‹ Le gentilhomme verrierChapitre 10 sur 24 · LES CONSEILS · texte numérisé non relu

LES CONSEILS

Demeurée seule avec le cadet de Briqueville, Paola Vicenti lui dit d’un ton pénétrant :

— Oubliez-ifl, monsieur, car elle est indigne de vous. Au moindre obstacle, vos Françaises se découragent; elles fléchissent au moindre effort, elles ne savent pas aimer.

Robert ne parut pas surpris de trouver l’Italienne si bien au courant de ses secrets, car la pensée de Paola répondait à la sienne.

— AhI chère Paola, reprit-il avec naïveté en sanglotant, n’est-il pas injuste de faire retomber sur moi la haine et la colère qu’un autre a seul méritées? L'ingrate Mathilde devait-elle ainsi me briser le cœur?

— Ne pensez plus à elle, monsieur Robert; elle ne voit pas, elle ne sait pas, elle ne sent pas !... Les jeunes Allés de ce pays sont frivoles et changeantes... Ah! ce n’est pas ainsi que l’on aime autre part. Oubliez-la, vous dis-je!

—L’oublier! répéta le cadet de Briqueville en frappant du pied; eh ! le pourrais-je? L’espoir d’être’ un jour

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répoux de Mathilde me soutenait seul; maintenant que cet espoir est détruit, la vie m’est à charge, et je voudrais mourir.

— Mourir, vous, monsieur de Briqueville ! vous arrêter dès les premiers pas dans une carrière qui pourrait être si longue et si belle! Y pensez- vous? Ne rougissez- vous pas de cette faiblesse?

— Mais alors comment combattre la mauvaise destinée qui pèse sur ma famille depuis plusieurs générations et qui s’acharne maintenant contre moi? Le chef actuel de ma maison, nion parent le plus proche, est devenu mon plus mortel ennemi ; au lieu de relever notre nom, il semble prendre tâche de l’avilir, de le traîner dans la fange. Je suis en butte aux privations, aux dégoûts, aux humiliations de toutes sortes... Tout me manque, tout m’abandonne !

— Parce que vous vous abandonnez vous-même, répliqua Paola Vicenti avec énergie. Écoutez-moi, monsieur de Briqueville : je suis née dans un pays bien éloigné de celui-ci, où les mœurs et les idées sont fort différentes. De plus, j’appartiens à une famille obscure oîi n’existent pas ces traditions dont votre noblesse est si fière; cependant peut-être y a-t-il des choses vraies pour tous les pays comme pour toutes les conditions. Quand nous autres gens de rien nous venons à tomber, c’est par le travail que nous nous relevons : pourquoi n’en serait-il pas de même de vos familles patriciennes? Sachez vouloir et vous réussirez. Dans notre Italie du Nord, le commerce et l’industrie ont des palais de marbre ; nos négociants ont leur livre d’or, aussi respecté que celui qui contient les noms de la seigneurie de Venise; ils équipent des flottes, ils mettent sur pied des armées. Vous vous plaignez de votre sort : qu’avez-vous fait pour le dominer? Par quels efforts avez-vous tenté d’acquérir cette indépendance qui est la véritable noblesse? Soumis à toutes les volontés, ballotté par tous les événements, votre position est en effet plus miséra ble encore que vous ne le pensez vous-même. Cependant vous êtes jeune, plein d’intelligence et de cœur; que ne descendez-vous dans votre conscience pourpren-

dre conseil d’elle seule? que ne cherchez-vous à surmonter cette dangereuse inertie, cette oisiveté funeste , qui usent en pure perte les ressorts de votre âme? Soyez homme enfin ; prenez une détermination vigoureuse et exécutez-la, sans vous détourner à droite et à gauche, sans écouter les objections, sans redouter les obstacles. C’est seulement ainsi que vous pourrez parvenir à vous relever aux yeux du monde, à vos propres yeux, et vous y parviendrez, je vous le promets... je vous le jure.

