JE VAIS DESCENDRE SUR LA VILLE SACRI
LEGE, SUR LA ROME IMPIE, SUR LA GRANDE PROSTITUEE QUI SE IS^OMME ETERNELLE ! »
Pontifes, entendez^vous?.,. le tocsin sonne!... les foudres du Vatican sont aux prises avec les foudres de la Justice divine! — Le tocsin sonne!... le roi tonsuré est tombé comme Saûl: ses entrailles se tordent et se décomposent. — Le tocsin sonne!.», le premier, le Yice-Dieu des pontifes voit la terre qui cliancelle; il entend sous ses pas la voix mugissante des inexorables volcans! —Le tocsin sonne!... des spectres trempés dans le sang forment la chaîne autour du palais de I'infail-» LIBLe; ils crient Mort et abîmes, ils crient Yengeaxce, ils crient Justice, ils crient Enfer!
Le tocsin sonne!... les princes rouges courent moitié vêtus, moitié vivants, de rue en rue, criant « Sauvez-nous, sauvez^ NOUS, ô NOS SAINTES Madones! — > Le tocsin sonne!... les cierges sont éteints près des statues de saints et de vierges adorées 1 •—Le tocsin sonne!... les pavés se soulèvent, les cacliots s'en-' trouvrent^ les chaînes se brisent, les palais tremblent comme les feuilles du peuplier blanc! — Le tocsin sonne!... les ciboires se renversent, les saintes Hosties s'envolent, les calices roulent, les autels suintent du poison et du sang!
Le tocsin sonne ! . . . la volupté se lève et s'enflamme , elle s'échappe des palais, elle fuit les villas; les riches libertines poussant de grands cris se couvrent de chapelets , de médailles et de rosaires; les maîtresses du temple veulent s'étrangler dans leurs boudoirs !
Le tocsin sonne ! . . . la nuit devient plus noire , les torches s'éteignent, plus une seule lumière! des cris lamentables, des imprécations stridentes, des gémissements ineffables! puis un "bruit , un bruit terrible , une grande voix qu'on ne sait d'où elle vient, mais qui domine toutes les vociférations, tous les cris de colère et de rage, cette voix semble tonner ces paroles': « C'est la Bothsrah, elle va être vendangée! ^
Le tocsin sonne î... la nuit s'épaissit, s'épaissit, elle semble être une montagne de ténèbres!., le feul le feul mais il n'éclaire pas, il se contente de brûler et de consumer!
Le tocsin sonne!... les cloîtres, les refuges monacaux, les communautés, les Trappes, les couvents... tout tombe, tout s'écroule; tout, tout s'abîme, tout périt!
Le tocsin sonne!... l'air est plein de corbeaux, de hérons, de pélicans; las hérissons, les rats sont sous les pas et dévorent les jambes! -—Le tocsin sonne!... l'Ange des ruines, assis sur un nuage, paraît le front couvert d'une flamme dont il éclaire les airs, et il fait entendre ces lugubres paroles: = " Comme la vision de Daniel, cette vision s'accomplira! »
Pontifes, le jour revient. Le Vieillard dès vieillards ne sait ce qui l'agite; les princes empourprés semblent être remués par une grande préoccupation. Chacun se sent pâlir et porte en tremblant ses regards dans les grandes embrasures que cachent d'épais rideaux. Le Pontife adoré énonce sa faiblesse par suite de l'accès qui motive la grande convocation recherche du salut; ses lèvres en tremblant essaient de prononcer: =^ « Hé- ^ las! sommes-nous menacés de grâce ou d'anathème? Vous me ♦♦ dites Saint Père; mais si vous n^étiaz pas mes seuls, mes »• uniques enfants? Cette nuit, me tordant, il me semblait en- M tendre des voix pleines de sang, et qui me disaient crimes! »• des râles me maudissant, tout en montant vers Dieu! J'ai »• cru que je voyais des âmes traînant la mienne, et je ressen» ♦♦ tais comme le poids des chaînes, comme le froid des cachots! >• Si nous cherchions des noms qui méritassent nos grâces? Si ^ Dieu nous appelait à vider nos prisons , à rendre aux captifs ►• la sainte li »*
Il n'osa achever: une fi ère indignation, une moqueuse pitié courait sur ces féroces visages! ssas ., Saint Père, très-saint Père, notre salut, la gloire du Ciel et de l'humanité, c'est d'ordonner de croire que la Mère de Jésus est vierge immaculée! «
