‹ Le Gilblas de la révolutionChapitre 15 sur 20 · I'^2 LE GILBLAS · texte numérisé non relu

I'^2 LE GILBLAS

qui , lorsque les grenadiers entrèrent dans ia salie , sautèrent par la fenêtre. Le soir, je fus un de ceux qui se rassemblèrent de nouveau, et je votai précisément le contraire de ce que j'avais voté le matin. Je me soutiens qu'après notre expulsion du matin, je rencontrai dans le parc un de mes collègues en costume , qui me dit d'un grand sangfroid : « La farce est jouée ! oiisedéshabillet-on? » Je revins à Paris , tout bouleversé de ce qui s'était passé , fort inquiet de ce qui allait suivre.

Je n'avais certes pas à me féliciter de m'être lancé dans les fonctions publiques. Eb bien! jamais je n'avais été si jaloux de m'y maintenir. Une nouvelle constitution est proposée à l'acceptation du peuple , et mise en activité avant d'être acceptée. Il Ta y avoir des tribuns , des législateurs , des sénateurs, un conseil-d'état. « C'est à 3» merveille! medis-je, il est impossible que » je ne sois pas quelque cbose.» IMa femme ne cesse de me répéter qu'il ne faut pas

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m'endormir, et je ne m'endors pas; je sollicite, je fais des visites, des démarches. On nomme les sénateurs, .je n'en fais pas partie; on nomme les conseillers d'état , les tribuns, les légi:?lateurs.... je ne suis rien. Quelle humiliation! quel dépit ! Cette nouvelle constitulion me semblait très-mal faite.

Je nie trouvai près du pont Neuf, sur le passage du premier consul, lorsqu'il partit du Luxembourg pour aller prendre possession des Tuileries , dans une belle voiture à six chevaux. Plusieurs de mes collègues étaient dans les voitures de la suite ; ils étaient tribuns, sénateurs, législateurs ou conseillers-d'état. Ils m'aperçurent : ils me saluèrent d'un air d'amitié oî^i il y avait de l'ironie et de la compassion : ils semblaient jouir de se montrer en voiture devant un ci-devant collègue à pied.

Jamais je ne m'étais senti si républicain qu'à l'aspect de ce luxe vraiment royal. Le cœur gros de déplaisir : «Quoi qu'il arrive, » me disais-je, je demeurerai ferme dans mes

irl\. LEGILELAS DELA l',É VOLUTIO^ .

» principes: nous sommes encore, grâce » au ciel, un assez grand nombre d'hom- )) mes courageux... indépendans.... m 11 me semblait que tous les citoyens ressentaient la même indignation que moi.

Je vis au coin de la rue Daupliine, qu'on appelait alors la rue de Tliionville , une grande foule amassée : « Eh quoi ! me dis -je, » est-ce encore un consul qui passe ? m J'approchai ; je reconnus Jérôme Grindat qui, toujours avec son violon , toujours avec sa poche en velours d'Utrecht , charmait le peuple en chantant des couplets en l'honneur du premier consul... Dieu sait comme on l'applaudissait !

FIN DU TROisn.Mr: liviif

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