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caractériser, d'une avalée, il doit vider son verre. Ce n'est plus boire cela, c'est ingurgiter, dont l'étymologie fait penser à un gouffre.
Aussi bien laissons-le. Le buveur de bière manque d'esprit dans le geste; à certains peuples il ne faut pas demander ce qu'ils n'ont pas. Ils ont peut-être mieux, c'est possible, mais, quoiqu'il advienne, de quelque côté que cela tourne, la bière ne vaudra jamais le vin !
Deux mots seulement sur le marchand de vins et le dégustateur de vins et d'alcool et nous en avons fini avec le geste du vin.
Le chand edvins n'a que deux gestes, verser et lever le coude, il trouve moyen de tricher dans les deux. En versant, il oblique pour verser faux du vin frelaté, dans un verre d'une contenance problématique ; en buvant, il escamote verre et geste, pour boire peu et compter beaucoup, alors tout est bénéfice ; il n'y a que le client qui boive mal et qui paye bien, peut-être avec un geste de dépit. Quant au dégustateur de profession, celui-là a un outil perfectionné, une tasse en argent, et son geste est admirable ; seul, l'acte est faux, il ne boit pas, il fait semblant. Une petite lampée, dont il se gargarise et qu'aussitôt il crache, suffit à lui donner le degré de l'alcool et à lui indiquer ses qualités et ses défauts.
Tant va la cruche au vin qu'à la fin elle se casse, dit le proverbe ; c'est ce qui se passe pour le geste chez le buveur. Nous le retrouverons plus tard au chapitre maladies et altérations du geste, fêlé ou cassé comme un verre, frelaté comme le mauvais vin.
LES GESTES PROFESSIONNELS
Quoiqu'il en soit, épais ou balourd, gracieux ou Laid, rubis sur l'ongle, vin ou bière, le geste du buveur, quelque varié qti'd soit, se résume en un acte, toujours le même : boire, et prend son origine dans celui si naturel, si bon, si aimable de l'enfant, saisissant à deux mains le sein de sa mère, comme un verre pour y boire à pleines rasades le vin du premier âge, le vin de la vie, le lait. Le lait est le vin du jeune âge, comme le vin est le lait des vieillards.
Le geste du fumeur est variable, suivanl qu'il Fume La cigarette, le cigare ou la pipe, suivant son sexe, sa nationalité, sa qualité OU celle de son tabac
Le collégien imberbe fume vite, à petites go niées pressées, la cigarette tenue gauchement entre le pouce et l'index; plus grand, en rhétorique, il a acquis une certaine expérience, avale la fumée et tienl la cigarette toul ontière cachée dans le creux de sa main.
Le gesle par excellence du fumeur de cigarettes véritable, est celui de couler et, quand il a frotté L'allumette el qu'il allume, il tient La cigarette qu'il vienl de rouler el qu'il n'a pas mouillée, légèrement, en forme de croissant, entre les trois premiers doigts, qui pressent dessus. L'autre, qui fume des cigarettes toutes faites, a généralement un étui el allume sa cigarette, tenue cuire l'index cl le médium seulement. La femme, quelque fumeuse qu'elle soit, roule rarement elle-même ses cigarettes, elle les tient el les ruine mal. Le rastaquouère seul etle commis voyageur, fumenl avec une
exagération de mauvais goût. Le geste haut. Le petit doigt ■n L'air, OU scintille un gros brillant en toc. ils ruinent pour
A «fi»
Préparation de conserves alimentaires.
Pêcheur:
éblouir ; le geste chez eux se résume en pose et provoque
un autre geste chez ~Jh ceux qui les regardent, celui de hausser les épaules.
Le cigare, lui, se fume différemment et possède des écoles qui procèdent de systèmes divers : les gros et les petits boutiens, les coupeurs de bouts ou les tendeurs ; enfin, les arracheurs avec les dents. Chacun, on le conçoit, procède aussi d'un geste différent, suivant l'école ou le petit instrument dont il se sert.
Le geste du cigare est un demi-sacerdoce. S'il est exquis, la goulée lentement
Travail de l'ébéniste.
