QUI VIVE
Ah! Frères, veillons surtout à ce que cette épée à deux tranchants que promène la main de l'homme, ne touche jamais cette dualité qu'elle menace et que nous devons, nous, ne reconnaître que comme une juste et véritable unité. Point de possesseurs, point de possédés! des frères, des créatures de Dieu, des êtres peccables et des générations de pécheurs appelés souverainement au bénéfice d'un pardon généreux, et aux suprêmes gratuités d'une infinie miséricorde. N'épousons aucune querelle! mais sentinelles de l'invariable Justice, ne transigeons jamais avec ce qui fciit la douleur de nos semblables, ni avec ce qui outrage l'auguste dignité du caractère de notre con^
science. Ne craignons point de faire trembler l'égoiste; n'hési^ tons pas à lui montrer le fruit de sa corruption; faisons en sorte d'animer, malgré ce qu'ils portent avec eux de terreur, ces spectres vivants qui tissent dans les ténèbres la trame imbri-» sable de son irrémissible honte. Montrons ,sans ])itié, la couron-' ne de l'hypocrisie, quitte à ce qu'elle-même se surprenne d'hor-reur en sachant que ses. liens infernaux ne sont pas des lien^ éternels. Sans mépriser le délire de certains lâches qui font croire à leurs dupes qu'ils peuvent orgueilleusement conspirer contre le plan de Dieu, approchons-les jusqu'à ce que nous leur ayons persuadé que leur âme malade et leur raison égarée sont devenues pour eux leurs plus cruels bourreaux.
Ah! Frères, Frères, assez slir nos petites personnalités! Il est grand temps de fermer, sur notre triste individualisme, la porte sainte de l'oubli; il est temps de nous hâter: l'espéran-ce humaine est à l'agonie; elle se meurt dans les exhalaisons méphitiques d'un stoïcisme qui a pris aujourd'hui le caractère de l'ouragan. O Phalange sacrée qui n'avez été formée que pour sauver les derniers restes de la vi ne du Seigneur, Travailleurs en Dieu, à qui le Tout-Puissant a remis le plan divin de l'universelle régénération, levez-vous! ne vous effrayez pas de voir ce centre gangrené Oj^ui a organisé, avec une activité si désastreuse , cette peste intellectuelle qui semble être la ruine certaine de toute l'humanité. Ah! Frères, levotts-nous devant le tabernacle de la grâce et de la pitié; a])pliquons-nous à travailler nos armures en les trempant avec force dans la science qui dissipe tous les obstacles dont les monopolisateurs ont entouré la vérité. Que notre parole, mâle et fière comme elle^ ne sorte de nos lèvres que comme le vent du progrès chassant, de la toute-puissance que le Ciel nous donne, toutes les honteuses putridités du mauvais vouloir et de l'erreur.
Ohî oui, Frères, l'humanité trompée depuis si longtemps, l'humanité qui a vu chaque siècle se rh-e de sa confiance*
comme Diog^ne autrefois, elle clierclie partout, en ces jorirâ> des hommes qui lui soient fidèles et qui ne la trompent plus. Ne craignons point d'être appelés perturbateurs, démagogues, incendiaires. Ouvrons nos manteaux gris que ilous ne reçûmes que comme symbole de l'ombre sOus laquelle nous devons être instruits et éprouvés. Disons, comme notre divin Maître, à Inhumanité qui cherche, non comme les sbires de Caïphe, uns victime et un innocent pour épuiser leur jalousie et leur haine ^ mais, de nobles, de dévoués, de véritables défenseurs, disons, sans crainte et sans frajeur: =^ C'est nous qui sommes ceux
QUE vous CHERCHEZ.
Ah! je vous eil conjure, poiir épargnei* son doute, pour ré-* pondre dignement à toutes ses craintes si motivées, si justes, élevons-nous, et atteignons, pai* le ministère de la toute-puissance du Dieu qui nous a choisis, la courageuse intrépidité de Moïse; que notre front s'imprègne dé la mâle audace de Da^ vid; que nos yeux soient doux et pénétrants comme ceux de Salomon; que nos traits, réfléchissant notre âme, révèlent que nous avons des cœurs capables de prouver aujourd'hui la force prophétique qu'on vantait dans Sanisoti; soyons purs Comme Samuel; éloquents comme îsaïe^ dévoués comme Daniel; prudents comme Elisée; fermes comme Éléazar; pieux comme Siméon; désintéressés comme Jean Baptiste; accessibles à toutes les peines, consolants pour toutes les douleurs, aimants, passionnés pour là paix, pour le bonheur de tous les hommes 3 comme Jésus-Christ.
