‹ Le gesteChapitre 2 sur 34 · I . Fémur. — 2. Col du fémur · texte numérisé non relu

I . Fémur. — 2. Col du fémur

Tète du fémur. — i. Rotule. — 5.

Tibia. — 6. Péroné. — 7. Malléole interne. — 8. Malléole externe. — !). Os du tarse.

— 10. Os du métatarse.— 11. Phalanges.

bitude, le long travail de l'es-

Bras, avant-bras et main.

pèce à travers les Ages a peu h peu modifié les articulations, les muscles et l'ossature du membre supérieur au fur et à mesure que la fonction du geste s'est perfectionnée. Une fois de plus, suivant l'immuable règle naturelle , la fonction a fait l'organe, l'a adapté à ses

l. Humérus. — 2.

Badius.— 3. Cubitus.— <i. Apophyse olécranc. — 5.

Os du carpe. — (>. Os du métacarpe. — 7. Phalanges.

nécessités. Les jambes sont devenues des bras et la marche un geste.

Position du squelette de l'homme pendant un gesle.

Ces caractères anatomiques se retrouvent, quoique moins ■nets et moins précis, chez les singes.

Chez les anthropoïdes seuls ils sont développes i-oinme

L'ANATOMIE DU GESTE

( liez l'homme : même indépendance <ln membre supérieur, angle de torsion numérale de 150° environ, alors que celui du nègre n'es! que de 154° et celui dublanc <!<■ ION".

En résumé, l'homme et le singe supérieur sont anatomiquement préparés au geste; il manque au second, nous l'avons dit, pour y arriver tout à fait, l'éducation.

SÉMÉIOLOGIE DU GESTE

ACQUISITION l»l MOI Kl Dl GESTE PREMIER GESTE REFLEXE, LA PRÉHENSION — L'ENFANT ET LE SINGE HUE TOTO! — LE BAISER — LES MARIONNETTES LA FOURCHETTE ET LA CUILLER EN 12 TEMPS L'AGE INGRAT LE PETIT HOMME LA PETITE DAME FIN DE !,\ PÉRIODE l>K L'ENFANCE

L'anatomie nous a appris que les circonvolutions cérébrales, sièges des localisations du geste, n'existent pas encore, ou n'existent qu'à l'état rudimentairc chez l'enfant : nous pouvons donc a priori déclarer que le geste n'est pas inné, contrairement à l'opinion généralement reçue, mais qu'il s'acquiert et que son évolution aide peut-être au développement des circonvolutions, en même temps que des muscles, en vertu de la loi que nous avons énoncée et qui enchaîne l'organe à la fonction. Chez l'enfant donc, le geste n'existe pas.

Les mouvements désordonnés et inconscients auxquels il se livre, ne sont pas, en effet, des gestes ; l'enfant répond par du mouvement réflexe aux sensations extérieures cutanées qu'il ressent. L'enfant remue, il réagit à sa manière, mais il ne gesticule pas. Ces mouvements désordonnés sont chez lui au geste ce que le cri est à la parole ou au langage :

une manifestation incohérente, inconsciente et primitive,

précédant la faculté qui s'en dégagera et en sortira plus tard ; c'est le langage, c'est le geste, en puissance peut-être, mais ce n'est pas encore lui.

Les mains et les bras, les jambes et les pieds, sont d'abord pour l'enfant des palpes, des tentacules, des organes de tact et de reptation, qui le mettent en rapport avec le monde extérieur ; ce n'est que bien plus tard que des gestes d'abord rudimentaires se montrent (préhension des aliments surtout et défense), et tout à fait plus tard encore que le geste naît, par imitation d'abord, par étude ensuite, par habitude, qui devient inconscience enfin.

Donc, pas plus que l'idée et que le mot, le geste n'est inné. Gomment s'acquiert-il? Puisque nous avons parlé de l'idée et du mot, prenons-les comme termes de comparaison et analysons-les : notre analyse s'appliquera au geste tout naturellement.