Le timide Pie ix leva les yeux en haut, et souriant à ses frères =" C'est vrai, mais!... »
= " Nous aurons, répondirent d'une commune voix ces rois " fainéants qui entouraient le pape selon le chrême et non selon » Tesprits nous aurons de grandes solennités, des cérémoines '• dont les saintes splendeurs raviront l'Europe et la terre en- »' tière; nous donnerons en votre nom un jubilé céleste et tout '♦ universel! nous pardonnerons après la mort à toutes les " âmes nos filles; no as remettrons dans nos pénitenceries tou^ '♦ tes sortes de crimes à tous les méchants cœurs. Les dons " reviendront aux pieds de nos madones; nos collectes repren^ •• dront leur faste si passé; les œuvres pies, les cas de haute " réserve.... ah! saint Père, jamais, jamais le Ciel ne fut " mieux avec nous! >»
= " Soyez bénis, mes fils, anges de mes conseils, saintes " lumières, gardiens du Saint-Esprit! »
Sur les lambris sacrés du palais du EOi peêtre, comme autrefois chez Balthasar, une main rouge écrivait: LES BETES FAROUCHES DECOUVRENT LEURS MAMELLES POUR DONNER LEUR LAIT A LEURS PETrrS; MAIS L'EGLISE ROMAINE EST PLUS CRUELLE QUE L'AUTRUCHE QUI COURT LES DESERTS! .»
Pontifes, mes bien-aimés, mes Frères, c'est à vous que je crie maintenant le tocsin sonne! vite, vite, la cendre sur la tête; les larmes au pied du trône de la Miséricorde; des cris, des cris de détresse au pied des saints autels! Frères, le tocsin sonne! la grande apostasie va consommer son dernier crimei Le tocsin sonne! Satan, sous la chape et sous la tiare, va accomplir dans le saint des saints sa dernière abomination !
Fils bien chers, restez à genoux: le tocsin sonne encore!... les profanateurs, les sacrilèges vont combler la mesure! Ah, ne cessez pas de crier Fiïié! pitié! pitié! ne priez pas tout
haut, que nos enfants entendent aussi la cloclie d'alarme, le glas de la désolation; qu'ils sachent que celui qui ne cesse de tuer ses enfants, que ce père qui baigne ses pieds dans le sang de ses victimes, cet être qui n'a plus de nom dans la pitié des hommes, ce Saturne nouveau qui s'est fait dieu dans la Rome nouvelle; ces assassins qu'il caresse et qu'il bénit , ces monstres façonnés par l'enfer lui-même, ces géants d'infamie, ces sauvages et féroces bourreaux... ils vont faire une loi pour prouver à la terre que le Ciel est pour eux, qu'il sanctifie leurs forfaits, qu'il est le participant de leurs crimes! C'est lui, ce sont eux qui vont solenniser la gloire et les vertus de la plus chaste, de la plus pure et de la plus parfaite de toutes les créatures! Ah! c'est l'Ante-Christ qui va lancer, avec sa bave impure, cette proclamation que le Ciel seul se devait réserver! Ahl c'est Bélial, c'est la prostitution, c'est l'impiété, c'est l'abomination qui va crier de son Capharnaûm: Maeie est vierge IMMACULÉE, PURE ET SANS TACHE ! — et nous sommes sa joie , ses délices et sa protection ! Frères, entendez-vous?... ce n'est plus le tocsin qui sonne, c'est le tonnerre qui gronde, c'est lafoudre qui mugit comme autrefois sur le Sina! couvrons-nous de deuil, ne prenons plus de repos jusqu'à ce que nous ayons empêché ou arrêté ce terrible scandale !
Frères aimés, bénis Frères, un rayon lumineux vient d'éclairer mon front! Ce que l'Ange des cieux a crié contre Rome, ce que la Justice éternelle a regardé avec mépris, avec indignation n'est pas en Rome seule: tout l'univers chrétien est menacé du même anathème ! — Ces églises fourbes , ces communions menteuses, ces congrégations impies et sacrilèges, tous ces cultes divers où l'or a le dessus, où la pompe mondaine vient étaler son faste; tous ces temples souillés où le riche et le grand selon la voix du monde ont les premières places, occupent les premiers rangs; toutes ces anomalies qui mentent à la Crèche; toutes ces représentations qui renient le
Calvaire: tout cela est constitué en forme sacrilège, tout cela apostasie et frappe Jésus-Christ!