Frères, que l'enfant, le vieillard, Tami, l'ennemi soient à même de lire, à tout instant et dans tous nos actes, cette immortelle devise: Insatiablîî et indestructible amour du sacrifice. — - Mais en veillant sur l'honneur et sur les plus diers intérêts de l'universalité des êtres, ô Frères! prenons garde que, par un horrible contraste, cette glorieuse devise que nous acclamons aujourd'hui ne devienne un jour notre châtimen"
îl
et notre honte ! Ah î préférons mille morts à ce qu'on dise ja* mais de nous: = " Ces hommes qui se disent les apôtres et leâ M professeurs du sacrifice nous ont trompés encore, et nous >' les tenons pour être les plus féconds en quiétisme et en »♦ lâcheté. »
Frères, écoutez! et vous entendrez du côté du domaine ce-» leste le chant enthousiaste des archanges, qui brise les voûtes du ciel pour arriver jusqu'à nous, afin de saluer notre première lutte, et de bénir le serment solennel que nous avons tous fait de ne remettre qu'à Dieu seul, le saint et adorable minis-=' tère de cette ardeur qui nous a fait une vie nouvelle, et qui nous affirme que nos frères posséderont un jour, comme nous et plus parfaitement que nous, ce véritable bonheur que la terre, telle qu'elle est, ne doit et ne peut donner à personne.
Ah! Frères, comme cette tâche est belle! Ere de grâce et de divine rénovation, comme tu saisis! comme tu embrases] L'horizon qui t'enveloppe paraîtrait triste à d'autres âmes qu'aux nôtres, élevées comme elles l'ont été Sur le mont som^ bre et nébuleux du Gol^otha. Kous entendons le bruit des chaînes de nos premiers frères dans la foi, qui, tenues par les mêmes mains sacrilèges qui les enchaînèrent autrefois, semble nous dire que le même sort nous attend. Nous entendons ce lugubre concert d'imprécations, de colères et de vengeances qui nous arrive de tous les échos du monde despotique et dominateur. Nous entendons les cris d'anathèrae et de damnation, tombant du ciel des chaires dites chrétiennes; les clameurs fanatiques des mercenaires démasc|ués, invoquant contre nous l'appui plus ou moins inique de chacune des puissances qui partagent leurs adultères. — Tout cela, c'est de l'homme î tout cela, c'est delà faiblesse! tout cela, c'est le fruit delà honte, et tout cela est impuissant!
DIEU EST AVEC NOUS ! qui donc pouebait nous fai-
BE CT.AINDEE EN SE METTANT CvONTEF NOUS? -
Saliitj très-chers et très-râmés Frères. Partagez cette lettre avec nos chers Pontifes catéchistes. Si jusque là nous avons été fervents, soyons-le plus encore. Si nous avons été purs^ soyons-le plus encore. Si nous avons été dévoués, soyons-le davantage encore. Si nous pratiquâmes la véritable abnégation et la sainte édification, il faut qu'aujourd'hui nous surabondions en toutes vertus: non seulement pour glorifier Dieu, mais pour défendre, pour aimer, pour consoler, et nous rendre dignes de l'amour de nos frères: ce qui sera une véritable dignité plus capable de glorifier le Seigneur que toutes nos œuvres personnelles.
Union sainte et indissoluble, incessante vigilance et ineffable bénédiction, tels sont les désirs et les vœux que vous offre, chers bien-aimés Pontifes et Frères , celui que vous daignez nommer votre Père, et qui, vous aimant réellement comme ses Fils, vous bénit de toute son âme et de tout son cœur.
Élie!
Du Carmel, le 14 novembre 1854.
18 Montague Btreet, Portman square.
Londres,
Ôl M. j» QIJIS UT Mus!
