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LE PLUS INUTILE DES GESTES

Le geste de l'éventail.

comme elle modifie le caractère, les formes. Alors le, geste, d'audacieux et de garçonnier qu'il était, devient circonspect, craintif, la main qui se balançait librement avec le bras

pendant la marche, va se porter en avant d'où elle ne bougera plus guère parce que le bras sera dorénavant collé au corps.

Toute la mimique des mains et des avant-bras se passera devant la poitrine ou le ventre, pour indiquer, piquer une fleur au corset, porter l'ombrelle en travers ou le paquet. Un geste en haut pour se coiffer et un geste derrière pour soulever la robe qui devient longue, tel est le cercle étroit dans lequel la mimique, le geste évolueront désormais. Tout sera étriqué, étroit, réservé, depuis le poing sur la hanche des femmes du peuple jusqu'au petit geste de dédain ou de colère de la duchesse d'au-dessus. Tout geste de côté est d'ailleurs rendu impossible par la structure du bras et du corset ; la femme ne pourra pas se baisser et à peine s'asseoir obliquement et sur le rebord des chaises. Si elle tombe, elle est perdue : anatomie et corset lui interdisent de se relever.

Au milieu de ces incohérences anatomiques et sociales, le geste évoluera cependant. Elle aura d'abord tous les demigestes, les gestes réticents, modifiés ou arrêtés par l'idée perpétuelle qui la hante, qu'on la regarde. Soit qu'on l'admire ou qu'on la blâme, la femme ne gesticule jamais pour elle, ni pour l'acte qu'elle accomplit, mais pour autrui, perpétuellement comme à la scène ou au théâtre. Tout geste se passe chez elle et tout acte comme si le public en devait être confident.

De là chez elle aussi tout un monde de minutie, de manières, de fac-similé. La femme est l'éternel pastiche du geste ; elle en est l'esquisse et jamais le dessin.

Son anatomie, avons-nous dit, adultère, supprime ou modifie certains gestes ; il en est de même de son vêtement. A ce dernier point de vue, la femme a en quelque sorte des gestes obligatoires : tous ceux qui tendent, par exemple, à relever la robe et les jupes, celui qui consiste à porter au bras en travers comme un enfant, le parapluie, l'ombrelle ou le paquet ; à cause de son costume, la femme écarte les jambes quand on lui lance une balle pour faire de sa robe une large surface en panier ; à cause de sa robe et du sein, elle boit en tenant de l'autre main le mouchoir sous son verre ; son corset ne lui permet pas de se pencher de côté, puis, pour peu que ce corset soit cuirasse, il interdit tout geste en bas parce qu'il force la femme à se tenir dans une perpendiculaire impeccable, comme un véritable lil à plomb féminin. Alors les épaules se trouvent soulevées et tout le geste a lieu par en haut. Ce ne sont plus les bras comme chez l'homme qui se croisent, mais bien les avant-bras, et puisque le corps est forcément immobile, Les avant-bras seuls pourront bouger. Les bras jusqu'au coude resteront collés au corps, dès lors en compensation s'établira toute une mimique nombreuse des mains qui commencera par des contractions ou des jeux de doigts divers pour exprimer les sentiments, plaisir, crainte, colère ou impatience, et se terminera par des extensions des bras en avant, mains jointes, doigts entrelacés et plus ou moins serrés, la paume de la main en haul ou tournée vers le sol avec des tiraillements, «les petites façons de se pelotonner ou de s'étendre qui, les jours de grande joie ou de grande colère, se termineront par la crise ou l'attaque d'hystérie, manifestation, expression phéno-

ménalc du geste serré dans le vêtement et l'anatomie et qui a besoin, longtemps contenu, de déborder enfin.

L'hystérie chez la femme, ou tout au moins la petite attaque, c'est le bâillement ou l'éternuement du geste, la soupape de sûreté du geste, c'est la détente nécessaire en un mot.

La femme et son geste il y a 2.000 ans.

En résumé, geste étroit et mimique concentrée en avant, telle est l'allure, la façon d'être de la femme, grosse du bassin, cagneuse des jambes, les bras en dedans vissés au corps.

Donc, dans ce premier cycle du geste qui va de l'enfance à la mère de famille, le geste varie; il est d'abord garçon-

nier chez la petite fille, bébête chez la jeune fille qui ne sait

La détente du geste.

en général que faire de ses pieds ni de ses mains, étriqué et étroit, tout en avant chez la femme.