Frères, vous avez vu tous ces faiseurs de dogmes remplissant leurs sanctuaires de femmes à parures , d'hommes luxueusement vêtus; des bancs sont réservés à la porte de ces temples, ces bancs sont pour les pauvres, et les pauvres sont regardés comme des pestiférés I L'éternelle Vérité appelle des cœurs chrétiens à former un trésor pour leurs frères malheureux, pour la sainte indigence: les trésors de Téglise ne sont donc pas aux prêtres I ce bien, ce noble impôt levé par la justice qui éclaire les consciences, quiconque ose y toucher, sinon pour les membres souffrants du divin Crucifié, est par ce fait un voleur, un impie sacrilège!
La Charité divine n'a pas voulu détourner ces appels pour des hochets, pour des décorations, pour d'orgueilleuses parures I Ces robes de dentelles sont les robes du pauvre; ces chapes toutes d'or, ces pierres précieuses, ces étoles stellantes, ces chasubles cotées à des prix insolents, ce sont des vêtements que les damnés seuls portent; ils sont le prix de la charité, le prix du sang d'un Dieu, le prix du travail secret de sa grâce divine. Cet or, c'est du soufre; cet argent, c'est du feu; ces pierres ce sont des flammes! ces costumes en effet sont les symboles de l'enfer!
Un pauvre qui a faim a droit, en vérité, d'arrêter en passant le pontife orgueilleux paré du prix du pain dont le manque alors déchire ses entrailles I Le prêtre qui dit qu'il célèbre les mystères divins, et qui porte sur lui ces richesses opimes que l'on dit la gloire de la maison de Dieu, ce prêtre est un Satan aux entrailles infernales! la faim, la soif, la nudité des pauvres l'accusent au sacrifice; et s'il communie, il mange et boit alors sa propre condamnation! Jésus-Christ lui dit dans la personne des pauvres:
^-^ '• Misérables hypocrites, vous Amenez m'encenser quoique
» vous soyez ti^moins de mes cris et de mes larmes, et votre tia- »' ture vous dit en vain le besoin de la mienne; vous savez que " je tombe de faiblesse; vous savez que j'ai froid: à mes suppli- " cations, à ma douleur, à mes prières vous. ne répondez qu'en M vous couvrant d'or, de brocart, de dentelles et de velours; »• puis vous me présentez des vases de prix, des coupes de ver- •' meil, mais vous y buvez seuls. Vous faites des génuflexions '♦ en face d'un tabernacle où vous me croyez à peine; et quand " je vous apparais les traits pâles, la chair hâve et les membres »» amaigris, vous passez vite, et vous necraignez pas l'odieux « outrage que vous me faites en dédaignant de me reconnaître.
»» Vous êtes impies dans l'orgueil de vos temples, car vous ♦> nô me supposez pas assez de puissance pour en être seul »• l'aagiiste majesté. Vous voulez resplendir, et oubliant que >' Ls saintes vertus sont seules la splendeur de mon sanctuaire, " vous vous faites des théâtres, et vous osez dire que je de- M meure avec vous» Vous niez ma dic^nité et cette chaste au- >♦ réole que j'étendrais sur vos têtes; c'est pour cela que vous »» portez dis couronnes, et que vous vous aifublez d'insolents »» oripsaux. Vous outragez ma croix, vous me faites rougir, » avec vos croix d'or; et avec vos crosses despotiques, vous H mett3z mes autels à l'infâme niveau des trônes des Césars!
»> Impies, vous n'avez rien pour vous défendre, car je vous » ai dit: = Comme mon Père m\ envoyé je vous envoie! »' Vous connaissez comment j'ai puni le mensonge de ceux qui »' voulaient user de fraude avec ma charité! Mes pauvres au- " jourd'hui sont vos accusateurs, demain ils seront vos juges! »♦ Les larmes de mes pauvres vous seront un fleuve qui vous » arrêtera dans le vrai bonheur d'arriver à moi!
