INFAILLIBLE JUGEMENT
Mais me direz-vous, chers bien-aimés fidèles, le roi de Rome n'a pas voulu prononcer avant l'invocation au Saint-Esprit, qui a consisté dans le chant du yeni ceeatoe, chant dans lequel se sont surpassés les chantres, non de l'Eglise, mais les mutilés et les non mutilés de la chapelle papale. Comédie! comédie! Cette invocation au Saint-Esprit était tout simplement une partie composant la solennité du programme; puisque, vous le savez, depuis longtemps le décret était prêt, et loin d'en recevoir l'inspiration et la diction par la sainte influence de l'Esprit divin, le prêtre-roi lut ce décret composé, réglé, consenti et approuvé d'avance! L'Univers anti-religieux qui, par cela même s'énonce dans une dénomination contraire, nous apporte une preuve bien digne d'attention et de salutaire remarque au milieu de son acte d'adoration à la grande cérémonie dont je vous entretiens : — - Après le chant de l'hymne, dit-il. Sa » Sainteté, au milieu d'un profond silence, lut à haute voix " le décret, et avec une telle émotion que souvent la lecture » en fut quelques instants suspendue. -^
^ lof) -*
Oli! je le croîs, il est yjossible que l'ombre de Paul se soit )5résenLëe à ses regards., et que, p:ir la toute-puissance de l'iudiguation divine, elle lui ait fait entendre les dévorantes paroles de l'apostolique prophétie qui s'accomplissait alors à la lettre. Il a dû fcilloir toute la puissance du pacte fonda;rjyntal de l'entière apostasie pour prononcer mcnie ce qui a été entendu! OIi! je le comprends, le chant de l'iijmne a duré trop longtemps pour que l'homme ne s'aperçût pas que cette prétendue prière était tout simplement une amère ironie, une consciente impiété.
Jour de honte et d'anathème où le prêtre ose se substituer à Dieu et insulter solennellement à la foi des fidèles! car remarquez : après la saci-ilége demande de ce suprême et infaillible jugement, le Pontife- souverain répond qu'il accueille (lui, lui-même!) volontiers, non la demande, non la réclame, mais la prière du sacré-collége, de l'épiscopat et des fidèles; mais que pour l'exaucer, il fallait d'abord invoquer l'assistance du Saint-Esprit! et en disant cela il était certain d'avoir vu, revu, tourné, retourné et scellé ce décret pour l'inspiration duquel on implorait l'assistance de l'Inspirateur divin.
Maintenaîit, bien cliers et Bien-aimés, détournons les yeux de cette fatale scène; voyons la nature du décret, l'esprit dont il porte le cachet, la sagesse intelligente qu'il renferme, la preuve de son caractère disin.
Dans ce décret, dit la presse qui se prétend religieuse, le souverain-pontife a solennellement défini :
« Que c'est un dogme de foi que la bien-heureuse Vierge n, jMarie, dès le premier instant de sa conception, par un pri- " viléixe et une £!;râce spéciale de Dieu, en vertu des mérites » de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, a été préservée » et mise à l'abri de toute tache de la faute originelle. »
La nature de ce décret est tout simplement arbiteaike, impie et i&nakeI — AEBITEAIEE, parce que c'est un coup d'état
anti-clirétien dans lequel la volonté humaine a agi par subtilité et par ruse! — Elle est impie ^ parce qu'elle démontre le mépris de la constitution des lois clu'étiennes et le fatal abus que s'arroge la volonté humaine en voulant se faire passer pour divine. — Elle est IGNARE, parce qu'elle n'émane d'aucun considérant appartenant à la révélation divine; parce qu'elle ne démontre aucunement sa raison d'être; parce qu'au contraire, elle efface toute la dignité, toute la majesté, toute la lumière qui donnaient force et crédit à ce qu'elle commande!
Le cachet de l'esprit qui scelle ce décret n'est autre que celai d'une omnipotence orgueilleuse et sacrilège! c'est le suboriiement au premier chef, l'envahissement le plus audacieux.
La sagesse intelligente qu'il renferme, c'est celle qui parle pour ne rien dire; c'est l'aveu le plus complet du masque que l'on a emprunté; c'est la confession, malgré soi, de la fraude dont on s'est servi pour atteindre une fin tout autre; c'est la preuve que la gloire de la Mère de Dieu était bien étrangère à cette comédie, et que la fièvre de se lîiire proclamer infaillible dévorait son sujet, comme les fièvres de s'im.pératorifier en ont tourmenté tant d'autres.
