‹ Le gesteChapitre 4 sur 34 · FREYCINET — CAVAIGNAC COCHERY BARBEY LOCKROY · texte numérisé non relu

FREYCINET — CAVAIGNAC COCHERY BARBEY LOCKROY

BUISSON — RODVIER — CLEMENCEAU LES GESTES DE CEUX DU QUATRIÈME ÉTAT LA SIGNATURE DES SULTANS

Une rapide revue du geste chez les grands hommes va nous montrer que là où l'acte existe, il n'y a pas place pour le geste. C'est une singulière chose, en effet, et qui frappe, que ce mépris des hommes vraiment grands pour le geste. Ceux qui ont fait et agi l'histoire, ne l'ont pas gesticulée.

L'histoire fourmille de gens qui n'eurent pas de gestes. Retenons-en deux tout d'abord : Napn/rn/i et Moltkr.

Napoléon! ah quel mépris profond il eut, celui-là, du geste que pourtant il avait à grand' peine et à grande élude appris de Talma. Après qu'il se fut affirmé d'un rude et violent geste de maître saisissant Lui-même sa couronne pour se la poser lui-même aussi sur son front, il ne gesticula plus, il agit. La main dans le revers de L'habit ou les la-as derrière le dos, quelquefois croisés sur la poitrine, et c'était tout. L'attitude chez lui remplaçait le geste. Sur ce masque blafard et falot, pas un tressaillement non plus : l'immobilité absolue. Que ce fût Austerlitz, l'écrasement de la Russie el

de l'Autriche; Iéna, l'écrasement de la Prusse, ou dans toutes ses campagnes l'écrasement du monde coalisé, c'està-dire la victoire, ou que ce fussent Champaubert et Arcissur-Aube, c'est-à-dire l'immortelle retraite où il battait l'ennemi, Waterloo enfin, la seule défaite, l'invasion, il ne remua jamais. Les Tuileries comme l'île d'Elbe, l'auréole comme la prison n'obtinrent pas de lui une simple contraction musculaire.

Immobile sur son cheval au milieu du flamboiement des combats, quand autour de lui un demi-million d'hommes vociféraient, gueulaient, gesticulaient la victoire, il restait impassible, dans la même attitude .qu'à Sainte-Hélène, immobile sur son rocher. L'homme paraissait figé sur ses petites jambes courtes et dans son ventre devenu gros. L'œil sombre, enfoncé sous l'orbite profonde, vivait seul, avec je ne sais quoi de vague et de fatidique dans le regard, comme s'il avait pressenti, à longue échéance déjà, après la gloire, le malheur.

Une autre fois pourtant il eut encore un geste. A Iéna, pour crier victoire? non; à Saint-Hélène, pour crier grâce? non plus, mais bien le jour où il fut père : alors l'homme de bronze se détendit.

Thiers nous a conservé ce geste dans Y Histoire du Consulat et de l'Empire, en racontant l'histoire du baptême du roi de Rome :

« Le lendemain 9, jour de dimanche, Napoléon, accom- « pagné de sa femme et de sa famille conduisait son fils à « Notre-Dame, l'église du sacre, et le présenta aux ministres « de la religion.

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