MES DIRONT DE VOUS TOUTE SOKTE DE MAL À CAUSE DE MOL
Laissons donc passer les tempêtes et les fureurs du pharisaïsme nouveau, des grands apostats qui se prétendent des dieux. Laissons passer cette meute toujours affamée de calomnies et de mensonges. Restons à notre poste; montrons à l'ennemi que nous n'avons aucune raison pour le craindre; restons droits devant lui; prouvons-lui l'inutilité de ses armes. Qu'il sache que ses belliqueuses ardeurs ne sont que des mouvements factices que la vérité provoque par le trouble qu'elle porte toujours à ce qui lui reste de conscience au milieu de son engourdissant sommeil. Éteignons le bruit de sa mitraille par les toutes-puissantes paroles de vie qu'il ne comprend plus. Tandis qu'il se lève pour défier notre espérance, étendons sur les remparts de notre foi l'étendard sacré qu'il a déserté. A ses menaces formidables, aux vociférations par lesquelles il s'excite, ne répondons que par la voix véritable du Carmel, et nous serons certains que cette voix l'épouvantera bien plus
qu'il ne croit lui-même à la puissance de ses canons et de S€S foudres.
Je viens d'écrire à nos très-cliers Pontifes apostoliques sur la consommation de l'abomination qui a été vue dans le lieu SAINT à Rome le huit décembre dernier. J'ai montré le criminel attentat que l'évêque de Rome a porté à l'honneur de l'Église et à la foi des fidèles. J'ai prouvé que dans cette monstruosité l'évêque de Rome et ses complices n'ont voulu qu'une chose: apotheoser l'inb^aillibilité papale, et cela au préjudice du respect et de l'honneur dus à la très-pure Mère de Dieu.
Aujourd'hui, Bien-aimés bien chers, voyons ce que révèle cette lettre si explicative et si concluante que l'on nomme encyclique. — Après j avoir prêté la plus scrupuleuse attention, l'avoir lue et relue, je n'ai vu de clair, de lumineux, de sincère et de positif que ceci ;
•* Si quelques-uns, ce qu'à Dieu ne plaise, ont la présomp- " tion d'avoir intérieurement un sentiment autre que ce que " nous avons défini, que ceux-là apprennent et sachent bien »' qu'ils sont condamnés par leur propre jugement; qu'iLS ont " fait naufrage dans la foi; qu'ils n'appartiennent plus a " l'unité de l'Eglise, et que de plus, par le fait même, ils se " soumettent aux peines portées par le droit s'ils osent mani- " fester leur sentiment intérieur par parole, écrit ou tel autre " signe extérieur que ce soit.
'♦ Que personne n'ait la présomption de porter atteinte à cet- " te page de notre déclaration, décision et définition; que per- " sonn3 ne soit assez osé et assez téméraire pour s'y opposer " et la contredire. Si quelqu'un se rendait coupable d'un tel " attentat, qu'il sache qu'il encourra le courroux du Dieu " tout-puissant, et des bien-heureux apôtres Pierre et Paul.
Pie IX pape.
L'an neuvième de notre pontificat. »»
Voilà donc tout ce que voulait cette splendide assemblée qui s'était fait dresser un trône dans le temple de Dieu : commander un silence absolu! comprimer toute réflexion et anéantir tout contrôle de la pensée humaine; se faire reine sur les rois, maîtresse de toutes les intelligences et la dominatrice même de tout respect et de toute foi qui ne seraient pas commandés par Févêque de Rome, par le chef enfin de l'église romaine! Si un chrétien avait le noble sentiment de l'indignation de voir ainsi définie par le décret du 8 décembre l'immaculée conception de Marie, qu'il appeenne et sache bien qu'il est condamné ; qu'il a fait naufbage dans la foi !
Ici, notez-le bien, ce n'est pas de l'Eglise assemblée dont il s'agit; ce n'est même pas la généralité des évêques qui s'unit au verbe du souverain pontife : c'est le souverain pontife seul qui veut et qui ordonne, qui commande et qui défend! Plus grand que Jésus-Christ, il anathématise et damne celui qui aurait intérieurement un sentiment contraire à sa suprême et infaillible définition ; il ne fait grâce ni à la surprise, ni à l'ignorance. Un sentiment seul, et la foudre vous abat, et le gouffre infernal s'ouvre immédiatement pour recevoir la coupable et malheureuse victime de ce présomptueux sentiment qui a point chez elle au moment peut-être où elle y pensait le moins! .
Mais la moitié des chrétiens est perdue! car, ici je l'affirme, la moitié des chrétiens est tout étonnée, toute surprise de ce commandement nouveau, de cette faculté nouvelle pour atteindre au plus vite la damnation. En ne disant que ce que dit le décret, vous éveillez au centre des âmes les plus candides une réflexion toute naturelle et qui fera naître ce dangereux sentiment sur la tête duquel la foudre est établie en permanence. La plupart des fidèles diront : - Nous avions tou- H jours cru qu'il en était ainsi; et notre foi était bien plus large « et bien plus généreuse que le décret du Saint-Père. "
Étudions d'onc ce menaçant décret; voyons ce que nous avons cru de trop, et comment s'éclairera le raisonnement actuel de notre nouvelle foi. — La décision est facile à prendre, la déclaration était déjà toute publique, puisqu'il y avait dans Tannée, une fête que Ton appelait la fête de l'immaculée conception de la très-sainte Vierge. Arrivons à la définition qui naturellement doit être venue d'une révélation.
Depuis l'ascension de notre Seigneur Jésus-Christ, il y a de consigné dans les archives apostoliques une révélation affirmée obligatoire pour la conscience chrétienne : cette révélation se nomme I'apocalypse ; elle fait partie des livres sacrés. Il y a dans ce livre mystérieux, des détails qui ont une grande affinté avec l'importante question dont s'est préoccupée la cour de Rome. — le Ciel ne nous a donc pas abandonnés. Jésus- Christ vient rassurer notre siècle par la preuve manifeste de Cette divine assistance qu'il a promise dès l'élection de ses apôtres. L'église de Rome est maintenant affirmée qu'elle est sans vieillesse et snns rides! L'avènement glorieux de Jésus-Christ «e tardera pas longtem})s à s'accomplir, car comme le mystère de Celle qui devait l'enfanter sort de ses voiles, de même aussi le mystère de Celui qui s'est nommé le Fils de l'Homme, tout en étant le Fils de Dieu, va briser les nuages qui le couvrent, et se montrer dans cette royauté suprême que Ton no peut pénétrer que dans les auroraires annonces des prophète."^
Quelle déception pour ces cœurs intelligents qui n'auront pour répondre à leur raison chrétienne si imprudemment éveillée que cette définition : « La Mère de Dieu est immaculée, V parce qu'elle a été saisie par la loi du privilège dès le pre- »' mier instant de sa conception. »
Mais, direz-vous, les germes constitutifs qui ont déterminé cette conception n'étaient-ils pas les germes communs et ordinaires de la génération d'Adam? — Oui! mais tant que ces germes n'ont été que des germes, ils ét^iient de l'ordre de la
nature coupable : aussi ce privilpoje, cette grâce ne sont qu'une hoirie des mérites de Jésus-Christ Sauveur, applicables en vertu de son pouvoir d'antécédence sur toutes choses. — A cela la sagesse de la raison chrétienne dira : » S'il n'y avait pas de culpabilité, il n*y aurait pas besoin des mérites d'un Sauveur : l'être conçu sans péché et sans pouvoir de participer au péché ne doit à Dieu que la reconnaissance de son heureux état et le glorieux tribut d'amour selon l'étendue du bonheur dans lequel il a été créé; mais il n'a rien à réparer,, rien à expier.
• Si donc on affirme, par autorité divine, que Marie a été prévenue par le privilège d'une antécédente a])plication de la grâce renfermée dans les mérites de Jésus-Christ Sauveur, on dit qu'il j avait, en ce qui la formait, une raison indispensable de purification, de réparation et d'expiation ayant nécessité cette avance et cette aj)piication, afin de la rendre digne de servir au plan divin. Car naturellement s'il n'y avait pas de tache en elle ou en ce qui la constituait être, les mérites du sang du Sauveur n'avai. nt })our elle aucune a}ipiication : être sauvé, par les mérites du Sauveur, au commencement ou à la fin de l'existence naturelle ne distingue nullement la raison méritante du bénéficiaire, mais seulement la volonté et le mode d'application que fait du bénéfice, plus tôt ou plus tard, le propriétaire souverain. Cette avance d'^héritage est nue sorte d'émancipation non en vertu du droit de la créature, mais entièrement et spécialement en vertu des desseins de l'émancipateur, afin que la créature soit plus digne de concourir à leur exécution.
" En ce cas les enfants morts aussitôt après le baptême sont les plus saints parmi les saints, parce qu'ils sont immaculés par rétroscendence, et ils jouissent de l'avantage des mérites de Jésus-Christ Sauveur bien plus vite que tous les autres qui: grandissent et vieillissent au milieu d'une nature qui se macuf-
le de plus on plus. — Au lieu d'avoir donné un plus solennel éclat au respect dû à la Mère de Dieu par l'institution d'une fête qui lui soit propre et personnelle, on a mis cette fête au rang des équivoques et })ar conséquent au-dessous de celles de tous les autres saints que célèbre le rite romain. ••
En effet, cette fête de l'immaculée Conception est une fête qui se rapporte à Dieu seul et dans laquelle on ne ])eut célébrer aucun mérite ni aucunf^ gloire personnelle à Marie. Si celle qui sera plus tard la Mère de Dieu se présente à notre mémoire, elle n'y apparaît que comme une créature qui, devant naître suivant l'ordre général de la génération universelle, se trouve au contraire, pour servir au plan que s'est proposé le Maître de toutes les créatures, lavée par la grâce du sang à venir du Sauveur qui sera son Fils, et envelo])pée, abritée dans les langes immaculés du privilège que le Très-Haut doit à la manifestation de l'incarnation de son Verbe divin.
L'Eglise de Rome réfléchira et elle donnera, avant de daniner personne, un autre nom à cette fête; elle la nommera fsans doute, et plus sagement : la fête de la préparation humaine PUUU SERVIR À l'exécution DE l'iNCARNATION DU FiLS DB
Dij;u. Mais elle sentira également la nécessité impérieuse de changer la forme de la salutation angéHque; elle apprendra à ses iidèles à dire désormais : — « Je vous salue, Acte vivant »» du privilège divin; vous êtes bénie par avance, en vertu défi « mérites du sang que vous allez fournir au Sauveur de l'how manité. •» — Elle dira: « Les grands docteurs que j'invoqut^ ^ comme les illustrations de mon mérite et de mon droit, se •t sont trompés en appelant Marie ; le prodige des prodiges, »♦ LE MIRACLE DES MIR2VCLES, LE MIRACLE iNOUi, car réellement « il n'y a ni miracle, ni prodige, ni fait inoui dans cette éman- »♦ cipation ou cette avance d'hoirie que Dieu donne à cette crë- " ature, non en vertu d'un désir, d'une suppliante demande, »^ d'une volonté qui n'a que lui et le salut dee kommes jouîr
'j objet; mais tout simplement pour qu'elle soit un tabernacle » animé, assujéti à ses desseins et mis à l'abri des respects et » des liommages q ui appartenaient si indispensablement au ta- •> bernacle périssable des enfants d'Israël. » C"'est bien le moment de dire avec saint Paul : ^^ M Faux chrétiens, vous êtes cause que le nom de Dieu '» est blasphémé parmi les nations. - (Romains. 2. 24.) — et, nous rappelant les augustes et divines paroles de l'évanoile selon saint Jean, nous pouvons nous écrier en face de tous ces^ faux christs :
= •' Comment pouvez-vous croire, vous qui ne recherches^ « que la gloire que vous vous donnez les uns aux autres, sans *» vous occuper de cette gloire qui ne vient que de Dieu seul? " (S. Jean. 5. 44.)