Ce langage ferme et hardi, qu’il entendait pour la première fois, frappa Robert d’étonnement, et lui fit pour un moment oublier môme l’ingratitudè de Mathilde. Ses yeux grands ouverts étaient fixés sur Paola, qui, debout devant lui, le visage animé, parlait avec une autorité irrésistible. Un jour nouveau venait d’éclairer les obscurités au pülieu desquelles il se débattait naguère ; un peu de cet enthousiasme qui débordait de l’âme de mademoiselle Vicenti avait passé dans la sienne, et des sentiments en germe jusque-là au fond de lui-même venaient de prendre tout à coup un développement inattendu.

— Vous avez raison, Paola, dil-il avec chaleur ; je suis lâche, pusillanime, j’aurais dù depuis longtemps adopter un parti décisif, mais le jour où j’aurai mis un terme à mes hésitations, je marcherai d’un pas rapide et sûr dans le chemin que j’aurai pris.

— Hâtez-vous donc, monsieur de Briqueville, car il est des situations indignes d’un homme bien né; et quand vous aurez à choisir un état, n’oubliez pas le conseil que je vous ai donné là-bas sur la falaise. Ce conseil est celui-ci : faites-vous verrier.

Ce mot prosaïque, au milieu des expressions passionnées dont la jeune Italienne s’était servie jusqu’à ce moment, fut pour Robert comme la goutte d’eau froide qui tombe sur un liquide en ébullition.

— Je ne l’ai pas oublié, mademoiselle Paola, dit-il avec impatience ; mais cette profession n’offre rien de fort attrayant, quand on a nourri en secret de certaines espérances... Elle peut seulement donner les moyens de

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végéter, et ne saurait satisfaire la plus modeste ambition.

— Eh! ne vaut-il pas mieux végéter, comme vous dites, et vivre d’un morceau de pain trempé de sueurs, que de lasser la générosité de ses proches, que de devoir à la pitié de celui-ci, à l’orgueil de celui-là, sa nourriture, ses vêtements, son logis?... Monsieur de Briqueville, je vous le répète, il n’y a pas deux fiertés, l’une pour les gentilshommes et l’autre pour les roturiers. Un jeune vilain qui aimerait mieux recourir pour vivre à la libéralité des autres que d’exercer sa force, sou activité, son intelligence, serait réputé digne de mépris dans les villes commerçantes de mon pays ; de même, quoi que puissent eu penser les gens de qualité en France, mendier à un roi, à un grand personnage ou bien à unparent éloigné qui ne vous doit rien, n’est-ce pas toujours mendier?

11 faut se rappeler les préjugés de ce temps-là pour comprendre combien les opinions que Paola venaitd’exprimer devaient paraître bizarres et ofTensantes à un jeune gentilhomme bas-normand que rien n’avait préparé jusqu’alors à envisager les choses sous cet aspect. Il eu était d’autant plus blessé que, au fond de lui-même, il sentait la justesse des raisonnements de l’Italienne. Toutefois il ne répondit pas, et son air glacial témoigna seul combien son amour-propre avait été rudement froissé. Alors il s’opéra un changemeut merveilleux dans l’attitude et le son de voix de Paola. Elle, si ferme et si hardie tout à l’heure, deviqt humble et suppliante :

— Monsieur de Briqueville, dit-elle les lafmes aux yeux, m’en voudriez-vous de ma franchise? Que la Madone et tous les saints me préservent d’avoir encouru votre colère! Vous ne savez pas, vous ne pouvez pas soupçonner pourquoi j’insiste avec tant de force afin de vous décider à embrasser une profession qui vous inspire cette vive répugnance!... Eh bien! je vous dirai la vérité, et sans doute alors vous me pardonnerez mon langage trop peu mesuré... Cette profession, si modeste en apparence, peut vous faire arriver promptement aux honneurs, à la fortune que vous ambitionnez. Ici la

LE GEMTILUOMMK YEHUIER.

