firéqueoce de ses i»omenades stditaiiee le long de la rivière fitt mademoiâelle Cbaveleti La maiBoa où elle demeurait avec son &6re le percepteur se trouvant située vis-à-vis de la forge, aa bord de l'eau, la fille majeure se figioa d'abord nalvemoit qw c'était la ptehe de sod cceur qu'avait pov but la ligne d<Mit était toujours arm&e la main de son aecompegnateor ordinaire ; mâiB dès la première éprmve, cette agréable ilhisioii Alt croeilement détruite.
Un jour que mademoiselle Ursule, dans une intention des [^us encourageantes, avait pris position sous une tonnelle, à l'extrémité de son jardin, et à qudques pas seulement du saule au pied duquel, depuis talque temps, Georges Froidevaux venait s'asseoir diaque matin, soob prétexte de poissons k capturer, elle put remarquer, à son vif désappointement, que l'ùmâble pêcheur ne tournait pas une seule fois la vue de sua cAté, mais qu'en revanclM ses regards ne quittaient point te paie, qui s'étendait de l'autre cAté de la rivière. Une robe blandie et une blonde dkevelure qu'elle put enirovoir à plusienrs reprises sous le feuillage de l'allée de niaiTOmiieTs dont nous av«i8 parié, achevèrent de détacher le bandeau qui avfdt couvert pendant quelques jours les yeux de la trop senàble célibataire; il la flamme de cette rév^ation foudroyante s'alluma subitement dans son cceur, à l'endrcùt de Georges fVoidevaox, une haine rancunière au moins égale en intensité an tendre sentimoit dont ce cœur abusé n'avait pas sa se défendre.
\! Le soir même, dans la coterie aristocratiqas du \ «au VOlB ch&teaugiroDais, éclata cette moVdle étrai^^ ôtffoyable^scandidcuM : H. Fioîdevaiixest mtonemc dewftr
DiglzMbïGÔO^IC
U SENTIlHOmiS CAKPieifAKII. n>
demoiselle GraadperriB, et tons les matins, à onze heuKs, ils ont des rendez-vous.
Pressée de qoestions, madenHris^e Cbavelet, il eii trû, Alt obligée de reconnaître que, pendant les susdits rendea- T0B3, la riTÎère coulait entre le cou^ tnnoureQX, ce qtii ne lussût pas qse d'être assez rassurant an point de vue de la moralité; mais madame Ëstèveny, dont l'opinion faisait 1(h pour cet aimable cénacle, décida que, dans une iatrigne de œtfe espèce, une rivière de plus ou de moins ne agnifÎRit absolument rien^ et que ce n'était pas U un incident qu'on pftt admettre conune circonstance attàHisDte.
— N'avons-noHS pas l'histoire d'Hère et de Léandret dit-elle avec le sourire précieux dont elle assaisonnât tonjours ses allumons classiques.
Depuis qu'elle étùt établie à Chàteangiroa, la protégée du vénérable académicien se livrait plus pasàonnément que jamais à son goût pour l'audition et le bel eeptit, et cela ams que personse y toouvftt à reprendre ; car, disait en plaisantant le jeune avocat, le moyen de contester à nne buraliste de poste le tibe de femme de lettres?
— Il est sur, dit nne autre interlocutrice, junide de son. métier, qu'une rivière de soiiceite pieds de largeur n'est pas ml ob^acle capable d'arrêter un homme aus» entreprenant que H. Froi<^*eox. Si e'étùt k moi qu'il en vcHilùt, et qu'au lieu d'être séparés par une espèce de ruisseau, nous eussions la Loire entre nous deux, assurément je ne dor- Durais pas tranquille.
— Cependant, madame Perron, la Loire est bien large I objecta une cousine de H. Bobilier, qui était de beaucoup la femme la plos indulgente de la société.
— Pas si lai^e que l'Heilespont, dit madame Ëstèveny en acHculant emphatiquement ce dernier mot.
— Je ne connais pas c«*te rivièreJà, reprit d'un air de ■mplicité la parente du vieux juge de paix.
— L'Hellespont n'est pas vue rivière, madaBM Giniad,
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IM (BDVRBS DE CH. DE BEHJUaD.
répondit avec une sorte de condescendance l'érudite buraliste, c'est un détroit, un bras de mer que traversait toutes les nuits Léandre, un jeune Grec, pour aller voir la belle Uéto, sa maîtresse.
— lésus-Dieu ! ûl une vieille dévole en levant les yeux au ciel, dire que des chrétiens commettent de pareilles abominations et qu'il y a des femmes qui les permettent I
— Je vous ferai observer, mademoiselle Bergeret, que , Léandre n'était pas un chrétien, mais bien un p^en, dit madame Estèveny avec un sourire moqueur, tel que devfùt s'en permettre quelquefois, en observant la rustique ignorance de ses hdtes, Ovide exilé chez lesSarmates.
— Si votre Léandre n'avait pas de religion, tant pis pour lui, répliqua la dévote en s'échauffant.
— Je n'ai pas dit que Léandre n'avait pas de religion; j'ai dit qu'il était païen.
— Ck)mme si ce n'était pas la même chose !
— Pas tout à fait : les païens, mademoiselle Bergeret, avaient leur culte comme nous avons le nAtre.
— Dn joli culte ! un tas d'horreurs 1 reprit la vieille fille de plus en plus animée. D'ailleurs il ne s'agit pas de cela ; H. Froidevaux est chrétien, lui, ou du moins il devrait l'être, et s'il est vrai qu'il traverse la rivière toutes les nuits pour aller faire l'amour k cette petite péronnelle. . .
— Hais personne n'a dit cela, interrompit madame Giraud.
— Personne ne l'a dit, c'est vrai, dit mademoiselle Cbsvelet avec un sourire amer, mais aussi personne n'a dit le contraire.
— Et dès lors, c'est fort possible, ajouta la prude charitablement.
— Dites excessivement probaUe, reprît la dévote en en* chérissant, selon l'usage; et vous ne trouvez pas cela révoltantl et vous ne pensez pas qu'il est plus que temps de mettre un terme à un pareil scandale I et vous n'êtes pal
DiglicJbfGoOgle
U GEKTILHOmiB CAMPAGKASD. |ll
d'avis d'avertir ce panvre curé^ afin que dans son prAne de dimanche U tasse rentrer en terre ce débauché et cette dévei^ondéet
— Mademoiselle Bergeret, vous allez beaucoup trop loin, s'écria la buraliste avec une sorte d'inquiétude, car ayant assez peu de confiance dans Indiscrétion de ses compagnes, elle commençait à craindre que quelques détails de ce bienveillant colloque n'arrivassent aux oreilles des maîtres de la foi^e.
— Comment ! je viùs trop lom ! reprit . mad^noiselle Bergeret d'antonçourroucé; je vais trop loin parce que je m'indigne contre le libertinage !