Frères, les préceptes divins à la main, prouvons à ceux que Ton veut effrayer par des décrets et des sentences d'anathème que ceux qui les lancent s'accusent et se condamnent eux-mcmes. En effet, n'est-il pas aussi visible que la lumière que ces apparences d'étendue de foi et de menaces suprêmes ne soni autre chose qu'une subtile invasion dans laquelle l'orgueil omnipotent veut relever son trône? C'est donc bien à ces tristes héros que s'adresse Celui qui seul, comme le dit saint Paul, est la tête et le chef du corps de l'Eglise, quand il tiit :
= •' Ils ont mieux aimé la gloire des hommes que la -gloire » de Dieu. " (S. Jean. 12. 43.)
Hélas! ce n'était pas assez d'exposer aux regards de l'univers chrétien le pitoyable décret du 8 décembre 1854: ce n'était pas assez de sonner la trompette du ridicule sur le temple sacré, dans la maison divine ; il allait encore ajouter à la surprise dos consciences et de la foi un factum nouveau, la raison vivante, le motif réel pour la promulgation duquel toute cette sacrilège comédie a été jouée.
Aprè^ le décvret, l'encyclique ne se fait pas attendre!
Ah! c'est vrai, hâtez- vous de consommer votre ruine! D*aiîleurs, ne !e voulussiez-vous pas, le glissant de l'abîme dans l 'quel vous êtes tombé vous commande. V^ous avez peut-être, d 'puis le jour fatal de votre apothéose dans le sanctuaire, vu et entendu la grande ombre d'iiizécliiel vous jeter comme la lave ardente dont vous menacez les autres ces paroles que vous ne m'attribuerez pas avoir créées. On le sent, en lisant cette p igi^ que vous défendez de contrôler, votre assurance chancelle ; vous êtes préoccupé par quelque chose qui vous menace et qui vous presse; on s'arrête saisi de pitié pour vous, et on croit réellement entendre la voix du grand Prophète vous énonçant cette brûlante sentence : Pontife roi, écoutez! voici ce (pie dit le Seigneur Dieu :
= « Otez-lui la tiake et la couronne, n'est-ce pas cela
" QUI A ÉLEVÉ l'iNFLME, ET ABAISSÉ CELUI QUI SEUL EST GRAND. »
Le Seigneur Dieu dit encore : = « Je vais profaner mon
•• SANCTUAIRE, l'oRGUEIL DE VOTRE EMPIRE, LA CHOSE QUI EST " LA PLUS CHÈRE À VOTRE CŒUR. " (Ëzécll. 21. 26. —- 24. 21.)
C'était là sans doute l'importunité du jour.
Mais, exhumons pour un instant l'amère sévérité des visions de la nuit. — Quand le cœur chrétien, quand l'âme du pro- })iiète, avant de s'abandonner aux lois réparatrices du repos, porte ses pensées du côté de Dieu, afin de lui crier grâce pour ses propres prévarications et pour celles de ses malheureux frères; quand son esprit regarde dans le suprême amour de sa conscience l'inefïable bonté de son Dieu et les infinies miséricordes qu'il ne cesse de répandre sur la grande famille humaine, alors, souvent la lumière du Tout-Puissant l'éclairé, et c'est à la faveur de cette divine clarté qu'il perçoit la marche du plan divin et qu'il connaît les outrageantes violations de ceux qui avaient été choisis pour le servir et en mériter la plus prompte manifestation comme devant être la consolation et la confiruiation de l'espérance de leurs frères. . ,
La lettre encyclique de l'évêque de Rome m'apparut comme un épais nuage; — un vieillard brisa cette obscurité, son nom se lisait dans ses larmes, c'est bii qui a pleuré sur toutes les apostasies, sur toutes les profanations du temple divin, c'est Jérémie enfin : ses regards éclairent le nuage qui l'environne. — Le vieillard pontife et roi m'est visible : le fimeste décret du 8 décembre encercle sa tête en prenant la forme d'un serpent ; le prêtre roi dort le front pressé par cette froide étreinte. — Jérémie le touche du souffle de sa bouche. — Le roi pontife se dresse sur son séant. — Le Prophète lui dit :
= - Vous rappelez-vous ce paragraphe de la prophétie d'0= sée, comprenez-vous l'esj)rit de ces paroles : « Voici l'ennemi
H QUI VIENT FONDEE COMME UN AIGLE iSUR MA MAISON, TAKCE QUE »• CEUX QUE J 'avais CHOISIS ONT RL>MPU MON ALLIANCE ET VIOLE « Î.ION DROIT. »»
Le puissant vieillard parut ne pas comprendre.
Le Prophète lui dil : == " Ces paroles vous seront rappelées : •» elles sont consignées dans le livre d'Osée au huitième cha])i- »» tre dans le premier verset. Maintenant, dit l'antique Voyant, » vous comprendrez mieux. -
Une femme qui avait dû être bien belle, bien majestueuse, bien puissante^ parut tout-à-coup : ses cheveux étaient blanchis, ses traits étaient ridés, sa taille était courbée, et il était facile de voir que ces désolants ravages étaient plutôt les tristes résultats d'une torture morale que ceux qu'on attribue ordinairement au nombre des années. — Le pasteur sacré essaya de détourner la tête, il regarda le Prophète; mais cette femme parla.
= « Tous ceux, dit-elle, que j'avais dominés jusqu'à ce jour ont frappé des mains en me voyant parée de cet ironique décret et de cette sauvage encyclique; ils ont accompli la terrible prophétie de Jérémie; ils ont sifflé l'héritière de Jérusalem ; et, branlant la tête, ils ont répété cette partie du chapitre
deuxième des Lamentations du grand Voyant, ils ont dit : -^ - Est-ce là cette ville d'une vertu si parfaite qui devait être la "joie de toute la terre? Voici le jour que nous attendions. « Ses prophètes n*ont eu pour elle que des visions fausses et •' exi ravalantes : ils lui cachaient son iniquité, ils craignaient " son ri pentir; et, pour l'encourager, ils lui disaient: « Nors
^ AVOiNS VU TOUS LKS ENNEMIS DE YOTKE PEÉPONBÉKANCE QBÎ
" turAïKNT À LA SEULE VUE DE YOTiiE NOM ». -^ Hé bien! ni*tnttndez- vous, dit cette fi-niuie? »
Le Souverain Pontife retomba sur son lit, et, avec une expression peignant Passervissement et la honte, il dit : »=3t <« N'ai-je pas déifié l'infailiibilité du prêtre? •' - La femme reprit en s'adressant à son gi'and-prêtre et au Prophète ; =^ « Par « pitié, dites-moi .si le temps est venu où l'effrayante prédio- « ticm consignée dans l'épître de saint Pierre doit s'accomplir? •^ Est-ce maintenant que Dieu doit coujmencer son jugement » ])ar sa propre maison? »
La vision s'évanouit. Je n'entendis plus que la voix du prêtre souverain qui disait : = «« N'ai-je pas abaissé l'infiniment « grand pour ordonner d'obéir à l'infaillibilité de l'extrême " f<iii;lesse? "
Hélas! hélas! que l'hounne est exposé dans ce qu'il clierclic tant à atteindre! le remords n'est souvent plus permis à celtiï qui en tentant Dieu se tente aussi lui-même! Après qiie la. ' main hiérarchique de l'Eglise chrétienne eut saisi la cime gfgantesque de l'arbre divin qui porte le Fruit vivant de l'infaillil'iiité, cette malheureuse main a voulu resserrer l'ignominieux écrou du collier de ses esclaves; puis elle a voulu tracfi? elle-même les premières et les dernières lignes qui affirmaient son audace; et, tandis qu'elle signait ses anathèmes et qu'elle croyait sceller la dernière liberté des enfants de Dieu, l'Ange de îa droite du Seigneur ouvrait devant i'es])rit affligé de l'É»» gîibe le code iriévocabie qui renferme les vérités éternelles.
Aux promulgateurs, aux applicateurs de leurs propres sentences il répond d'abord par la parole écrite de l'apôtre saint Paul; il ouvre la première lettre de l'homme de Dieu aux Corinthiens; s'arrêtant au chapitre quatrième, verset cinquième, il lit :
= « Ne jugez point avant le temps jusqu'à ce que le Sei- ^ gr.eur vienne; car c'est lui qui portera la lumière dans les i'' ténèbres les plus épaisses. «
Puis, prenant le chapitre troisième du même Apôtre aux Galates, il dit par le treizième verset :
= " Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la « loi, s'étant rendu lui-même malédiction pour nous. «
Prenant l'admirable épître aux Hébreux, il arrête son doigt au chapitre septième sur les versets 24 et 28èmes; et l'œil de l'intelligence y découvre que :
= » La loi établit pour pontifes des hommes faibles, mais » la parole de Dieu, confirmée par le serment, établit Ponf^ tife, pour jamais, le Fils qui est saint et })arfut. ♦»
Ce n'est pas tout ; ce Fils du Tout-Puissant ne permet pas d'ambiguité ni d'illusion quand l'amour sincère interroge sa parole. Ce Pontife saint et parftiit ne concède à personne le droit déjuger en son nom; en ^oici la preuve irrécusable :
= " Di^'U, dit Jésus-Chi'ist, n'a pas envoyé son Fils unique " pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé » par lui. - (S. Jean. 3. 17.)
Et ce n'est pas que le Fils soit lié par l'impuissance déjuger. car ce même Fils divin et éternel dit encore :
= " Comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné »' au Fils d'avoir la vie en lui; et il lui a donné le pcmvoir de «juger, parce qu'il est Fils de l'homme. - (id. 5. 26, 27.)
Vous le voyez, chers Frères bien-aimés, le Fils de Dieu, qui est la Vie et la Lumière, qui a le pouvoir déjuger, parce qu'il a la connaissance exacte de toute chose, annonce solen-
ilellement, publiquement qu'il n'est pas venu pour juger, maïs pour sauver.
N'avais-je pas raison de vous dire que l'évêque de Rome s'est élevé au-dessus de son divin Maître; qu'il a accompli, avec préméditation, avec insistance. Tan neuvième de son pontificat, sous la tiare et la couronne, l'effrayante application des paroles consignées au chapitre vingt et unième, verset vingtsixième du livre d'Ezécliiel? = « Il a élevé la volonté, l'or- *' gueil du disciple; et il a abaissé la sagesse de Celui qui s'est >^ fait îiumble quoique étant infiniment grand. .»
Ilélaàî aimés Frères, vous vous rappelez ces lettres que j'eus le bonheur et l'honneur de vous écrire de ma prison ; vous voyez encore, comme nous les voyions alors, ces premiers jours où le viril évêque de l'église romaine nous apparaissait sous les traits si consolants d'une nouvelle aurore s'élevant à l'horizon du vieux monde, promettant à notre espoir un siècle nouveau et une vie toute sincère de justice, d'amour et de liberté. Vous avez encore en vos mains les douloureuses et prophétiques paroles que le Ciel me faisait vous adresser, et dans lesquelles la faiblesse du jeune pontife souverain nous était si sagement montrée comme éteignant déjà par avance cet éclat et cette gloire qui devaient sortir des actes indépendants du discipb du Christ, qui s'annonçait aux aspirations de toute rhumanité comme le prédicateur de la délivrance, comme le défenseur des pauvres et des opprimés, comme l'envoyé du Seigneur, abattant, du glaive delà parole, les trônes et les couronnes des despotes, et bénissant, du soufïie de l'inspiration divine, le drapeau des peuples marchant majestueusement vers îe Vatican des assises suprêmes pour y déposer leurs plaintes légitimes, et invoquer, par la consciencieuse justice du ministre de Dieu, le prononcé de la Justice éternelle pour la révocation pure et simple de tous ces cruels dominateurs et exploitateurs de l'humanitéo
~ WJ. —
Vous vous rappelez. Amis fidèles, ce que le Libérateur crucifié disait du poids de cette tiare portée par le nouveau pontife. Yous vous souvenez, n'est-ce pas, de ces taches de sang, de ces breuvages noirs, de ces secrètes menaces, de ces messages multipliés de l'inflexible Général que j'avais mission de vous montrer dès-lors comme étant les œuvres de cette invisible armée dont le chef épouvante du moindre signe de son courroux les rois, les papes et les empereurs? Yous n'avez pas oublié Gaëtano le barbier? le prêtre fanatique pris le poignard à la main pour assassiner ce pontife qui osait prétendre, au milieu des tortureurs du Saint-Office, êire, malgré tout et quand même, l'inflexible réformateur? Nos archives, malgré l'odieux pillage qu'on en a fait, possèdent encore l'historique de ce grand sacrifice où quinze mille victimes devaient être le signal du triomphe de ce camp ennemi dont Lambruschini était l'ordonnateur et ses séides les héros !