» Malheur, trois fois malheur aux temples sacrilèges où la " mondanité, la recherche des grands, Pinsolent luxe des riches » se plaisent à dominer! —Malheur, malheur encore à tous » les sanctuaires où le pauvre est traité comme on traite la le-
» jjre, où les dons des fidèles se cliaiigent en parures pour les H princes des prêtres et pour leurs courtisans! — Malheur, >» malheur toujouiVs, honte, crime et mensonge à tous ces faux >» chrétiens qui jettent lohi d'eux ma robe, et qui méprisent »» mon humble et saint manteau! — Malheur et impiété, inso-^ » lence et blasphème à ceux qui nient ma couronne d'épines, >♦ et la pourpre dérisoire dont je fus revêtu!
" Je serai sans pitié pour tous ces hypocrites qui s'habillent »' en rois, pour parodier la vie de Celui qui avoua glorieuse- H ment qu'il n'avait même pas, comme le f:iuve renard, la pos- *> session d'une tanière! Oh! je serai sans pitié pour ces mai- « sons de jeu, pour ces grands bazars où l'orgueil, la vanité, w l'impureté du luxe viennent étaler leurs pro\'ocations sauva- '• ges! Je vengerai mes pauvres; je ferai retentir leur nom " comme retentit la foudre, et je frapperai de leur malheur^ M comme on frappe du glaive ! »<
Frères! Frères- bien-aimés, si dans nos coeurs encore vivaient quelques vieux restes de cette si longue prostitution, ah que ce soit fini! mettons la main à la cognée, abattons cet ^rbre maudit dont l'ombrage nous a été si funeste ! Entrons dans le secret des plus ardentes prières; ne retenons pas nos larmes, faisons tous nos efforts pour en laver ces vieux crimes héréditaires qui constatent en chaque âge le mépris suprême et la très-juste indignation du Seigneur! Regardons dans nos pleurs toutes ces pâles réédifications que les hommes entreprennent, et sachons que le signe de leur jugement, c'est leur mépris ou leur indifférence pour la digniié et l'incognito divin permanents dans les pauvres; que leur cachet de mort est le cachet de leur luxe et du faux emploi de ce qui est la charité de leurs frères I Ah! pleurons, gémissons sans cesse! car, sans charité, quelque grandes, quelque nobles, quelque vraies que paraissent être toutes ces édifications rivales, toutes ces églises luttantes, l'Éternel en a détourné la tête; et le Christ, l'Évangile du
jDauvre, ne les regarde que comme il regarde toutes les œuvres de Satan!
Ah! Lien cliers et bien^aimés Frères, animons-nous de plus en plus du saint amour qui ne fait acception de personne. Regardons tous les hommes comme étant appelés à ne faire, avec Jésus-Christ, qu'une seule famille de christs. Veillons sur nous afin de ne pas nous laisser séduire» Redoublons de zèle dans la maison du Seigneur. Que nos âmes soient bien convaincues que Dieu est assez grand pour en être Pincontestable majesté. Que notre seul luxe soit la vérité unie à la ferveur de nos prières. Que notre richesse soit notre bonheur d'instruire et de consoler* Rappelons-nous que tous les hommes sont nos frères, et que les plus vertueux sont les seuls que nous devons chercher à imiter. Plaignons sincèrement toutes ces générations qui sont mortes esclaves de la grande apostasie: que leur malheur qui nous est connu aujourd'hui nous serve d'exemple. Conjurons la souveraine miséricorde du Seigneur de nous garder à jamais de la pente malheureuse qui les a si facilement livrés aux funestes ténèbres de l'abîme» Si nos frères nous maudissent à cause de la Justice que nous sommes chargés de leur faire connaître, aimons-les davantage, et mettons toujours notre unique gloire à désirer, à vouloir et à tenter la délivrance et le salut des plus coupables. C'est ainsi que nous prouverons réellement et en vérité que nous sommes chrétiens et les véritables envoyés de la divine Miséricorde. Amen.
Élie!
Du Carmel, le 1 novembre 1854.
18 Montagne street, Portràan square.
Lonrlres.