— Oui, vous allez trop !r)in. Que la conduite de M. Frwdevaux soit équivoque, je l'accorde; mais je ne vois pas qu'il y ait lieu à élever le moindre doute au sujet de la vertu de mademoiselle Grandperrin; c'est une jeune personne aussi sage que bien élevée.
— Une franche coquette, grommela la dévote, une petite impie qui, à l'église, au lieu de tenir les yeux baissés sur son livre de messe, ainsi que doit le faire une fille modeste, se retourne à chaque instant afin de voir ce qui se passe derrière elle.
— Mais, mademoiselle Bergeret, dit avec une certaine malice la cousine de M. Bobilier, pour savoir que mademoiselle Victorine se retourne quimd elle est à l'église, il faut que vous vous retourniez vous-même, puisque votre banc est au-dessus du sien. ^
— Madame Giraud, répondit la dévote d'un ton sec, sadiez que s'il m'arrive quelquefois de regarder derrière moi quand je suis dans U mfùson de Diea, c'est dans une intention pieuse et louable, tandis qu'en se retournant, votre demoiselle Grandperrin, dont vous prenez si chaudement le partj, n'a d'autre but que de satisfaire ime curiosité piofane. , — C'est-fardire de regarder M. Froidevaux, dit Ursule Chavelet avec Wk <;icanement haineux ; depuis quelque
isa iHTiis M OL SI ntiuia «
temps il ne manque p^ une messe, loi qui auparavant nt mettait jamùs les pieds à l'églke.
— Faut-il que le temple du Seigneur soit témoia âe p»leilles moDstnioàt^I reiffit la dévote en joignant douloureusement ieemuns.
— Tout cela ne m'empAcfae pas d'dtre de i* avis de r&ademoiselle Estèveny, dit madame Giraud. Que H. Froidâvaiix soit amoureux de mademoiselle Vidorine, c'est fort possible} cette chère demoiselle est bien assez jolie pour qu'on - Faime. Mais...
— Dites qu'elle est riche, interrompit tJrsole d'un aùr dédaigneux qui cachait mal la jalouûe seo^ dont swt cœur était dévwé; maintenant les honunes ne s'inquiètent guère qu'«i soit laide ou jolie; la seule chose qu'ils chetchent en se mariant, c'est l'a^nt 1
— Hais, poursuivit madune Gkand, jusqu'ici rien ne prouve que mademoiselle Victorioe encourage H. Froide- Taux et soit d'accord avec Ira j car traverser toutes les nuits k rivi^ ponr la voir, c'est une histoire qui n'a pas le aens
— Qu'y aurait-U là de à étonnant T dit insitUeusemeot madame Perron; H. Froidevaux nage conmie une loutre.'
— Vous l'avez donc vu nagerl demanda la cousine du JDge de paix sans par^tre entendre malice è cette' question.
' — Dieu m'en préserve I répondit la prude «a baissant les yeux; mais n'a-t-il pas sauvé l'an demi» deux enfants nui se noyaient?
' — D est sàr qu'il est fort adroit k tous les exercices au corps, dit madame Estèveny; d'tûUeurs est-il nécessaire de nager comnse lord Byron pour traverser une petite miète qui est [wesqn'à sec une pûtiede l'annéeT
— En ce m<MDent même fl ne passe pas deux pouces d'ean sur l'éduse, dit mademokelle Chavelet.
— Et pour un homme jeune ^ alerte c'est aussi com-, iiode qu'un pont, ajouta madtune Perron.
IB SmiTIIfiMniB CAIIPA6IUBD. ]•»
— n D*j a pis & «1 douter, s'écria ea manière de oon* ctosion la vieille dévote, c'est par l^éciuse que passe ce mau* nis garDement pour aller à ses infi mes reade^-voua.
— Hais enfin, madeaMHselie, dit la coMsîiie da ji^ de paix, avant d'accuser ee pauvre H. Frotdevaax de s'introduire pendant la nuit dans la maisos de M. Grandperrni, ce qui serait une chose fort grave, il fondrait poœéder quelques preuves. Où sont les vôtres î
— Mes preuves, madame, répoadit â%i air digne Budemoisetle Bergeret, elles sont ààna ma conviction.
La réponse était pà«mptoire ; la bienvetUaiite ooidiuua Gtt«nd essaya pourtant d'y répliquer, maia vainement cher* dia-t-elle à établir que, Inu d'Abc no indice de eulpabëité, les stations laatindes du jetme avocat au bord de la rivière {pouvaient BU contraire l'ioBoceneedeiaadeinoiseUeGiVRdpemn de U manière la j^ns évidente, poistpi'uD aicoant can> {riétement favorisé nfebt jamais commis ces sentimentales imprudences. A tons ces raïBemseineDtsftHidéssurla justice et le bon sens, l'opiniâtre vieiUe SUa se contenta de répondre en bnmlfmt la tête :
— Tout cela est bel et bon, madame Gïraud, et cette pe~ tite pécœ peut se flatter d'avoir en vous une amie dérooée : mys j'ai ma conviction, et vous ne me l'Aterez pas.
A part madame Estèveny, qui, de peur de se voir compromise phis tud par quelque indiscrétion, évita de se promioeer ouvertement, tout» les autres femmes de la société diftteaugiroDaise se râUiërent au sentiment de mademoiselle Bergeret, et dédar^ent, àson exemple, que leur ctmvictïoa étaU irrévocablesoent fcurmée ; puis chacune à l'aayi s'efforça d'expliquer les invraisemblances du ronm dont le jeune avocat se trouvait [woclamé le héros sans s'en douter, •t grâce au {ritis ingénieux coounwtaire, tout y devint llientét clair, évident, iocontestable.
Si M. Froidevanx n'hait plus aimais comme autrefois^ c'est qu'il était «iboorux ; s'Q seraoïdrait distrait, rêveur»
SM CBDTBXS DE CB. DB BBRRARD.
triste mâme, lui ei gû d'CffdinaiTe, c'est quH étût àmooreux ; s'il mettait une sorte d'affectation farouche à fuir une société dont il avait été pendant si longtemps l'ornement et la joie, c'est qu'il était amoureux. Jusque-là, rien que de fort logiquement raisonné; mais la perspicacité d'une demidouzaine de provinciales curieuses, désœuvrées et médisantes ne devait pas se contenter d'une induction si naturelle et si sensée : à peine eurent-elles subodoré une aventure galante, qu'elles se préoccupèrent du dénomment avecune avidité excltisîve,et comme en réalité ce dénomment leur était parfaitement inconnu, elles en composèrent un de leur choix, grftce à la fertilité d'imagination qui caractérise la plupart des femmes en pareil cas.
