LA SURFACE
C'est donc de cette fusion de tout ce que porte, contient et renferme la terre que le corps de l'homme a été formé; c'est de cette terre qui possédait tout en germe, et qui se trouvait vivifiée par cette fontaine Centrale sur les eaux de laquelle ^ comme sur toutes les eaux, sans aucun doute, l'Esprit divin reposait; c'est de cette sécrétion universelle de l'élément terres-' tre uni déjà, pai* une indissoluble harmonie^ à tous les autres éléments et à toute l'auguste chaîne de la création extérieure, dont l'Éternel se sert pour donner à l'ange repentant un mojen certain de ne pas rougir de lui-même tout le temps que doit durer si conditionnelle pénitence, et aussi de ne pas être étran-*ger à Tcigence générale du ciel nouveau dans lequel va le placer cette infinie Miséricorde qui l'a arrêté sur la pente si rapide des abîmes.
Au lieu d'errer de monde eil monde comme un être chassé et vagabond, la souveraine bonté du Très^HaUt assigne non une demeure capable d'humilier par elle-même l'intelligente raison de sa créature, mais un paradis dont elle sera l'honneur et la gloire > si elle se conserve dans la justice et la fidélité* Rentrer au ciel sans expier de son propre fonds et des satisfactions de son libre arbitre, l'angélique révolté ne l'eût pas accepté ^ parce que c'eût été lui offrir uîie honte éternelle, puisque cha-^ cune des heures qui permettent aux anges l'auguste contemplatif on de la Justice divine sont déjà par elles-mêmes autant d'éternités. D'ailleurs la Créature éclairée subitement par l'éclat sou-» verain de la Prescience divine qui lui pardonnait, voyait, presque comme son Dieu, tout ce qui était son plus grand et plus favorable avantages Elle ne dit oui que bien instruite^ bien convaincue et bien pénétrée d'une Vérité qui lui donnerait toujours plus qu'elle ne lui montrait, et qui exigerait toujours moins que ce que consentait sa chère créature.
Hé lien! Frères, quand on connaît ainsi l'opération divine dans la construction du corps humain, quelle que soit sa dégénérescence, on ne peut sans crime le regarder comme indigne, comme nuisible, comme un anatlième, comme une agence impure et indigne des hautes fins que nous croyons propres à notre âme et à notre esprit.
Frères bien-aimés, une autre et non moins grave considération qui pourrait fanatiser notre jugement sur la dignité, la grandeur et la majesté de la chair qui compose notre corps, c'est que le Verbe, le Fils du Tout-Puissant ne s'est pas fait esprit, ange ni archange; il ne s'est pas fait âme: il s'est fait CHAIK; il s'est uni à la nature humaine dans une unité personnelle. La nature humaine qui réunit en soi les éléments de toute la création a été personnifiée divinement par l'Incarnation, en sorte que l'âme et le corps de Jésus-Christ, vivant dans le Verbe et par le Verbe, de la vie propre du Fils même de Dieu, sont réellement pour jamais l'âme et le corps d'un Dieu.
Maintenant, comment oser ne pas respecter, aimer, vénérer ce corps, cette chair qui est et qui sera éternellement le corps, la chair de l'éternel Fils de Dieu? Ce n'est donc pas en l'avilissant, en la flétrissant que nous lui rendrons l'hommage dû pour le moins à un tabernacle divin. Mais aussi, Frères, c'est en vertu de cette suprême connaissance que nous ne pouvons plus nous contenter, comme nos devanciers, de défendre l'âme ou l'esprit de nos malheureux frères, en nous disant tranquillement == PEU BiPor.TE POUR LEUii COUPS ! Aujourd'hui nous ne pouvons regarder la chair affligée, violentée, torturée, frappée ou déchirée que comme atteinte par des crimes sacrilèges que nous devons signaler, quitte à nous exposer nous-mêmes aux coups des mêmes sacrilèges et des mêmes bourreaux.
Le Verbe s'est ûût chair; la chair n'a constitué l'homme que pour qu'il fût le roi de la nature, la similitude de son Créateui^^ un Vice-Dieu, une vue sensible de la grâce et de la
beauté divines. Or, dénonçons et ne craignons pas de stigmatiser tous les profanateurs de cette chair sacrée. Soyons ce q^ae notre connaissance nous donne le droit d'être, ce que nous ne pouvons pas ne pas être sans crime et sans une eftrayante responsabilité.
Vous m'avez compris. Frères bien-aimés! vous m'avez compris, nobles et intelligents courages! Vous savez maintenant qui est à même de connaître et d'apprécier ce qu'est la dignité humaine et le prix du véritable honneur; quels doivent être les vrais défenseurs de la patrie, les sentinelles vigilantes veillant, sans s'occuper de leur repos, les remparts sur lesquels flottera toujours, quoi que fassent ses ennemis, le drapeau sacré de l'alliance divine, la gloire et l'honneur véritables de toute l'humaiiité. Soyons, par notre foi, cette Jéricho nouvelle qui veut dire Terre éclairée; sachons montrer que nos murailles ne sont pas l'inertie ni Tindifrérence; que le bruit de l'opposition, les cris de la haine, les fureurs de la fraude découverte ne peuvent rien sur nous. Que notre âme soit une Rahab qui, bieu que faible dans ce qui lui est propre, ne craigne jamais de se compromettre pour le bien et pour le triomphe de la vérités Ne laissons rien passer ni rien entrer qui ne réponde à notre