RENCONTRES. — PETITE PRECAUTION- REGRETS DE GIFFARD
En quittant le petit logement de son fils, le marquis de Rinville s'était rendu en effet à la maison de campagne d'un ami. Il y resta deux jours : le troisième , il se mit en route pour la Flandre, et, ne se souciant pas de voyager avec faste, il prit place dans une voilure publique. En approchant de Cambrai, la diligence fut passée par des chariots chargés de soldats qu'on transportait en poste aux frontières. Parmi ces soldats, il y en avait un qui frappa singulièrement le marquis ; il croyait
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^roir son fils, son cher Henri. « Mon fils! » mon fils! disait-il, soldat ! soldat de » Bonaparte! Cela ne se peut pas; c'est » quelqu'un qui lui ressemble, mais ce » n'est pas iui. »
Les chariots de poste étaient encore sur la place et achevaient de relayer, lorsque la diligence entra dans Cambrai : c'était là aussi qu'elle relayait. Il est arrivé sans doute à quelques-uns de mes lecteurs d'apercevoir dans un spectacle; dans une promenade , dans un lieu quelconque , un homme qu'ils ne s'attendaient pas à voir, et qui lui-même était tout surpris de les rencontrer. On se défie du témoignage de ses yeux, on croit se tromper, on reste quelques minutes à se regarder de loin sans se saluer , sans faire aucun signe , sans proférer une parole : c'est ainsi que le marquis, penché à la portière, considérait le jeune soldat qu'il avait remarqué sur la coûte, et qui lui offrait tous les traits dç
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son fils; c'est ainsi que le jeune soldat, assis dans la voiture sur son havresac , son fusil entre les jambes, considérait le marquis. Les chevaux de poste étaient attelés; les militaires partirent, et le marquis restait à la portière , les yeux fixés sur ces chariots qui s'éloignaient. La diligence partit à son tour, mais les voitures des militaires avaient trop d'avance pour que le marquis pût espérer de les revoir et d'éclaircir ses doutes. « Non , ce n'est » pas mon fils, se dit-il enfin; mon fils » m'a toujours témoigné trop d'éloigue- » ment pour l'usurpateur.... Ce n'est pas )> mon fils. »
Le marquis se trompait : c'était bien Henri. Le jeune soldat avait reconnu son père : il ne doutait pas, lui , que ce ne fût le marquis de Rinville qu'il avait vu : « Mon » père! disait-il, mon père dans une voi- » ture publique sur la route de Bruxelles ! » où va-t-il? » Bientôt repassant dans sa mémoire les opinions vacillantes , incer-
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taines du marquis, les dernières confidences qu'il lui avait faites sur les visites qu'il avait rendues à des femmes et à de nobles personnages , il ne douta pas que son père ne se rendit à Gand.
« Voilà donc l'effet de nos discordes!
» se disait Henri : mofi père en route pour n Gand ! et son fils allant combattre les » étrangers, sous le commandement de » Bonaparte ! »
On ferma les registres qui avaient été ouverts pour l'acceptation de l'acte additionnel, et je cessai mes fonctions de commis surnuméraire. Au moment où je prenais congé de la municipalité, le secrétaire de la mairie me demanda si j'avais voté, et en même temps il feuilletait les registres, comme pour y chercher ma signature, ce Pas encore », répondis -je, fort embarrassé. — « Yotez donc » , reprit-il en me présentant la plume. Le danger présent l'emporta sur le danger futur ; je
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signai sur la colonne des oui ; mais ma main était mal assurée, ma signature était presque illisible, et le bonheur voulut qu'en posant la plume, une goutte d'encre tombât, et fît un pâté juste sur mon nom. On avait convoqué les assemblées électorales pour nommer la chambre des représentans ; le croirait-on ? j'éprouvai quelque regret de ne pouvoir prétendre à en faire partie : « Quelle extravagance
» d'aller songer à cela ! me disais-je un
» limonadier!... Ah! ma pauvre Thérèse!
» Si tu vivais encore, qui sait?... » Je me souvenais que c'était ma femme qui, jadis, par ses actives démarches, m'avait fait nommer membre du conseil des cinq cents. « Bien certainement, elle ne me » rendait pas heureux; elle me tour- » mentait; mais au moins cela me faisait » passer le temps; puis elle s'occupait de » ma gloire et de ma fortune : tandis que » cette ingrate Amanda.... elle est froide , w insolente et coquette. »
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Ne pouvant prétendre ii être représentant, je voulus au moins tâcher d'être un de ces électeurs adjoints que l'empereur, de son autorité, envoyait dans les collèges électoraux. Je réussis ; je fus adjoint à un collège d'arrondissement. On sent bien que je choisis mes candidats selon les instructions qui m'avaient été données.
Cependant il s'en fallut que nous autres adjoints dévoués, nous fussions victorieux dans toutes les assemblées électorales. Que d'élémens divers et presque incompatibles offrait cette chambre de représentans ! On y voyait les notabilités de toutes les époques de la révolution. A côté de tel représentant qui avait fait partie de l'assemblée constituante , de tel autre qui avait siégé à la Gînvention , an voyait tel ancien préfet, tel ancien conseiller d'état. Au milieu de toutes ces opinions qui, après vingt-six ans d'une expérience bien cruelle, s'étonnaient de se retrouver en présence , de s'être tour
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à tour proscrites, je cloutais fort (jue l'empereur pût régner aussi paisiblement , qu'avec son sénat , et son corps législatif condamné nu silence.
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