Voici donc le dernier chapitre du roman de Georges Froidevaux et deVictoràe Grandperrin, tel qu'il fut rédigé séance tenante par la collaboration Chavelet, Perron et Bepgeret, nonobstant les protestations r^térées de madame Giraud, en présence de la neutralité prudente qu'avait cru devoir afficher madame Eslèveny :
Toutes les nuits le jeune avocat, trdté d'Âlcibiade par la docte buTEdiste, justifiait ce nom illustre dans les fastes de la séduction, en s'introduisant près de l'obj et de sa flamme. L'habitation de H. Grandperrin était entourée de murs de fous eûtes, k l'exception du bord de l'eau : c'est par la rivière qu'il y pénétrait, soit à la nage, à l'imitation da beau Léandre, soit plus prosaïquement an moyen de l'écluse, soit enfin, et ceci était le plus probable, à l'màe de l'oDe des barques qui se trouvaient amarrées -sur la rive droite. De la sorte, l'effronté séducteur ne laissait aucune trace de son passée, et en ouli^ il évitait les chiens de garde à la vigilance desquels il n'eût pu échappa s'il avait tenté l'escalade sur quelque autre point de la forge. Les choses devaient nécessairement se passer ainsi ; telle était l'opinion «Minime des clairvoyantes collaboratrices.
Ce Joli dénoùment inventé, enjolivé et parachevé^ cbMr
LB GEnTlLHOiniX CAMPAGNARD. tfti
cane des trois aimables créatures dont l'imaginaUon mise en commun en avait fait les frais, exprima sa vertoeoBe indignation par une pantomime analogne à son caractère et à ses habitudes : la ¥ieille dévote leva les yeux au ciel avec une componction douloureuse ; la prude entre denx Ages b^ssa les siens d'un air de pudeur alarmée; mademoiselle Ursule Chavelet, en6n, poussa un de ces soupirs pleins de rancune contre l'espèce masctdiae qui soulèvent parfois le corsage des filles un peu trop majem^s.
L'histoiieen était làlorsque arriva H. Bobilier, qui jouissait des grandes et des petites entrées dans le salon de madame Estèveny, oîi se passait ta scène que nous venons de raconter.
Mis au courant de la grande nouvelle du jour, le juge de paix, qui dmait Froidevauz, comprit sur-le-champ queb désagréments et quels ennuis pourrait lui attirer un malveillant bavardage, dont l'injustice d'ailleurs lui parut évi-' dente. Dans l'intérêt de son jeune ami, il s'efforça donc de tarir i sa source une médisance ou plutAt une calomnie renfermée jusqu'alors dans un cercle étroit, mais qui ne pouvait manquer, si l'on n'y mettait ordre, de se répandre bientôt au dehors.
— Mesdames et mesdemoiselles, dît le vieillard avec l'ac* cent de galanterie mêlée de causticité qui lui était familier, il est une chose en vous que je ne me lasse pas d'admirer, c'est la merveilleuse fécondité d'esprit au moyen de laquelle TOUS transformez en drame plein d'émotions le fait le plus in^gniSant. Avec une pierre, vous avez le talent de bâtir nne maison, et qu'on vous donne le moindre arbrisseau, je suis sic qu'avant cinq minutes vous aurez trouvé moyen d'en tirer une forât. Quoi! parce que depuisquelqueg jours Froidevaux est devenu pécheur, de chasseur qu'il était, TOUS eu concluez qu'il est un Lovelace et qu'il a séduit mademoiselle Grandperrin ï
— U. Fnùdevaax fait semblant de pécher, mais il ne
DiglicJbfGoOgle
3fft (BUTHES DB CH. DK mUAID.
pécfae pas, dit avec im rire Bardonïqne mademoisene (%•• T^et ; je snis stlre que depuis nne semaine il n'a pas prii ■n seul goQJOD.
— Je TOUS demande pardon ,mademoi5eQe, f^»^ le magistrat ; j'ai le droit de dire qoe laas vous trontpei, car FK)idevaHx,qui avait l'aimable briMtude de me faire mangct assez souvent de son gibier, est devenu mon pourvoyeur de poisson depuis qu'il s'adonne à la pèche, et pas plus tard qu'hier il m'a encore a}q)orté une fort jcAe traite.
— Que votre gouvernante a achetée à Lavemier le pèdieur, dit en ricanant mademoiselle Bei^eret; j'étais pré- Sfflte, etj'&i remarqué la chose aVec d'autant p^ de satisfaction que de méchantes langues m'avdent assuré qoe TOUS faisieagras le sametU.
En voyant le manvai» succès de son menenige ofHcîeiix, H. Bubiliwdiangeaprestemait de batterie sai» se laisser' déconcerter par les rires moqueurs qui avaient suivi la déclaration de la vieille dévote.
— ¥ii bien I dit-il ea fei^ant de s'associer à fhilanté générale, puîsqull n'y a pas moyen de faire prendre le change à votre perspicacité, je voim dînn ttiot.
— Ah I voyous, s'écrièrent trois ou quidre voix à la f<^ «vee l'acc^t de la plus vive curiosité.
— Voos aves^ deviné, pourstiivit te vieillard d^ aîr confidentiel; les poissons peuvent jouer en totrte sflreté autour de la ligne de Froidevanx, puisqne la pé(^e n'est qu'un {nrétexte dont il se sert pour motiver ses fréquentes stations près de l'écluse ; car voos remarquerez que c'etit toujours {Hrfes de l'écluse qu'il s'assied.
— Parce que de % int«T0ini»t vivement la saxa do percepteur, on aperçoit, comme si l'on y était, l'allée où nwdranoiaelte ^anâperrin a tùen soin de se fM-wnener mainte- Danttous les matins à onze heures précises.
— Ha chère demoiselle Qiavelet, re[Hit le jtige de prix «vee iB) sourire moiïaeiin, ià votre s^aôté se troHve en
D,izMb>Googlc
U GEItTU.B(»UIB CABPMUUSV. 3t|
cCSfaot. La eondoite de Froidevaus a une cause tout autrement grave et sédeose que le teodre motif édos un peu k la légère dans votre tmaginirtioa roaianesque.
Tous les regarda iatem^èrent la phTsioaainie du lusé nu^sitrat.
— Voulez-vûiis que je vous dise ce qa'il fait tons les matins près de l'édoseî reprit41 finement lorsqu'il vit qu'il avait réussi à éveiller la curiosité générale.
— Pourvu que ce ne soit pas la répétition de l'histoire de votre truit^ réponiËt la vielle dévote, dont le vis^e rectùgoé annonçait clairement qu'^e était décidée d'avance à ne pas crtùe un sail mot de oe que poorait dire le dfrfoiseur officieux du jeune avocat.
~- Puisque voua révoquez ea doute ma véracité, reprit H. Bubilier d'un air dégagé, c'est nudame Estèveay qui va se charger de voua expliquer la oaiduite, si étrangement interprétée, de notre ami Froidevaiix.
— MoiT dit la buraliste avec étonneinent.