Alors, on espérait encore; et le primat des Gaules faisait prier pour la conversion du pape hérétique, et les princes de l'église nommaient leur chef et leur roi un révolutionnaire, un démagogue, un jacobin. — L'homme de Dieu eut peur du martyre; et il se décida, pour conserver quelques jours de honte et de remords, à faire cause commune avec ses nombreux ennemis qui cachaient encore, sous une feinte obéissance, la colère et la fureur qu'ils se réservaient de satisfaire dès qu'ils auraient repris l'antique atmosphère de l'absolutisme et de la domination.
L'intrépide émancipateur accepta une tutelle; le fougueux indépendant reçut des chaînes, il s'en laissa lier et il les béuit; l'apôtre de la liberté tonna l'emprisonnement, signa la proscription! Le disciple de Jésus crucifié, du Fils de Dieu qui priait son Père d'épargner ses bourreaux, de leur faire grâce, de leur pardonner, le pontife de la loi de miséricorde abaisse son âme au niveau de celle des sanouinaires bourreaux; ses
yeux qiù rayonnaient encore de la splendeur de ses premières aspirations, changent leur noble éclat, pour miroiter les fauves étincelles qui s'échappent si souvent de la prunelle sauvage des rouges antechrists qui l'entourent! L'évangéliste qui doit dispenser la parole de vie exerce son oreille et sa faiblesse à entendre prononcer souvent les noms d'exil, de bannissement, d'incarcération, de torture et de mort! L'économe des mérites de la chair et du sang du Sauveur, le prêtre qui offre à Dieu chaque jour, pour ses péchés et les péchés du peuple, l'Hostie de grâce et de propitiation, s'exerça à l'inflexibilité envers ses frères; se croyant sans péché, il devint impitoyable pour ceux qu'il appelait coupables : il oublia ce qu'a dit, dans son épître, l'apôtre Saint Jacques :
= -» Celui qui n'aura point fait miséricorde sera jugé
" SANS miséricorde. "
Il oublia que le Pontife éternel, la tète et le chef du corps de l'église avait dit à ses apôtres :
= - Celui qui frappera du glaive périra par le glaive. »
Il oublia les plus saintes et les plus augustes paroles qui affirment la succession apostolique et qui sont la condamnation de tous ceux qui ne les mettent point en pratique :
== - Apprenez de moi que je suis doux et humble de " CŒUR. Prenez mon joug : il est doux et léger. »
Il oublia ce qui fait toute la gloire de l'héritière de Jérusalem; et déjà, sans aucun doute, il était assez coupable pour ne plus comprendre ces paroles :
= " J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice. »
Et celles-ci encore ;
= »♦ Je ne rejette jamais un cœur contrit. '•
Le pasteur qui devait donner sa vie pous ses brebis en vint enfin à signer leur égorgemeut!
L'Ange de la Justice divine a écrit dans le livre des expiations à venir : Eome, Sinigaglia, Pesaro, Jesl
El qui pourrait, chers Bien-aimés, s'étonner maintenant de cette précipitation à fabriquer et à imposer une nouvelle preu'» ve de cette divine infaillibilité par cet acte le plus hardi, le plus osé qu'aient jamais possédé les annales de l'histoire ecclésiastique? La timide conscience du pontife roi, déjà trop avancé dans la voie tracée par le despotisme, se troublait, à n'en pas douter, d'une étrange manière. Oh! que de râles il a dû entendre! que d'agonies ont dû tourmenter ses nuits! que de spectres il a dû voir! que de sang Tange des songes aura fait passer devant les yeux de sa pauvre âme! que de rêves épouvantables l'auront porté dans les prisons de ces catacombes qu'on nomme le saint-office! que de fois il a dû se réveiller importuné par l'odeur de la chair putréfiée des malheureuses victimes du sacrilège pouvoir dans lequel on l'a enchaîné!
Ah! prêtres, vous nous appelez des hommes de glaive; vous nous mettez, avec votre sacrilège et tortueuse adresse, des poignards à la maiu : vous êtes donc entièrement aveuglés, puisque vous ne vous apercevez pas que vous intervertissez les rôles? quand vous n'osez plus tuer les corps, vous vous reprenez sur les âmes! quand vous en arrivez à vous effrayer vousmêmes du nombre de vos palpitantes victimes; quand a'OS têtes sont lasses dHn venter des supplices et d'imaginer des tortures, vous vous rabattez sur la voie de l'avenir et vous la semez dv3 sentences et de damnations anticipées j quand vos pîutnes ne veulent plus signer des proscriptions, des fusillades, des égorgements, vous les reposez en les promenant sur les lignes maudites de Tanathème!
Frères, Frères, nous avons donc été bleii coupables, pour que le îuinistère de grâce et de pardon, que nous avait laissé l'Homme adorable du Calvaire, soit changé depuis si long» temps hélas! eu amour de sang et de vengeance?
Voyez, Frères bien-aimés, la scène actuelle du champ divin! — les archevêques et les cvêques s'excommunient les uns les autres avec les audacieuses prétentions de leurs infaillibilités relatives. Les uns nient les assertions des autres, non pour défendre IWdre, la dignité, la justice garanties de la foi; mais tout simplement par rivalité d'exploitation et jalousie de matière à bénéfice. Le prince des gaules s'élève contre la trop grande crédulité du simple évêque; il pamphlète ce dernier, et cela au nom de l'intérêt de son église. Le petit baeon du noYATJME ne manquera pas de crier anathème non seulement contre le pamphlet archiépiscopal, mais il ne passera pas sous silence l'orgueilleuse vanité de son illustre primat q\n veut, quoiqu'il en coûte, être porté en image et en médaille sur les humbles poitrines de ses sujets, anticipant ainsi sans scrupule sur la canonisation qu'il attend des temps futurs. L'évêque, au moins, donne l'exemple de la modestie : il ne se fait frapper et imprimer qu'en se A^oilant de la Salette, et se cachant dans l'histoire des jeunes pâtres de Corps, dont l'un, du nom de Maximin, subit la réclusion du couvent au séminaire, et l'autre, nommée Mélanie, plus redoutable sans doute que le jeune homme, après avoir été gardée à vue par le couvent, vient de subir l'exil , afin de mettre la Manche comme rempart 4 toute indiscrétion, et une communauté des environs de Londres comme sceau inviolable des mystères qui reposent en elle.
Mais au milieu de cette lutte de primat à évoque et d'évêque à primat, LE primat des primats a incliné sa surinfailli- BiLiTÉ du côté de l'humble diocèse. Par ce seul fait, la double crosse de l'archevêque s'obscurcit d'une singulière manière.
Et les pauvres prêtres! ce ras clergé, ces messiers, comme on nomme tant de nobles ouvriers de la vigne sainte dans les secrétariats ou chancelleries des seigneurs épiscopauxl i'anathème pleut sur eux à droite comme à gauche; ces hommes ,
ces pieux athlètes de la foi, qui pour la plupart portent le poids du jour, se trouvent, dans les propriétés diocésaines de l'auguste et demi -auguste rivalité, exposés, s'ils se prononcent pour l'une ou pour l'autre, entre la honte d'adhérer à ce que leur conscience récuse, ou à se voir attachés au pilori de la réprobation et de la faim quand la voix du prince ou du seigneur de l'église de Rome aura donné ordre à ses huissiers adorateurs d'écrire sous tel ou tel nom de prêtre le mot torture et non tonnerre . . . interdit!
Oh! chers Bien-aimés, vous ne savez peut-être pas tout ce qu'on cache de haine, de jalousie, de colère, de rage, de vengeance et de venin dans cet acte du plus grand sacrilège que l'on nomme interdit! Après le prononcé de cette sentence qui tue tout d'un coup la vie morale du prêtre, ses juges le regardent et le traitent comme un cadavre que l'indifférence sociale et le funeste préjugé des dévots abandonnent à la jouissance sauvage de leurs passions bilieuses et vindicatives! Pour le prêtre qui a la foi (et ce sont ceux-là surtout que l'on fait manœuvrer comme des esclaves, ou que l'on voue à l'exécration générale par le seul fait de l'interdit), s'il ose se permettre de ne pas dire comme monseigneur, tant saint, tant pur puisse-t-il être, il devient de suite, par l'ingénieux moyen de l'interdit, un infâme, un misérable, un monstre; les autres prêtres le regardent comme un pestiféré, et les fidèles, comme étant plus dangereux que Sathan.
Enfin, l'interdit, pour le prêtre vraiment prêtre, c'est pire que le sol brûlant de Cajenne, plus redoutable que les chaînes de Lambessa, plus déshonorant que le bagne, plus terrible que la guillotine du pouvoir discrétionnaire des commissions mixtes; c'est un instrument de supplice qui frappe à tout instant, qui change la nature de ses coups et de ses cruautés, suivant ceux devant lesquels on se trouve; on sent, sous son poids, toutes les morts possibles; on erre avec lui comme si
on était un cadavre auquel serait resté la plénitude des facultés de l'âme et de l'intelligence; on a droit à toutes les injures, à toutes les suspicions, à tous les outrages; et les bourreaux qui habitent le palais de la justice épiscopale, glorifient leur chef et se glorifient eux-mêmes toutes les fois qu'il leur est possible de jeter ou de faire jeter par leurs seconds quelques ordures bien sales sur les plaies béantes de leurs trop chères victimes. Plus leur férocité parvient à envenimer les déchirures et les morsures faites par les dents de cet infernal cylindre qu'ils nomment interdit, plus ils élèvent la majesté de leur maître, et plus ils apparaissent grands aux regards de l'école payenne qui les adore!
Si un prêtre se fût permis ce que le religieux journal de Mr Romieu s'est permis contre l'archevêque de Paris; hélas! si même un de ces prêtres pleins de cœur qui appartiennent à ce bas clergé qu'on nomme habituellement desservants eût osé écrire contre l'Univers religieux la dixième partie des éloquences par lesquelles Mgr Sibour attaquait ou répondait, l'archevêque eût interdit l'esprit brouillon du desservant qui aurait osé attaquer un journal, le champion de la défense chrétienne, le verbe magistral qui anime les coursiers de l'église romaine, l'auguste docteur qui instruit l'Europe pour le relèvement de la torture avouée et des bûchers publics.
Frères bien chers, vous aurez vu ou entendu parler de la sortie faite contre nous par la presse dite religieuse, éveillée en sursaut par un petit journal du diocèse de Nancy, qui a bien voulu se charger du matériel de guerre confectionné à la fabrique très-commune de Mr l'abbé Delalle grand -vicaire d'un des aumôniers des Tuileries, et chargé spécialement des
tnaricéiiVf es' de rhiterdit dans le diocèse vacant de son solive* rain maître. — Le glaive sur Rome que nous publions, nous a mérité ce renouvellement de ses fausses attaques. Après un très-loi]g préambule dans lequel Mr l'abbé prouve plus de mémoire que de jugement, il choisit quelques petits paragraphes de la publication; et cachant, avec sa ruse trop connue, ce qui serait capable de le faire rougir, si on rougissait encore dans lia grande apostasie, il met à mon compte, comme étant ma parole, la parole foudroyante d'Isaïe, d'Ézéchiel, de Jérémie et des autres saints prophètes dont il ne pourrait contester, tout habile qu'il se dit, l'auguste et toute-puissante autorité. Comme je suis dans l'intention de lui prouver que la source où je puise est celle que, comme tant d'autres, il a trop facilement désertée, je veux le mettre à même de satisfaire à son étude et à ce qui lui reste encore de bonne foi. Je n'irai pas chercher mes preuves dans la pamphlétomaiiie : j'aurai d'autres archives que celles qu'invoque si malheureusement le superbe assaillant.