La preuve d'un caractère divin est totalement refusée à ce FACTUm; car aujourd'hui, en admettant comme divin ce misérable décret. Dieu, pour honorer la Mère de son Fils bien-aimé nous ferait connaître que Marie est au-dessous des mères de Samuel, de Samson et de Jean Baptiste, car toutes ces femmes étaient libres; elles avaient le mérite de leur consentement et de leur fidélité, en vertu de leur liberté de demander, de consentir et de vouloir. Ici, plus rien de tout cela: Marie dont la vie pouvait être très-fragile, suivant l'abominable décret, est tellement enveloppée du privilège de la volonté divine, elle est tellement comprimée par la grâce spéciale de son Créateur, qu'elle est non seulement préservée, mais (lisez attentivement) mise à l'abri de toute tache de la faute originelle.
Samson me parait bien plus luxueusement traité par la Sainte Ecriture. Impossible maintenant de ne pas lui rendre, également pour le moins, les honneurs de Pimmaculation! on ne voit aucune violation du libre arbitre dans l'histoire de sa conception : L'Ange du Seigneur apparaît deux fois à sa mère; il converse avec son père, et il affirme par un prodige serîsible les paroles de l'Eternel concernant sa naissance et sa vie! =^ « Il sera consacré à Dieu dès son enfance et dès le ventre de " sa mère, et c'est lui qui commencera à délivrer Israël de la •' main des Philistins. » Ce dépôt est si saini et si précieux aux yeux de Dieu, qu'il défend à la uière de manger rien d'impur, le temps qu'il sera dans son sein. — Mais il n'y a rien de semblable par rapport à Marie : rbistuire de sa conception est d'une simplicité, d'une brièveté, d'un mystère qui n'ont de similaire que la conception divine de Jésus-Christ.
La mère de Samuel est stérile; sa prière d'avoir un fils pour ne p.is être humiliée davantage par sa rivale, et la promesse de consacrer cet enfant au culte du wSeîgneur sont octroyées par hi Puissance divine: l'enfant est conçu sous les auspices de l'action de Dieu, et dès sa tendre enfance le Tout-Puissnnt coniirme l'offrande d'Anne et le caractère sacré pour lequel il a destiné son iils. Pour ce fait, le Saint-Esprit fait écrire trois grands chapitres du premier livre a|)pelé le livre des Rois. — Le Nouveau ni l'Ancien Testament n'ont même pas uu quart de chapitre pour indiquer la conception de la Mère du Rédempteur, ce qui prouverait, s'il n'y avait pas une raison plus soleniielle ciue celle que lui prête le décret, c^ue Dieu aurait mis, pour ce qui concerne la Mère de son divin Fils, une surabondance d'indifférence ou de mépris que les rois et les princes ne toléreraient pas dans la moins laudative de leurs personnelles liistoires.
A[)rès avoir sondé le livre de l'antique loi, j'aborde l'auguste majesté de la révélation chrétienne.
Rien no me parait plus grand, plus majestueux, piua pom- ])eux, plus solennel que la conception de Jean Baptiste: — c'est d;;ns !e temple de Jéhovali; c'est au milieu de la grande majesté i\\\\ accompagnait l'offrande des parfums, qu'un ange se tenant debout à la droite de l'autel, apparaît aux regards, et saisit d'une sainte frayeur toute la personne du prêtre Zacharie. L'ange, voyant le trouble que cause sa présence, dit au vieillard appelé juste :
= » Ne craignez point, Zacliarîe, parce que votre prière a " été exaucée : votre femme vous en.fantera un fils auquel " vous doimerez le nom de Jean; vous en serez ravi de joie, " et beaucoup de personnes se réjouiront de sa naissance, car " il sera o;rand devant le Seioneur, et il seea rempli lu " Saint-Esprit dès le sein de sa mère. Il convertira plu- " sieui-s des eîifants d'Israël au Seigneur leur Dieu, et il mar- " cliera de^^ant le Très-Haut dans l'esprit et la vertu d'Elie. "
L'Ange Gabriel, après s'être nommé, prévient le sacrificateur qu'il va devenir muet, jusqu'à ce que ce qu'il lui a révélé soit accompli. En effet, ce n'est qu'après avoir confirmé le nom de Jean que sa femme voulait qu'on donnât à son iils qu© l'u.^age de la parole lui est rendu.