— Vous-même, madame ; pOËsédant à fond votoe antiquité, il est impossible que vous n'ayez pas lu l'histoire de
— Je l'ai lue bien certainemeid, répondit madame Estèveny très^ttée du con^Ilment quevenait de lui attirer aoQ éniditiCHi, maisjenedevinepafiquelrapport...
— Vous vous rappelez sans doute ce que faisait duis sa jeunesse cet illustre orateur, dans le but de corriger \\a vice de piouonciaUoQ qui aurait pu nuire à ses succès ds tribune 1
Après quelques instants de réflexion, la femme de lettres répcmdit avec one vivacité triomi^ante : Démosthène mettait des cailloux dans sa bondiA.
— Mes jaiues, que vous disais-je? reprit le juge de paix après s'être flattenseniffiit incliné devant U bualiste épanouie ; j'étais bien sur de trouver un soutien dans madama Estëveny, dont l'érudition Ëttértiie n'est jamais en défaut.
SOI omvRBs DE CH. DE bernabd;
— Ah çà, vous moquez-voas de nous tous les deux? dit avec lûgrpjir la vieille dévote, qui, permi toutes ses vertus chrétiennes, ne comptait pas au premier rang la pt^ence; fi ce Démostbène mettait des cailloux dans sa booche, cela prouve seulement que c'était une espèce d'escamoteur qui ne valait guère mieux que le Léandre dont on nous parlait tout à l'heure. Mais, je vous le demande, qu'ont de commun toutes ces fariboles païennes avec les infamies de M. Froidevaux T
— 11 me semble que mademoiselle Bei^ret est dans le vrai, ajouta d'un air pincé madame Perron ; quand même il serait ptomé que M. Froidevaux avale des cailloux à son déjeuner, je ne vois pas en quoi ce nouveau dérèglement démeotirût la conduite scandaleuse qu'on lui attribue.
— Un instant, me3dames,dit M. Bobilier avec un geste qui semblait commander le silence et l'attention ; permettezmoi d'ajouter un mot à ce que vient de dire avec tant d'àpropos madame Estëveny, et vi>usFeconnaltrez qu'il est inutile de nous rappeler à la question l'un et l'autre.
Le spirituel juge de paix n'ignorût pas que la docte buraliste exerçât une influence réelle sur l'aristocratie féminine de Chàteaugiron; il avait donc grand soin, comme oa le voit, de s'assurer de son appui, en établissant entre elle et lui, dès le commencement de la discussion, une sorte de Mdidarité.
— Indépendamment des cailloux que l'orateur grec met^ tait dans sa bouche, poursuivit-il d'un ton cahne et posé, il avait recours à un autre exercice pour remédier au bégd&ment dont il était atteint ; il se promenait au bord de la mer, et travaillait assidûment son organe en s'efforçant de dominer par sa dédamation le bmit des vagues courroucées.
— Que ûgnifie tout ce galima^as ï demanda brusquement la vieille dévote.
— Ce galinu^as, mademoiselle Bergeret, lignifie qus
U fiSNTILBOHMB CAHPienAXD. IN
Froidevaox fait depuis quelques jours au bord de notre n- Tière ce que faisait Démostbëne sur le rivage de la mer. Pénéiré de l'importance des devoirs que lui impose sa professioEt, et pressé par le désii; de devenir tout à fait un oraleur, il a choisi le vobinage bruyant de l'écluse pour y travailler sou organe... Et faut-il tont vous dire T ajouta le vieillard d'un air mystérieux, c'est moi qui lui en ai donné le conseil.
— Allons doue I fit mademoiselle Bergeret en haussant les épaules avec l'incrédulité la plus manifeste.
— ie ne sache pas, dit à son tour madame Perron, que H. Froidevaux ait jamais bégayé; au contraire, il a toujours eu une pronoDciatioD fort nette.
— L'exercice en question, répondit sans se démonter M. Bobilier, est non-seulement excellent contre le bégaiement, mais encore il fortifie étonnamment le timbre de la vcax.
— Comme ai H. Froidevaux avait besoin de fortifier son timbre, dit mademoiselle Chavelet d'un air aigre-doux; tout le monde sait qu'il possède une basse-taille magnifique.
— Et Yous pourriez ajouter que vous le savez mieux que persou'ne, riposta le vieillard avec un sourire railleur; mais enfin, sans être bègue ni asthmatique, Froidevaux a compris qu^\ était de son intérêt de perfectionner, par uQ exercice assîibj les dons déjà fort remarquables dont t'a doué la natms. Ain» donc, mesdames, au risque de démolir le petit ',«man construit par votre brillante imagination, je dois vous le répéter, la présence quotidienne do notre jeune tmi auprès de l'écluse n'a pas d'autre cause que celle dont je viens de vous parler. Je dirai plus, ses progrès sont déj k sensibles, et à mes deux dernières audiences» ebacun a pii le remarquer.
L'explication plus ou moins vérîdique du bien intentionné snagistrat obtint un succès à peu pr^ complet [Hrès de Iroît
30e (BtIVKES BB CE. I« BBBIUSI);
personnes : madame Girauâ, dont ta bieMMUance iut»-~ telle ne demûidait qu'à trûu¥er l'accuié i^iooentj widame Estèvenyï trc^ flattée dans son amoiu^H^re &tée^rt pour refuser de se liùsaer convuacre, et ei^ floadaine Peii> Ton, qui, en toutes choses, ânissaii toujours par se ranger è l'opiuiOD de l'éruilite buraliste.
Quant aux deux respectables c^ibat^es de ceU« coterie féminine, elles persistèrent obstinément dans ce qu'elles iKHnmaieot leur c^wvioliim : mademoiselle Ursule, parce que la jalousie est de sa nature sourde et av^igle àtontee •qui ne s'accorde pas avec ses vi^cun; mademoiselle Berge-ret, en raison de la peine qu'éprouve la médisance bigots à détacher sa dent de la proie où elle a ccHnmaicé da flMvdre.
Sans se douter que ses démarches wasaent d'étfe passées au {dus impitoyable tamis que puisse redouta pour sa -conduite un jeune homme, la causerie intime decinqprowiciales d'un ttge mur, Georges Froidevaux continua ses promenades matinales au bord de la rivi^ ; mais bkmtdt ^ s'aperçut qu'il était espionné.
La tonnelle située au bout du jardin du percepteur des «onti^utions était devenue un poste d'observatioa, une sorte de hune où mademoiselle Chavelet et mademoiselle Bergeret, ces deux vierges iiivoUuitaires si bien faites pour ^'entendre, s'établissaient immanquablement en vigie dès que pointait à l'horizon la ligne inoffensîve qu'avait adoptée, pour se donner une contenance, le aen^Ûe provind^'
Du plus profond de son &me, Froidevaux dévoua aux divinités infernales, à qui les amoureux n'ont que trop soovent l'occasion d'adresser de semblables offrandes, le cou-, pte odieux dont les yeux semblaient vouloir lui jeter un maléfice chaque fois qu'il passait à sa portée ; mais, pour £tre troublé' dans son bonheur sûlitaire^ il oe se crut pag «bligé d'y renoncer.