N'ajant pu attaquer les textes sur lesquels je me suis appuyé pour éclairer ceux à qui je me présente comme le stigmatiseur des apostats de la véritable doctrine chrétienne, Mr Delalle nourri des obscénités et des détritus de la débauche la plus rafinée qui sustente tant de livres^ et entre autres un plus récent qui a pour titre : Instituïîones ad usum SEMiNAraoEUii, AUCTORE X B. Bouvier episcopo cenomakkensi. sexta edit. Parisils, Mequignon junior, 1851, n'a vu rien déplus sage et de plus juste à consulter que cette misérable brochure qui a pour unique autorité le pamphlétomane Gozzoîi. C'est alors que, s'étant animé le cœur dans les ordures qu'elle contient, il se sera écrié comme l'archevêque de Grenade lisant l'œuvre du voluptueux Sanchez : - Legi, perlegi maximâ cum voluptate. " Puis trempant sa plume de prêtre dans la fange de sa mémoire, il s'est dit : » Écrivons, la souillure est certaine! «
Malheureux! si je descendais, pour vous répondre, dans les brûlants abîmes de l'histoire, si je reproduisais la dix-millième partie des dégoûtantes horreurs contenues dans les livres de vos casuistes, si je faisais sortir des arcanes secrets encore quelques-unes de ces myriades de monstruosités qui y grouillent comme à l'envî, et qui pourtant sont la preuve la plus irréfragable de la divinité de cette religion toujours pure et toujours sainte dans son principe, malgré tout ce que ses ministres ont fait pour la souiller et pour la perdre, vous auriez beau nier, inventer, accuser, anathématiser, je vous préciserais les livres, les pages, les noms, les faits, les lieux, les dates! Ah! croyez-moi : ne levez pas votre tête si haut, cela vous va mal. Je vous connais : j'ai touché vos plaies, j'ai vu vos ulcères. Essayez plutôt de vous guérir, et criez vers Celui que vous avez abandonné, car lui seul fait des miracles, et il en fîiut un bien grand pour vous guérir.
J'ai été muet durant de longues années. Je m'étais retiré non, comme vous le dites si effrontément, avec des Priscilles, niais avec des chrétiens, depuis que l'honorable monsieur Crémieux ministre de cette république de 1848 que vous exploitiez si cauteleuseraent alors, eut prononcé ma mise en liberté. Je n'ai répondu publiquement qu'au pauvre et très-malheureux abbé Caillau. Depuis ce temps, je me suis tenu dans la retraite et dans la prière. Je vivais parmi vingt et quelques personnes. Le premier et le dernier de ceux qui m'entouraient savaient ma vie comme moi-même. Parmi ce nombre assez considérable de personnes, il s'est trouvé souvent près d'une douzaine de prêtres; et on ne disait pas d'eux ce que l'apostolique cardinal de Noailles disait de l'abbé Letellier en l'envoyant comme confesseur au grand roi Louis XIV. — Si vous voulez vous donner la peine de lire le tome quatrième des lettres de madame de Maintenon, vous vous édifierez de cette bonne T)ote :
« Je donne de nouveaux pouvoirs au père Letellier, disait ». le prince de l'église de Rome, je les lui donne, quoique ce " soit lui qui mérite le moins d'en avoir. J'en fais le sacrifice » au roi, priant continuellement notre Seigneur de lui faire " connaître le péril qu'il court, en confiant son âme à un » homme d'un tel caractère. «
Les prêtres que vous et vos pareils avez attaqués étaient, de l'aveu même de leurs évêques, l'intelligente édification de leurs diocèses.
Les jeunes prêtresses que des journaux, du poids de l'Espérance, disaient habiter le sanctuaire de Tilly, comptaient trop de printemps pour ne pas rire de l'avantageux retour que l'ignare diffamation leur offrait : quand les plu.s petits chiffres touchent à la cinquantaine, ces printemps là ressemblent assez à des hivers.
Telles étaient, monsieur Delalîe, les personnes que votre boue impure ne peut atteindre. D'ailleurs, monsieur l'Abbé, votre parti avait assez de haine et assez de dévoués pour me faire suivre, et il n'y a pas manqué. Mais voici un fait :
Un des vôtres, un superbe chanoine, le curé de Tilly pour être plus à même d'étudier et de pénétrer tous les détours soupçonnés de ce féerique labyrinthe dans lequel le préfet du Calvados avait envoyé ses sbires et ses gendarmes, l'intrépide curé, afin de ne pas désemparer, se fit tour- à-tour cabaretier et manœuvre; et je puis vous l'affirmer, parmi les démolisseurs, pas un ne se servait avec autant d'ardeur du marteau et de la pince. — Hélas onji'est jamais trahi que par les siens î votre collègue, monsieur l'Abbé, nous devient, dans la constance de son ignominieuse besogne, un témoin à décharge, et qui à tous égards l'emportera sur vos impudentes affirmations. Il a vu les dames que vous appelez des Priscilles; et tout grand qu'il est, les gendarmes eux-mêmes vous l'affirmeront, il était devant elles encore plus petit que son nom. Il poussa
le zèle de la démolition jusqu'à minuit; et comme toute peine mérite salaire, l'honorable manœuvre trouva fort à son goût une petite statuette en marbre représentant la décollation de saint Jean Baptiste : monsieur Lepetit est antiquaire. Mais, sachez-le bien, monsieur le grand-vicaire, et faites en sorte de vous en souvenir, votre collègue, les secrétaires du préfet, le juge de paix, le maire, les gendarmes sont au défi de dénoncer une seule trace, une seule correspondance, un seul indice de ce que votre plume et votre âme souillée osent avancer.
Vous êtes ridicule, affreusement ridicule en nous voulant faire passer pour des égorgeurs; vous avez plus que de la mauvaise grâce à nous peindre le poignard à la main et entrant en France comme y entrèrent vos frères de la Saint Barthélemi. Nous n'appartenons pas aux fanatiques massacreurs des Cévennes; nous ne pactisons pas avec les bourreaux des Albigeois; nous n'avons pas pour patrons les assassins des princes et des rois; nous ne bénissons point de poignards pour tuer ni les huguenots ni les ducs de Guise; nous ne crions pa« dans notre sanctuaire : « 11 nous faut un Aod! » nous flétrissons la mémoire de ceux que vous avez bénis et honorés si souvent, parce qu'ils s'appelaient Jacques Colomb, Jacques Clément, Ravaillac, Jean Chatel : nous n'avons pas de glaive particulier.
Si nous avons jeté sur l'hypocrite administration de l'église romaine ce glaive que le Ciel nous a montré près de tomber sur Rome et sur ses complices, c'est le seul que Dieu a mis dans nos mains, c'est celui que l'apôtre saint Paul définit ainsi lui-même lorsqu'il dit :
" La pakole de Dieu est un glaive à deux tranchants. "
Yos contorsions en face du pouvoir, vous le savez, monsieur Delalle, n'ont pas toujours le bonheur d'être bien prises. Lorsque vous avez tenté d'entrer comme votre maître dans la livrée de l'empire, vous avez très-piteusement échoué.
Aujdurdliui, vous croyez vous relever de cette défaite, en jouant l'indigné en face des paroles textuelles des Grands Prophètes de l'Ancienne Loi. Votre crédit n'augmentera pas : vous n'êtes pas assez bien renseigné; vous avez trop peu d'ordre; et trop peu de tact dans vos épîtres; vous ne savez pas tirer un assez grand parti des choses; vous criez mal : on sent en vous entendant que c'est du jeu, du facticisme et non de l'indignation; on ne peut même vous accorder le faible crédit de la conviction.
Tous trouvez Isaïe trop peu courtisan envers les grandeurs; vous le trouvez sacrilège envers les grands-prêtres : hélas! monsieur l'Abbé, c'est que les prophètes, les vrais prophètes ne transigent pas avec leurs devoirs; c'est que loin d'être semblables à vos inconséquences, ils ne mendient ni le crédit des femmes, ni celui des hommes; et que fidèles à leur mission, ils ne craignent point de dire hautement aux rois et aux prêtres, quelque puissants qu'ils soient, ce qui leur attire, sans relâche, des colères conime la vôtre, des fureurs comme celle que vous in%'oquez, et des haines comme vous avez le mauvais goût d'en exprimer.
Comme je vous adresserai la livraison contenant cette lettre, avant de faire les frais d'une seconde sortie, je vous prie de bien méditer sur ces paroles d'Isaïe; et comme vous tenez la place d'un honnne éclairé, soyez assez bon pour m'en donner la véritable intelligence: ne dédaignez pas me l'adresser, puisque vous connaissez ma profonde ignorance et que déjà indirectement vous avez bien voulu me reprendre de ce que j'avais écrit : Home eepayenne. --- Yoici le texte, afin de vous éviter l'embarras de le trouver :
= '♦ Comment la cité fidèle édifiée dans la DRoiTur.E ♦- ET l'Équité est-elle devenue une dkostituée? La justice «' lui aVxUt été donnée ; et maintenant il n'y a plus EJ*" *' elle que des meuetpjers.
» Ses princes sont des payens; ils sont les compagnons » DES voleurs; ils aiment tous les présents, et ne veulent » QUE le gain. « (ch. 1, V. 21, 23.)
Monsieur l'Abbé, quand, éclairé du flambeau divin de la foi, on a vu les actes avoués et secrets de cette pléiade dont je vais vous citer quelques noms, quand on peut, malgré le si grand éloignement des temps, préciser les plus basses conceptions et les plus incroyables accomplissements, quand on a entendu retentir le beffroi du palais de la Justice divine, et que, dans chacun des coups sacrés qu'il frappe, on distingue les noms d'Etienne VU, de Christophe, de Sergius, de Jean IX, de Jean XII, de Benoît IX, de Jean XXIII, d'Alexandre V", de Paul II, de Sixte lY, d'Alexandre VI, de Léon X, de Paul III, de la Casa, etc., peut-on ne pas s'étonner du silence céleste et ne pas en arriver à douter presque des promesses de l'assistance divine?
Vous me répondrez, ou vos pareils me répondront: « Vous nous ramenez trop en arrière! » — Pour vous prouver ma bonne foi et mon complet savoir des choses, je vous dirai que je suis aussi riche en connaissance des faits nouveaux que je le suis des faits qui, appartenant à la grande classe de l'infaillibilité, sont, devant la foi chrétienne, quoique anciens, toujours nouveaux. Ici, je ne vous réponds qu'avec la grande précision et la sévère autorité de l'histoire : c'est un précédent, c'est une préface qui me vaudra pour le moins le crédit de fidélité. Mais je puis vous dire, si vous étiez en doute sur l'évidence défaits plus rapprochés de nos jours, procurez- vous les mémoires tirés des archives de la police par Peuchet. 1838.
Vous voyez, monsieur l'Abbé, comment vous êtes payé pour vous taire. Vous qui vous épuisez à faire retentir le cri de Brennus, vous ne pouvez faire oublier ces si chrétiennes circulaires par lesquelles vous pressiez les serfs de monseigneur d'appeler à la dictature du royaume Mr Cavaignac au lieu de
Mr Bonaparte. Vous avez gémi déjà sur la vérité du proverbe: On ne recueille que ce qu'on a semé. L'avenir est devant nous, monsieur l'Abbé : en vertu du caractère de prophète de malheur dont il vous plaît de m'investir, je pourrais détruire d'un trait de plume le gigantesque échafaudage de vos rêves, et faire crouler, par l'exhumation d'une de vos habituelles intrigues, ce grand palais que vous vous bâtissez sur le modèle des châteaux en Espagne.