Je vous le demande, cliers Bîen-aimcs, si nous ne snîvons que le texte ltttér;d de l'historien saint Luc, ne dirons-nous .pas, le décret de Rome devant les yeux : — Jean Baptiste est aussi, et avant tout, réellement conçu sans péclié, et nous ne pouvons, sans injustice, lui refuser le titre d'immaculé.
Et certes rex[)ression est ici formelle et concluante : == « îl " sera grand devant le Seigneur, et il sera rempli du Saint- " Esprit dès le sein de sa mère. "
Je sais bien que le décret de M. Mastaï dit de la Mère de Jésus-Christ que DÈS le premier instant de sa conception, PAR UN piiiviLÉGE. . . Mais 1q texte concernant Jean Baptiste est tout aussi puissant et tout aussi majeur; il n'est pas question
de comnieiicement, ni de milieu^ ni de fin; mais il dit explicitement et absolument: « Il sera rempli du Saint-Esprit dès " le sein de sa mère. " L'Esprit* divin élague^ avec une admirable sagesse, ces mesquines ambiguités de privilège, de grâce spéciale, de mise à l'abri &... que la malheureuse Rome du dix-neuvième siècle bégaie aujourd'hui.
Oh! oui, messieurs de l'église romaine, vous nous avez donné, le 8 décembre 1854, la preuve irrécusable de l'esprit qui YGus anime. Yous avez manifesté, aux regards moqueurs de l'univers, votre pauvreté spirituelle et votre souveraine puissance d'ignorance. Yous avez fait de la ]\Ière du Eils de Dieu i^ne victime du courroux divin et une pauvre esclave dont la vie, si admirable et si riche d'héroïsme, n'a plus pour la foi chrétienne aucun mérite! Ah! c'était là sans doute le jour que le Ciel avait fixé pour montrer votre abaissement, et vous faire siffler par l'intelligence de toutes les nations. Mais, malheureux, les fidèles en savaient plus que vous : vous avez menti en disant qu'ils vous demandaient ces pauvretés! Il n'y a pas un cœur chrétien capable de croire que la Mère d'un Dieu puisse être un seul instant dans la moindre partie d'un germe coupable. Les chrétiens de tous les âges ne se sentaient pas avoir le besoin d'aucun doute sur Celle qu'Isaïe et Jérémie nomment si majestueusement un prodige! Ces deux énonciations des deux grands Prophètes vous cinglent le visage, et vous frangent la face d'un stigmate éternel. — Hélas! que vous importent Isaïe et Jérémie? votre sollicitude et. votre intérêt vous poussent à la sonnante et productible culture des Césars! Yous n'avez jamais compris ces prophétiques paroles :
= ■' Le Seigneur a créé sur la terre un nouveau prodige ; " UNE Femme environnera un Homme! »
Quoi! vous célébrez Marie, en lui donnant le titre de Reine des anges, et vous la promulguez un être infiniment inférieur au mérite de la fidélité personnelle dans laquelle chacun d'eux
a été confinné! Vous l'appelez la Reine des cieux, et vous nous imposez de croire qu'enchaînée par la grâce et lé privilège, ce que vous appelez sa glorieuse mise à Tabri la place au-dessus de ces athlètes apostoliques et au-dessusde ces hé-' roïques martyrs qui ont défendu, par le simple effet de la- grâ-^ ce commune, contre les propres tentations de leur inabriïée^ concupiscence et contre le fer des bourreaux, la foi etTamour qu'ils avaient pour Jésus-Christ. — Halte là!. . . la lof du pri-^ vilége est au-dessous du mérite acquis, surtout quand il faut tant de courage, tant de constance, et vaincre tant de dangers pour l'acquérir. ' ^ --^ .<
Quel intérêt ont la foi et Pamoûr chrétien dans ta vénération de Marie comme femme, et comme mère de Dieu, telle que vous la manifestez maintenant! Elle n'a mérité ni le pri-^ vilége, ni la grâce, ni ce glorieux abri dont il vous plaît de la gratifier aujourd'hui. Sa maternité est encore un privilège j une grâce qui ressemble à un caprice de la Divinité, puisque, sans aucun mérite antécédent, le Ciel rompt pour elle l'harmonie des lois qui constituent l'ordre de la génération des êtres, et prend, sans vertu aucune, sans raison précédente, une de nos soeurs en l'empêchant d'être notre sœur; et, sans qu'elle ait péché plus que nous, il violente son libre arbitre, et, sous forme de privilège, la réduit à être la Mère d'un Dieu-Homme dont elle devra partager, elle inconsciente créature, toutes les souffrances et toutes les douleurs! — Mais, c'est attaquer la justice de Dieu! c'est nier la vérité du libre arbitre de ses créatures! en un mot c'est être impie et hérétique!
