‹ Le Gilblas de la révolution (volume 4)Chapitre 17 sur 30 · LK MARQUIS DE RIJN V ILLE CHEZ SON FILS · texte numérisé non relu

LK MARQUIS DE RIJN V ILLE CHEZ SON FILS

Qu'on se figure les soins de Henri pour son père pendant le peu de temps que le marquis passa chez lui! Madame Lefèvre et sa fille habitaient précisément au-dessous de Henri. Le marquis n'avait revu que deux fois madame Lefèvre depuis sa jeunesse. Il ne connaissait point du tout sa fille , la jeune Rose. Un homme qui se cache ne pense plus aux vaines distinctions des rangs. Quand on craint d'être poursuivi, on trouve une espèce>,de générosité à tous ceux qui osent encore nous témoigner de l'amitié. Dès le premier soir, le marquis consentit avec grand plaisir à re-

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cevoir la visite des deux dames; et combien il fut touché des tendres égards qu'elles lui prodiguèrent! Il se reportait avec madame Lefèvre au temps de sa jeunesse, et, en mettant le plus qu'il lui était possible de la circonspection dans ses paroles à cause di- la présence de la jeune fille , il se reprochait les torts qu'il avait eus envers Thérèse; il la pleurait avec son fils et madame Lefèvre. Il trouvait une ressemblance frappante entre Rose et sa pauvre tante. Je l'ai déjà dit , le marquis de Rinville, hors de ses vanités de noblesse et de ses petites prétentions politiques, était vraiment un excellent homme. Aprèf. celte première visite, Henri demanda à son père conunent il trouvait sa cousine ? « Ta cousine ! qui ? » — « Rose. » — «Rose? ah! oui,» dit le marquis en soupirant, « ta mère.... ta mère était une i^ couturière. »

De tous ses gens, le marquis n'avait voulu mettre dans sa confidence que

M. Blondln , son valet de chambre. Tous les autres croyaient monsieur le marquis à la campagne. Blondin venait chaque matin Thabiller et lui apporter ses lettres. Dès le lendemain , le marquis avait rendu la visite aux deux dames , et la familiarité était déjà établie, M. de Rinville n'était pas encore un vieillard , mais il approchait de la cinquantaine ; il était habitué à toutes les petites douceurs de la vie dont jouissent les hommes opulens. Madame Lefèvre et Rose s'empressèrent de les lui prodiguer. Elles lui portaient son déjeuner; elles avaient soin de lui apprêter des mets délicats et bien de son goût. Il aimait à passer son temps auprès d'elles ; il aimait à voir travailler Rose. Elle lui proposa de faire son portrait , il accepta. Dès lors il eut encore bien plus l'occasion de causer avec cette jeune fille , et il goûtait beaucoup sa candeur , son bon esprit , ses excellentes qualités. 11 ne tarda pas à remarquer combien son fils avait d'affection

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pour Rose , combien Rose avait d'affection pour Henri. Quelquefois il en soupirait , mais il se gardait de dire un mot qui pût faire croire qu'il les blâmât. Pendant tout son séjour chez son fils, il ne lui parla pas une seule fois de ce projet de mariage avec mademoiselle Déristel , qui les avait brouillés.

Quelquefois M. deRinville s'entretenait des affaires publiques avec Henri. Le jeune homme, depuis que Bonaparte avait repris sa puissance , avait repris ses premiers sentimens contre cette puissance. Son père le grondait de ce qu'il s'exprimait trop en républicain. Le jeune homme, en appréciant le bienfait de la charte constitutionnelle , reprochait quelques fautes aux ministres du roi. Son père prenait vivement leur défense. Ce pauvre marquis était fort embarrassé ; il voulait rester fidèle au roi ; il n'osait nommer Bonaparte un usurpateur.

Il se défiait toujours un peu de moi; il

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an'ait recommandé à son fils et aux deux dames de ne pas me dire qu'il était caché chez Henri ; mais le troisième jour, je montai chez madame Lefèvre sans parler au portier, et je trouvai le marquis donnant une séance à mademoiselle Rose. Henri était absent. A ma vue, le marquis rougit; il essaya de me faire croire qu'il était venu pour se faire peindre par la jeune artiste, dont son fils lui avaitvantéle talent. Voyant qu'il continuait de me parler avec réserve, avec contrainte , je lui exprimai combien j'étais affligé qu'il s^e défiât de moi. Touché de mon langage, il s'attendrit; puis il m'avoua que s'il ne m'avait rien dit, c'est qu'il m'avait vu toute ma vie l'homme de toutes les opinions, selon mes intérêts. Je me sentis blessé de ce reproche , peutêtre parce qu'il était mérité. I\ m'échappa de lui dire en souriant : «Eh ! monsieur » le marquis , des hommes aussi fermes » que vous et moi dans leurs opinions peu- » vent-ils avoir peur l'un de l'autre ? » Il

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