Nous n'entrerons pas dans les détails de description de chaque geste, nous contentant d'en énumérer quelques-uns; le geste ou le langage de l'éventail, du miroir, de la coiffure, le petit doigt toujours en l'air, puis le geste si compliqué du salut qui varie suivant la femme, l'adresse et le lieu; enfin la poignée de main qui, elle aussi, varie à l'infini indifférente, banale, ou expressive et prolongée en étreinte, en véritable contact et qui caractérise le commencement ou la fin d'une liaison.

Mais voilà que tout à coup le bassin entre en jeu chez la femme. Elle est enceinte. Adieu corsets, adieu cuirasses, adieu buses de toutes espèces. Place à la femme, à la vraie femme qui remplit le rôle auquel la destinent son sexe et la loi de l'humanité.

Alors aussi le geste devient plus lent et s'alanguit en s'arrondissant ; si d'un côté la femme se déforme, elle se forme par contre et se complète de ce côté.

Pour la première fois la femme va être vraie. Alors plus de pudeur, plus de sentimentalité, plus de fausse honte, les seins énormes vont être mis à l'air bravement et maternellement : la poule se révèle, abritant ses poussins, les défendant; la galerie peut maintenant regarder, il n'y a plus de théâtre, de pose, et le geste va se modifier profondément. Comme chez l'homme il redevient circulaire , le bras va se mouvoir largement et librement.

Et ne le faut-il pas d'ailleurs pour le cher petit être auquel on doit maintenant tout sacrifier?

Alors la femme devient nourrice, berceuse, porteuse, promeneuse, habilleuse, laveuse ; le geste ne s'adressera

plus qu'à l'enfant dont le premier âge va se passer à vivre entre ses bras comme dans un nid. Là les doigts de la mère le tourneront, le placeront, le coifferont, l'amuseront, lui feront risette. Pendant qu'une main ou un bras le soutiendront, l'autre main et l'autre bras feront office de tout : la main tendra le sein, le biberon, la cuillère, arrangera la coiffe, lustrera les cheveux naissants, cherchera à surprendre dans la bouche l'apparition de la première dent, puis le bras tout entier deviendra poupée, marionnette pour amuser l'enfant. Le bras de la mère est tout, il est berceau, il est support, il est table; il est joujou, l'enfant vit dans, autour et à cause de lui et toujours il se tendra vers lui.

Quel admirable rôle alors pour la femme et quel plus l>eau cycle du geste; l'humanité s'incline devant elle, oubliant la femme pour la mère, pour celle qui a agi le plus grand acte de l'humanité.

Mais déjà le temps passe, déjà nous sommes loin du geste de l'anneau des fiançailles et du mariage ; l'âge arrive et la vieillesse aussi, la mère es! devenue mère-grand. Alors elle est homme, le sexe avec l'âge a disparu.

Entre les deux il faut cependant placer la vieille fille qui participe du sexe et du geste des deux. La vieille fille est à la fois homme et femme; elle a les mauvais côtés el les mauvais gestes de tous les deux, ('/est l'hermaphrodite du geste. Comme la femme, elle est sèche, étriquée, coquette, vaniteuse, au point de vue du geste ; comme l'homme, elle est violente, exagérée, sans pondération, jusqu'à ce que l'âge arrive qui, au point de vue du sexe, de l'acte comme du geste, mélange homme et femme, mère et vieille fille

dans un même affaiblissement, dans un même tremblement.

La vieille femme possède en général peu de gestes, son bâton lui en tient lieu, et elle vit volontiers du souvenir de ses gestes d'autrefois.

Le chapelet et la prière sont désormais le cercle d'où elle ne sortira plus ; son geste ira toujours en tremblant davantage et en s' affaiblissant jusqu'à ce que, à son lit de mort, un dernier geste survive dans une lueur de raison lucide un instant apparue, geste net, précis, à la fois douloureux et sublime, celui de bénir ceux qui restent et qur pleurent, elle qui s'en va en souriant doucement dans l'éternel sommeil.

CEUX QUI N'ONT PAS EU DE GESTES — CEUX QUI N'EN ONT EU QU'UN CEUX QUI LUS ONT EU TOUS

NAPOLÉON — VICTOR HUGO — DE MOLTKE — BISMARCK GUILLAUME II — GAMBETTA — THIERS — WINDIIORST — DE M UN

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