J. M. Jr QÎJIS ÎJT DEtJSÎ
Chees et bien-adiés Pontifes,
A peine avez-vous reçu ma visite par cette grande lettre que j*ai eu le bonheur de vous adresser, que me voilà de nouveau pressé de vous écrire*
Frères bien-aimés, le temps presse, et les maux dont Thumanité est envahie ne peuvent nous laisser paisibles et tran-^ quilles. Sans être indiscrets, sans être brouillons, sans être imprudents, il nous faut pourtant répondre à cet appel général; il faut que devant cette désolation publique, ces maux qui dévorent l'univers presque en entier, il faut, dâs-je, que nous ranimions Pespérance de ceux que tout semble conduire au désespoir; il faut que nous fassions rentrer la confiance dans tous les cœurs que, depuis si longtemps hélas! elle a abandonnés; il faut que nous rassurions toutes les âmes qui périssent par la crainte, ou qui meurent par le doute; il faut que nous réveillions la raison et la conscience des créatures qui vivent comme si tout cela n'existait pas; il faut que nous disions au monde, aux nations, aux peuples, à l'homme, à la femme, au vieillard, à l'enfant ce que sont ces prétendues victoires dont nous pleurons la cessation, les larmes qu'elles coûtent, le sang qui les engendre, et les maux qui les perpétuerit; il faat que nous démontrions qu'il n'v a de véritables victoires que celles que Ton remporte sur soi avec les armes de la justice, de la sagesse et de la vérité, il faut apprendre aux pauvres victimes qui
sont la richesse orgueil de leurs dominateurs, que leur pauvreté et leur esclavage ne sont pas l'acte de Tordre divin, mais au contraire, le fruit malheureux de leur oubli de Dieu, et de leur unique foi dans leurs semblables; il faut que nous précisions pourquoi nos luttes sont incessantes, nos révoltes sans fin, notre paix générale impossible.
Ah! Frères, ne craignons pas de montrer que nous ne savons plus qu'agrandir notre ruine, développer nos vices, augmeni;er nos souffrances, multiplier nos douleurs, avancer notre agonie, constituer notre mort.
Frères, nous surtout enfants de cette mâle et noble France d'où nos pères jetaient autrefois une glorieuse terreur dans le monde, n'hésitons pas à le dire, tout tourne tellement contre nous que l'on peut, jusqu'à un certain point et à cause de certains êtres, affirmer que c'est nous qui la ressentons aujourd'hui. Si nous forçâmes nos agresseurs à réparer leur agression par l'obéissance d'un dépendant tribut, pourrions-nous, sans rougir, le payer maintenant au machiavélisme le plus insolent et le plus méprisable qu'on vit jamais? Si la patrie doit avoir des fils dévoués et d'énergiques défenseurs, où les prendra-t-elle, sinon dans nos faibles rangs et au pied de nos autels? Il n'est pas néc^saire d'être nombreux, ni d'être forts pour apprendre à nos frères que nous sommes possédés par des ennemis qui nous méprisent assez pour nous vendre le soleil qui nous éclaire; qui veulent que nous regardions comme une clémence de leur part de nous laisser vivre, quoiqu'ils nous vendent au dernier prix ce misérable bonheur.
Ah! c'est à nous, à nous seuls à crier honte et douleur devant cet abaissement où tant d'hypocrisies nous ont fait descendre! Être chrétiens, être ces hommes d'avenir que le Christ appelle à l'annonce divine de son jour consolateur, et ne pas verser des larmes de sang, et ne pas crier, comme autrefois Jonas dans Ninive, que no as nous rendons odieux au
cîeî qui pleure le mépris de notre dignité, et aux nations qui rient de Tétat abject et vil dans lequel notre asservissement nous fait remercier et battre des mains en face de ces forbans et de ces fous qui se disent nos sauveurs et nos maîtres ! — Comment être de sang fioid devant tous les ridicules et toutes les lâchetés dont nous sommes chaque jour les malheureux témoins? NVii sommes-nous pas venus, comme les Romains dégénérés envers les Barbares, à appeler dons volontai- EE3 l'or qu'on ne cesse de nous prendre, et que, dans l'orgie, ceux qui nous le prennent nomment notre E achat?
Qui donc est constitué gardien de l'honnenr de la patrie?... Qui donc est établi par le Ciel sentinelle vigilante près des remparts de la royauté morale du peuple et de la nation?... Sont-ce ces législateurs qui n'ont vu. dans le mandat dont leurs frères les ont investis que l'orgueil du parlementarisme, ou la solde qui doit charmer leur déplacement et leurs loisirs? — Sont-ce ces hommes qui ne tendent qu'à faire valoir leurs passions personnelles, leur plus ou moins originale individualité?
— Sont-ce ceux qui, après avoir fait les plus belles et les plus énergiques promesses de dévoûment, d'abnégation et de fraternité, se font droite ou gauche, centre souvent, et plus souvent encore droite, gauche et centre tout ensemlij,e? — Sont-ce les hommes d'armes, les sabreurs, les fusiliers, les tueurs au mille?