ThOMORAEL, PONTIFE CxS.tÉcHISTE^ CHER FILS ET CHER FRERE,
J'ai béni le Seigneui* de ce qu^il avait choisi le jour de \â NTativité de notre immaculée Mère pour qu^au milieu de nos enfants et frères du pays cher, tu lui offrisses le sacrifice seul dîgi>e d'entrer en similitude arec l'adorable sacrifice de Jésus-' Christ. J'ai béni Dieu de ce que c'est sous le toit d'utie famille aimée et méritant l'être, que tu as présenté au Très^Haut cette hostie réelle dont ses regards rie peuvent se détourner. Oui, mon Fils, mon cœur a été joyeux que le ciel se soit ainsi chargé lui-même d'envelopper nos sincères amis dans la di\ine faveur du choix de leur foyer. Dieu est infiniment bon; il sait quelles sont nos dettes de reconnaissance! et, quand noue sommes dans l'impossibilité d'y satisfaire comme nous le désirons, il trouve toujours le moyen d'y satisfaire abondamment lui-taênie.
Demain, Fils bien aimé, nous célébrerons, au milieu des sentiments divers qui appartiennent au cérémonial de ce grand jour, l'octave de votre cher bonheur, et nous ne ferons qu'un cœur pour nous identifier à votre pieuse action de grâces.
Maintenant, Fils bien cher, réunis toutes les ardeurs de ton âme; active en ton cœur tous les feux de l'onction sacrée dont ton front a été couvert; que ta vie soit une instante et permanente supplique. Nourris, par la vTaie prière du cœur, ce
màîe courage que tant de malheureux livrent si fîîcilement au sommeil de leur indifférence. Prends garde de te laisser saisir par cette apathie générale qui dévore les plus riches aptitudes et qui tue tous les héroïsmes. Ne te laisse pas surprendre par les sombres brumes qui deviennent bientôt des murailles dans lesquelles l'âme prisonnière croit sacrilège tout ce qui parle, appelle, attend ou aspire à l'auguste liberté!
Aujourd'hui, Fils bien-aimé, il faut que nos aspirations vers la déhvrance universelle soient, devant Celui qui peut tout, les premières et les plus fortes. Aujourd'hui, nous sommes consciencieusement oblio-és d'être les sentinelles vi^içilantes du monda universel; nous ne pouvons plus, sans être coupables, rester spectateurs dans cette grande lutte du besoin général contre une multitude d'ennemis qui asservissent l'homme et l'univers depuis que la force brutale a cru pouvoir s'imposer à la justice et au droit de la raison intelligente.
A nous, à nous, Ami! à nous. Frère! à montrer aux victimes leur faiblesse avilissante, et aux bourreaux le dernier jour de leur pouvoir. A nous à crier, du haut des tours de la justice, la venue du Juge suprême, et l'indignation de Celui qui déteste l'iniquité. A nous à proclamer les souveraines volontés de Celui qui n'a que de la miséricorde et de l'amour pour l'humanité. A nous, oh! à nous surtout à entrer dans ce grand et rigoureux jeûne qui seul peut renverser le dieu du jour, le hideux, l'insolent, l'inexorable égoïsmel
La terre se couvre de deuil; la nature entière semble s'abandonnar de plus en plus à une secrète et désastreuse perturbation; le drapeau de la mort s'est promené et se promène encore de l'orii'Ut à l'occident. Notre indifférence les uns envers les autres, unie aux craintes d'un certain nombre qui, possédant tout, ne veulent pas même que le nom du malheur arrive jusqu'à eux, nous empêche de connaître les désolations qui ont emporté de nos rangs tant d'innombrables victimes. La
végétation est. presque partout, malade comme l'est lliumanîté. On dirait que la coupe d'auathème est tombée sur cette malheureuse terre: les chaumières sont pleines de larmes; les mansardes jettent dans Tair toutes sortes de gémissements; la demeure de l'ouvrier est sombre et triste; la table si frugale du travailleur ne se dresse plus; ceux qu'un peu de foi soutenait encore, les dirigeant vers l'espérance, se sont vu arracher ce dernier secours , et leurs yeux ne connaissent plus que le i'ouge de la colère et l'abîme du désespoir!