Travail du charpentier.
LES GESTES PROFESSIONNELS IL Y A 2.000 ANS
et soigneusement tirée, on l'émet, la tète en arrière, doucement au plafond; puis, l'œil se fixe avec tendresse sur le côté opposé du cigare, pour contempler
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la cendre blanche, que le geste du petit doigt respectera soigneusement. Entre la cendre et le cigare, est un petit cercle de lueur d'or, le ^ /
feu, dans lequel, paraît- f \ il, comme dans la spirale de fumée qui s'en dégage, il V a un monde Vernissage du bois.
tout entier fantastique qui évolue.
Si le cigare est mauvais, c'est-à-dire s'il surf de la régie
Foule des métaux au moyen de BOUfflels mus avee les pieds.
Taille des pierres.
LES GESTES PROFESSIONNELS IL Y A 12.000 ANS
française, contempler un fumeur qui s'épuise en gestes infructueux, tire et s'époumone pour l'allumer, est un des
spectacles les plus joyeux et qui donne lieu aux observations de gestes les plus inattendus.
La statistique a calculé qu'un monsieur, muni d'un cigare et d'une boîte d'allumettes de la régie française, peut combiner ainsi jusqu'à sept mille gestes, poses ou attitudes, pour ne pas arriver à allumer.
Dans certains pays, les allumettes françaises servent de marguerite aux amoureux ; les ratés sont les feuilles qui tombent, celle qui s'allume dit : passionnément ou pas du tout.
Le cigare de la régie française s'accompagne, en général, aussi d'autres gestes obligatoires : furieux et épuisé d'efforts, le fumeur le jette d'un geste par terre, sur laquelle il rebondit; alors, le ramasseur de mégots passe1 qui, d'un geste bien typique, le ramasse, relève son talon et le frappe dessus pour achever d'éteindre le fumeron, puis le met dans sa poche, où, d'un autre geste, se le colle dans la joue, ou le cigare infumable devient chique : on dit que ce sont les meilleurs et les plus juteux.
Le Français, le Suisse et l'Italien, [en général, fument le cigare ; la cigarette appartient davantage aux Espagnols et aux Russes.
La pipe a pour elle l'Allemand, et la Japonaise, deux types et deux gestes bien opposés.
La pipe est pour son propriétaire l'objet d'un véritable culte, elle ressemble à sa femme ou à un homme d'État, à la première cependant davantage, et il l'appelle Joséphine, ordinairement. Elle comporte de nombreux gestes : le bourrage d'abord, fait avec les trois premiers doigts qui pren-
LES GESTES PltOFKSSIONNELS
nent le tabac dans la blague, nuis avec le pouce seul, qui tasse, posé à plat; puis, vient le débouchage, à petits gestes, avec une aiguille, un couteau ou une paille ; l'allumage, méthodique , L'allumette successivement rapprochée, puis éloignée du tabac. Nombreuses aussi sont les façons de tenir la pipe avec la main, depuis le narguillé, qui ne se tient pas, et le brûle-gueule, qui... ne se tient pas non plus avec la main. En général, le tuyau passe entre le médius et l'annulaire droit ou gauche, et le bras s'abaisse et s'élève dans un geste lent et solennel.
Pendant L'opération, c'est le geste du mouchoir qui, sorti de la poche, s'enroule autour de l'index el se mouille de salive, pour essuyer le culot et les taches de la noix. Enfin, lac, tac, tac, quelques petits coups secs au coin, sur L'angle de la table ; c'est fini, la dernière cendre vient de tomber.
Fumer la pipe est une chose malpropre chez tous les peuples, sauf chez les Japonais. Une Japonaise qui fume la pipe, ah! la mignonne affaire et le mignon spectacle aus>i. et quels adorables gestes !