Vous ètes-vous quelquefois demandé comment une idée, un mot et un jugement, pouvaient naître chez l'enfant ?

Gela est intéressant à dire et pour l'expliquer prenons, si vous le voulez, un mot banal, pouvant servir à l'association de diverses sensations, et partant de diverses idées. Voyons le chemin qu'elles vont suivre et le travail cérébral qui va se faire pour en arriver à l'idée, puis au mot.

Voici une cloche, par exemple. L'enfant voit pour la première fois une cloche ; instantanément il acquiert une notion visuelle : une image s'est empreinte sur sa rétine qui l'a transmise au centre cérébral auquel elle est plus spécialement destinée. Mais cette notion est banale et ne lui dit rien.

Plus tard, l'enfant entend sonner une cloche qu'il ne voit

pas ; il acquiert alors une notion acoustique : un son a frappé son tympan qui l'a aussi transmis au centre cérébral de deslination ; mais cette deuxième notion est encore quelconque, c'est un son. Puis un jour, il voit remuer une cloche et entend le son ; aussitôt, un jugement se fait de la réunion des deux sensations ; il sait que ceci fait cela, les deux notions visuelles et acoustiques, jusqu'alors séparées et indifférentes, se sont rejointes et fondues, tellement que maintenant, quand il entendra sonner, cérébralement il se représentera la cloche dont il verra et évoquera L'image, et quand il verra une cloche, cérébralement aussi il en entendra le son.

Mais jusqu'ici il n'aura pas encore le mot. Pour lui, la cloche sera din g ding ou dong dong, mais elle ne sera pas encore la cloche.

Pour cette nouvelle acquisition qui complétera le cycle total de l'idée, il sera nécessaire; (pie le père ou la mère prononcent fréquemment le mot cloche à l'ouïe du son ou à la vue de l'objet, en attirant dessus son attention. L'enfant le répétera d'abord en bégayant, c'est-à-dire en boitant de la langue, il dira cosse, c/osse, coche, jusqu'à ce que l'imitation complète, l'habitude aidant, lui fasse prononcer cloche, lorsque ses muscles gesticulateurs du langage articulé seront dressés. Mors il aura non seulement le mot, mais l'accent, c'est-à-dire la façon de le prononcer. Dès lors aussi, le cercle sera complet, et son esprit se promènera sans peine du mot à la chose et de la chose au mot. L'idée s'affinera, se perfectionnera, se complétera plus tard, en différenciant entre elles les cloches différentes et les sons différents.

Ce que nous venons d'exposer est si vrai, le cerveau es(

tellement habitué à cette forme d'acquisition que toute la vie la trace en reste chez l'homme dans le phénomène de la mémoire. C'est ainsi que, pour débiter ou raconter quelque chose, les uns, tandis qu'ils parlent, se figurent cérébralement voir et lire la feuille de papier sur laquelle ce qu'ils disent serait écrit; les autres, au contraire, entendent cérébralement, pendant qu'ils parlent, prononcer et souffler en quelque sorte à leurs oreilles les mots et les tirades qu'ils vont débiter. De là, deux manières chez l'orateur : le premier est un visuel et le second un auditif.

Cette expérience est des plus simples et chacun peut, très facilement, la répéter sur soi. Imaginez-vous que vous récitez quelque chose, et tout de suite, en parlant, vous verrez ou vous entendrez cérébralement, vous serez un visuel ou un auditif et, ajoutons-nous, il vous sera absolument impossible de vous rappeler quelque chose sans invoquer la vue cérébrale ou l'ouïe. A cet égard, il n'y a pas d'indifférents. Le cerveau vit d'images qu'il évoque ou qu'il compose, mais toujours d'après des choses vues ou entendues en les amplifiant ou les diminuant.