/«jeune avocat sans réputation et sans fortune se voyait
UrfiCNTOflOUIK CMPAffllAIS. »T
tï froidement aeeueilli à !a forg:e par la morgue bourgeoise de M. Grandperrin et par les aristocratiques dédains de sa fenune, ses entrevues avec Victorine étaient si contmintes et si rares, qoe les {rios passagères occaeioDS de b Toir, fU-ce de IcHi) et avec une rivière eatn eax deax, lui semblaient d'un prix inestimaUe. H faut avoir habité la province pour eomprendre avec queOc obstination,' on piutAt avec quel acbameflKnt 1} passion soumise à Fespiomu^ le plus intoléruitj exposée à d» catastrophes qQotidiennes, contrariée «n un mot par miQe obstacles inconnus sur un phiB vaste tiié&lre, se cramponne anx moindres faveurs qu'on lui accorde : un regard h l'église, un sonrire à la promenade, un ruban de telle ou telle coulenr, un gant qu'on Ate et qu'on remet ; tendre et mystérieux langage au moyen duquel les amants ont cherché de tout tempe à déjouer l'impitoyable surveillance dont ils sont les intéressantes victimes.
Tous les matins donc Froidevaux, muni de l'attirail qui fait partie du costnme des pécheurs à la ligne, venait prendre position à l'endroit le pins favorable du sentier du bord de la rivière ; rt oe jour-là même, t^irës av«r asnsfé à l'arrivée du marquis de Ch&tesugiron, il n'avait pu, quoiqu'il Rit invité à (Uuer à la forge quelques instants plus tord, réùster à l'attrait que lui offinH ce «te champ6b«, d'où û •ouvent i! avait aperçu, avec l'espoir que ce hasard n'étùt pas tout à fait exempt de complicité, se promener dans l'allée des marronniers la jeune et charmante Victorine.
m PAS GLKiÀirr. *
La remarque et te geste dn baron de Vaodrey avaieat diangé le tendre embarras de msdemots^e Grwdpeirm •n tme omifusioa assez péi^le.
nos (BDTRE3 DB CH. DB SERIUBD.
It est une chose qu'âne femme ne pardonne guère à l'homme dont elle est le plus ^ncèrement wmée, c'est le manque d'à-propos.
Jusqu'alors Victorine avait trouvé à Georges Froidevaux, solitairement assis au pied d'un saule, comme un des bergers de Vii^ile, une physionomie tout k fait seatimentalej pour ne pas dire poétique; mais en cet instant elle ne put s'empêcher de penser qu'il avait fort mal choisi le moment de sa contemplation amoureuse^ et, selon l'usage de toutes les filles d'Eve en pareille contrariété, elle lui reprocha en secret cette maladresse aussi vivement qu'elle se îùt ofTensée de son absence, à par hasard il eût manqué à cet innocent rendez- vous.
— Quelle extravagance ! se dit-elle avec dépit, lui qui dîne avec nous aujourd'hui, et qui pendant toute l'aprèsmidi eût trouvé tout naturellement tant d'occa^ons de me parler.
— U. Froidevaux a tort de jouer ainn à cligne-musette, reprit le haron d'un air sarcastique; d'autres que nous pourraient le voir et interpréteraient fort mal la raison qui l'engage à se cacher derrière cet arbre... Et tenez, ajoutatr-ii en désignant du doigt un petit jardin potager qu'une haie d'aubépine séparait du sentier où se trouvait le jeune avocat, voilà précisément deux bonnes âmes qui, en ce moment même, ou je me trompe fort, s'occupent de la conduite mystérieuse de notre aimable compatriote, im pen plus qu'il ne le désire sans doute.
A travers les pampres jaunissants de la tonnelle qui ornait un des coins du jardin du percepteur des contribstions, mademoiselle Chaveletet mademoiselle Bergeret, ces pieuses espionnes, venaient en effet de laisser entrevoir leurs visagea hostiles et rechignes. La vieille dévote portait, selon son habitude, des vêtements de couleur sombre; mais sa sœur cadette en célibat, en bigoterie et en médisance se lengoi^eait dans une robe blanche immodérément empe-
D,izMinGooglc
LB GEHIILBOIMB CAHPAGKASD. «09
aée, dont le corsage se trouvait encore décoré du nœud de rubans de différentes couleurs qu'y avait attaché, conformément à l'étiquette de ce jour solennel, le galant ordoi> Dateur de la fête : on se rappelle peut-être que ta sœur du percepteur venait de partager avec la fille du maire l'honneur de présenter la corbeille de fleurs à la marquise de CbftteaugiTon.
A l'aspect de ces deux respectables victimes de l'indifférence du sexe fort, Victorine s'efforça de sourire.
— Ne trouvez-vous pas qu'avec sa robe blanche et sa rosette tricolore, mademoiselle Ursule Chavelet ne ressemble pas trop mal à l'enseigne dû CAewi/-Pa/r/o(e? dit-elle en essayant une de ces diversions habiles qm sont la ressource des femmes embarrassées.
— Mademoiselle Ursule Chavelet me paraît encore un peu plus ridicule que de coutume, répondit le baron ; mais parlons de ce pauvre H. Froidevaux. Eu vérité sa positiou me fait de la peine.
— Qu'y voyez-vous donc de si triste î demanda Victorine avec une insouciance affectée.
— Comment ! vous ne remarquez pas à quelle catastrophe il se trouve exposé ? Jamais rossignol n'a couru un si grand danger dans le voisinage d'un serpent ; car ici il y en a deux.
— Deux rossignds ou deux serpents î
— Deux violles filles.
— C'estrà-dire, quoiqu'il y ait peut-être quelque injustice à les ranger parmi les vertébré à sang froid, deux indiv^us de l'espèce dont vous venez de parler en dernier Ueu.
— Comme vous nous traitez, nous autres pauvres fille% dit d'un air boudeur mademoiselle Grandperrin, en cont^ nuant d'éloigner la conversation du point qu'elle redoutait de voir sérieusement abordé.
— Malgré votre aversion pour le mariage, reprit le bantfi tvec un accent railleur, je ne crois pas que vous aurez ja*
3H OniTBB VK CB. DB BKRKARB.
mais le droit de pendre ce que je viens de dire poïB une personnalité : maÏB pour en revenir h notre intéressait roerigool... je puis donner ce titre à H. Froidev&Dx, eu ne dit-on pas qu'il a une fort bette voix T
— Je l'ai anteadn *fire en effet, répondit un peu hypo- «itei&ent Vidorine.
