‹ Le gesteChapitre 13 sur 34 · DE LA VIE · texte numérisé non relu

DE LA VIE

LA MIMIQUE ni MATIN — COMMENT ELLES METTENT LB1 us CHEMISES LA PANTOMIME DE L'OMNIBUS — L\ MIMJQ1 l". in FLIRT t \ DERNIÈRE PANTOMIME

(liiez la femme comme chez l'homme la mimique du matin est, en général tout au moins, molle et cotoneuse, les gestes manquent pour la plupart de conviction, d'énergie. Le corps est encore un peu sous l'influence du sommeil.

Cette mimique se compose de quatre séries de gestes : l" les gestes essentiellement mous et lents: 2" les gestes rapides ; T les gestes rudes; V les gestes doux et moelleux.

Les gestes mous et lents sont : se frotter les yeux, bâiller, s'étirer les bras, se presser les seins à deux mains ; les gestes rapides : sauter à bas du lit; les gestes rudes : le tub, le brossage des cheveux à l'anglaise, L'essuyage ; les gestes doux et moelleux : le frisage des moustaches, le tressage des cheveux, la coiffure.

En résumé, quatre périodes, on le voit, avec intermèdes de brosses à dents, brosses à ongles, boutonnages de boutons et lacetages divers.

L'une des périodes comprend un épisode curieux et intéressant suivant les cas : le passage de la chemise.

Ce passage ne compte pas chez l'enfant ; il se fait en deux temps, trois gestes chez l'homme, mais donne lieu chez la femme à toute une mimique des plus diverse, quelquefois des plus compliquée que nous allons exposer.

Première manière. — Son confesseur lui a dit : « Comme vous voudrez », et elle y va bonnement; d'ailleurs, elle est chez elle, toute seule dans sa chambre à coucher; sa conscience est pure, tranquille, reposée ; elle ne se doute même pas que cela puisse être amusant. Chez elle la chemise est vn grosse toile et large; elle n'a rien à montrer, à cacher ou à mouler, partant le geste est simple, facile, ample, comme la chemise. Un petit geste d'épaules et du haut du bras, ça y est, la chemise de nuit est tombée, roulée maintenant en cercle autour de ses petons. Un peu de chair de poule, un imperceptible frisson occasionnés par le frottement rapide de la toile, puis, houp ! d'un seul coup, d'un geste du bout des bras bien tendus en l'air, la chemise de jour, large aussi, sans entre-deux ni entre... trois est enfilée. Sa vertu y est à l'aise, comme dans un sac.

Deuxième manière. — On la lui a apprise au couvent et elle Ta conservée parce qu'elle a des... inégalités qu'elle ne serait pas bien aise que l'on vît et qu'elle ne veut pas s'avouer à elle-même. La chemise est plus étroite. D'instinct d'abord elle jette un coup d'œil circulaire dans la chambre, surcroît de précautions : on ne sait pas, après tout. Puis, se tournant vers le mur, elle sort d'un geste étriqué un bras, puis l'autre ; alors elle saisit le milieu de la chemise avec

LE G KSI E QUOTIDIEN

les dents, pour la maintenir, et ne montrer qui, et quoiqu'il arrive, que ses épaules et tout à fait le haut du dos. Après cela, avec une gaucherie de canard domestique, à petits -estes contournés et faux, elle passe sa chemise de jour par dessus sa chemise de nuit, qui l'arrête dans sa course, à laquelle elle s'accroche en une série de plis affreux qu'il l'a ut défaire à tout moment.

L'opération est laide, compliquée, antimimique el antistatuaire au suprême degré : la chemise est en coton et a des soufflets devant. Fi ! heureusement que la femme esl seule; ne la troublons el ne nous troublons pas. el laissons la chemise de nuit maintenant glisser solitaire sous l'autre jusque par (erre le long du corps. ( k'rlaineinenl il n'y aura pas de frissons ni chez elle, ni chez nous.

Troisième manière. — Son vieil ami sérieux, membre de l'Institut de France (section des sciences exactes le lui répète tous les jours : « Il n'y a encore que vous, ma chère, qui sachiez changer de chemise. » Elle le sait dès bien, d'ailleurs, puisque c'est sa profession, el la mimique chez elle confine à l'art.

Au demeurant, la chemise esl chez elle un prétexte, elle colle à la peau dont elle a les teints blancs et roses, el transpare comme un véritable maillot.

Son changement est une manœuvre savante, un judicieux emploi de la mimique pour faire valoir et l'étoffe et la peau. Tous les gestes se font de haut en bas el tendent à faire descendre, dégageant d'abord les bras, puis la gorge, puis tout le corps, et jamais la chemise ne doit passer par-dessus la tète.

C'est le vieil ami de l'Institut (section des sciences exactes) qui en a dessiné le modèle, choisi le tissu, indiqué l'endroit où devaient se placer les nœuds, bouffe ttes, initiales et autres futilités capitales auxquelles elle sert de soutien.

La chemise est un cache-peau qui permet de tout montrer et de tout laisser voir.

LA PANTOMIME DE L'OMNIBUS

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