Croyez-moi, monsieur l'Abbé, gardez votre adresse et votre petite verve pour une nécessité prochaine dans laquelle vous pourrez avoir besoin d'en faiie usage. Ne me faites plus généralissime : c'est du temps perdu et de la mauvaise composition. — Quant à Elie, je viens vous le redire encore, bravant vos rires et vos petites satires : Je suis Elie, non en chair et EN os comme vous le dites, mais dans ce que je dis, comme dans ce que j'écris pour la gloire de la Justice et de la Vérité. Je suis Élie, dans mon ministère prophétique, dans mon droit pontifical. Je suis Élie, dans les justes répressions que je vous adresse et que j'adresse à toute la grande apostasie qui habite LE lieu saint. Je suis Élie dans la Révélation que vous avez abandonnée et que vous ne comprenez plus, vous ni les vôtres. Je suis Élie pour montrer à ceux que vous trompez les ruines sur lesquelles vous les faites asseoir. Je suis Élie pour parler aux peuples comme Samuel et leur dire que, semblables aux enfants d'Israël, ils ont outragé la sage et paternelle royauté du Seigneur. Je suis Élie pour crier de nouveau les paroles sacrées de l'Ecclésiaste, et dire par elles :
== • Ce qui a eu lieu autrefois aura lieu encore. » Je suis Élie pour montrer le terrible rapprochement que Ton peut faire, avec nos jours, de cette partie du quatorzième chapitre d'Isaïe surtout en arrêtant la justice de ses souvenirs sur la si douloureuse et si tragique fin du malheureux roi Louis XVL — On ne me fera pas, je l'espère, le trop grand
honneur devoir composé ce texte : il n'y a qu'à ouvrir la Bible Sainte et à porter ses regards sur la page indiquée, et l'on sera à même de vérifier si je change ou dénature ses paroles : = * Les rois sont morts dans la gloire des nations, et " l'homme dans sa maison ; mais toi, tu n'aueas même tas,
» COMME l'un d'eux, CETTE MISERABLE SÉrULTURE , PAECE QUE
" tu as ruiné ton royaume, tu as fait perir ton peuple î " La race des scélérats ne s'établira point sur la teere. » (Isaïe. 14. 18, 20.)
Maintenant, chers Bien-aimés, je veux vous sortir de la surprise où vous aura jetés l'insolente et grossière injure de Mr Delalle contre les Mrs Baillard : sachez donc que Mr le grand-vicaire saisit toutes les occasions qui lui paraissent favorables pour attaquer les trois frères consacrés prêtres qui ont exercé leur ministère durant quelques quinze années dans le diocèse dont il se trouve aujourd'hui le gérant en titre, mais non responsable. Ces attaques où le schisme et l'hérésie ont l'air d'entrer pour la raison principale, ont une tout autre cause. — Ces trois ecclésiastiques que le petit Mr Delalle nomme l'écume de son clergé, étaient si peu dans une voie répréhensible, que Mr de Forbin Janson crut de son devoir d'évêque de souscrire pour une somme de six mille francs, afin de les aider dans l'institution qu'ils avaient entreprise après avoir été encouragés par ses conseils et par son agrément.
Après la mort de Mgr de Forbin Janson, Mrs Baillard qui n'avaient encore reçu que cinq cents francs à compte sur la totalité de la souscription, écrivirent au légataire exécuteur du testament. Mr de Janson, en remettant à la trésorerie épiscopale les intentions du précédent pasteur, parla de la réclamation faite par les messieurs Baillard. Les oreilles de Mgr Menjaud s'ouvrirent de toute la largeur de sa cupidité : il voyait en même temps la matière d'un nouveau bénéfice et une occasion favorable pour faire oublier les sommes qu'il avaifc
luî-méme à recevoir du légataire. — Un de ses complaisante présent à la scène, avant compris le visage de sa grandeur dit à l'exécuteur testamentaire : * Mais monseioneur Forbin n'avait nullement l'intention de payer cette sonnnel *
Alors se posant en homme obligeant, Monsieur Menjaud qui ne pressentait pas encore que son trône pontifical serait transporté dans la haute domesticité des Tuileries et que son auguste personne égrainerait voluptueusement entre ses doigts la somme fabuleuse que lui rapporterait sa nouvelle livrée revêtit ses lèvres de son sourire d'évêque et dit au légataire : H Je prends cette affaire et je m'en arrangerai avec les Mrs Baillard. -*
Après un espace de temps plus que convenable, les ayant droit à la somme de cinq mille cinq cents francs écrivirent à l'exécuteur testamentaire; celui-ci renvoya la lettre à l'évêché^ en ajoutant qu'il priait Monseigneur de terminer cette affaire, puisque cela était convenu avec lui.
Mr Menjaud manda par une lettre les Mrs Baillard.
Mr Léopold, l'ainé des trois frères, se présenta seul. Après quelques banalités de forme. Monseigneur propose à Mr Léopold, pour lui et pour ses frères, quinze cents francs au lieu de CINQ 3IÏLLE CINQ CENTS fraucs qu'il restait à payer pour acquitter la souscription. — Surprise du prêtre; -— Mgr insiste; — le subordonné représente le droit de ses frères et la nécessité de leur consentement. . . Ne pouvant rien obtenir^ il s'en retourne non pas comme il était venu, mais, vous le comprendrez facilement, remportant très-peu d'estime pour son éminent supérieur.
Le temps se passait, et Mgr, préoccupé par toutes les sollicitudes que lui suggérait sa vigilance à garder le trésor de ses fidèles, reçut de Mr Léopold Baillard une nouvelle lettre à laquelle hélas! il n'eut pas la liberté de répondre.
Mr Baillard comprit la pensée de Mgr : il se présenta de
nouveau au palais du prélat; il y fut reçu, et pour cause il eut, ce jour là encore, l'intentionnel honneur d'un tête-à-tête. Mr Menjaud, sans se déconcerter, ouvre son secrétaire et jette sur la table, en face de Mr Léopold Baillard, la somme de QUINZE CENTS francs; il met sous les yeux de son réclamant la page dans laquelle est la clause à remplir, une écritoire et une plume; puis, avec la superbe attitude de son omnipotente au* torité, il dit : " Mr l'Abbé, mettez votre acquit. "
Le subordonné ne put retenir cette expression : " Mais, »» Monseigneur, vous me forcerez d'attaquer en justice Mr le » marquis frère du souscripteur! »
Tout le sang dans lequel vit le cœur de Mr Menjaud se porta à sa tête; la voix de l'évêque eut beaucoup de rapport avec ces voix qui éclairent les jurés d'une cour d'assise, et que les témoins imitent dans la loyauté de leur conscience, en disant : Il lui criait Signe! signe! — Mgr ne dit pas cela; mais, avec l'accent qui sert ordinairement cette expression : « En faisant cela, dit-il, ce ne sera pas Mr le marquis que »' vous conduirez devant des juges, ce sera votre évêque : » Eh bien! nous verrons! »
Yous ne savez pas tout ce qu'il y a de terrible dans cet Eir BIEN NOUS verrons! — Cet en tortillage, cette ambiguïté signifiait tout simplement : « Vous en avez trop dit; vous en con- »• naissez trop; a^ous m'avez découvert, je vous abattrai; je ♦» vous mettrai dans l'impossibilité de trouver la protection des " juges et de la loi; je vous flétrirai; je vous interdirai!! »
Mr Léopold aima mieux perdre de l'argent que de se voir flétrir par l'interdit. Il prit la plume et il écrivit en marge :
" Je reconnais avoir reçu de Monseigneur Menjaud évêque » de Nancy et de Toul , la somme de quinze cents francs à " compte sur la présente souscription; et, tant en mon nom " qu'en celui de mes deux frères, je fais la remise du reste à »» qui de droit. ><
Ces Mrs crurent que leur sacrifice les avait sauvés de la foudroyante menace de Mgr. — Hélas! c'était par trop ignorer le possible de la conscience de certaines grandeurs. — Hé quoi ! Messieurs, vous ne compreniez pas que votre évêque ne pouvait plus se trouver en face de vous? vous ne réfléchissiez pas que vos noms mêmes lui seraient , malgré sa force morale, un aiguillon insupportable? vous croyez posséder le secret du prestigieux honneur de votre évêque, et vous espérez être quittes et oubliés? non, non, il rien sera pas ainsi! vous êtes flétris à cause de la preuve que vous possédez; vous êtes souillés par le fatal fait que vous connaissez; vous êtes interdits! ainsi le veut et Texio-e l'honorable conscience de votre chef! — Maintenant , vous êtes assurés que les courtisans de sa grandeur ne tarderont pas à deviner ce qui doit être le premier bon plaisir de leur seigneur : vos pas seront suivis, votre intérieur exploité, votre correspondance saisie ou sollicitée des quelques faux frères qui vont vous naître! Yous serez interdits, et plus solennellement qu'aucun autre! gardez-vous d'en douter : le bras de Mgr est tout-puissant, et l'œil de ses intimes pénètre même ce qui n'existe pas.
Eh bien! Frères, voilà la source réelle, positive, véritable qui a produit les interdits des trois Mrs Baillard. Maintenant sachez que Mr Delalle qui connaît la noble action de son chef, met depuis ce temps toute son acrimonie et toute sa ruse à poursuivre les trois prêtres qui ont assumé sur leur tête le grand crime de s'être laissé ftiire les dupes de sa grandeur. Cette nouvelle apparition des ordures Delalle contre les Mrs Baillard est un nouveau moyen de spéculation duquel le petit grand-vicaire espère un favorable résultat : pour bien servir et bien couvrir une grande honte, il est naturel d'attendre une récompense proportionnée. Mr Delalle aime Paris, et il y a longtemps, je m'en rapporte à lui; mais depuis que son maître est attaché au service de la maison impériale, le grand-vicaire
trouve Nancy bien étioit, les salons de révêclié mesquins, les dames patronesses bien au-dessous des duchesses, des princesses du sang, qui brillent aux Tuileries; les soirées de Nancy sont tout simplement des soirées de province où tout le monde se connaît, où tout le monde est connu; tandis que dans les fêtes impériales de la grande ville, on peut être tout ce qu'on veut. Tordre du jour étant qu'il ne faut être connu de personne. La solitude du grand-vicariat rappelle à son petit liôte ces beaux jours dont il a joui et qu^il a fallu quitter par beaucoup de raisons, entre autres pour s'être abandonné aux charmes de la presse et des circulaires cavaignactites.
Hé bien! qui sait si maintenant que Mr Menjaud se croit un personnage historique, il ne comprendra pas la nécessité plus impérieuse que jamais d'éteindre autour de sa mémoire la pâle clarté de cette tache dont la preuve est possédée par Mrs Baillard et par le grand- vicaire? Alors si le grand-vicaire jette assez de boue sur le nom et la vie des victimes de Mgr, leur parole est impuissante, et l'honneur de sa grandeur est sauvé; alors aussi, sa grandeur fera jouer tous les ressorts de son crédit; et c'est bien le moins qu'elle obtienne de ses majestueux pénitents une livrée quelconque pour son intime protégé.