Est-il besoin maintenant de recommencer cette même analyse minutieuse pour le geste ? Évidemment non. Il est facile de se représenter les mêmes notions de gestes, d'abord acquises par la vue, coordonnées par l'imitation, puis éduquées, en passant comme le mot, par les mêmes phases de bégaiement des bras et des jambes, c'est-à-dire d'incoordinations et d'hésitations.

Entrons maintenant dans l'étude du geste lui-môme chez l'enfant. Le premier de tous, nous allons le montrer, est un

réflexe une pure contraction musculaire répondant à une excitation.

Le docteur Louis Robinson en a, dans une revue anglaise, le Nineteenth Century, fait une étude curieuse.

On sait que les singes de toutes les espèces possèdent une poigne tout à fait remarquable, une aptitude tout à fait spéciale à se tenir suspendus par les mains. Cette faculté n'appartient pas seulement à l'animal adulte, mais aussi au singv nouveau-né. Lorsqu'une guenon s'enfuit d'arbre en arbre, elle ne s'inquiète nullement de son petit. Ce dernier s'accroche vigoureusement à la toison de sa mère et arrive à bon port en même temps qu'elle.

Le docteur Robinson s'est demandé si cette faculté existait aussi chez le nouveau-né humain? Il a examiné à ce point de vue une soixantaine d'enfants depuis les premières heures de la naissance. Dans tous les cas, sauf deux, le bébé a pu se tenir suspendu pendant dix secondes au moins soit aux doigts de l'observateur, soit à un morceau de bois, comme un acrobate à une barre fixe. Dans douze cas, des bébés d'une heure ont pu se tenir pendant une demi-minute sans lâcher prise. A quatre jours, malgré l'augmentation de poids, l'enfant pouvait toujours se soutenir pendant une demiminute.

C'est vers le quinzième jour que la poigne devenait La plus forte. Certains enfants pouvaient se tenir une minute et demie ; un, a pu pendant deux minutes trente-cinq secondes. A partir de cette époque, le poids du nouveau-né augmente très rapidement et la durée de la suspension devient de plus en plus courte.

Des photographies prises par le docteur Robinson, il résulte que l'enfant se tient les bras allongés, les jambes repliées, tout à fait dans la môme attitude qu'un singe.

Pour se rendre compte que c'est là un véritable exploit musculaire, un homme robuste n'a qu'à essayer de s'accrocher dans cette position, à une barre fixe, il sera stupéfait du résultat.

Si l'attitude générale est la même pour les enfants et pour les singes, il y a pourtant une grande différence dans leur mode de préhension de la barre, qui est absolument contraire à ce que l'on croit généralement.

Tandis que les singes opposent le pouce aux autres doigts et embrassent complètement la barre avec les mains, on voit frès nettement sur les photographies du docteur Robinson, que les enfants tiennent le pouce appuyé contre l'index, ce qui était considéré comme un caractère exclusivement simiesque.

Disons en passant que cette non-opposition se rencontre aussi chez la femme. Prenez, en effet, dix, cent, mille hommes, priez-les de fermer le poing, tous le feront en ramenant le pouce sur les autres doigts, en opposant. Si, au contraire, on fait cette expérience sur des femmes, on constatera que toutes laisseront à leur pouce une situation perpendiculaire aux autres doigts.

En résumé donc, l'enfant s'accroche avec la même force mais beaucoup plus mal que le singe, une preuve peut être à l'appui de l'opinion de ceux qui veulent que l'homme soif, un singe dégénéré, loin de descendre du singe; une preuve peut être aussi contre l'opinion de certains nègres qui préten-

dent que leurs grands frères les singes, plus malins qu'eux, se l'cfusent à parler et à faire des gestes de peur qu'on ne les oblige à, travailler.

Done l'enfant, on le voit naît clown (on ne s'étonnera plus maintenant de voir tant d'hommes, se rappelant leurs origines, devenir des saltimbanques), et son premier geste est un réflexe de préhension.