— Pour en revenir à notre aimable virtuose, s'il tourne te tète en arrière» il est perdu, et je le vois déjà d'ici, sucoombant à une faednatîon iiTésistâUe, se Urrer de hû-niéme aux moraoresde ce couple venimeux.
— Ahl mon Dieu, vous me faites penr.
— Ce n'est pas de U peur qu'il faut avoir, c'est de te ^tié.
— De la pitié?
— Estrce donc un sentiment si pénible à éf^ouver T
— Je ne dis pas cela.
— Et vous avez raison, car la compassion est une vertu qui porte sa récompense en elle-même.
— En elle-même? répéta macMoalemoit la jeune fiUe, qui ne devinait pas racore où le baron en voulait venir.
— Sans doute; ne trouvez-vous pas, par exemple, qu'en •e moment il serait fort diM'îtable et par cela mente daeez agréable de tirer notre Cicéroa chAteauginxiais de la position dangereuse où il s'est fourré à l'étourdie T
Ne aadiant si M. de Vsndrey persiflait encore ou s'il parlait de bonne foi, mademoiselle (ksodpemn leva sra lui m ' regard qui seioblvi indécis entre te reccHuiaissance tt la rancune.
— Je parle sérieusement, dît en réponse à ce coup d'œil ex|vesuf le gentilhomme campagnard, car depuis long* temps déjà il avait réfléchi qu'en face d'un jeune homme que l'opinion publique lui d(Hinut à tort ou à raison pour rival, te seule conduite exemfrie de ridicule était une bonhomie Bims prétentions, généreuse, an moins en apparence^
CASPAGRABO. Ut
«t tésignée ail fond, quoique dsns la fonne un peu de peN siflage ne Ini fût pas interdit.
Un reste de défiance empêcha !a jeune fiBe de rompre le ailenoe qu'elle s'était imposé depiûs t^telques instants.
— M. Froidevaux ne dlne-t-îl pas aujourd'hui A la forgeT ttfnt le baron d'un air dégagé.
— Je le crcMS, répondit Vktorme à demî-Totx.
— En ce cas, quoiqu'il soit eoeore de bonne heure, il a le droit de se présenter ici!
— Sans doute.
— Voyez- vous quelque inconvénient & ce qu'il use de C9 droHî
— Aucun.... puisqu'il est invité àdlner.
— Fort bien; nous aHons donc lui rendre service sans qa*!! s'en doute, en l'arracbant aux dents crochues de ces deux serpents à cornettes.
— Connnent cela 1 demanda mademoiselle Grandpernn, dont le regard, cette fois, se leva sur le baron avec une gratitude sans mélange.
— En lui jetant, de compagnie, un hameçon auquel il mordra, je n'en doute pas, un peu mieux que ne mordent à sa l^^e les poissons pour lesqo^s il manifeste depuis quelque temps un goût si efiîréné et si malheureux.
Tïctorine rebaissa ses jolis yeux bleus plus rapidement «ncwe ^qu'elle ne les avait levés.
— Donnez-moi le bras, poursuivit M. de Vaudrey qui joignit l'exemple an précepte eu passant sous son coude dliercule le poignet m^^on de la jeune fille.
— Pourquoi tout cela? dit-elle en Taisant un effort inutile pour résister.
— Uaintenant plus un seul regard du cAté de la rivière.
— Hou Dieu ! que vous êtes méchant aujourd'hui, vous que je croyais â bon ! Où voyez-vous que je resarde du cdté de la rivière 1
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312 ŒUVRES BS CH. DB BKBHABD.
— Enfin, à supposer qae vous l'ayez fait, ne le fdtes plus, du moins jusqu'à ce que j'aie levé la consigne.
— Oh ! vous pouvez fiire tranquille, dit la jeune fille, tort peu tentée de s'exposer [dus longtemps aux remarqua satiriques d'un observateur si clairvoyant.
— A la bonne heure ! reprit le baron ; mais maint enaot voua en faites plus que je ne vous en demande. Avec vos yeux baissés et votre air contrit, vous ressemblez à une novice de couvent, tandis que pour la réussite de mon projet il vous faut jouer au moins pendant cinq minutes le rOle de coquette.
— Le rôle de coquette ! est-ce que je saurais? dit Vîctotine ingénument.
— Mais vous y voilà déjà, reprit en souriant M. de Vaiidrey; l'intonation que vous venez de mettre à ce peu de mots : Est-ce que je saurais ? et le regard dont vous les avez accompagnés auraient certes fait honneur à mademoiselle Mars dans son meilleur temps.
— Vous êtes aujourd'hui d'une méchanceté odieuse, et si vous continuez aiuM, je finirai par vous prendre tout à fût en h^e.
— En attendant, il s'agit de feindre un tout autre sentiment que celui dont vous me menacez.
— Quel sentiment î dit la jeune fille d'im ton fort vif,
— Oh ! rassureK-vous, je ne serai pas trop exigeant: tout ce que je vous demande, c'est de paraître accorder une attention sans partage aux galants propos que je suis censé vous débiter pendant notre tête-à-téte à l'ombre de ces romantiques marronniers.
— Hais je ne vous empêche pas de ra'adresser en réalité de galants propos; cela serût plus agréable à entendre que vos moqueries.
Pendant ce dialogue, mademoiselle Grandpenin etH.de Vaudrey avaient rppris leur promenade, que ce dernier
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avait Boin de diriger de façon & rester toujours en vue de l'amoureux Froide vaux.
^ Savez-vous, reprit le baron au bout de quelques secondes, comment se nomme l'exercice que nous faisons ea ce moment ? .
— Il me semble que nous nous promenons, répondit Victorine d'un ton où perçait le dépit que depuis un ii^ stantelle ne cachait plus qu'avec peine sous un enjouement ^ecté.
— Point du tout; nous ne nous promenons pas, noui péchons.
— Nous péchons î
.— Et savez-vous comment s'appelle notre pèche T
— Vous vous moquez encore de moi 1
— Elle s'appelle la pêche au jaloux, dit H. de Vaudrey avec une gravité imperturbable, et je crois qu'elle sera bonne, ajoula-t-il, car, si je ne me trompe, le poisson a déjà mordu.
Par un mouvement qu'elle ne put réprimer, l^ctorine, en dépit de la recommandation de son interlocuteur, jeta un rapide regard vers la place où se trouvait Froidevaux un instant auparavant ; mais il venait de quitter cette m^ncontreuse embuscade, et la jeune Slîe put l'apercevoir marchant à grands pas en proie à l'agitation la plus violente.
Pour continuer la métaphore du contrariant gentilhooune, le jeune avocat, depuis son arrivée au bord de la rivière, avait eu le temps d'avaler à pleine gorge l'hameçon empoisonné de la jalousie.