Allez dans le plus obscur village, et demandez à la femme chrétienne la plus simple et la plus pieuse ce qu'elle pense de la Mère de Jésus-Christ; elle vous dira: " C'est lk>plu3 sainte de toutes les créatures. •• — Alors, que répondrez-vous? ave.c votre décret à la main vous serez forcés de dire : - Ce n'est " pas ainsi que nous l'entendons? : elle n'est pas comme Samson>.
>' comme Samuel, comme Jean Baptiste, elle irest pas remplie » du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. Xon! elle ne peut >' avoir qu'une sainteté de privilège tandisque par elle-même " elle est incapable d'aucune lutte, elle mise à l'abri de toute » tache dont peut se souiller la génération d'Adam; elle est •• bien loin d'avoir le prix d'un pécheur converti, puisque le " Verbe divin nous dit, dans sa prédication dogmatique, qu'un " pécheur converti est plus agréable à Dieu que quatre-vingt- »' dix-neuf justes! «
Ah! malheureux, vous n'êtes pas excusables! vous deviez savoir que cet auguste silence du Ciel sur la véritable nature de Marie était une affirmation de Dieu même qui laissait pressentir par là qu'il n'avait pas tout dit, et que la révélation ne serait complète qu'aux temps marqués dans lesquels il apprendrait à la fidélité des vrais successeurs de ses Apôtres ce
BEAUCOUP DE CHOSES Qu'iL ETAIT TEOP TOT DE LEUR FAIIîE COX- IN'AITEE ET qu'ils X'E POUTAIEyT PAS ENCORE PORTER.
Hélas! vous saviez également que si le Seigneur envoyait à son Église ce qui doit compléter TEvangile éternel dont parle S. Jean, l'Esprit de Dieu ne le ferait pas sans montrer l'abus et les crimes du sanctuaire. Vous saviez Oj^ue si jamais on vous demandait compte de ce dépôt divin que vous avez négocié avec toutes les puissances du monde, non pour la gloire de Dieu mais pour votre gloire, vous saviez, dis-je, que vous aviez dans vos archives le grand et terrible exemple de rEgli.. se aaronite, et comme elle vous vous êtes dit : — " Nous lutterons jusqu'à la fin, car, après tout, le Christ qui a vu dans un continuel silence souiller, toujours de plus en plus son héritage, est-il réellement le Fils de Dieu, celui qu'on ne peut im.punément attaquer ou tromper? Jusque là, nous avons la preuve du contraire. Alors, sïl n'est pas Dieu, soyons-le! « — et \e 8 décembre 1854, vous avez solennisé, proclamé et signé ce blasphème, cette impiété, cette publique et solennelle apostasie!
Frères bien-aimés, la nature et la raison sont mises à la torture dans ce sacrilège factuni de la decembriste Rome. Par la frauduleuse pression du nouvel anathème que quelques prêtres mitres viennent d'arracher à la trop visible faiblesse de Pie IX, nous sommes condamnés à ne plus \^oir en Dieu qu'un être capricieux, cruel et barbare.
En effet, cette Femme qui est dès le premier moment de sa conception, enveloppée d'un privilège spécial, d'une grâce souveraiiie; qui est mise à l'abri de toute tache de la faute pour laquelle n.ous subissons tous les maux et toutes les douleurs de notre pauvre existence; cette femme qui n'a avant sa conception aucune raison d'être et qui par conséquent ne peut accepter ou refuser le continuel martyre de son existence, cette femme naît incapable de pécher, subjuguée par l'omnipotente puissance de la grâce qui l'abrite à jamais; cette femme qui n'a aucune part à l'hérédité coupable des autres femmes. .. cette femme est traitée plus rigoureusement qu'aucune d'elles! elle conçoit à l'iniimation d'un ordre angélique; et quand elle est près de mettre au monde l'Emmanuel, le Dieu fort, elle ne peut trouver, pour donner le jour à son Fils, qu'une misérable crèche et une poignée de paille oubliée par quelques chameliers! Kon seulement elle souffre de l'affreuse rio-ueur du froid acquise par le péché, mais elle éprouve pour le petit être dont elle va être la mère, ce navrement du malheur et de la pauvreté qui sont le partage de tous les criminels héritiers du coupable Adam.