verrerie -se trouve encore dans l’enfance. Nous autres Yéniliens, nous sommes des maîtres dans cet art; nous possédons des secrets que le monde entier nous envie. Ces secrets ont une immense importance; votre premier ministre, M. Colbert, a mis tout eh œuvre pour nous les dérober, et quiconque les connaîtra en France pourra être assuré de sa faveur. Or mon père les connaît, monsieur Robert ; il les connaît, quoiqu’il ne veuille pas en convenir, et si je pouvais vous raconter dans quelles circonstances nous avons quitté notre belle Venise... Mais quel intérêt ce récit aurait-il pour vous? Sachez seulement qu’en vous pressant de choisir la profession de verrier j'ai l’espoir de décider mon père à vous communiquer sa science précieuse. Il est plein de respect et de gratitude pour vous, son protecteur, son sauveur, et peut-être... Ma tâche sera rude pourtant ; car, il ne faut pas se le dissimuler, la divulgation de ces secrets pourrait lui coûter la vie; mais j’ai quelque influence sur son esprit, et, en le rassurant par des précautions convenables, je Unirai sans doute par vaincre ses scrupules... Comprenez-vous maintenant, Robert, pourquoi je désire si ardemment que vous vous fassiez verrier?

Les révélations de Paola ouvraient à l’imagination du cadet de Briqueville des horizons tout à fait imprévus ; il répliqua chaleureusement :

— Merci, merci, bonne Paola; je soupçonnais bien que vous deviez avoir pour me pousser à cette détermination quelque motif généreux... Mais les secrets de Vicenti ont-ils réellement une si grande valeur?

— Jugez-en, monsieur Robert, parles faits dont vous avez été témoin vous-même. Sur le soupçon que mon père, en quittant furtivement le territoire de la république de Venise, avait l’intention de les apporter eu France, le conseil des Dix a envoyé des sbires pour l’assassiner. Peut-être même, je frémis d’y penser, le poignard est-il encore suspendu sur sa tête... Et cependant il cédera, je l’ai résolu; il vous révélera, à vous, ce qu’il ne révélerait maintenant à nul autre pour tous les trésors de la terre. Ah ! monsieur de Bri-

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queville, ajouta-t-elle d’une voix sourde, nous autres Italiennes, nous ne sommes pas craintives et glacées comme vos Françaises, et nous savons aimer comme nous savons haïr.

Mais ces dernières paroles ne parurent pas avoir été entendues de Robert.

— Ainsi donc, reprit-il, vous pensez que par cette voie je pourrais arriver enfin aux honneurs, à la tort une !

. En effet, je me souviens d’avoir entendu direà Michaud... Mais alors, chère Paola, poursuivit-il avec enthousiasme, si je parvenais à recouvrer les biens de ma famille, à relever mon nom, à acquérir une grande position dans la province, M. d’Helmières ne pourrait plus me refuser sa fille, et j’épouserais Mathilde !

La pauvre Paola reçut comme une violente secousse aUjCœur. Elle jeta sur Robert un douloureux regard, et dit avec effort :

Je croyais, monsieur de Briqueville, que mademoiselle d’Helmières vous avait rendu votre promesse... qu’elle ne vous aimait .plus... qu’elle était destinée à un autre I

C’est vrai, mon Dieu, c’est vrai! répliqua Robert dans un nouveau transport de désespoir; elle est perdue , pour moi, je ne dois plus penser à elle... Mais alors qu’ai-je besoin des biens de ce monde? Gardez vos présents, Paola ; è quoi me serviraient-ils, puisque je ne . puis plus aspirer h Mathilde?

Et il se cacha le visage dans ses mains.

L’Italienne, pâle et muette, suivait des yeux les mouvements de Robert. Plusieurs fois ses lèvres remuèrent comme si elle allait parier, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Un bruit de voix qui s’éleva dans la première pièce sembla la rappeler à elle -même.

— Voici mon père, dit-elle précipitamment, il vient me chercher sans doute... Monsieur Robert, quelle que soit votre décision, qu’il ne soupçonne pas mes confidences à son égard.

En effet, Vicenti entra avec un autre verrier dont il .s’était fait accompagner, car il n’eût jamai.s eu le cou-

rage de se trouver seul par les chemius à pareille heure. Ce verrier complaisant qui servait do protecteur et de garde du corps au père de Paola était le vicomte de La Briche.