Tout de suit»; après La naissance, le développement prédomine tout, l'enfant mange et dorl ; son cycle vital est tout entier dans ces deux occupations; Aussi son geste de préhension va se généraliser et occuper lonle la scène : d'abord, saisir entre ses peliles menottes les seins de sa nourrice qu'il malaxera en tétant, mais il ne se bornera pas là ; il essayera • le prendre et d'attirer à lui tout ce qui se trouvera à portée de sa main, ou frappera son regard ef cela, il le fera (le deux façons : OU bien, il saisira à pleines mains el tirera violemment un coin de nappe on de linge flottant;, entraînant loul, ce qui est dessus, ou bien il posera sa menotte à plat, poum ! toul d'un coup, au beau milieu d'une assielle qu'il attirera sur le bord (le la table, el qui, naturellement, tombera par terre el s'y brisera.

La barbe de son papa ou son lorgnon font souvent tous les trais de celte première étape du geste.

Quoi qu'il en soit, l'enfant porte immédiatement a sa bouche, loul ce qu'il prend, indifféremment, soit pour aider pendant la dentition la sortie et l'évolution des dénis el calmer les douleurs de ses gencives, soit tout simplement pour sucer.

Manger, il ne connaît (pie le geste qui correspond à ce

besoin, le premier de tous pour lui, à cette période de son développement.

Ou bien il posera sa menotte à plat, poum !

Cependant la préhension n'est pas encore chez lui un geste voulu, réfléchi : c'est bien plutôt encore un réflexe inconscient. Nous voyons, en effet, l'enfant ouvrir la main et lâcher

ce qu'il vient de prendre ou de saisir, pour peu qu'on lui pré-

La barbe do son papa ou son lorgnon font souvent tous les frais do cette première étape du geste.

sente autre chose et que cette autre chose attire son attention. La préhension répond à la sensation visuelle ou tactile et

suit les modifications ou les alternatives de ces sensations. L'enfant ne prend pas, il ramasse ; il ne jette pas, il lâche tout, sans sélection, sans intervention de la volonté, ouvrant puis refermant sa menotte, tout bonnement.

C'est l'âge où l'enfant tette son pouce ou son gros orteil. Vers la fin de ce premier cycle, qui dure de la naissance à six mois environ, se montrent les premiers trépignements des bras et des jambes et des secousses dans tout le corps qui s'accompagnent de rires immodérés et de pleurs immodérés aussi. Il est difficile de préciser si c'est de la colère, du plaisir ou du geste, ou tout bonnement l'extension des réflexes.

En résumé, pendant cette période que l'on pourrait caractériser d'un mot, la période des réflexes, l'enfant n'a pas encore de gestes conscients proprement dit : il réagit simplement, c'est-à-dire que si on le touche, si, par exemple, on lui gratte le creux de la main, celle-ci se referme et vous serre le doigt, automatiquement, comme le ferait la pince d'un crabe ou les feuilles du dionea muscipula.

C'est la période correspondante pour le langage à celle de l'acquisition des notions banales de la vue d'une cloche ou de l'ouïe du son.

Bientôt cependant l'enfant se développe, il commence à voir et presque à regarder et les gestes voulus vont commencer. Mais là encore, il y a une gradation.

Tout de suite, nous trouvons le gros geste d'ensemble, incohérent. L'enfant est au maillot, aux bras de sa nourrice, lorsque passe un cheval attelé à une voiture. Le bruit étonne l'enfant qui s'arrête brusquement, ses petons en l'air, et regarde de son grand œil profond étonné, le sourcil froncé et

relevé, la chose qui fait ce bruit. Puis il tourne la tête vers sa nourrice pour l'interroger à la muette.

— Qu'est-ce que c'est que ça ?

— Hue toto ! fait alors la nourrice, hue toto !