Que le Sauveur endure toutes les souffrances, cela se comprend : il était avant de prendre la nature humaine; il avait la consci'jnte connaissance de ce qui composait l'expiation de cette nature; il pouvait vouloir eu ne pas vouloir; il ne naissait que dans la raison décidée, délibérée, acceptée, voulue par lui. — Mais cette femme qui ne sait pas pourquoi elle est formée, pourquoi elle doit naître, la raison, la fin pour les-
->- 164 — quelles eile entre dans le contingent des créatures expiantes; cette femme qui ne sait rien de ce grand drame dans lequel son Fils a juré d'être le sanglant héros; cette femme qui naît d'abord étrangère à l'harmonie du monde dans lequel elle va vivrez qui, avec des poumons faits pour l'Eden, sera forcée de se soumettre à l'air empoisonné de la fosse des punis; cette femme qui doit vivre dans le bagne des déportés et des incorrigibles, s'y trouve aussi injustement que serait injuste la condamnation d'un ange fidèle à vivre parmi les démons, je dirai même, plus injustement, car l'ange étant avant sa condamnation, pourrait avoir la liberté de consentir, d'accepter ou du moins de se soumettre.
Ici, rien de semblable: une Créature sainte, pure, sans souillure et sans tache, naît, sans volonté de naître, est, sans volonté d'être, au milieu d'une race perverse et corrompue; et loin d'être traitée selon la mesure générale, elle subit non seulement pour elle, mais pour la raison du privilège d'être la Mère d'un Dieu, les souffrances qui lui sont personnelles, et celles bien plus terribles de ce Fils qu'elle est condamnée à enfanter dans cette vie de douleurs et d'opprobres au milieu de laquelle la jette à son insu le privilège de la grâce divine.
Ici, une réflexion sérieuse se présente d'elle-même, et la raison se demande si la Mère n'est pas alors plus grande que le Fils, car le Fils, Dieu, Connaissance, Appréciation, Lumière, Discernement, Conscience, Sagesse absolue, se décide et veut prendre la nature de l'homme pour satisfaire à sa suprême justice en expiant, par un incessant martyre, toutes les transgressions de la génération humaine; et alors il satisfait toujours consciemment, librement et indépendamment au solennel programme qu'il a composé et fait publier, tandis que Marie qui ne sait rien antérieurement, qui ne connaît rien de ce qui a existé, qui ne sait pas que le monde est coupable, que la Justice divine a été violée, que les
cîeux existent, qu*il y eût un Éclen, un premier homme et une première femme désobéissants et ingrats; quMl est indispensable qu'il naisse un Sauveur; que la vie de ce Sauveur sera tellement liée à la sienne que toutes ses souffrances, toutes ses persécutions, toutes ses contradictions retomberont sur elle; qu'elle l'entendra appeler ivrogne, libertin, insurrectionnel, brouillon, révolutionnaire, impie, profanateur, schismatîque, hérétique, sacrilège, blasphémateur, possédé du diable &; qu'il naîtra dans une étable, et à peine né sera porté en exil; qu'étant d'une condition pauvre, il le faudra nourrir d'un pain gagné par la fatigue exténuante et par la sueur amère des plus douloureuses privations; qu'il le faudra suivre dans les rues de Jérusalem, au milieu d'une meute de faux dévots et de soldés des grands-prêtres; le voir couvert de huées et de crachats, la tête couronnée d'épines, écrasé sous le faix d'un infâme gibet, subir le supplice des plus grands coupables, et mourir exhalant son âme entre deux scélérats; cette Femme ne sachant rien de tout cela, étant d'une nature étrangère à la nature et à ratmos})hère d'un tel monde, pour le peu de liberté et de volonté intelligente qu'on veuille bien lui accorder, je dis et je soutiens que, nature visible pour nature visible, elle a plus de mérite que son divin Fils : — Jésus-Christ n'arrive du haut de sa puissance divine qu'au degré parfait de l'héroïsme humain; tandis que Marie partant des nuages de la plus complète ignorance humaine, et assujétie qu'elle est, accepte et s'abandonne sans aucune résistance à cette vie contradictoire, injuste, incompatible avec le mérite de sa nature, et arrive à l'héroïsme divin qui seul peut braver la double mort qui la menaçait au Golgotha.