Hé bien! qui voit cela? qui entend tous ces cris de détresse? qui sent en soi toutes ces souffrances, tous ces malheurs? qui se couvre de deuil? qui pleure avec toutes ces infortunes? qui B'humilie devant ce chaos qui finira par une explosion si terrible? qui gémit devant cette désolation qui annonce des rcpréisailles inouies? — Le riche est aux eaux: il a épuisé les fctes de la ville; il est las de la jouissance des cités; il lui faut des jouissances nouvelles; il est allé les chercher dans les dispendieuses fêtes des grèves. — Les femmes ont entassé parures sur parures; elles sont pressées par la fièvre d'en étaler, dans de nouveaux salons, la richesse et la nouveauté; elles seront si belles! si admirées! si applaudies! con:iment penseraient-elles à leurs sœurs à peine vêtues, à ces autres femmes qui leur semblent être créées pour cornaître seules la douleur et la faim! — Et ces grands seigneurs, ces beaux m.aîtres qui passent leur vie à lutter d'orgueil à orgueil, d'intrigue à intrigue, de parade à parade, d'adultère à aelultère, de séduction à séduction, de corruption à corruption... commicnt penseraient-ils à leurs frères dont la sève épuisée dans le travail des nuits pour satisfaire à leurs incessants travestissements, sont anjourd'hui, à l'heure des débauches dorées, saisis par le marasme, par la fièvre, par la nostalgie, parla faim! Hélas! la seule pensée qui leur en vienne est un satanique espoir qui leur dit qu'à leur retour, la misère aura, sans aucun doute, jeté sur le pavé
quelques victin:es de plus dont leur impureté pourra se satîs^ faire, et luis dans le désespoir quelques pauvres épouses dont ils pourront sûrement tenter la corruption.
Alî! frère, Dieu ne serait pns juste s'il ne jugeait pas dans une infîexille sévérité ces femmes sans cœur qui, dans la prodigalité de leur table, oublient qu'elles ont des sœurs qui gémissent et qui maudissent Celui qui semble avoir donné tout aux uns et rien aux autres.
O pauvre ftmme! cor.sole-toi: tu touches à tes dernières souffrances. Non, Dieu n'est pas injuste: il couvrira tes pleurs, ici-bas même, d'ineffables délices; et tes sœurs impies et sacrilèges seront maudites devant toil — Et toi, pauvre mais laborieux ami, ne te laisse point aller au blaspliémie; sois sans crainte: le Rémunérateur n'est pas loin; tes jours de deuil feront place à des jours de lumière et de parfums. Cet homme sans entrailles et sans rane, qui fait tant de bruit, qui attire tant d'hommages, qui perd tant d'or, qui répand tant de vin, cet homme ne voit pas ce que le Dieu qui te vengera montre à son prophète; il ne voit pas cette flamme intelligente qui descend du plafond et qui vient écrire sur son front, d'une manière ineffaçable, ce nom que l'Ange de l'anathème signa sur le front du fratricide Caïn!