Elles sont là une vingtaine, aux ravissants petits minois, accroupies en cercle, dans la chambre aux murs en bambous ; sur l'épais tatami, sur lequel on dort, on mange, on cause, qui sert de tapis, de table et de lit, au milieu est le tchibachi, petit brasero, contenant des charbons incandescents sous une couche de cendre, dans laquelle sont piquées deux ou trois paires d'achi, ou petits bâtonnets en métal, que Ton manie avec dextérité pour saisir le charbon entre leurs deux extrémités rapprochées par un geste «les doigts. A côté du tchibachi est le tchichero, service à thé, contenant le tcha, qui
ICO
bout et fume dans des théières de porcelaines fines, encapuchonnées de soie. Tout un service de poupée, en tuya, laque, soie, étoffes et bois précieux. Çà et là, des chamicen, ou guitares à trois cordes, à portée de la main des visiteuses, car c'est aujourd'hui jour de visite et la maîtresse de céans tient cercle.
On va boire du thé, jouer du chamicen et fumer, les trois principales occupations de la Japonaise, ce petit oiseau qui chante, boit et rit. Potiner et dire du mal de son voisin est, pour elle, déjà un travail, une fatigue ; malicieuse, elle égratigne, seulement en passant mais si gentiment.
La pipe est comme la femme, c'est une toute petite chose, elle est en métal, et le culot, la noix, admet à peine l'extrémité du doigt. Imaginez la capsule d'un gland de chêne percée d'un trou et emmanchée d'un tube en argent, et la blague à tabac, plus petite encore ; un porte-monnaie d'enfant, dont le fermoir sur le côté représente, par contraste, une tête de géant légendaire, quelque chose de gigantesque, d'effrayant. Quant au tabac, c'est moins que rien, des bourres de soie, des bribes, du duvet, on dirait des cheveux de vierge blonde, ou, comme disent moins gracieusement les matelots, du poil de veau coupé fin.
Toutes ces petites choses vont ensemble dans ce petit pays. C'est le : « Petit, tout est petit », des Pilules dn Diable, avec la grâce et l'éclat de rire en plus.
Attention ! la ne san, ou servante, vient de franchir l'océan de guechas, ou souliers de bois qui s'étend devant la porte, car, dans la maison japonaise toute garnie de tatamis, on marche sans ses chaussures, le pied seulement dans le petit
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bas-mitaine d'étoffe blanche, au gros orteil séparé. La ne san est entrée apportant le thé.
Alors les conversations s'engagent, entremêlées de petits cris : Ne ! sodeska! comment! est-ce possible! Arignatomo
taxan, grand merci. Et les pires perlés fusent dans la pièce
pendant que la petite mimique va se dérouler.
Ce sont d'abord des attitudes «rime gaucherie vraîmenl
adorable, des bras qui s'agitent dans les manches immenses
du kimono entr'ouvert, et, par ces ouvertures de suie nierai
veilleuses, miroitantes, multicolores, ou entrevoit des échappées de seins énormes et blancs, des saillies blanches aussi de cuisse, toute une anatomie de l'orme blanche, grassouillette et ronde (reniant. Ah! la jolie chose que la Japonaise !
Pendant ce temps, la pipe a joué un grand rôle, constamment bourrée, chaque pipe contient, en effet, de tabac une pincée; à chaque instant aussi, on voit la fumeuse saisir le atchi, poser un charbon ardent sur le tabac, puis avaler deux ou trois goulées, qui ressortent en gros spirales par le nez. C'est fait, une pipe est fumée, à une autre, et, constamment, bourrer, allumer, aspirer. C'est un vrai travail continu. Deux, trois cents, six cents pipes, s'avalent ainsi dans la journée: résultat comme tabac fumé, une pipe de chez nous... Tout cela, entremêlé du bruit continu, aussi de lac. tac, <pie font les pipes que l'on débourre, en frappant deux petits coups secs sur le rebord du tchibachi. Le lecteur peut se représenter d'ici le spectacle.
Le maniement des atehis, des baguettes, mérite d'être décrit spécialement, c'est un geste, une véritable mimique des doigts.