Monsieur Bébé a compris : il remue ses jambes et se soulève à demi dans son maillot, sur le bras qui le porte, au moyen d'un haut le corps énergique ; ses deux bras s'agitent follement au-dessus de sa petite tète, sa bouche s'ouvre toute grande en un humide et adorable sourire, toute une joyeuse grimacettc rieuse contracte sa physionomie et un essai de langage articulé a lieu : « U, u, oo ! » Voilà tout ce qui sort pendant la petite mimique et la petite danse du ventre ; mais la mimique supplée le langage absent : le haut le corps, les bras en l'air et la grimacettc, en langage bébé, cela veut dire : cheval et en général tout ce qui remue et fait du bruit. Ici encore le mouvement est un geste qui a sa signification.

Mais l'enfant a encore grandi, il a un an, il voit bien à présent et observe presque ; l'œil jusqu'alors grand, toujours ouvert et si remarquable par son regard vague et constamment comme étonné, se fixe, et l'imitation va lui fournir ses premiers gestes voulus.

Le premier de tous est le baiser, qu'on lui apprend à envoyer au moyen des deux bras arrondis en corbeille de Heurs. Il L'imite gauchemenl, sans netteté, mais avec une naïveté gentille, faisant aller vaguement sa main dans un vaet-vient au bout du bras et tout d'une pièce, parce que ses articulations sont encore raides et entourées d*un gros bourrelet de graisse qui empâte le bras et semble l'immobiliser.

Un second geste appris accompagne souvent le précédent avec lequel il se confond même en général. C'est celui qui est bien connu sous le nom de les Marionnettes.

Maman, ou la nourrice, pour occuper Bébé ou le distraire, lui agitent devant les yeux, la main, les doigts en l'air en forme de bouquet, et ce geste qui l'amuse, Bébé le retiendra bientôt. Les marionnettes durent, en général, jusqu'à l'âge d'un an.

Pendant cette période, l'enfant commence aussi déjà à prendre volontairement. La caractéristique de son geste est alors celle de son caractère, c'est-à-dire la gravité inconsciente. Il n'a encore ni passé, ni avenir, il ne sait encore rien, ne pense rien, le présent existe seul pour lui, l'occupe, l'absorbe; le geste ou l'acte de maintenant résume sa vie.

Le peintre a bien saisi ce moment rapide et comme de transition, lorsqu'il nous présente l'enfant versant, avec une gravité sans pareille, du lait au moyen d'une cuillère dans le mouvement d'une montre.

Écoutez-le, il retient son souffle ; regardez ces deux yeux tout grands ouverts et qui, à force de fixer, louchent ; tout son être, son moi, est concentré sur ce tic-tac qui luit, dans lequel il verse quelque chose de blanc qui dégouline. Demandez-lui donc pourquoi ?

Et chose curieuse, toute cette attention soutenue est sans conviction. Un cri, un appel, et il lâche tout, montre et cuillère. C'est déjà le passé qui n'existe pas pour lui, qui n'existe plus. Encore une fois, il va être tout entier à un autre présent.

A cette époque, l'enfant est la joie de la famille; c'est un

petit poupard, une poupée, la marionnette de la maison, animée et drôlichonne, le bonheur des yeux. On se le passe de mains en mains et on ne cesse de lui dire : « Fais marionnette, ou bien fais risette, ou bien encore, envoie un baiser à la Dame ou au Monsieur ! Tout son répertoire mimique est d'ailleurs là.

Mais à cette époque aussi, triste revers de la médaille, peuvent apparaître les maladies qui transformeront le berceau en cercueil. L'horrible méningite, avec son geste si caractéristique de roulement de doigts ou de ramassage diffus, saisira l'enfant insidieusement pour accomplir rapidement son œuvre. L'enfant parti, un jouet sur le lapis de la chambre, une forme vague laissée dans le berceau, un pli, vivant encore, des langes dessinant un geste, c'est tout ce qui restera de lui. Il a été continuer le rêve à peine ébauché dans un monde d'où l'on ne revient pas, laissant à la mère le souvenir de son dernier regard et de son dernier geste qui se sont ;ulressés à elle, tous deux.