Ah! riches impies, riches cruels, vous avez beau faire de vos salons autant d'Olympes, la Mort, l'inachetable Mort vous en arrachera; et Dieu seul sait où vous emporteront ses ailes dévorantes! Ah! vos cris de joie, vos splendides bacchanales ne vous défendront pas contre la brillante faulx des moissonneurs de la Justice divine! Ah! si le jour de votre châtiment arrive tandis que vous serez encore assis aux tables de vos festins, tandis que les ardeurs du vin auront empourpré les joues et les lèvres de ces femmes qui sont tout votre enthousiasme et toute votre volupté, vous sécherez de frayeur! Quand vos portes s'ouvrant toutes grandes, vous verrez, pâle et couronnée
d*épmes, îa tête adorable du Crucifié dépassant celles de tous ceux que vous oubliez et qui seront avec lui, vous sèchere/i de frayeur! Vous appellerez les montagnes pour qu'elles vous écrasent, quand, de sa voix qui couvrira celle du tonnerre, il dira à ceux qu'il sera venu délivrer de votre égoïste et sacrilège cruauté: = " Ces hommes vêtus de pourpre et d'oe, ce *• SONT vos frères! et ces femmes sans pudeur et sans foi,
« CE SONT vos sœurs! "
Ah! vous ne pleurez pas! les souffrances du pauvre, les gênes de l'ouvrier, l'honneur du prolétaire; rien de tout cela ne peut arrêter vos rires insultants, vos fêtes scandaleuses, vos joies profanatrices! la faim des mères, les cris des petits enfants, la nudité des pauvres jeunes filles; rien de tout cela n'arrête l'outrage de votre luxe, l'injure de vos parures! vous êtes sans pitié pour des sœurs dont chaque larme vous accuse; vous êtes sans pitié pour des pupilles que la Justice suprême vous avait confiés! Ah! vous boirez la myrrhe et l'absinthe; vous suerez le sang, par la poitrine et par les yeux! Vous riez! vous riez! et vous traitez de fou, d'anarchiste, d'anti-social, l'homme à qui Dieu fait écrire votre jugement et votre sentence. Vous regardez la porte de vos palais, les grilles formidables qui gardent vos plaisirs; vous vous rassurez aux cris des sentinelles années qui vous rappellent le nombre de baïonnettes forgées pour votre défense. Insensés! est-ce que B:\lthazar n'avait pas aussi des gardes intéressés, des soldats en grand nombre, des princes et des grands capitaines? Qa'est devenu Balthazar? —Allons! allons! des rires nouveaux: il sied si bien aux prophètes de fixer les palais et d'attaquer les festins! Riez! riez encore! vous n'avez rien à craindre. Ecoutez, écoutez! et rassurez-vous de nouveau!
Tandis que vous buvez à longs traits, tandis que l'or du jeu brille sur vos tapis, tandis que le fard coule sur les joues de vos brillantes coquettes, tandis que la poitrine nue de vos
^ 40 — jeunes filles magnétise les regards de tous vos demi-dîeux, tandis que vos buffets ploient sous les délices que donnent la terre, Tair et la mer, tandis que vous vous mentez les uns aux autres sous d'agaçants sourires, tandis que vous vous souillez les uns les autres avec de belles manières et des formes polies, les escadrons de cavalerie chargent avec rage Jes malheureux qui demandent du pain; la fusillade balaie les places et les carrefours; les défenseurs de la patrie, lapuissauie sécurité de votre repos, tuent vos frères et leurs frères > pour vous éviter la peur, et parce qu'ils ont faim!
Frère! tu le vois, le Ciel ne peut retarder le jour de sa justice; il est du nom de son amour de faire cesser cette si longue épreuve. Je te le disais en commençant, mon Bieuaimé bien cher, entrons, sans retard et sans crainte, dans ce grand jeune oii l'esprit, l'âme et le cœur ont chacun leur juste et divine action. Ici, Frère bien-aimé, je n'entends pas ces jeûnes insignifiants avec lesquels on croit tromper Dieu, comme on trompe les hommes, et comme on se trompe soimême; je n'entends qu'un seul jeûne, et c'est celui qu'Isaïe nous affirme être approuvé par la sagesse et par l'infinie bonté du Seigneur. Lis attentivement ce que l'iiilternel explique à son Prophète :
= " Le JEUXE QUE j'approuve, dit Celui qui instruit l'ad- »• m irable Voyant, est celui-ci: rompez les chaînes de l'im-
»• PIÉTÉ; DÉTACHEZ DE LEURS FARDEAUX CEUX QUI EN SONT ACCA- " BLÉS; FAITES LIBRES CEUX QUI SONT OPPRIMES PAR UNE INDIGNE " SERVITUDE, ET BRISEZ TOUT CE QUI CHARGE LES AUTRES.
't Faites part de votre pain à celui qui a faim, et faites en- « trer en votre maison les pauvres et ceux qui ne savent où- se V retirer. Lorsque vous verrez un homme nu, revêtez-le, et n né méprisez pas votre chair.
" Alors vous invoquerez le Seigneur, et il vous exaucera, ♦> vous crierez vers lui, et il vous dira: Me voicl "
— jO —
Tu le VOIS, cher Fils, le plan est droit, la ligne est intelligemment tracée. C'est donc par ce jeûne que nous sommes certains d'intéresser la pitié divine. C'est en jeûnant ainsi , que îe Tout-Puissant promet une fructueuse réponse à nos sollicitations, à nos pressantes demandes.