Il faudrait vraiment ne pas savoir un traître mot de japonais pour ne pas lire à première vue
et ne pas comprendre le sens des caractères qui sont imprimés en tète de ligne Comme tout est possible cependant, faisons-les expliquer par un Japonais de nbs amis, et voici ce qu'il nous dira
avec la grâce qui le caractérise :
La scène qui, au musée des figures de bois, excite le
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plus ia curiosité de mes compatriotes pendant notre grande foire bouddhique d'Assaska, près de Tokio, est certainement celle qui représente des Européens mangeant avec une fourchette. Elle a paru longtemps incompréhensible à la foule, el c est toujours h sa vue, parmi 1rs mousmées el les gens du peuplé, des cris d'étonnement accompagnés d'imitations gauches et drôles laites avec les doigts. Su deska! possible !
Et de fait, cela est absolument surprenant. La belle malice, en vérité, avec une affaire qui ressemble à une fourche à foin armée <le quatre pointes, de piquer un morceau de viande pour le porter ensuite à sa bouche, heureux quand il y arrive el qu'il n'a pas glissé en roule pour retomber dans la sauce de l'assiette, éclaboussant la table tout autour. Comme c'esl gracieux et propre...
Ali, nous autres Japonais, nous avons bien raison de nous moquer de vous! Et, malheureusement, je crains bien que ces ustensiles lourds el encombrants que, par ignorance de la langue japonaise, vous appelez des fourchettes, ne soient encore longtemps en usage chez vous, et tout cela parce vous ne voulez, vous, avec un entêtement vraiment barbare, vous rendre compte de noire cuisine el de noire façon de manger.
Je voudrais cependant bien, moi, qui aime tant la France, inculquer à vos femmes, surtout à vos Parisiennes il y en quelques-unes qui, vraiment, ne sonl pas trop laides! la grâce de nos petites mousmées japonaises, si élégantes el si distinguées pendant le repas, lorsqu'elles manienl avec dextérité les deux petites baguettes qui nous servent à manger.
Personne n'a jamais décrit leur fonctionnement, parce que personne n1a su le comprendre.
Voici d'abord, au commencement de ce paragraphe, les caractères qui servent à les désigner : vous voyez que c'est bien plus facile à écrire et à prononcer que votre mot fourchette ! Il n'y a pas d'erreur.
Et, maintenant, comparez les deux objets : D'un côté, la barbarie de la forme, le poids énorme d'un ustensile qui fait mal à la main, d'un maniement difficile, d'une propreté toujours douteuse, à cause des rainures et des interstices ; de l'autre, par contre, la grâce, l'élégance, la propreté. Admirez ces deux petites baguettes de trente centimètres de longueur et de l'épaisseur à peu près d'un crayon, d'une blancheur éblouissante. Nos voisins les Chinois, moins raffinés que nous, les emploient en métal, or, argent, ou bien encore en ivoire, chez les particuliers riches ; en métal commun, au contraire, dans le peuple et les restaurants à bon marché. Là, ces petits bâtonnets sont l'objet d'une loterie curieuse. Entassés à l'entrée, derrière la porte du restaurant, dans une grande boîte en bois, un certain nombre d'entre eux sont marqués d'un chiffre : chaque client, en entrant, enfonce sa main dans la boîte et en retire, au hasard, les deux baguettes qui doivent lui servir pendant son repas, et ceux que le hasard a favorisés et qui ont tiré deux baguettes chiffrées, ont droit à un plat de supplément. Aussi faut-il entendre le vacarme qui résulte de ce cliquetis sans cesse renouvelé.
Chez nous cet usage est inconnu, notre civilisation intérieure est trop bien raffinée pour cela. Pauvres ou riches ne
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exclusivement on bois et brûlées après chaque repas. Devant sa place chaque convive trouve une grande enveloppe cachetée, renfermant une paire de baguettes en bois blanc immaculé, et pour bien prouver qu'elles n'ont jamais servi, f elles sont taillées dans le même morceau , non fondues entièrement et adhérant encore par leur extrémité supérieure.
Quand le premier service est apporté, chacun ouvre l'enveloppe, saisit ses baguettes et les sépare en les brisant. Pour s'en servir, voici la manœuvre bien simple à exécuter : saisir la première baguette t la poser comme l'indique la figure 1. Une extrémité dans
l'angle formé par la base du pouce de la main droite et l'index, le milieu à peu près de la baguette reposant sur l'annulaire légèrement étendu.