Ou bien alors encore les différentes paralysies infantiles le guettent qui enlèveront au pauvre chéri et peut-être à jamais, les gestes si délicieusement naïfs dont il tirait son plus grand charme. Adieu les belles couleurs, adieu les mignonnes mines, adieu les joues vermeilles et rebondies, l'enfant a pris tout à coup l'aspect vieillot ; sous sa peau ridée et sale, les muscles grêles et flasques se dessinent ainsi que les os, aux bouts devenus noueux. En quelques jours, la transformation s'est faite, l'enfant est devenu un affreux môme en baudruche plissée, sans plus de ressort ; il s"est effondré, le geste ne peut plus avoir lieu. L'athrepsie est là

qui l'emporte dans un vrai marasme sénile épouvantable à voir et tel que nous le retrouverons chez le vieillard, au déclin de la vie. Tant il est vrai que les extrêmes se touchent et ne font qu'un. Tout jeune, l'enfant est mort comme un vieux.

Mais voilà monsieur Bébé, qui a victorieusement franchi ce cap redoutable. Il va avoir deux ans, il marche et a conscience de lui. Déjà il mange à la grande table, assis dans la haute chaise que l'on sait.

Là, toute une éducation du geste va se faire, qui commence par la tenue de la fourchette et de la cuillère en douze temps. Ici les idiosyncrasies personnelles vont se montrer, se faire jour dans le plus ou moins d'adresse à imiter papa ou maman; ici aussi, le geste se va ressentir des différences de sexe; gracieux et lent chez la petite fille, il sera plus anguleux et brusque chez le petit garçon.

Pendant cette période retentissent les : « Tiens-toi bien ! Voyons Bébé, on ne met pas ses coudes sur la table ! Voyons, prends donc ta fourchette de la main droite ! etc., etc. » C'est aussi la période des premiers jouets, celle pendant laquelle l'enfant s'endort avec toujours le même geste, son jouet favori entre les bras, qui est quelquefois le plus vilain de tous ceux qu'il a.

De deux à quatre ans, l'enfant a beaucoup grandi, il comprend bien. Déjà la coquetterie se montre chez la petite fille, avec ses airs penchés et dans ses imitations des gestes de maman. C'est ainsi qu'elle se mettra un chiffon, une serviette sur le dos, dont le bout traîne par derrière sur le sol et elle se retournera en marchant, pour simuler la robe à queue de

sa mère. L'enfant, le garçon, en est encore au salut gauche de tout le corps, fait avec les deux bras ballants.

Puis, vient l'âge bêta, quatre ans, l'âge boudeur, des mains devant la figure, des mines et des gestes timides, grognons, qui dure plus ou moins longtemps.

A cinq, six et sept ans, enfin, l'enfant est fait, le geste se fixe.

La petite fille donne déjà des leçons de gestes à sa poupée, et pour le petit garçon le moment des singeries va commencer. C'est l'Age des doigts dans le nez, des pieds de nez, des grimaces ; celui où le vocable « Zut! » s'accompagnera de toutes espèces de gestes, depuis le classique, la main gauche derrière la nuque, pendant que le bras droit basculera devant la figure en forme de coude cygne, jusqu'aux gestes les plus imprévus et les plus audacieux ; l'âge du geste d'attraper les mouches, l'âge de la première cigarette essayée eu cachette avec l'horrible nausée qui suit ; l'âge du petit homme, c'est-à-dire celui où l'enfant s'ingénie de toutes les façons à singer l'homme, avec des mines sérieuses, des poses, le frisage de la moustache absente, affublé des vêtements et des coiffures de papa. Période de transition que celle-là, et ingrate, l'âge sot en un mot où le petit garçon a perdu la grâce, le charme, la naïveté de l'enfance, où il peut être charmant, niais aussi, et le plus souvent, désagréable, fcrrible\ parfaitement insociable et montrer tous les défauts de l'enfant mal élevé et gâté. Période enfin, où les lésions osseuses apparaissent, tumeurs blanches des membres, coxalgie ou mal vertébral de Pott, qui en feront définitivement un bossu ou un boiteux, un ankylosé enfin, chez lequel le geste n'existera plus qu'à titre de grimace.