Bien-aimés, ne vous étonnez plus si la Gazette du Languedoc et la Vérité de Mr Migne ont embouché leur trompette : du moment où un grand-vicaire écrit dans un journal, c'est qu'il a un besoin pressant de fixer l'attention publique soit sur quelques faits qui le concernent, soit pour couvrir des personnalités exploitatives, soit enfin parce qu'il a quelques haines et quelques vengeances à satisfaire. Les bons journaux, les journaux de l'ordre, comme ils s'appellent, sont très-heureux qu'(«i leur jette de temps en temps un peu de pâture; ils sont certains qu'ils ne recevront pas d'avertissement pour endormir, sur une gamme d'indignation grivoise, les bonnes dupes qu'ils nomment leurs abonnés. — Et puis, il faut bien, tout en ron-
géant leur frein politique, qu'ils paraissent crier devant leurs Césars ? " Veillons au salut de l'empire! veillons à la foi de nos lois! •'
Je crois. Chers bien cliers, que le gouvernement impérial doit un peu se repentir de m'avoir fait voler par le ministère de Mr Leroy son préfet et par ses séides de tout nom et de tout ordre, envoyés pour faire le sac de ma demeure. L'affaire de Tilly occupa la presse dite religieuse qui n'est certes pas la moins criarde, dans un moment où il y avait toute sorte de propos et de tripotages pour remplir ses feuilles. — cette fois, les épreuves des édifiantes histoires du comte de Morny, du retour de l'héritier ou non héritier de la couronne dynastique de décembre, étaient prêtes; mais le halte-là avait été prononcé : rien à dire... quel silence! quelle nuit! L'Espérance n'est pas un mj^the : elle étend sur toute l'Europe les fruits que lui a apportés l'innocente presse de Mr Delalle. Grande fête! accueil enthousiaste! » Chers abonnés, nous vous tairons tout ce qui peut éclairer vos consciences patriotiques; nous vous cacherons les scandales qui nous permettent de vivre en les applaudissant; nous ne vous montrerons pas notre abaissement et notre honte; -— mais nous vous signalerons, sous le couvert de notre bilieuse hypocrisie, un terrible, un gigantesque ennemi, un nouvel Astharot qui ose trouver Rome en contradiction aveic l'Evangile, et dire que les princes de l'église ne ressemblent pas à Jésus-Christ! Comment n'oublieriez-vous pas, pour une telle nouvelle, les milliers de français qui meurent pour la gloire future de la prise de Sébastopole? comment oseriez-vous vous enquérir de la tourmente qui nous menace? Nous sommes heureux, bien heureux, très-heureux! Tournons tous nos regards et toute notre attention vers ce sauvage Antéchrist qui va peut-être dévorer nos villes, nos plaines et nos vallées. Mr Delalle, le vigilant gardien des sièges de Toul et de Nancy a trouvé un glaive que ce fougueux hérétique avait
eu îe pouvoir de lancer de Londres à Rome. Bien plus, il a vu i'iîuinme qu'il nous dénonce manipulant le choléra-morbus et la fièvre typhoïde! Dans une des prochaines lettres de notre active sentinelle, nous vous apprendrons coniment ce géant a soufflé, de France en Crimée, de Rome à Moscou, la poussière délétère de laquelle sont écloses toute.s les maladies de l'année dernière et toutes celles qui doivent nous arriver encore. « — Pauvre presse! comme tu t'efforces d'être mignonne pour éviter le fouet de tes souverains maîtres!
Chers bien-aimés Frères, demandez donc à la chaste Espérance de Nancy, à la fervente Gazette du Languedoc et à l'innocente Vérité Migne, si pour se purifier de leur sortie forcée contre le Goliath nouveau, elles ne seraient pas heureuses de publier quelques-unes des maximes de leurs très-catholiques grandeurs, Mrs de Boulogne et Bouvier :
— « Puisse le souverain Maître des rois, disait l'évêque de " Troyes en 1809, veiller d'une manière particulière sur la " nouvelle dynastie qui se forme sur la race napoléonienne, « rendre le trône sur leqnel elle s'assiéra immuable comme le " soleil, et la faire traverser d'âge en âge toujours triomphante " et toujours couronnée par la victoire et par la vertu. «
Quand Napoléon fut précipité du Kremlin à Sainte -Hélène, ce même évêque écrit à son clergé qu'il fait des vœux pour que le Ciel aide le Roi très-chrétien à fermer l'abîme de maux que la funeste apparition de l'ennemi du monde a ouvert sous ses pas.
Monsieur Bouvier (juin 1841); — ■ « Il n'est rien que le " prince ne puisse faire lorsque les circonstances l'exigent. " Les princes ne sont proprement tenus à aucune des lois ci- " viles. " (page 605.)
Dans le même livre (page 628), Le même Mgr Bouvier dit encore : « Les sujets doivent, lorsque le prince légitime l'or- " donne, prendre les armes contre l'usurpateur, le combattre,
» le terrasser, le chasser s'ils le peuvent. Bien plus, un parti- » culier doit le tuer comme un malfaiteur public, si le prince »' légitime l'ordonne. »
Les petites feuilles ëpiscopales savent trop bien ce qui leur reviendrait si elles commettaient de telles indiscrétions en l'an de grâce impériale 1855 : leurs nobles pères les ont élevées dans une moins dangereuse pratique; elles portent toutes, comme les anciens Juifs, un théphilim sur lequel l'abbé Leone a écrit d'après les conférences des grands ecclésiastiques à Chiéri : — " Si quelque tête pénétrante soulevant un coin du »' voile signalait aux puissants le côté corrosif de nos doctrines, »' il faudrait à tout prix couvrir d'infamie cet audacieux, ou » le dénoncer comme un dangereux conspirateur digne d'un »» châtiment exemplaire! " — (L'abbé Leone, conférence des Jésuites. Chiéri. page 134.)
Hélas! toutes ces petites prétentieuses qui jouent les unes en face des autres leur petit rôle dit religieux, nous appellent des séducteurs, des pirates, des brigands, parce que nous leur disons que nous répudions les christs en caresse et les apôtres dans le luxe des palais. Elles croient avoir été bien terribles quand elle ont crié : " Vous êtes des socialistes! » Elles ne savent pas, les petites ignorantes, qu'il n'y a pas de milieu entre SOCIALISME et jÉGOÏSME. Si leurs parrains les élevaient plus chrétiennement, si au lieu de les farcir d'histoires de bals et de châteaux, ils leur apprenaient les divines maximes de l'Evangile, elles seraient moins grimacières et plus solidement instruites. C'est donc tout simplement pour obvier à ce qui leur manque que je leur copie ceci :
= Jésus disait à ses disciples : " Les nations ont des domi- »' nateurs qui les traitent avec empire, et elles les nomment » princes. Ceux qui prennent autorité sur elles se font appeler »' maîtres.
" Qu'il n'en soit pas de même parmi vous : que celui qui se
» croit le plus grand devienne comme s'il était le plus petit, " et celui qui gouverne, comme s'il était celui qui sert. « (St Luc 22. 25, 2G.)
= " Toute la multitude de ceux qui croyaient en Jésus- -" Christ n'avaient qu'un cœur et qu'une âme; et nul ne consi- » dérait ce qu'il possédait comme étant à lui en particulier; " mais toutes choses étaient communes entre eux.
" Car il n'y avait aucun pauvre parmi eux, parce que tous " ceux qui possédaient des fonds de terre ou des maisons les » vendaient et en apportaient le prix aux pieds des Apôtres; " et on distribuait ensuite à chacun selon son besoin. « (Actes. 4. 32, 34, 35.)
Au chapitre cinquième des mêmes actes, il y a à méditer sur la sanction de cette doctrine confirmée par le châtiment d'Ananie et de Saphire.
= " V^ous assembler comme vous faites, ce n'est plus man- " ger comme il faut la cène du Seigneur, car vous mangez " chacun votre souper particulier sans attendre les autres; et » ainsi les uns n'ont rien à manger, tandis que les autres font " des excès.
" C'est pourquoi, mes frères, lorsque vous vous assemblez " pour ces repas, attendez-vous les uns les autres,... afin que " vous ne vous assembliez point à votre condamnation. Je " réglerai le reste lorsque je serai venu. » (i Corinth. 11. 20, 21, 33^ 34.)
= « Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment par leur " puissance? ne sont-ce pas eux qui déshonorent le nopi au- " guste du Christ d'où vous tirez le vôtre? » (St Jacques 2. 6, 7.)
J'espère, mes bien-aimés Frères, que l'Évangile, les actes des Apôtres, les épîtres de St Paul et de St Jacques l'emporteront sur les fiiusses indignations et les apostasiaques réclames ^ des Monseigneurs d'aujourd'hui, de leurs gazettes, de leurs
petits et grands vicaires. Ils ont beau faire, -ils n'ont que peu de temps à s'enivrer de leurs apparents triomphes. L'Éternel Fa dit : = " La parole qui vient de moi ne retournera point à » moi en vain : elle fera tout ce que je veux, et elle produira » l'effet pour lequel je l'ai envoyée. « (Isaïe 55. 11.)
L'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ a fourni émilement à la verve chrétienne de Mr Delalle l'occasion de mettre cette promesse si heureuse, si consolante pour l'humanité, au rang de ses triviales comparaisons. Qu'il apprenne donc, le léger oM ignorant personnage, comment se manifestera ce jour grand et terrible, consolant pour les uns, et plein de larmes pour les autres.
= «. Dieu viendra du côté du midi, et le Saint, de la mon- » ta£!;ne de Pharan. Sa Moire couvrira les cieux, et la terre »' sera pleine de ses louanges. Son éclat sera comme celui de » la lumière. . . La mort paraîtra devant sa face. « (Habacuc 3. 3, 4, 5.)
= « En ces jours là, dit le Seigneur Dieu, le soleil se cou- " chera en plein midi , et je couvrirai la terre de ténèbres, " lorsqu'elle devrait être pleine de lumière. (Amos 8. 9.)
M En ce jour là, je relèverai le tabernacle de David, qui » sera tombé; je fermerai les ouvertures de ses murailles; je » rebâtirai ce qui était tombé, et je le rétablirai comme il était »> autrefois. » (id. 9. 11.)
=-" En ce jour là, dit le Seigneur, je rassemblerai celle »' qui était boiteuse, et je réunirai celle que j'avais chassée et » affligée. " (Michée 4. 6.)
= « Le Seigneur possédera encore Juda comme un héri- »' taoe dans le pays qui a été consacré; et il choisira encore >» Jérusalem pour sa demeure. (Zach. 2. 12.)
« Le Seigneur sera alors le roi de toute la terre. En ce jour " là le Seio'ueur sera seul reconnu Dieu, et son nom seul sera M révéré. " (id. 14. 9.)
^^ » Nous attendons, selon la promesse du Seigneur, âe$ »' cieux nouveaux et une terre nouvelle où la Justice liaLi- >' tera. '> (ii S. Pierre 3. 13.)
= « Le voici qui vient sur les nuées, tout œil le verra; et »• ceux qui l'ont percé ^ et tous les peuples de la terre se frap- »> peront la poitrine en le voyant. Oui cela est ainsi. Amen. *» (Apocalypse 1. 7.)
= » Après cela je vis un ciel nouveau et une terre nouvel» >' le. . . et moi, Jean, je vis descendre du ciel la ville sainte, •* la nouvelle Jérusalem qui venait de Dieu... et j'entendis »' une grande voix qui disait : Voici le tabernacle de Dieu » avec les hommes . * »
" Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux, et la mort >' ne sera plus : il n*y aura plus là ni pleurs, ni cris, ni afflic- >' tion, parce que le premier état sera passé. Celui qui avait >' parlé dit encore : Je vais faire toutes choses nouvelles. •♦ (Apocalypse 21. 1, 2, 3, 4, 5.)