Dans ces conditions, la baguette, sans effort et sans pression, reste rigide, immobile elle fait corps avec la main et ne peut se remuer qu'en suivant celle-ci dans ses mouvements de flexion autour du poignet. Ceci fait, saisir la deuxième entre l'extrémité du pouce restée libre, l'index et le médius, absolument comme on saisit une plume dans l'acte d'écrire (fig. 2). Celle-là est la baguette mobile; en elle réside tout le mécanisme, tout le secret, c'est elle qui,
Fie. -i.
LES GKSÏES PROFESSIONNELS
en se rapprochait par le mouvement des doigts ou en s'éloignant de la première, formera la pince pour saisir toul objet, si petit soit-il. L'ensemble des deux manœuvres produit «loue la figure 3.
Vous vovez comme cela est facile cl
gracieux.
Quelque peu adroits que soienl de leurs mains les Européens, il est impossible qu'à première vue et aux premiers essais, ils n'arrivenl |»;is au résultat, el la preuve, c'est que les enfants européens sont les premiers à se servir «les baguettes chez nous, et, «les <|uils les ont prises, ils pcrdenl absolument l'habitude de la fourchette i|ii'ils ne reprenn énorme difficulté, au grand désespoir des parents. On doit pouvoir toul faire avec nos baguettes; mais la preuve suprême d'habileté est de prendre des œufs un à un dans une assiette et de les placer dans un panier situé en contre-bas ou placé par terre entre les jambes (fig. i). C'est là où il faut soigneusement éviter les ./•, car alors les baguettes se croisant l'une sur l'autre, écrasent, l'œuf, ou bien ce dernier tombe et se casse. Avec ces baguettes mais mangeons tout de même le riz qui, chez nous, esl épais, se colle grain à lirain eu pelotes et ne nous oblige pas comme les Chinois .1 approcher le bol de noire bouche, et après avoir rapproche
eut qu'avec ttn<
Fta. i.
Mais ce n'est pas à table seulement que servent les baguettes. La cuillère est inconnue dans nos cuisines, et
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c'est avec les baguettes aussi que nos cuisiniers battent les œufs, remuent les sauces, étendent la pâte, saupoudrent le sucre et la farine sur les gâteaux. Dans la maison, deux
baguettes de métal réunies sur une chaînette sont toujours piquées dans le shibashi, petit brasero en faïence, où les morceaux de charbon sont empilés en pyramides sur la rendre, les morceaux enflammés au milieu.
Les cbitTonniers minassent dans la rue les ordures avec
ces mêmes baguettes d'une longueur de 00 à 90 centimètres environ. Elles servent enfin, dans les magnaneries, à saisir avec délicatesse, pour les déplacer feuille à feuille, les vers à soie malades ou jeunes qu'un simple contact un peu brusque tuerait tant ils sont délicats.
Dans un des magasins remplis d'objets de ménage qu'un de nos empereurs du Ve siècle légua au temple de Nara, se trouvent plusieurs sortes de baguettes à manger, de modèles différents, ce qui prouve que déjà à cette époque, nous autres Japonais, nous mangions avec élégance et propreté, pendant que vos grands seigneurs français mangeaient avec leurs doigts.
Du fumeur au priseur il n'y a qu'un geste, franebissons-le.
A notre époque on ne prise plus, ou, ce qui est plus juste, priser n'est plus une mode, un ton. Plus de doigts chargés de bagues et enfouis dans de la dentelle des petits maîtres ou des petites maîtresses des successeurs du grand roi; plus de prises impertinentes de grand seigneur, plus de chiquenaudes sur les jabots de soie et de dentelles, la période noble du tabac à priser est finie.
Napoléon en a fait un geste roturier, en supprimant la tabatière, et en fourrant tabac et doigts dans une poche en peau de son gilet. Aujourd'hui, on prise en deux gestes; ou bien le classique, celui du notaire, le bourrage des narines avec des doigts épais, spatulés, gros, ou bien le fantaisiste, celui qui consiste à répandre le tabac en une petite tramée, dans un repli de la racine du dos du pouce
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