En dépit des propos répandus dans le public au sujet du mariage prochain du baron de Vaudrey et de mademoiselle Grandperrin, et quoique le matin même les paroles échappées à M. Bobilier eussent paru donner à ce bruit oue con^stauce sérieuse, Froidevaux, qui avait sans doute quelque rtàSoa de se croire préféré en secret, ne s'était
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114 OffiVSn H ta. Bt ■SUAXB^
pas jnsfpi'têon Itûseé dlerà im décoor^^n^t tataS; c» l'espérance est une fleur qu'il faut arrachCT à bien des reprises au cœur des amooreux avant qn'etle cesse d'y repousser. Hais en «percevant la jeune fille dtmt i) élut épris seule avec l'homme qu'il croyait son rival, en remarquairt surtout les apparences conSdentielleB de ce tete-4-tdte ménagé, selon toute probabilité, par l'officieuie intM^eatùm de madame 6r»u^>eiTin, Georges sentit bouillonner dus ■es veines le sang qu'y chauffait déjà la passion d'acconi mec tue natum impétoeuBe, et la pantomime la plus v^émente ne tarda pas à servir d'interprète à la cruelleémotioo àoat il venait d'être assailli.
Ken qu'il fût doué d'an csadére ausà bon que géuérenx, le baron n'était pas complétanent exen^ d'une petite fkâbiesBe particulière aux hommes d'un 6ge mOr, et qui ODBsirie & contrecarrer en tonte oecaâon le jeune rival doit ils n'ont plos l'eqioir de triompher Eérieusement. La marche désordonnée du trop sensible avocat, et la sourde fureur empreinte dus ses gestes, éveillèrent donc chei le vieux ([aiUUiomme on sentiment bemcoop plus voisin de la taquinerie satisfîùte que de la compassion indu^ente.
— Hainteiant «pae le poisson a mordo, reprit-il en souriant mali^ement, il me sen^e que noua poavoas retirer la ligne.
A ces mots, le baron, serrant plus étroitement le bras de •a compagne, OHume s'il eût craint qu'die n'essayât de lui échapper, quitta le bord de la rivière et traversa l'allée de narrcMmiers^ ^i se dirigeant vers l'intérieur des jardins.
Amsi que son auteur l'avait prévu, cette manoeuvre exaspéra l'irritatiOB dn jeBoe anaciO.
— ils m'ont vu l'un rt l'autre, se dit ce dernier en s'ar* rttaot tout à coup, car il se sentait suffoquer ; et, comme
. je les gène, ils s'^ignwt pour diercher sans doute an en- ^it où ils soient à l'abri de mes regards importuns. Ohl laa Cenamesl Vanité et pedidie, y<M leiB devise, tiaa
D.glicJbfGoOl^ll;"'
LB «IMTIiaOmiB CAWMMABI». SU
Jeune flUe qne je cioyak si nahe et si ùncèrel Toute jt oraiduite n'était donc que mensonge et tiahisonl
Pendant ce monologue que nous abrégeons, car les do- Mances des amoureux ne ae recommaudent pas d'i»di- Dùtfl par le laiC<»i8De, dea chuchotements fiardoniques et des rires insultants étaient sortis de la tonnelle dont le fe^age ne cachait qu'à demi mademoiselle Ursule Chapelet et sa digne compagne ; mais Froidevaux était trop nvement éaat pour [wéter l'oreille à ces dévotes npères qm ôfSaîent, cachées bous l'herbe, en attendant le montent de nuinlre.
— Ahje dft paraltM assez ridicule T reprit-il en conUnoiDt son soliloqHe ; )'ù l'aii û gaudK dans ce maudit bttbit notf qui me serre comme dans on étau, tandis qn'jn^ee mes p»ivres vieilleg vestes de diasae je me sens un iKHome. Je les ai vus rire; c'était de mugans doute. De moi 1 Si j'en étais abr, ce Goliath de baron verrait mon aang ou mm le tàtA.
Éa ce moment IL de Vaudrey et Victorine achevèrent de dîq>»attre à travers les arbres du parc.
— Non, je n'accepterai pas le râle niais et absurde quils ont comploté de me faire jouer, se dit Froidevaux en frappant la terre du pied avec un redoublement de fu- Kur. Au fait, je suis invité à dinar à la totge tout aussi iHea que cet imp^tinent baiitou; pourquoi donc resteraisje ici à me déaesp^r comme on sot, tandis que j'ai le droit de me présenter chez H. Grandperrin , et qu'avant deux minutes je puis reparaître comme onremwds ven^ceur aux yeox de cette perfide T
A trente ans, il n'y a jamais loin du projet à la résolution, surtout IcHwpie l'amour est de la partie. En quelques secondes Frcûdevauic eut pris son parti ; restait à l'exécoter. Pour arriver à la forge, le chemin ordinaire était la pont, puisqu'il fallait passer la rivière; mais quelle îongueur n'offirail-il pasi Deux «enta pas au moins avant d'aiy
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^ii auTBEs hb cb. de BSBHABD.
river i ce pont, autant sur l'autre rive pour en revenir, pois îe bourg à traverser dans sa partie la plus populeuse et au milieu des encombrements d'un jour de fêle; que de retards I que d'ennuis ! tandis qu'à quelques pieds seulement une voie de communication s'offrait d'elle-même, si fadle Rtsicourtel
La sécheresse depuis plusieurs semaines avait tellement diminué le volume d'eau de là petite rivière, qu'à part quelques infiltrations insignifiantes, pas une goutte ne passait sur l'écluse ; la masse totale suffisant à peine à alimeâter le chenal de la forge. La digue, qui en temps ordinaire diri- ^ait le courant par un talus diagonal, se trouvait donc & découvert, et laissait voir ses laides pieires enduites çà et là d'une couche de lichen aquatique, tapis posé par la nature et le temps, ces décorateurs incomparables, et dont les plaques vertes et lustrées invitaient le pied à les parcourir, quoique l'inclinaison du plan et l'eau donnante qui en baignait la base parassent indiquer qu'une pareille promenade ne serait pas sans danger. Du cAté de la foi^, ce barrage aboutissait à une porte destinée à fermer au besoin l'entrée du chenal, et qu'il était facile d'escalader à l'aide des saillies transversales qu'y formaient les poutres doQt elle était munie.
Bien des -fois déjà, Froidevaux, au milieu de ses sentimentales contemplations, avait jeté un regard de convoitise sur ce chemin, qui en moins d'une minute eût pu le conduire près de celle qu'il se voyait réduit à courtiser des yeux seulement ; mais quoi qu'en eussent dit les médisances du beau monde de Ch&teaugiron, jamais l'idée de s'en sci'vir, soit de jour, soit de nuit, ne s'était sérieusement présentée à son esprit; et pour décider l'ardent mais imide amoureux à franchir ce passage tentateur, il ne fallait fricn moins que les mille aiguillons de cet essaim de gvépes qui se nomme la jalousie.
En beaucoup moins de temps que nous n'en avons mis
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à expliquer ceci, Froidevaux avait couru vers l'écluse et s'y éta^l élancé du haut de l'escarpement que formait le seotiei àcette place, la rivière se trouvaat ud peu enctûssée du cdté droit.