Maintenant, mes chers Bien^aîmés, que nous avons montré à tous ces hurleurs la nullité de leurs moyens et leur dépense inutile de venin, laissons^les rugir et se frapper la tête contre les murailles, si cela leur convient; abandonrtons^leur le champ de leurs presses qui leur a coûté tant de génuflexions, tant de bénins sourires» Qu'ils gémissent sur la lyre de leurs tartufes dénonciations, ou qu'ils chantent le triomphe de leurs attaques soldées sur la harpe des inquisiteurs, nous connaissons leur force : ce sont ces vieux vases dont parle l'Evangile , et dans lesquels ce serait folie de prétendre mettre le vin nouveau I- Laissons passer ces infirmes vieillards : ils nous servent tout en satisfaisant leurs mutineries. Leurs négations prouvent qu'ils sont impuissants à franchir la grande brèche du progrès. Ils sont moins coupables qu'on le pourrait croire : leurs cris ne sont pas toujours des cris de rage; ils gémissent souvent sous
la masse écrasante de leur inertie. Regardons-les en pitié! ce serait réellement un abus d'intelligence que de nous occuper davantage de leurs colères décrépites et de leurs vieux scandales. Laissons passer leurs suffocantes injures et leurs gluantes calomnies 5 puisque le Ciel les condamne à laisser passer, sur Rome et sur ses complices, le glaive de la lumière, qui est
LE GLAIVE DE LA JUSTICE DE DiEU.
Chers Catéchistes, courageuses ardeurs, bénissons la toutepuissance du Seigneur qui se montre si évidemment dans la défense de son Œuvre. Admirons sa divine protection et sa souveraine sagesse! — Il a fait aujourd'hui en votre frère ce qu'il fît autrefois dans le jeune pâtre de Bethléem : les bravades du Goliath moderne sont anéanties par ces suprêmes vérités que ses alliés ne pourront lire sans se sentir mordus sévèrement par les dents aigiies de leur conscience!
Ils répondront par des grossièretés, par des sarcasmes, par des injures, par la boue qu'ils savent faire avec les choses saintes; mais ils n'oseront pas produire ces textes qui leur brûlent la pensée comme brûle un fer rouge! ils n'oseront pas aborder l'éclatante lumière que je tiens élevée sur leurs têtes d'esclaves! ils diront :
— « N'est-ce pas cet homme que nous avons jeté en prison, » que nous fîmes flétrir par un tribunal de police correction- " nelle tout à nos gages? N'est-ce pas cet homme à qui nous " arrachâmes, par d'apostoliques menaces, la veille même de » l'audience où nous voulions qu'il fût jugé, l'avocat Bardou " chargé de sa défense et qui depuis ce jour est devenu fou " pour mourir fou ? N'est-ce pas ce conspirateur que nous " avons tant de fois soumis à des visites domiciliaires qui ne » nous ont jamais procuré le moindre indice de conspiration? '' N'est-ce pas cet homme terrible dont la maison fut fouillée, »' pillée, saccagée par les ordres de Mr Leroy préfet du Cal- '• vados^ le 17 mars 18Ô2 et jours suivants? N'est-ce pas lui
" encore que l'on dit être la cause que ce haut fonctionnaire » de l'état, qui avait si admirablement servi les supplications " vandalistes de Mr l'ëvêque de Bayeux soit devenu fou et « reste fou? "
Frères, voici comme je leur jette publiquement ma derniÊ- EE réponse :
— Oui, c'est cet homme qui aujourd'hui se lève de toute la hauteur de vos indiennes persécutions, et qui vous arrache ce masque impie sous lequel vous vous donnez à la multitude pour des défenseurs de l'ordre, de la famille et de la religion! Oui, c'est lui qui, ayant été prévenu par son divin Maître de quitter son foyer et sa famille, dix mois avant la dernière honteuse invasion de son domicile, vous dit : — J'ai plus de vingt témoins de la connaissance que je possédais dès-lors de ce qui devait être sollicité par Caïphe et accordé par Hérode! Oui, oui c'est moi qui vous crie d'un exil que vous n'avez pas eu la joie féroce de m'imposer : — Il vous est impossible de me reprocher la condamnation que votre haine et votre vengeance de n'avoir pas voulu m'abandonner à votre exploitation vous ont fait obtenir contre moi, malgré l'affirmation solennelle de ceux que vous vouliez forcer de porter plainte, et qui n'ont cessé de protester contre votre machiavélisme et contre la complaisante sentence dont vous vous glorifiez, infâmes que vous êtes ! — Je vous renvoie votre propre flétrissure. Les accusateurs que vous vouliez me faire sont avec moi : ils ne m'ont jamais quitté. Vos ignobles machinations ont formé en eux une foi qui les conduirait au martyre. Vous dépassant de mille coudées, ils solennisent le bonheur et la gloire de leurs convictions, dans les souffrances et les sévères privations de cet exil dont la seule pensée vous a rendus si soumis et si souples, vous d'ordinaire si insolents et si hautains! Je vous ai quittés, calme et tranquille comme un enfant; tandis que vous me rouliez dans la fange impure de vos calomnies^ je priais
pour vous du plus profond de mon cœur. — Mais aujourd'hui le Seigneur m'a montré vos crimes; il m'a fait voir vos projets, vos plans infernaux, votre omnipotente iniquité, vos hypocrites adorations, votre soif d'esclavage et d'asservissemerit, votre abomination dominant dans la maison sainte... en un mot,
YOÏEE MONSTEtJEIJSE ET MANIFESTE APOSTASIE, et il m'a dit :
= « Sois un homme. Entee dans la veetu d'Élie. Ton- <' ne l'approche de ma justice, et fais éetentir partout '♦ l'annonce suprême de mon jour. »♦
J'ai répondu au Seigneur î — Me voici. Faites de moi selon votre divine volonté.
Et dès-lors j'ai signé les répressions qui vous regardent, comme je signe de nouveau celles-ci du nom d'ELiEl
Bien-aimés bien chers, je ne veux pas finir cette épître sans avoir le consolant bonheur de vous affirmer de nouveau, com* me j'ai tant désiré le faire plus tôt, la vérité et la justice de mon affectueuse gratitude, ainsi que l'ardente et fraternelle bénédiction de mon cœur pour vous tous.
;lie
Du Carmel, le 5 février 1855* Londres*
J. M. J. QtriS tJT DEUSÎ
Pontifes de Science et du Temoigna.ge,
Les causes de distance, les embarras de l'exil, les nombreuses difficultés que rencontre en France toute correspondance venant de la grande île que nous habitons, toutes ces raisons me forcent de vous adresser collectivement ce que j'aurais eu plus de satisfaction à vous adresser à chacun dans votre particulier. Je connais assez votre justice et votre bonté pour être persuadé que vous n'en verrez pas moins l'appel que le Ciel vous adresse sous chacun des augustes caractères dont il vous a si divinement investis, que vous verrez le renouvellement expressif de mon profond respect et de ma véritable affection pour vous.
Le Ciel a parlé, le Dieu de toute justice s*est fait entendre, sa voix suprême a énoncé parmi nous ses augustes volontés. Il nous a fait connaître que l'heure était venue de rassembler sur le plateau désert de son Carmel les richesses divines dont il a si longtemps pourvu chacun des réservoirs enfermés dans le tabernacle de ses miséricordieuses complaisances. — Il faut parler I il faut crier I il faut tonner! a-t-il dit. Et tandis qu'il s'exprimait ainsi, il jetait du haut des cieux dans son Thréasthaël ces trompettes sacerdotales qu'il avait reprises aux prévaricateurs de la maison d'Aaron. Il vous a nommés, vous, ses fils de prédilection, ses élus par le cœur, et ses pontifes selon l'ordre sacré de la vérité.
Il vous a nommés pour que votre souffle arrivât jusqu'à nous, pour que vos voix se confondissent avec les nôtres: c'està-dire pour que vous sonniez avec nous le réveil des humains, le tocsin d'alarme, l'heure solennelle du Juge et du jugement. Il vous a nommés, ce Roi des rois, ce Grand Incorruptible, pour que vous tonniez avec nous l'heure du combat et le jour de la délivrance. Il vous a nommés pour prendre la parole à la barre sacrée de son tribunal qu'il va établir entre le ciel et la terre, entre l'enfer et les créatures qui ne devaient jamais être assujéties au sceptre du crime et de l'iniquité. Il ^ous a nommés et il nous a nommés avec vous, non à cause de nous ni à cause de vous, mais pour sa cause divine qui est la cause de tous : l'espérance et le salut. Il nous a nommés, non comme des voix de fêtes et d'allégresse, mais comme des voix de tempêtes et de grandes eaux. Il nous a nommés le front rougi d'indignation et les lèvres empreintes d'une sévérité que nous devons transmettre et répandre.
Il est venu au milieu de nous comme un guerrier superbe qui provoque à la lutte, qui brandit ses armes et qui ne cherche pas à dissimuler les multiples éclairs cachés dans ses larges prunelles. Il est venu comme un époux qui a entendu sous la tente de son repos les cris d'outrages qui envelo])paient le nom chéri de son épouse. II est venu comme un roi qui, arrêté quelques instants à méditer sur ce qui doit rendre heureux son peuple, a vu tout à coup envahir son palais par ceuxlà qui occupaient si tendrement toutes ses sollicitudes et qui n'ayant mesuré sa bonté et sa tendresse qu'au niveau de la faiblesse et de l'impuissance poussaient contre lui des cris de rage et de mort. Il est venu comme un père ayant entendu dans le lointain ses enfants s'élever en imprécations et en blasphèmes contre leur mère. — Hélas! hélas î l'épouse s'était laissé séduire; les sujets s'étaient approprié le sceptre et la couronne du seul Roi; la mère était en lutte avec ses fils, et les enfants sans
larmes et sans cloulear, insultaient et méprisaient leur mère!
Pontifes, Pontifes, ah! si vous l'eussiez vu! comme il était grand clans son indignation, dans la sévérité de ses regards et de ses paroles! Ecoutez bien, je vais essayer d'être fidèle, d'être exact comme témoin, comme historien. Il parle :
= " Épouse ingrate, dit-il, toi que j'avais comblée de dî- " gnité et de grandeur; toi à qui j'avais fait un trône qui dé- " passait de mille coudées les plus hautes montagnes de la " terre; toi à qui j'avais domié pour couronne cet étincelant " firmament qui domine toutes les têtes; toi dont le char de- " vait être suivi par des anges et par des rois, précédé par » moi seul; toi qui n'avais qu'à vouloir, et les cieux descen- " daient pour recevoir tes ordres, les tabernacles éternels s'ou- " vraient pour satisfiiire à tes vœux; toi à qui j'avais appris » un chant qui n'était pas permis à mes archanges; toi à qui " j'avais voulu dire devant toutes les puissances de l'univers : " tu es seule pour moi dans le monde, ta beauté loin de res- " sembler à celle des plus belles de la terre croîtra à mesure " que les siècles passeront devant toi, et le temps qui flétrit " sera contraint à se mettre sous tes pieds, et à faire ressortir " la oTâce et la délicatesse de ta ceinture! Tu es belle, et nul " ne sera beau que par toi! Sois riche de toute ma tendresse, » sois puissante de tout mon amour, sois grande de toute ma » grandeur, sois dès ce jour, et ne cesse jamais d'être! Ta fi- " délité sera l'esprit de l'élévation de ton trône; c'est elle qui " fera des éternités heureuses à tout ce qui t'aimera, et dès " aujourd'hui commencent pour toi les saintes allégresses et la " ravissante majesté des éternités de plus en plus radieuses, ou- » vertes pour jamais à la douce et tendre fidélité de ton amour!
» Et tu as livré mon nom aux fils du temps, et tu as reça " sur ta couche les enfants du siècle; tu as bu, la nuit, dans « les festins de ceux qui ne crurent point; tu as mangé à la »' table de ceux qui disent que je n'ai jamais été et que je ne
» pouvais étrej tu mêlais tes chants à leurs chants, tes cris »» à leurs cris, et quand tes joues étaient pâlies par les fati- »' guantes caresses des fils de la mort, tu venais à moi couver- »« te de fard, les sourcils teints de noir, et les lèvres enduites «• d'une poudre vermeille détrempée de vin, et tu disais : — « Tu vois, je suis à toi, car je suis toujours belle; je t'appar- » tiens, car je ne vieillis pas. — Et tu ne voyais pas que les ** étoiles d'en haut s'éloignaient chaque jour de ce front dont " mon oeil voyait les longues et profondes rides; tu ne voyais <» pas que Pastre du jour ne pouvait plus être fixé par toi; tu <» ne voyais pas que ton trône descendait, que ton diadème » perdait â chaque siècle une de ses plus belles pierres! non, »♦ tu ne voyais pas que mes ennemis t'endormaient pour t'en- »» lever bien vite tout ce qui disait encore que tu m'appartenais.