Que signifie maintenant la scène de la Purification?.. Malheureux, vous ne voyez pas que vous lui faites nier la Conception divine! En effet, selon vous, Marie vient se purifier de la perte de sa virginité; elle vient demander pardon à Dieu
d'avoir écouté son envoyé, ou 1 ien elle fait une chose tout instinctive et toute machinale! ce nVst ])lus un actif acco;fl de dévoûment avec le Verhe éternel qui la conduit nu temple, et qui lui fait dire en présentant son Fi!s à Jéhovah :
= - Maintenant, ô Créateur tout-puissant qui conraissez » le mystère qui m'eiiveloppe avec votre divin Fils, vous ne •• verrez plus désormais l'enfantement des fcnnues d( nt j'ai »• voulu être la sœur et i'amie, conane un assujétissemiut et >• comme une puriition : en chaque mère \ ous verrez ma sœur « et en chaque enfant vous verrez mon Fils. Dès arjoind'hui « je me couvre de la resp(;nsalilité de toutes nies sœras, en »» remontant jusqu'à la premièi'e femme; et du droit de ma w maternité divin:^, je couvre les ])lus grandes ei-reurs de tou- « tes celles qui seront ap])elées à l'honneur et à la L'ioiie d'fU- « f.uiierî * — Non! vous avez voulu, en vous f lisant apoîliéos-^r sur la SEDIA Gestatokîa, couronner des sii^nes de votre orgu^^il l'admirable et héroïque Mère de Jésus-Christ. Mais, tandis que de votre main sacrilège, vous placiez sur la ii}t<i d'une de ses images une couronne d'orfèvrerie, petite fille de votre tiare, vous couvriez de votre nunteur et ignorant décret la glorieuse auréole que lui fornudeiU et lui formeront malgié vous, la noblesse, la justice et la raison de la foi cln-étieime.
Ah! puisse un jour la Pitié divine vous accorder d'expier, dans la sairste amertume des larmes, ce jour de lionte et de deuil que vous avez fait à l'Eglise de Jésus-Christ! puisse la divine àliséricorde ne vous le compter que pour un jour huinrtin et rte pas le mesurer sur l'étendue de ce fatal anathème que vous avez osé prononcer contre les enfants de Dieu, à qui vous imposez de voir en leur crevant les yeux.
Je sais toutes les augustes colères que je vais provoquer; je sais la rage et la fureur qui vont surgir du milieu de ceux qui sont appelés depuis si longteuips les adoeateubs de la b^te; mais je sais aussi que dans ce moiijent Fœil du Tout-
Paissant est sur moi, que In divine justice du Seigneur conduit ma plume; je sais que les chiétiens en esprit et enve^rité me béniront d'avoir suivi la voie sacrée que nie trace cliaque jour le doigt de la Vérité. CVst heureux et fier de défendre mon Dini et Celle qu'il a choisie pour être la Mère de son divin Fi s, que je m'écrie avec le Roi-Prophète :
= « Le Sl igueur, le Dieu des dieux a parlé. Il a appelé îa •♦ terre depuis le lieu où le sokil se lève jusqu'au lieu où il se »' couche. Il ne se taira poin:! Les cieux sont fiers de sa justi^ M ce, p;n'ce (]ue lui seul est le vrai Juge. *
Maintenant, chers r)ieu-cu'ir.és, ne cessons d'offrir an Très- Haut d'iucessiuirs saci'iiices. Faisons une suinte violence à sa divine miscj icoixie. Appeloî s de tous nos vœux la délivrance de l'ÉglisL' de Jésus-Christ. Pleurons, gémissons sur son trop lou'j esclavage. Doimon^ des larmes sincères à cette captivité Lien p'us t{ rrihîe qi;e celle d'Israël en Bahyloneî
Aliî qu'il taide ce jour où le SJgneur sera le Roi de toute hx ifi're, le seu! reconnu Ditu eî le seul dont le nom soit adoré! — Infin . il viuidra ; il est pron-is! et le Siigneur est fidèle dans ses promt'ssrs connue il est inépiochaLle dans ses jugements.