Ce trait d'audace inattendu arracba un double cri aux diaritables dévotes, dont les têtes, au même instant, s'avancèrent avec une curiosité féroce en dehors du feuillage de la tonnelle, comme sortent, à l'approche d'une proie, du gtte qu'elles se sontchoist sous lapaille d'un grenier, les mu< seaux voraces d'une couple de belettes.
— Quedisais-jeîqu^passdt parla toulesles nuits pour aller voir cette petite efirwitée 1 s'éma mademoiselle Bcrgeret d'un ton triomphant,
— En plein jourl quel scandale ! riposta mademoiselle Chavelet en cherchant à cacher sa lage sourde sous un air révolté.
— Ces dames refuseront-elles encore de me croire, et ce vieux débauché de Bobilier osera-t-ii répéter que c'est pour mâcher des caflloux que son digne imitateur vient tous les jours près de l'écluse 1 Nous l'avons vu cette fois, vu de nos propres yeux. Nous le prenons sur le fait.
— Quel scandale, mon Dieu, quel scandale! répétait Ursule, qui de ses ongles s'entr'égratignait les mains à Torce de les joindre ce qui est, comme on sait, le geste favori des dévotes indignées.
— Et comme on voit qu'il connaît le chemin! ajouta mademoiselle Bei^eret aussi ouvertement radieuse que sa compagne était désolée en secret; il n'est pas plus emba> rassé le jour que la nuit. Voyez-vous comme il court l'i»fôme libertin I un lévrier ne gambaderait pas mieux.
En ce moment, en effet, Froidevaox, arrivé au milieu de l'écluse, vendt de franchir d'un saut une assez large Qaque produite par une des înfilb^ations dont nous avons parlé. Cet obstacle heureusement sunnonté, il s'arrêta un instant à l'aspect d'un terrùn plus difficile que celui qu'il avait pa^ 1. U
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si: (UUY)!^ PE CfJ. DE B^ER^AItp.
cot|ru jusqu'alors, C8r la mousse dont était couvert .^e t^g^ p** trouvait humectée par de minces filets d'eau qu'pn voyait sourdre en plusieurs endroits è travers les joia^i de/i pierres. Au désagrément presque inévitable de mottilter s^s bottes si soigneusement cirées, ce joignait pour le je^ne amoureux le risque de tomber, pour peu qu'il vint h perdre l'équilibre, car le pas étiùt glissant, ainsi que l'a annoncé le titre de ce chapitre. Or la chute eût pu avoir des conséquences assez graves, le talus étant fort incliné et la rivière étalant à quelques pieds seulement son Ut bleu&tre prêt à recevoir le maladroit.
Des éclats de rire moqueurs partia du parc de la forge a^ravèrent soudain le danger de cette position.
H. de Yaudrey, qui continuait à retenir captive sous s(m bras la mmn blandie et satinée de Victorine GrandperrÙQ^ n'avait fait qu'une retraite simulée, et il était revenu presque aussitôt dans l'allée des marronniers, aSn de voir si sa manœuvre avmt produit l'effet qu'il en attendait. En aper^ cevant Froidevaux immobile au milieu de l'écluse, le pied droit en Vair et cherchant ûiutilement une place sèche où le poser, le baron partit d'un éclat de rire de bon aloi, car en ce moment l'avocat, dont il ne pouvait se défendre d'être un peu jaloux, lui parut passablement ridicule; et pour un homme approchant de la vieillesse trouva l'occasion d& s'égayer aux dépens d'un jeune rli^, est ud0 bonne fortune qui n'est jamais dédaignée.
En dépit desa sympathie secrète pour Georgesf^îdevaux, le premier mouvement de la jeune fille, natnrellement enjouée et même un peu moqueuse, fut de s'associer à la bruyante hilarité du baron.
— Ma foi, dit ce dernier, il faut avouer que les jeqpes gens d'aujourd'hui sont d'une précaution et d'une économie édifiantes. DemoQ temps nous n'éMons pas si rangés; et même à présent, je crois bien qu'à la place de H. Froids- Ttmx, au lieu de tàter le terrain comme un chat (|ui craint
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dfi mouiller sa patte, je ricquerais bravemont mes bottes.
Il est probablfi que M. de Vaudrey eût (upprimé cette plaisanterie, ■'il avait pu Bavoir quel mlMt Ustement positif le pauvre avocat de campagne avait à ménager une diauuure qu'en caa d'accident il tei eût M unpoesibla de remplacer convenablement.
Les rires moqueurs àoat il se voyait l'objet, et parmi leeqoels il put distinguer, k sa désolation profonde, les frai» éclats de Victorine, changërert l'hésitation asaez cwnique de Froidevaux en une résolution désespérée.
— C'est ici qu'il faut vaincre ou mourir, se dit-il avec la gravité convaincue qui abandonne rarement les amoureux au milieu des accidentsles moins susceptibles d'être pris aa tragique; certes, le siRlement desballes ne doit pas causer à ceux qui l'entendent pour la première fois une impression comparable i celle que me font éprouver les éclats de rire de cette petite Q)le. Oui, je voudrais que cette écluse fOt le pont d'Arcole : en une minute j'aurais planté mon drapeaa à l'autre bout ou je me serais fait tuer. Haia affronter la mitraille qui sort des yeux de cette franche coquette 1 en vérité nés jambes fléchissent et le cœur me manque. Allons, Geo^s, point de Iflcheté, elle te regarde.
Au moment où l'avocat s'élançait tète baissée, une autre risée, aigre et discordant*, s'éleva derrifere lui, à droite de Is rivière.
Les deux vieilles fûtes venaient de sortir de la tonnelle pour satisfaire plus à l'aise leur haineuse curiosité, et papdessus la haie du jardin elles poursuivaient de leurs railleries impitoyables le pauvre amant, qui de la sorte sn trouva pris entre deux feux au moment^rii il s'efforçait der^ppel» son courage. On sait qu'en pareille mésaventure les plus luraves soldatâ perdent souvent la tâte : ce fut ce qui arriva «n malheureux avocat. Far un mouvement dont il ne fut pas le maître, et qui ne lui réussit pas mieux qu'à Ophée, il tourna les yeux en arriére ; curiosité déplw&ble, car pen-
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dant qu'il foudroyait du regard le couple malfaisant acharné après lui, le pied lui glissa sur la mousse humide, ef il tomba au beau milieu de la flaque d'eau qu'il venait de franchiF sans «ncombre. Froidevaux se débattit uu instant sur le talus presque ansâ glissant que la surface d'un miroir, mais seseffortsnefîrent qu'empirer sa position. Après avoir vainement cherché à se retenir, il roula du haut en bas de ce glacis perfide^ et disparut, la iéie la première, dans la rivière, oii nous le laisserons.