Le vicomte portait un élégant costume, et méritait mieux que jamais le surnom de beau verrier, dont on le gratifiait quelquefois. Il avait sa plus ample perruque et un chapeau à plumes; son épée était soutenue par un baudrier brodé; il tenait à la main une belle canne à pomme d’ivoire. Ainsi équipé, on l’eût pris plutôt pour un courtisan habitué des antichambres de Saint-Germain ou de Marly que pour un simple ouvrier touchant chaque semaine le prix de ses journées de travail. Vicenti lui-même était mis avec plus de recherche qu’aulrefois. Il avait renoncé à son costume vénitien, qui attirait trop l’attention, pour adopter un vêtement à la mode noi’maude, et, en sa qualité de verrier, il s’était cru en droit d’y ajouter une grande diablesse de rapière qui gêfuait ci’uellement sa marche. Mais ses frayeurs continuelles ne lui permettant pas de rester désarmé, il supportait philosophiquement cette incommodité, dans l’espoir que la vue de cette épée imposerait à ses invisibles ennemis.

La Briche, après avoir salué Paola avec une grande affectation de galanterie, s’avança vers Briqueville et lui adressa les interminables compliments aloi’s en usage parmi les gentilshommes. Pendant ce temps, Marco Vicenti avait couru à Paola et l’avait prise dans ses bras eu lui disant d'un ton caressant :

— Te voilà donc, Paola, Paolella, Paolina mia ! Ah ! pourquoi m’as-tu abandonné si longtemps, chère tille de mou âme? Quand tu es absente, je n'ai plus ni force ui courage; je ne sais plus ni parler, ni agir, ni penser, la mia santa padrona ! Mais tu me reviens enfin, et je vais être content... Ce n’est pas que je n’aie trouvé des consolations dans mon isolement et ma tristesse, cara mia, ajouta-t-il aussitôt; regarde ce jeune et beau signor, ma fille (et il désignait le vicomte de La Briche) ; il veille assidûment sur moi, il répond de me défendre contre les brigands qui en veulent à ma vie, il ne me quitte

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presque plus, à la verrerie, chez Gorjn, dans le village, partout... Remercie-le, ma fille, car il est notre bon et. fidèle ami.

Paola ne semblait pas partager l’enthousiasme de Vicenti pour les bons offices de La Briche; néanmoins elle se tourna vers le vicomte et balbutia quelques remerciements. Le gentilhomme verrier s’inclina devant elle aussi profondément qu’il eût pu faire devant une reine.

— Je ne mérite pas de reconnaissance, charmante Paola, dit-il en minaudant; Vicenti a droit à tous les égards, parce qu’il est votre père, à vous, la plus belle et la plus aimable fille de la province. D’ailleurs il possède des talents qui honorent notre profession... Savez-vous qu’il a rendu un grand service à la verrerie de Roquencourt, en nous indiquant une espèce du sable, très-commune dans le pays, qui peut remplacer avec un magnifique avantage les cailloux du Tesin et de Pavie? Pour ce seul service, il aurait droit à l’estime et à l’alTectiou de tous les gentilshommes de l’usine. Michaud, après l’épreuve, a doublé inamédiatement le prix des journées de Vicenti ; mais il eût pu se montrer beaucoup plus généreux, car cette découverte l’enrichira promptement. Aussi, dans le cas où le bon Vicenti aurait encore en réserve plusieurs secrets de cette nature, je lui conseillerais de ne pas les découvrir ainsi do prime abord à Michaud, et de lui tenir la dragée un peu plus haute.

— Corpo di San Marco! s’écria Vicenti, Votre Excelleuce croit-elle donc que j’aie des secrets à l’infini? Vous voulez donc me faire poignarder, vous qui m’aimez tant eu répétant de pareils bruits? Déjà le signor Michaud me persécute pour que je lui enseigne la fabrication des glaces do Venise, des perles ou marguerites, et de tous les beaux ouvrages de verre colorié que l’on trouve à Murano. Par la madone de Lorette, pour qui me prendil? Est-ce que je pourrais savoir tant de choses? AusSi lui ai-je juré sur les saints de Rome et sur ma part de paradis...