Consacrons tout le mois dîius h quel nous allons entrer, à nous puiifierde tout ce qne le vieil homme a encore de vivant en nous. Travaillons ardennnent à devenir des Jiommes nouveaux : le temps fixé par Dieu arrive à sa fin.
Cette année nons est venue vêtue de crainte et de denîlî FOU })remier cri a été cruel; les ]n-eniières nouvelles qu'elle nous a apporiébs sentaient la poudre et le saîig! Le choléra j)araît êtie son parrain, et la fièvre t}j)hoïde sa marraine] En Fi'ance, elle nous a prévenus par des caresses; nuiis coni^ nie elle a été duîe pour nos frères d'Orient!
Les rois, les princes et les grands se divertissent et s'amusent de cette première visite de la nouvelle année. Les prêtres du temple se couvrent de sole et de dorures. Nos frères dans
la Crimée sont couverts de boue, de misère et de froid! Qui donc pense à eux? qui s'unit sincèrement et réellement à leur malheur? Sont-ce ceux qui font afficher dans les feuilles publiques les quelques pièces de monnaie qu'ils envoient à toute sorte de ministres? leur poignée de métal donnée, la pensée de charité est satisfaite et celle de la fraternité s'enferme encore plus profondément dans l'abîme de l'oubli! — Je sais que nous sommes impuissants du côté de l'or; mais comme chrétiens, comme véritables frères, nous avons la réelle et constante toute-puissance du cœur : mettons-la donc dans tout son entier au trésor sympathique que la justice de Dieu bénit avec com})laisance; et élevant sincèrement la douleur de notre âme vers le Très-Haut, nous aurons un droit bien plus saint que Constantin de nous écrier devant les Cieux : = - Vous céderez à nos « larmes, et vous délivrerez nos frères des mains barbares qui •• les jettent ainsi au milieu du carnage, et qui les arrachent à •r la vie pour en repaître la mort! •»
Adieu. Grâce et bénédiction, salut et amour sincère.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Élie!
Du Carmel, le 29 janvier 1855.
18, Montague Street, Portman square.
J. M. J. QUIS UT DEtrSÎ
Cheks Pontifes catéchistes!
Voici le mois de janvier arrivé à sa fin, et mon cœur n*a pu encore trouver le temps dont il a besoin pour vous renouveler l'expression de toute son intime tendresse et de ses fraternelles gratitudes. Heureusement vous me connaissez assez pour être bien convaincus que mon apparent silence n'est pas volontaire et que mes affectueuses sollicitudes ne sont point endormies!
L'exil, chers Bien-aimés, est un bien grand despote! s'il n'a pas de pouvoir sur l'âme et sur la pensée, il en exerce parfois un bien terrible sur cette partie de l'être obligée de servir le cœur et l'esprit. Voilà la quatrième année que le pain graveleux du sol étranger fait notre nourriture : les plus grandes libertés d'une nation étrangère n'empêchent jamais de sentir la plénitude d'amertume que répandent sur la vie de l'exilé le souvenir et l'amour de la patrie!
Oh! qu'elles sont heureuses ces heures où l'âme s'illusionne par les charmes actifs de la correspondance! qu'ils sont doux ces instants où l'être dépasse, par la transmission de ses sentiments et de son affection, ces limites gardées par une barbare injustice et par une hypocrite cruauté! Quel heureux songe que celui qui porte mystérieusement sous la garde de la Bonté divine le cœur du père dans le cœur du fils, le cœur du frère dans le cœur du frère, et le cœur de l'ami dans le cœur
de l'ami! Vous, mieux que personne, comprenez ce délicieux bonheur et par là, loin de blâmer mon silence, vous appréciez dans toute sa juste vérité la loi sévère qui m'impose ses si longues et si cruelles volontés.
Enfin, j'oublie presque tous les obstacles et toutes les difficultés qui m'ont ravi la si chère consolation que je ressens aujourd'hui! Je vais donc, comme chaque fois que cela m'est possible, vous ouvrir mon âme et mon cœur, vous entretenir de ces grandes vérités qui font la force de notre existence, et qui nous mettent avec tant de puissance au-dessus de nos privations et de nos peines, comme elles nous mettent, avec une si juste fierté, au-dessus de la haine et de la basse colère de nos ennemis.
Béni soit Dieu, chers Amis et Frères! béni soit Dieu qui noua met à même d'être pour son nom au nombre de ceux dont Jésus-Christ a dit : = •< Bien-iieureux quand les hom-