— Sont-ce les princes, les grands-seigneurs, la gentilhommerie?... mais les plaisirs, les festins, les ovations, les courtisaneries, l'ignorance du besoin des uns, et l'insouciance du bienêtre des autres domineront toujours et ne laisseront jamais le temps voulu pour s'assujétir à de telles obligations, à un tel devoir. Est-ce que nous n'avors pas un vieil et toujours jeune exemple de l'imprévoyance des rois, des princes, des grands capitaines même, et de toute cette gent que l'on enveloppe dans le nom d'heureux?
Parmi la longue liste des rois d'Israël, qui est envoyé pour
prévenir le peuple des maîlienrs qui vont fondre sur lui, delà violation, de la destruction de ses villes et de son temple? Qui vient en appeler au psuple contre la profanation du nom de Jéhovah, et accuser devant lui l'impiété des rois qui font son impiété, et l'idolâtrie de ses prêtres qui le rendent idolâtre? Quel est le roi, le prince, le grand de cette prophétique époque qui ait tonné contre le dé^^honneur de la nation divine, comme l'ont fait Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, et Daniel?
Frères! si ce furent les Voyants que le Ciel employa à réveiller l'indifférence du vieux sang d'Héber, l'Inspirateur des pro})liètes est toujours le même; l'Église divine, l'Épouse de Jésus-Christ possède ce même pouvoir, ce même droit: elle est fondée pour relier à Dieu tous les hommes, et pour relier tous les hommes entre eux; c'est elle qui est et doit être toujours, si elle ne veut pas être coupable, la lionne qui garde fièrement ses petits, la sentinelle que rien ne peut surprendre, que rien ne peut tromper. Son amour fait sa vigilance, et sa pureté éclaire toutes ténèbres; c'est en elle que l'Éternel se plaît à produire ses souveraines clartés; son sein nourrit l'honneur, l'intelligence et la gloire; son cœur est le centre de toutes les fidélités, de toutes les délicatesses; son âme est le tabernacle dans lequel la divina Vérité se plaît à visiter la terre; son esprit est indissolublement uni à tous les intérêts et à tous les plans du Créateur.
Les enfants de cette glorieuse Mère sont les frères des anciens prophètes, les voyants de leur siècle, les soutiens et les défenseurs de l'héritage et de l'honneur de leurs frères. Ils ne connaissent pas d'hommes qui n'aient été créés par Celui qu'ils adorent, ils ne connaissent pas de patrie terrestre qui ne soit à Celui qui a créé toutes choses. Toute la terre leur est chère, parce que toute la terre a été faite pour être le lieu de notre commune épuration. Ils ne sont pas saïas patrie, ils en ont deux: une qu'il faut reconquérir ou mériter, celle-là se nomma
le cîel> Pautre qu'il faut bénir, respecter, aimer et gloriiîer, celle-ci se nomme la terre.
V"er3 le ciel, ils sont heureux de porter toutes les aspirations de leurs âmes, conjurant Tinfînie bonté de Celui qui y a fixé son règne de ne jamais se détourner de nos maux et de nos douleurs, afin que, malgré les difficultés de notre pénitence, nos cœurs ne soient jamais déshérités de la consolation et du souverain bonheur de son amour.
La terre, loin d'être méprisée par eux, reçoit chaque jour le noble tribut àà leur reconnaissance: ils admirent toutes les magnificences qu'elle produit, toutes les hirmonies qu'elle renferma, toutes les beautés qu'elle possède; ils sourient avec bonheur à ses délicieux parterres, à ses sites enchanteurs, à ses continuelles et si admirables fécondités; ils aiment à chanter Dieu dans ses plaines, à le prier sur ses montagnes, ù l'admirer dans ses jardins; ses grandes mers leur semblent autant de miroirs dans lesquels l'œil de leur réflexion rencontre et reconnaît une des plus justes images de l'Infini.
Le règne animal a pour eux un double et utile intérêt: ses variétés si riches, si splendides, si puissantes conduisent leur cœur à d'incessantes actions de grâces envers un Dieu qui n'a fait toutes ces merveilles que pour une seule créature, l'iiOM- ME. — Le règne mhiéralrévelle, comme de lui-même, l'obéissance qu'il renferme, dès que le talent et le génie humain l'auront commandé. — Le rèmie végétal les tiendrait dans l'extase, tant il renferme et tant il dépbie de grâce, de beauté, [de splendeur, d'exquisitisme et de volupté. Mais au dessus de toutes ces grandes choses, au dessus de toutes ces magnificences, la plus grande merveille et la plus magnifique admiration qui les rappellent à eux-mêmes et à elle, c'est l'humanité^ c'est l'homme tout entier.
