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de la main gauche, et à se le passer ensuite sons le nez en aspirant vivement.

Quelques-uns prisent en plusieurs fois, partant en plusieurs gestes, mais c'esl une affaire de goût ou de nez. Quant au geste si élégant de la pichenette sur le jabot, elle est remplacée par l'extrémité du dos des doigts, frôlant en frottanl et époussetant le devant du gilet, ou «les tapotements à pleine main. De notre temps, on n'est plus impertinenl el léger, c'est-à-dire grand seigneur, on est lourd, on est bourgeois.

Deux mots sur le chiqueur, il a trois gestes : le pouce dans la bouche pour y coilerle morceau de carotte; le geste pour placer momentanément la chique dans un repli du bérel ; le troisième, fraternel, pour se /tasser la chique^ à distance, d'un coup de doigt . Ces trois gestes fonl tout particulièrement partie des manœuvres dans la marine, où la chique, à cause de la défense de fumer, s'esl réfugiée de nos jours.

— Ohé, d'en haut ! qu'est-eequi est de service à la chique? crie d'en bas un matelot aux camarades qui travaillent dans le gréèment. Aussitôt, on voit une téte se pencher sur la hune. — Moi ! crie l'homme. — Depuis quand ? — Trois heures. — Parfait, à moi la chique. Déjà, l'homme de la hune a mis son doigt dans la bouche, un petit geste sec, el une petite houle noire a dégringolé dans les airs, suivant une trajectoire verticale, un bruit sec comme quelque chose qui entre dans une cavité ; l'autre, d'en bas. \ ienl de la saisir au vol, la bout he ouverte.

(là, c'esl un geste pour un geste, pas vrai, vieux frère, c'est un trait d'union entre ponantais et levantins, entre Mahurec et le Mon». Vive la marine!

Pour terminer cette série de gestes, il nous faut dire un mot du salut et de la poignée de main.

Salut, veut dire petit saut, même quand c'est un grand sot qui l'exécute. Le salut est, en effet, avant tout, un gcs'r de danse, qui, celui-là aussi, s'est singulièrement démocratisé.

Le chapitre du geste hiératique, nous a donné les origine;;

ii la l'ois, et par le geste, l'inclinaison <ln corps el de la main.

Le cercle du salut est allé en se rapetissant successivement. ( )n a d'abord salué de tout le corps et de tout le bras, en révérence; puis, d'un demi-cercle seulement du corps et de Pavant-bras ; puis, c'est le dos seulement qui s'est arqué ; enfin, par cette fin de siècle, la tète seule s'abaisse en un geste, simple et prétentieux d'imbécile, qui se colle le menton au cou. II parait que c'est très chic.

Un des temps du salut consiste à se découvrir la tête ou à s'y porter la main, suivant les races; les deux gestes procèdent de la même idée, celle de l'offrir à celui auquel on veut donner un témoignage de respect. Le geste actuel est le symbole de l'ancien acte, c'est la traduction du à la disposition de Ud, des espagnols, qu'il faut surtout se garder de prendre au sérieux ; personne n'est plus de taille aujourd'hui à offrir réellement sa tète à un autre, lequel, d'ailleurs, ne l'accepterait pas.

Le ave Cœsar morituri, te salutant, accompagné du geste «le la tète et de celui du glaive, est décidément vieux jeu. On ne meurt plus pour saluer.

Les gestes de salut, cela se conçoit, sont multiples, el chacun en use à sa guise. L'un, comme l'ancien mousquetaire, (raine presque son chapeau au ras du sol; l'autre salue à peine en le soulevant sur la nuque. Entre les deux il y a toutes les nuances, comme aussi tous les chapeaux, y compris les casquettes. Quelques-uns mêmes saluent simplement de la main, en un petit geste, familier ou prolecteur. Depuis quelques années, une modification tend à s'établir dans le salut. Tout le monde est soldat et ce passage h la caserne se retrouve dans certains gestes et certaines

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allures, notamment dans le salut. Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer des gens qui se saluenl simplement, en portant la main au chapeau, à la visière, et en esquissant ainsi, plus ou moins, le salut du soldai. Ce procédé se vulgarise el se généralise davantage de jour en jour.

Puisque nous venons de parler <lu saint militaire, décrivons-le :

Le militaire, lui, m* se découvre pas pour saluer; il n'a pas à offrir sa tète, lui, qui prend celle des autres, el cette singularité, outre qu'elle a I avantage de conserver à l'homme l'allure, la raideur, la ligne, qu'il perdrail s'il enlevail plus ou moins gauchement son képi ou son casque, embarrassé d'aigrettes, do plumets, de pompons et lourd : celle singularité a encore l'avantage de perpétuer le souvenir de la caste qui se croit toujours d'essence un peu supérieure au commun des mortels.

Pour enlever sa coiffure, le militaire a besoin de l'autorisation de son supérieur : « Là, mon ami, je nous autorise

à enlever voire casque el à ressembler, pour un instant au

banal pékin! » Chez le soldat, le salul s'effectue donc couvert. Il se fait avec le bras el la main, ou avec les armes. AveC la main, il y a deux théories : la française el la prussienne, la paume <>u le dos de la main. Différences de races, la première est plus gracieuse, peut-être, plus emphatique

aussi ; la seconde est sobre, sèche, raide. peut-être aussi plus

militaire; au fond, ce sont des nuances qui se perdent dans le salut des armes. Celui-là est le même partout. Les officiers saluent de l'épée, avec ce geste si connu de la main en tierce abaissant l'arme ; les soldats, suivant le grade de celui qu'ils

Salut du soldat français.

saluent, en rectifiant la position, portant ou présentant 1rs armes. Pour saluer, le drapeau s'incline dans l'armée;

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SS ci t ii t du soldiit prussien.

s'amène dans la marine à bout de drisse, ou seulement à

mi-mât. Suivant l'importance, trois fois chez nous, une fois seulement dans les marines étrangères.