Cette période peut durer jusqu'à douze et quinze ans. Dès lors, l'enfance est terminée, le geste est acquis et appris, il restera toute sa vie ce qu'il est. Son éducation normale et naturelle est complète, il lui faudra maintenant seulement se modifier, se perfectionner, suivant les habitudes, les aptitudes, les circonstances professionnelles ou de milieu.

LA PETITE FILLE — LA JEUNE FILLE - LA VIEILLE FILLE LA FEMME — LA MÈRE — LA GRAND' MÈRE

Avec la femme nous abordons le grand, l'éternel problème : la femme! tout et rien, morale et philosophie, poésie et prose, être essentiellement mobile et dont le geste est partant des plus incertains, des plus rapides et des plus difficiles à fixer aussi.

Et tout d'abord, en ce cas spécial, l'homme est mauvais juge; partial en deçà ou au delà. Ce n'est jamais, on peui le dire, sous son vrai jour qu'il voit la femme, mais bien à travers lui-même et comme il se l'imagine et voudrait qu'elle fût.

Cherchez trois hommes, cela se trouve, qui aiment la même femme; tous trois l'aimeront pour des qualités physiques et morales différentes, quelquefois diamétralement opposées. L'un vante ses cheveux blonds, la grâce de son geste, sa bonté, son charme; l'autre ses cheveux châtains, la résolution presque virile de son geste, sa décision d'esprit, son raisonnement ; pour l'un elle est enfant, pour le second

elle est femme, pour le troisième elle n'est rien de tout cela. Et pourtant c'est la même femme. Est-ce illusion d'optique, illusion intellectuelle de l'homme qui la fait paraître différente à chacun? ou n'est-ce pas plutôt la malice inhérente à son sexe qui la pousse à se comporter, avoir une manière d'être différente pour et avec chacun de nous?

Chez cet être protéiforme , allez donc fixer un geste, essentiellement protéiforme aussi.

Au surplus, si tout est, sinon faux du moins changeant chez la femme, il ne faudrait cependant pas l'en accuser tout à fait. Ce n'est point sa faute. Anatomiquement et socialement, en effet, la femme est bâtie et faite pour gesticuler, agir et répondre faux.

Le geste est faux chez la femme et tout contribue à le fausser. Voyez son anatomie spéciale, ce bassin énorme qui la caractérise, qui la justifie, qui est son but et sa raison d'être; à cause de lui, tout le reste est prétexte, simulacre et n'est là que pour l'ornement, le clinquant. A quoi donc chez elle servirait le geste? est-ce que cela a trait au bassin?

A cause de ce bassin, les jambes sont cagneuses en dedans, la femme qui a les jambes droites est mal faite et doit avoir un vice du bassin; à cause de ce bassin, les hanches sont énormes, le haut du corps s'étrique, les bras eux aussi se cagnent, et le geste avec eux. La femme prend en dedans et donne en dehors, ce qui est le contraire de la vérité, en fermant la main et serrant le poing elle n'oppose pas le pouce mais le laisse parallèle avec les autres doigts, enfin elle lance de haut en bas.

Tout cela toujours à cause de son bassin, qui la fait marcher

• il

comme une canne qui court à l'eau et la fait ressembler clans l'ensemble à une grosse ficelle nouée par le milieu.

DÉTAILS INTIMES DE LA TOILETTE D'UNE DAME ÉGYPTIENNE IL Y A PLUS DE 3.000 ANS.

(Peinture murale de Tlièbes.)

Et ce sont là, disons-le bien, les caractéristiques de la lemme anatomiquement bien constituée, de celle qui remplira le but de celui qui l'a fabriquée et conçue, but qui est uniquement la reproduction.