C'est I'esprit sorti de la volonté suprême du Créateur, et né dans le sein resplendissant de son tout-puissant Amour.
Cet esprit ayant vécu de la manne lumineuse des cîeux.| flyatit souri aux splendeurs éternelles, ayant chanté l'hosanna de la gloire et du bonheur, c^est lui qu'ils voient en toute créature qui ])orte le nom d'homme; c'est sur lui qu'ils pleurent; c'est ce cher et royal exilé à qui ils ont hâte de parler de la- belle patrie, du grand domaine où son trône est conservé, de la cité sainte où la lumière de son nom n'est cachée que par le suaire du Rédem})teur et entretenue par les douces larmes de Celle qu'il associa à son divin martyre en la faisant aussi publique* ment, solennellement et universellement sa Mèreî Oh! comme ils gémissent de cette ignorance qui par elle seule conduit à tant d'abaissement, à tant de dégradation!
Malgré toutes les défectibilités humaines, cet esputt-homme n'en reste pas moins ange, et par conséquent plus justement et plus parfaitement similaire avec Jésus-Christ. Le Verbe, sans cesser d'être Bleu, s'est fait chair; et l'Ange, sans cesser d'être ange, est uni aussi hypostatiquement à la chair qui le fait être homme. Le Christ dans ses démonstrations humaines laisse toujours percer sa divinité; ses attributs divins se révèlent dans tous les actes de son humanité: de môme aussi tous les actes de l'homme traliissent une nature supérieure à la chair qui exécute visiblement des volontés et des dédirs qui sont audessus de sa nature et de son principe»
Frères! comme ces vrais christs sourient et pleurent avec justice et fruit devant toutes ces aptitudes angéliques servies par les sens matériels de la nature charnelle! comme tous les attributs de l'ano-élité se distlno'uent dans nos tendances communes, dans nos caractères, dans nos goûts, dans nos opérations, dans nos idées et dans nos conceptions I comme la nature séraphique se dénonce même dans les plus grands écarts d« notre cœur! comme les attributs de Puissance, de Domination, de Trône se remarquent et se distinguent au milieu de tous les autres attributs d'une nature céleste qui n'a plus pour les ser-
vîr que des agents non seulement inférieurs, mais presque contraires.
L'ÂME humaine! qui sait mieux que ces eniiints vrais de la véritable Épouse du Verbe incarné tout le respect, toute la vénération qu'elle mérite? L'ame pour eux n'a point de mystères: c'est une consolateice, une Épouse, une amie que le sein de la Miséricorde donne à chaque Esnuï qui doit consommer son épreuve expiatoire dans le corps de l'humanité; c'est une consolatrice d'autant i)lus à même de nous venir en aide qu'elle n'est créée qu'avec les dispositions dignes et conformes à son auguste ministère; c'est une épouse d'autant plus capable d'être aimée du malheureux à qui elle est unie, que son origine est proportionnée à l'état présent de rêtre spirituel qui la possède. Elle ne peut lui reprocher sa dégénérescence; elle ne l'eût jamais connu, et elle n'eût jamais été sans ce malheur. Elle ne peut rougir de lui quelqu'il soit: il est connu . par elle dès qu'elle est créée, comme étant né dans l'amour de son Créateur, et elle n'est unie au malheureux pénitent que pour lui être sans cesse un témoignage vivant du continuel amour de son Dieu, et de l'infinie miséricorde qui ne le veut point abandonner.