Fils bien-aimé, j'entends ton âme me dire : = ^onnnent arriver à briser aujourd'hui les chaînes de l'impiété? comment accomplir et satisfaire l'ordre d'un pareil jeûne? — Certes, mon bien cher, ce n'est pas sans de graves difficultés, sans de véritables et dangereux combats que nous atteindrons cette impiété qui paraît si puissamment affermie, qui occupe les premières places et qui siège aux premiers rangs. C'est ime tâche au-dessus de nos forces; si Dieu n'était pas avec nous, ce serait une incroyable témérité, une tentative insensée, une véritable folie. Attaquer l'impiété, aujourd'hui surtout que l'indifférence de l'homme lui a laissé le droit de se construire des temples et des autels... Hé bien! oui. Frère, oui cela est possible, parce que cela est du plan de Dieu; parce que c'est le Seigneur qui nous l'ordonne; parce qu'il combattra avec nous. Oui, toutes formidables qu'elles soient, ces dégradantes et avilissantes chaînes, le feu du dévoûment et la sainte puissance du suprême amour les briseront; et voici comment:
Nous nous épurerons comme l'or à la fournaise; nous nous allégerons de tout ce qui pourrait nous rendre dépendants ou affinitaires avec cette funeste idole; puis nous aurons le droit alors d'arracher les voiles qui cachent son visage. Nous éclairerons les ténèbres dont elle se plaît à s'entourer. Nous arracherons le manteau frauduleux dont se couvrent ses adorateurs €ît ses complices. Nous étendrons sur son plan sacrilège la torche auguste avec laquelle les véritables A])ôtres de la Vérité pénétrèrent la nuit du monde, pour le convaincre de crime et 'de péché, ainsi que l'avait fait avant eux leur diviji Maître. Nous renverserons les tables profanes des acheteurs et des ven-
deurs qui se sont établis, comme en haine de Dieu et des hommes, dans kl maison du Seigneur. Nous ouvrirons à deux battants les portes de l'officine impvu'e où se triturent toutes les machinations et les complots. Nous lèverons tous ces oripeaux qui couvrent son orgueil. Nous mettrons la vérité en face de ses mensonges, la justice en face de ses iniquités, l'amour en face de sa haine, et la charité en face de ses fureurs.
Nous arracherons à leurs fardeaux ceux qui en sont accablés, en leur montrant dans sa suprême vérité le joug seul doux et léger qui est 1^ joug de Jésus-Christ. Nous saurons trouver dans nos cœurs des larmes sincères pour reposer leurs larmes. Notre foi leur prouvera que leurs épreuves ne sont pas des fruits de haine. L'intelligence de la bonté de Dieu les mettra eu face dj cet auguste héritage dans lequel ceux qui se sont fiiits les premiers seront enfin faits les derniers. La lumière par laquelle le Ciel nous éclaire, leur montrera que ce n'est pas une vaste possession qui donne la paix et le bonheur; mais que l'âme généreuse et détachée de son individualisme est seule véritablement calme et heureuse. Ah ! notre piété sage leur apprendra qu'il y a plus de bonheur à lever la tcte vers les cieux, qu'à la tenir toujours baissée vers cette mal; eureuse terre si glissante et si trompeuse.
Nous ferons libres ceux qui sont opprimés par une indigne servitude, en leur montrant d'abord leur sainte et glorieuse origine; le prix que Dieu a toujours attaché à leur liberté; les sollicitudes qu'il n'a cessé d'avoir pour eux; le réel de leur dignité; la majesté de leur similitude avec leur Créateur; la dépendance ignominieuse que s'attirent ceux qui se laissent dominer par leur égoïsme, par leur cupidité, par tous les dérèglements possibles; la profanation qu'ils font de leur nom d'homme, de leur caractère de première créature de Dieu; l'abîme que se creusent ceux qui s'abandonnent à la dureté, à la colère, à la vengeance contre leurs malheureux frères.