Jusqu'à ces derniers temps, au contraire du soldat, le marin saluait eu enlevant son béret ou son surouat.

La politesse internationale veut qu'on salue à coups de canon. Coup pour coup. C'est là une règle inexorable du code maritime moderne et l'on est sérieusement à cheval sur ce règlement . La France seule, à un moment de son histoire, sous Louis XIV, s'est fait saluer la première, obligeant les autres à amener leur pavillon, alors qu'elle n'amenait pas le sien ou ne l'amenait qu'après, et ne rendant pas coup pour coup.

Mais l'étranger subissait impatiemment cette marque de suprématie, et, peu après Colbert, la France est rentrée dans le droit commun.

Le salut international ne se rend qu'après un échange de visites, dont le but est de prévenir qu'on va saluer et être prévenu qu'on sera en échange, aussi, salué ; il ne se rend pas après le coucher du soleil, et, étant donné le prix du coup de canon, peut s'élever jusqu'à cinquante mille francs. Pour dire bonjour, c'est cher. Ajoutons que, théoriquement, il ne doit pas se faire avec une seule pièce, mais avec toutes celles du bord successivement, et, de seconde en seconde, ou de minute en minute, le chronomètre en mains. Des deux côtés, an officier compte les coups.

La description complète du salut au canon et ses règles de politesse internationale, nécessiterait presque un volume, elle fourmille d'anecdotes. Mais, cela nous ferait sortir du cadre du geste. Arrêtons-nous donc là dans cette description. Aussi bien il nous faut parler, maintenant, de la poignée de main.

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Comme aurait pu dire Chamfort, la poignée de mains est l'échange de deux fantaisies, et le contact de deux épidémies, elle est banale ou sympathique, finisse ou vraie. Peu Grévy en avail fail un comble : il fendait veule et flasque sa main, que vous présentai! le bras au bout duquel elle pendait ; c'était mou comme un chiffon et d'un singulier contact, et surtout pas compromettant pour lui. On avait envie de s'essuyer après.

('-eux auxquels il l'a serrée se rappellent, par contre et en parlent, la poignée de main de Boulanger; à celle-là. paraît-il, on ne résistail pas. C'était un poème, main de fer sous un regard de velours.

Au demeurant, ainsi que nous l'avons dit, la poignée de main est peu variée en tant que geste propre. Il y a leshake hands anglais, donné et reçu à pleine main, et qui consiste à se secouer, comme si on voulu! se désarticuler le bras; la pleine main de l'homme fort, vaniteux, qui, dans ses moindres actes, veul faire ostentation de sa force et vous serre à vous broyer la main; la pleine main de l'ami, bonne cl franche dans une petite étreinte; celle de l'amie, enfin, qui lient plutôt du contact de peau.

Dans les demi-main, nous avons les poignées de main honteuses, effarées, équivoques, douteuses ef lom bes, suivant les caractères, les actes, le passe. Celles, enfin, des gens qui suent des mains. Signalons aussi la poignée de main qu'on se donne à soi-même eu passant loin de quelqu'un, geste qu'on lui montre, mimique de la mimique, et qui veut dire : je vous la serre.

Beaucoup de gens se confenfenl de tendre un ou plusieurs

doigts. Ce sont les imbéciles d'un autre ordre que les forts C'est, en général, en signe de supériorité, protection ou mépris. Voilà tout ce que donne la poignée de main comme geste, l'expression de la physionomie, le plus ou moins d'empressement à la tendre ou à la recevoir ; telles sont les nuances, gestes de derrière la tète, qu'il faut plutôt deviner et qu'on sent.

Au milieu de cet ensemble silencieux, éclate, sonore, bruyante et brusque, la tape dans la main de l'Auvergnat à l'Auvergnat. Le jeu de la main chaude, qui s'en rapproche, est bien un geste, mais n'est pas une poignée de main.

Avec la main, le geste peut, quelquefois, dépasser la pensée, on l'appelle alors gifle ou coup de poing, c'est encore la main qu'on donne... sur la figure; d'autres fois, c'est le pied qui s'aventure. La basane que taille le soldat, cette conversion à pivot fixe, le pouce formant le pivot et les quatre doigts l'aile marchante et qui se fait sur la cuisse, est difficile à classer, en sa singulière expressivité. Glissons !

Terminons cette énumération en signalant d'abord l'ennemi du geste, le photographe, avec son éternel : Ne bougeons plus l Puis stigmatisons l'affreux geste, l'épouvantable mimique du pianiste; cet être dont, suivant le proverbe biblique, la main droite ignore ce que la main gauche fait.

Objet de répulsion et d'horreur, ce genre de musicien pululle, c'est l'opprobre du geste, qui mériterait, certes, de mourir, tué par le dernier des gestes, celui du cordon à Deibler.

Le gcslc dépassant la | séc.

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