Heureusement (soyons vite aimable), pour elle comme pour nous, ces qualités naturelles, cet état anatomique merveilleux, cette hygidité exquise ont été vite réformés grâce à la civilisation. Le corset, excellent gendarme, est venu faire basculer le foie, maintenir la rate, comprimer l'estomac, soutenir en l'amincissant et en la développant outre mesure la poitrine ; et son action atavique, lente mais continue, sans repos ni trêve, a même fini par avoir raison des os, jambes et bassin. Les autres parties du costume ont fait le reste ; et on est arrivé, de fil en aiguille, de coutures en boutonnières, de ceintures en corsets, de baleines en buses, à nous fabriquer un charmant petit être, comme il nous en fallait un, stérile, mais aimable, sans bassin, avec desseins énormes et des jambes droites, antinaturelle, dont le geste concordait bien avec ce que nous rêvions, et hystérique par dessus le marché.

La même intelligente sélection intellectuelle a eu lieu pour le geste, l'éducation a appris à la femme à ne se livrer jamais, de ce côté-là du moins. Tout la pousse, éducation, caractère et convenances sociales, à dissimuler ses actes comme ses gestes, à se tromper en nous trompant.

Dissimulation et complication, sous une apparence naturelle et simple, telle est la femme physique d'aujourd'hui. Il y a chez elle tromperie sur tout et en tout. Son geste est quelquefois un sourire, ou son sourire est un geste, réalité dont le mensonge seul est aimable et qui dit oui en disant non.

On conçoit, dans ces conditions anatomiques et sociales, combien il est difficile chez la femme de synthétiser le geste.

Quel type prendre en effet ou créer? Judith, Frédégonde,

Catherine de Médicis ou Jeanne d'Arc? Suzanne ou Mcssaline ? Peut-être toutes ensemble ; à coup sûr aucune d'elles isolément.

Quoiqu'il en soit, la femme est vraie, absolument, entièrement vraie, seulement quand elle est mère ; alors, anatomie et physiologie normale se retrouvent en elle, et pour un instant le corset disparaît et cède le pas au bassin, quoique à regret.

Mais puisque la synthèse est impossible avec la femme, il nous reste la dissection, l'analyse. C'est ce procédé que nous allons essayer d'employer en étudiant successivement, au point de vue du geste, la jeune fille, la femme, la mère, puis la mère-grand.

Si l'on en croit la Bible, le premier geste de la femme nous serait fourni par notre mère Ève, tendant la pomme à cet éternel imbécile : Adam. Mais c'est là de La Légende et il nous faut rester dans le domaine «les faits.

En étudiant l'enfant, nous avons laisse la petite fille en tète-à-tète avec sa poupée. Ce têtè-à-tête se prolonge souvenf pendant de longues années encore chez la jeune fille ou chez la femme, avec tous les gestes, toute la mimique qu'elle comporte.

Coudre, travailler pour sa poupée, la porter au bras, lui donner la main, la coucher dans son berceau ef l'y bercer, ou l'asseoir dans son fauteuil, friper ou défriper sa robe, passer sa main sous ses jupes pour lui tirer sa chemise, tels sont les principaux gestes du drame de la poupée : ils caractérisent, joints à une certaine gaucherie, la maladresse, L'âge et la période dite de la poupée.

Alors la jupe est encore courte et la jeune fille aborde certains jeux du garçon. La coquetterie avec ses gestes n'apparaît encore que par intervalles et la femme ne se soupçonne encore pas.

Le geste de la voilette.

Mais au milieu de ses jeux, subitement elle s'arrête : une évolution étrange se fait en elle qui, bien qu'on l'eût prévenue et qu'elle s'y attendît, la surprend.

Cette évolution, difficile ou facile, durera plus ou moins longtemps. C'est l'établissement de la puberté. Époque des

rougeurs subites, des hontes inexpliquées, des impulsions sans but et sans raison ; la puberté va modifier le geste

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