-^52 — Nous leur enseignerons le respect que se doit à elle-même une créature ayant droit à un trône dans le domaine divin; le respect qu'elle doit acquérir sans cesse dans la conscience et dans le jugement de ses frères; les servitudes qui la peu- Tent déshonorer ; l'obéissance capable de la flétrir ; la liberté qu'elle ne doit jamais prostituer, celle pour laquelle il n'est aucune concession possible, celle qu'elle ne peut atteindre sans crime, celle qu'elle doit toujours défendre, non seulement pour elle, mais encore pour toute créature fîiite comme elle à la semblance du Seioneur.
Nous montrerons la honte et l'avilissement des misérables qui se livrent à tous les esclavages, qui sourient à tous les abaissements qu'on leur fait subir, qui apj)laudissent à toutes les verges qui les frappent, qui chantent ceux qui les enchaînent, et qui tendent encore les épaules quand on les soufflette sur la joue. Nous montrerons l'affranchissement qui déshonore, et la liberté qui rend odieux; mais aussi nous tonnerons bien haut que l'homme n'est pas une bete de somme, qu'il n'est pas une chose, comme semblent le croire tant de sacrilèges exploitateurs.
Nous briserons tout ce qui charge injustement cette noble créature que l'Éternel veut qui l'appelle son Père, en iuvoquant la justice de nofre fraternité originelle dans le ciel, comme anges; dans I'éden, comme hommes; dnns le ciiristi-? ANISME, comme membres les uns des autres, et comme corps
DIVIN DE JÉSUS-ClIRISÏ.
Nous dirons aux chrétiens qu'il ne peut y avoir de maîtres parmi eux, pas plus que de grands et de petits: nous avons tous été créés dans le même but ; nous avons tous été rachetés par la même Victime, et nous sommes tous appelés pour la même fin. — Le premier parmi les chrétiens est celui qui prouve le plus d'abnégation et le plus de dévoûment. Le plus véritablement grand dans la fiunille chrétienne est celui
qui, s'oiibliant lui-même, ne pense ç>t ne 5e préoccupe que de ce qui peut être la paix et le bonheur de tous.
Prère! Frèi'e! quel compte il faudra rendre à Celui qui va bientôt visiter sa maison et ceux à qui il en a confié le service I Quel stigmate dans ces paroles:
= " Le disciple n'est pas plus que le maître! "=
Que diront donc, pour leur défense, ceux qui se sont élevés en PRINCES, en maîtres, en dominateurs? — Que pourront donc répondre ceux qui ont béni, qui ont encensé, qui ont fait siéger dans la maison du Seigneur tous les despotismes? — Que diront ces castes qui se croient dignes des faveurs du Ciel et des hommages des hommes, parce qu'elles possèdent la graisse de la terre, et qu'elles sont étrangères à la commune adversité de ceux qui ne possèdent rien, que leur raison pour interroger Dieu , et leurs bras pour moissonner au nom et à la gloire de C33 heureux qui ne croiront jamais qu'ils sont leurs frères?
Ah! Jour de juste rémunération, tu n3 te feras pas longtemps attendre! Tout est préparé pour accélérer ta brillante lumière! Les progrès de la vapeur, l'admirable assujétissement de l'électricité sont d'actifs coursiers attelés visiblement au char sacré de ton aurore.
Frère! Frère! agenouillons-nous et jetons dans l'espace ce premier Hosannah, afin qu'il arrive saluer le blanc rayon de cette chaste Étoile qui déjà est assez forte pour se dégager des nuages, et laisser arriver à nos fronts sa douce et consolante clarté. Gloire! Alléluia à la scintillante Messafrère! Puis , comme les envoyés célestes au-dessus de la vallée des pâtres de Bethléem, crions des hauteurs du Carmel et de l'autel du sacrifice :
== Gloire! gloire à Celui qui ya venir des cieux! paix
ET ESPéuANCE À TOUT HOMME DE dI;TOUEMENT ET DE BONNE
VOLONTÉ!!! x\men.
Que cette lettre, Fils et Frère bien cher, te trouve dans la grâce du Seigneur; qu^elle te porte notre bënMiction, pour toi et pour tous ceux que nous nommons avec bonheur nos fils et nos frères. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen»
ÉlieI
Du Carmel, le 21 novembre 1854.
J8 Montagne street, Portman square.
Londres.
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