ACTE gLATUltMK
DONA FLOR
DONA MERCEDES
, DONA FLOR
A celui qui avait ortlie de le ramener mort ou vil', et qui ne pouvait, sans crime, désobéira cet ordre : au grand justicier d'Andalouiie, à mon père, madame.
D 0 M A M E R G É D F s, se lolevanl.
Votre père!... C'est votre père qui le livre au supplice !
DONA FLOR, passant à fa guicho.
11 l'a arraché à une mort inévitable, madame, et, en retardant sa dernière heure, il lui a hiis-é ces chanceç suprêmes de salut que gardent toujours au condamné l'amour d'une mère et la clémence d'un roi. Feinand était poursuivi par la foide. A cette foule s'étaient joints des soldais. Lassé de Fuir, et se réfugiant dans la tour de Vêla, il avait attendu là ceux qui le poursuivaient. Le combat s'était engagé avec un acharnement morlel, c'était une lutte désespérée. Posté dans l'escalier étroit et tournant qui conduit au haut de la plate-forme, la défense était facile à Fernand. Son épée dans la main droite, le bras gauche enveloppé dans son manteau, dont il s'était fait un bouclier, il combattait marche à marclie, et sur chaque niarche un homme était tombé. Le combat durait, et l'issue n'en pouvait être douteuse, lorsque mon père arriva. « Ne le tuez pas!... ne le tuez pas! .. cria-l-il avec désespoir, il importe que je le prenne vivant. — Vivant! cria Fernand à son tour. L'un de vous ne vient-il pas de dire qu'il me prendrait vivant? — Oui, moi, don Velasquez. » El, sans attendre la réponse, mon père s'élança à travers les assaillants, et franchit les degrés vides jusqu'à portée du bras de don Fernand. « Que voulez-vous? lui dit votre fils. — Ce que je veux, c'est que vous me rendiez votre épée; ce que je veux, c'est que vous renonciez à vous défendre et que vous vous reconnaissiez mon prisonnier. — Et à qui avez-vous promis d'accomplir un pareil miracle? — Au roi. — Eh bien 1... retournez vers le roi
el dites-lui que vous avez été chargé d'une mission impossible. — Mais qu'espéroz-voLis donc, insensé? — Mourir en tuant! — Alors^. tue !... » répondit mon père en présentant sa poitrine. Et, comme le bras de Fernand s'abai^ait, il lit un pas vers lui et reprit de nouveau : « Votre épée ! — Jamais ! — Je vous en prie, Fernand. — Jamais! —Fernand, je vous en supplie!-) Et mon père tendit la main. En ce moment les regards de votre fils rencontrèrent ceux du grand justicier. Fernand balbutia encore quelques mots, comme ^i, dominé par une puissance inconnue, il s'efforçait en vain de se soustraire à l'étrange fascination exercée sur lui. Fuis .-a tête s'inclina lentement sur sa poitrine, sa main s'ouvrit comme si elle avait perdu toute sa force, et son épée tomba aux pieds de mon père.
DON RUIZ, à dona Flor,
Retirez-vous, mon enfant !
(Elle sort par le fond.)