— Mon père ! interrompit Paola d’un ton de reproche.

Elle ajouta plus bas en italien ;

LE GENTILHOMME YEHRIER.

— Ne craii<Qez-vous pas que Dieu vous punisse?

Le bonhomme rougit, puis il ôta son chapeau, se signa plusieurs fois et murmura dévotement :

— Saint Marc, saint Pierre, saint Paul, priez pour moi!

Le vicomte de La Briche semblait prendre un vif intérêt à celte conversation :

— Tenez, père Vicenti, dit-il gaiement, vous avez beau vous défendre, vous êtes un sournois. J’ai entendu dire que les verriers vénitiens avaient ainsi des secrets, de profession, qu’ils juraient de ne transmettre qu’a leurs enfants ou à leurs parents les plus proches... Aussi je gagerais que le jour où vous marierez votre charmante fille à un verrier, car elle épousera certainement un verrier, vous aurez encore eu réserve quelque bon secret pour faire la fortune de votre gendre. Voyons, père Vicenti, ai-je deviné juste? Et certes, mademoiselle Paola n’a pas besoin de pareilles amorces pour attirer les épouseurs. car c’est la plus séduisante et la plus honnête personne qu’on ait vue jamais.

Ces éloges parurent chatouiller doucement l’orgueil paternel de Vicenti.

— E vevo, sîpnor/ s'écria-t-il ; oui, il n’existe pas une

fille dans ce pays qui soit comparable à ma Paoletta. Aussi, vous avez raison; le jour où elle se mariera, je pourrai glisser à mon gendre quelques mots qui lui seront utiles, s’il est verrier ü mon Dieu ! peu de chose;

on ramasse çii et là certains détails qui ont leur prix, on peut les révéler sans trop s’exposer... et d’ailleurs, quand ou devrait s’exposer un peu, on n’y regarderait pas de si près avec celui qui serait aimé de ma chère Paola!

La jeune llalienne se troubla en voyant les yeux de La Briche et ceux de Robert fixés sur elle.

— A quoi pensez-vous donc, mon père? dit-elle. Avezvous oublié que je ne veux pas vous quitter et que je ne me marierai jamais?

— Jamais! répéta le vicomte avec ùne sorte de désappointement.

— Allons, cher père, reprit Paola, nous ne devons pas abuser de la complaisance de M. de La Brie’ie. Re-

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tournons à Roquencourt, puisque aussi bien mes services ne sont plus nécessaires ici.

Pendant que les deux verriers prenaient congé du cadet de Briqueville, elle alla chercher dans une pièce voisine un petit paquet coutenant quelques effets, et elle rentra bientôt, la tète couverte de son tnezzarone- Elle adressa modestement ses adieux à Robert, qui, à son tour, la remercia de ses soins, et lui dit à voix basse, en lui premant la main :

— Ce ne sont pas là les seuls services dont je vous suis reconnaissant, chère Paola. Vous m’avez fait entendre ce soir des paroles sages; vous m’avez montré la vie sous un jour nouveau, vous m’avez présenté claires et brillantes des vérités que j’avais seulement entrevues. Si, dans l’avenir, j’atteins le but auquel j’aspire, c'est à vous que je le devrai sans doute !

Paola n’osait lever la tête, de peur que l’on ne lût sou orgueil et sa joie dans son œil noir frangé de longs cils.

— Ainsi donc, monsieur de Briqueville, murmurat-elle, vous ne m’en voulez pas de ma hardiesse et... vous suivrez mes conseils?

— Je suis pénétré d’admiration pour la noblesse de vos vues; mais je n’ai rien décidé encore... Ah I pourquoi celle dont la pensée me donnait de l’ambition, du courage, m’a-t-elle tiahi?

Paola retira vivement sa main comme si elle eût louché un fer rouge; puis, se tournant vers son père et vers La Briche, elle reprit avec précipitation :

— Partons, mou père; partons, monsieur.

La Briche lui offrit le bras, tandis que Vicenti se chargeait de sou léger bagage, et ils sortirent tous, laissant Robert plongé dans de profondes méditations.

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