Oh! que Diea est grand dans ses œuvres, qu'il est admirable en toutes choses! Non seulement l'âme est une épouse de consolation dévouée par sa nature à la nature de l'ange qui la possède, mais encore sa nature mixte la rend familière à toutes les choses créées pour le service du glorieux pénitent qu'elle considère et qu'elle aime. Les élévations de l'esprit ne la trouvent point étrangère, sa nature étant toute dilatante, capable de le suivre en toutes ses ascensions, difïéremment de lui qui ne fut créé que pour le Ciel et pour le bonheur divin. Fille de la Miséricorde, elle sait qu'elle n'est que pour vivre avec celui qui lui est uni, et pour accélérer la marche heureuse de son plus prompt retour vers le Créateur. Non cou-
tente du partage des goûts spirituels de son bien-aîmé, sa médi lîi )n naturelle et ses attributs consolateurs la tiennent, sans douleur et sans regret, attachée au corps de son époux, comme une véritable épouse à tout le contingent du plus utile service et de la plus glorieuse manifestation du royal captif dont elle est iière d'être l'épouse et l'amie. Comme elle est bonne cette âme qui étend ses conseils de notre intérieur à notre extérieur, mettant son bonheur et sa gloire à nous prévenir sans cesse de tout ce qui peut ternir, faner, corrompre notre dignité, le labeur et le profit de notre vie pénitencière. Sans droit de nous reprocher la cause de notre union avec elle, elle n'en sait pas moins, avec vme sympathique justice, qu'elle nous a été donnée sans avoir été flétrie, sans avoir été souillée. Elle n'a pas à pleurer sur elle-même: voilà pourquoi, distraite de tout ce qui lui pourrait être personnel, elle est plus intimement et .plus souverainement tout à nous. N'ayant pas d'autre fin que nous-mêmes et le bonheur que notre Créateur ne cesse de nous vouloir, elle est soumise à notre volonté et ne fait qu\ui avec notre libre arbitre. Ses peines, ses douleurs ne lui viennent que de nous, et elle ne les ressent que par ce qu'elles sont notre ouvrage, notre flétrissure et notre dégradation. Ses égarements ne viennent que de nos violences et des injustices de notre volonté. Mais que notre volonté s'épure, se régénère ou se ranime pour tendre du côté de la souveraine Justice, pour rentrer dans la voie de l'équité, pour renouer nos relations interrompues avec la divine Sagesse^ elle sera la première, à avoir des larmes, à crier gi'âce, à implorer notre pardon.
Frères bien chers, on pourrait croire que ces fils si forts en métaphysique et en psycologie se sont fait une vie tout abstractive et étrangère à ces lois de la nature corporelle que tant d'hommes reconnus parfaits ont eux-mêmes frappées comme étant les ennemis les plus dangereux de l'ordre spirituel seul
digne de toute notre attention et do tout notre respect. Ahî ce serait mal connaître l'enfiint de l'Eglise universelle.
Si la divine inspiration et l'incessante créatrice lumière de Celui qui les a engendrés dans l'ordre de sa génération leur montrent ainsi leur double nature, et la trinale similitude qu'ils ont avec lui, il ne leur permet pas d'être indifférents sur ce grand et admirable chef-d'œuvre que l'on nomme le coeps.
Quand le rayon de la lumière divine s'étend sous nos regards sur ce que nous a conservé l'histoire génésiaque, nous voyons que le Créateur qui a tiré de rien la substance éthérée du ciel et des cieux, qui n'a eu recours à aucunes molécules j)our donner l'être à ces multitudes innombrables d'intelligences qui vivaient des délices de sa mnjestueuse présence, nous voyons, dis-je, qu'il prend une substance existante pour former le corps de l'homme; et non seulement il dit sur cette substance, que l'iiojime soit fait, mais le texte formel nous fiiit remarquer que le Dieu tout-puissant plastiqua cette substance, qu'il la travailla comme il n'est pas dit des autres créations.
Mais quand nous considérons ce qu'était cette substance elle-même, notre admiration n'a plus de bornes; et si le doute se présente, ce n'est pas sur la possibilité du fait, c'est sur le méticulisme que prend un Dieu à ce que nous regardons généralement comme une si pauvre chose.
Le CORPS de l'homme est composé d'un limon terrestre; mais ce limon n'a aucun rapport avec ce que la grossièreté de notre ignorance nous a fait nommer ainsi. En effet, qu'était alors l'élément terrestre? qu'était le principe matériel dont rintelligence divine se servait pour plastiquer le corps de l'homme? L'historien sacré nous dit:
= « Toutes les plantes des champs étaient encoee dans
»v LE sein de la TEREE, TOUTES LES HERBES n'aVAIENT POINT EN- ♦* COBE POUSSÉ, LA PLUIE n'ÉTAIT PAS ENCOEE TOMBÉE; MAIS IL
» S^ÉLËrAlT DE LÀ TEÎ^EE UNE FONTAINE Qtl EN ARKOSAÎT tOUT»