'♦ Maintenant ton diadème est faux comme le sont tes cou- " leurs et comme est le carmin de tes lèvres. Tu es courbée «' comme la femme qui fait rouler la meule pour écraser le <♦ grain; tu n'as plus rien de moi : ni manteau ni couronne; »' ton voile lui-môme te trahit aux mortels I
>' Yaî va, prostituée, cœur avide d'orgies et de souîlluresl » va, va, courtisane; il y a longtemps que je te méprisais! " Dis donc maintenant que c'est toi qui es nommée l'impéris-
« SABLE, LArECO>"DE, LA PTJRE, LA SAGE, l'inSEDOISIBLE BEAUTÉ!
*♦ Il ne t'a pas suffi de te livrer à ceux qui avaient été épris ♦♦ de ta beatité et de ton âge : fausse Suzanne, tu te plaisais à ** rire au crime avec des vieillards! Insensée, tu as cru qu'en ♦» te perdant, tu me trompais sans qu'il me fût possible de voir " tes flétrissures! Va, malheureuse abandonnée, je sais tout : '♦ tu as dépassé en honte et en folie les courtisanes que tu di- " sais être les filles de la mort et n'avoir de beauté que pour >' les tombeaux! Elles avaient des amants qui payaient leurs '» débauches, leur luxe et leurs parures; mais toi, tu payes >' pour qu'on t'entoure, pour qu'on t'aime, pour qu'on donne
» à ta fièvre, sa force, sa raison, sa passion et son repos! Tu " cries aux passants : Venez avec moi, j'ai des temples ouverts >• où resplendissent l'or, la pourpre, l'hermine et le velours; » j'ai d'immenses trésors et des lois assurées contre toute jus- " tice; j'ai des tabernacles à l'ombre desquels tout est permis '> et sûr d'impunité! — Va, ton kegne est fini! tu vas tomber » dans la rue, les pierres elles-mêmes se lèveront contre toi; " les hommes de péché te cracheront au visage, et tes amants '» payés te montreront du doigt! Va exposer ton fard et tes ri- " des indécentes! Va, que ta honte partout te dise ton crime, " mon mépris, mon nom! Va comme le malheur pour que " chacun te fuie, pour que nul ici bas ne te donne un abri! "
Pontifes, Pontifes, mes amis, ô mes frères, si vous saviez ma souffrance, ma honte, ma douleur! J'ai crié votre nom; j'ai dit le saint amour qui vit dans vos âmes ; j'ai dit votre, courage, votre piété filiale, votre attachement aux lois pures de l'honneur. Ah! je n'ai pas alors arrêté mon cœur, ni la voix de mes larmes!
» Mon Père! mon Père! ai-je crié, tu sais qu'elle est ma mère; tu sais que si je t'aime, c'est d'elle que j'appris, avant de savoir aimer, qu'à toi seul était dû tout juste et tout véritable amour; c'est elle qui me montra les abîmes sous mes pas, les sentiers infernaux où succombe la justice, où se fane notre âme, où la corruption jaillit à notre cœur; c'est elle qui m'apprit à te nommer mon Père, à dire ton nom comme un hymne de grâce, comme un saint cantique, comme un chant d'espoir î C'est elle qui m'apprit à m'agenouiller et à frapper ma poitrine quand j'étais tombé en déchirant ta loi. Oh! c'est elle, c'est elle qui m'apprit la prière, qui me montra l'autel, qui me oignit de chrême, qui me lava du crime de moi et de mon héritage! c'est elle qui me dit : Regarde le Calvaire! qui m'apprit pour pleurer, que ton cœur s'y était immolé pour nous! Ohî ne la maudis pas, pardonne-lui, et laisse-moi lui tendre îa
main qui tient à la foi dont elle enrichît mon enfance; laissemoi pleurer avec elle, lui donner un abri, guider ses pas à travers l'épais nuage de ses larmes, lui dire souvent : Je t'aime, et lui rappeler que dans ton cœur il lui reste un jour, un grand •jour d'espoir!!! *
' Il hésita. Oh! mes Amis bénis, vous le devez comprendre : qu'étais-je? qu'étions-nous pour être admis à une mission si belle? qu'étais-je pour qu'il aimât tant de hardiesse et tant d'audace? Je me compris et je courbai la tête; mais dans mon cœur je répétai chaque nom de ce pontificat qui s'élève au Carmel. Le Carmel lui-même, le Thréasthaël, comme un dernier recours, furent trois fois nommés. — Mes Frères, inclinez-vous : son front s'illumina, tous ses traits resplendirent, il leva sa main droite, il vous regarda, il fixa son sanctuaire, il me fixa!
= « Eh bien! dit-il, je consens : soyez ses défenseurs, con- »• fessez- vous avec elle, donnez-lui vos larmes; retracez-lui la » longue histoire de ses malheurs; ne lui cachez plus rien, car » il faut qu'elle pleure, qu'à force de larmes elle lave mon « sanctuaire, le trône sur lequel je l'avais si saintement assise, » le temple consacré que je lui confiai! qu'elle remplisse de " pleurs les vastes bassins dans lesquels elle baptise; qu'elle » eflPace des places, des rues témoins de ses coupables allian- " ces, les taches de scandale et de sang dont elle les a souillées; » qu'elle maudisse les palais qui l'ont si ignominieusement ap- » pauvrie; qu'elle maudisse les armes de ses sauvages amants; " qu'elle pousse de grands cris sur les vastes tombeaux qui ca- » chent ses victimes; qu'elle brise pour jamais l'anneau fatal » qu'elle a reçu des rois; qu'elle vende sans regret ses coupes » d'or et ses pierres précieuses; qu'elle prenne un ciliée, et sur " sa tête nue qu'elle laisse tomber la cendre; qu'elle se souvi- » enne enfin qu'elle a donné la mort à la plus mâle partie de n sa progéniture; qvi'elle soit vêtue de deuil et qu'elle crie :
» J'ai péché î j'ai péché! — Alors, j'oublierai tout, je lui ren- " (irai son diadème, et au lieu des douze grandes pierres qui » faisaient sa beauté, j'y ajouterai vingt-quatre nouvelles pier- " res comme n'en virent jamais ni la terre ni les cieux; je re- » construirai et son temple et son trône; le soleil est moins " beau que le tapis que j'étendrai sous ses pieds; les cieux sont " moins beaux que le divin manteau dont je couvrirai ses " épaules! Toutes les créations saisies de sa magnificence et " de sa beauté ne se ressouviendront plus de ses écarts ni de » son châtiment! "
Il s'arrêta et me dit :
= « L'ÉPOUSE est jugée; maintenant qui défendra la mère? " Qui osera prendre sa défense devant ses mains sanglantes, " devant son front où sont attachées toutes les sueurs d'ac:onie »' dont elle se repaissait en immolant elle-même ses propres " enfants? Qui osera dire pitié pour l'horrible vendeuse d'un »» sang fourni par ses entrailles, qui recelait le mien? Qui " osera dire pitié pour cette âme féroce qui rassemblait autour " d'elle les monstres de toute espèce, et qui les réjouissait dans " ses fêtes de sang, qui leur donnait ses fils en spectacle de " torture, qui broyait sans pitié les membres sacrés de ses " nobles enfants, qui apprenait aux bourreaux l'affreux et "Sauvage insensibilisme, qui criait à haute voix: Frappez, » brisez, fouillez avec passion chacune de ces entrailles, ne " relevez vos fronts qu'inondés de sang? Qui osera jamais " prier, demander grâce pour cette furie qui allaitait, qui » nourrissait pour avoir plus longtemps des agonies plus loïi- " gués, pour aviver et prolonger les scènes émouvantes de ses « instincts infernaux? Qui dira : Épargnez cette mère qui brû~ " lait dans l'eau et dans la flamme, qui tournait ses ongles " dans la poitrine, dans le foie et dans le cœur de ceux qui " lui avaient été donnés pour leur apprendre à me connaître, " à me bénir et à m'ai mer? Qui pourra s'éprendre decon5ps5-
» sîoû pour cette femme qui empoisonnait jusqu*à ses mameî* »^ les, afin de mieux assurer la mort de ses nourrissons? Qui ** donc élèvera la voix devant cette pourvoyeuse de charniers >' et de tombeaux, pour ce vampire qui ne se contentait pas " de sang, mais à qui il fallait encore la chair et les nerfs? •' Qui pleurera sur l'anathème de cette marâtre qui faisait ser- '• vir sa table par des broyeurs de membres, et qui coupait " son pain avec un poignard rougi de sang humain? Qui gé- " mira sur la punition de ce monstre qui n'a point gémi lors- " que les cris déchirants de ses victimes arrivaient jusqu'à elle, *' mais qui au contraire entonnait des hymnes et des chants »• comme signal de sa joie et de ses applaudissements?
" Est-ce le jeune homme qui criera grâce et pitié pour elle? V Elle a béni les couteaux qui égorgeaient ces jeunes courages, »♦ ces riches existences qui croyaient que Dieu seul devait " compter leurs jours. — * Est-ce l'enfant? Elle s'est repue, " avec ses séides, de l'innocente adolescence et de l'hôte du « berceau. — Est-ce le vieillard? Elle souilla de sang leur '♦ blanche chevelure, elle fut inflexible aux cris d'agonie qu'é- " touffait leur vieillesse; elle les déshonora pour atteindre en " leur dernier râle jusqu'au dernier vivant de leur descendan- »» ce; elle profana leur corps, leur nom, leur mémoire. Ohl »• les vieillards savent bien qu'elle est inexorable. — Est-ce " l'homme fort, l'époux heureux de son foyer, de sa famille? " Il a vu s'élever les flammes ardentes des dévorants bûchers; '» il a entendu le son terrible, le glas funèbre qui tue les jeu- ♦' nés femmes, qui orphelinîse les jeunes enfants; il a vu dans " la nuit sa porte brisée, sa compagne liée, garrottée, souillée; «' ses innocents enfiints étoufles par la peur, jetés sur le pavé, »• abandonnés comme pâture aux chiens égarés et aux bêtes »» immondes! — - Est-ce la femme? Elle a trop bu de douleurs, " elle a dévoré trop d'agonies, elle est morte trop souvent, ». elle a eu trop de larmes, trop de tourments, trop de tortures.
» trop de honte! son cœur n'a plus de place pour porter la pi- »' tié, pour proférer le mot pardon! — Tu le vois, l'épouse a " pu être pardonnée; mais la mère! la mère! une telle mère, >' qui lui pardonnera? •»
Pontifes, mes frères, mes fils, j'étais anéanti; je crois qu'alors j'aurais presque voulu n'avoir jamais été et vraiment ne pas être! Ah! si je pouvais vous montrer ma vie, mon cœur, mon âme broyés tour-à-tour par ces paroles terribles, par ces accusations qu'il m'était impossible de pouvoir récuser! Il me regardait; il semblait être joyeux de ma triste impuissance, de mon indignation, de mon abattement. Ah! je le jure ici, si je me suis relevé, ce n'était pas de moi-même, j'étais ployé, écrasé, broyé sous son regard! Comme un peu d'air pur après une noire asphyxie, ainsi je sentis à travers mon cœur le souvenir de vos noms et de votre invisible présence. — « Ah! pitié! vous criai-je, aidez-moi, c'est notre mère! mais lui, c'est notre gloire, c'est notre honneur, c'est notre Père! I Aidez-moi! cherchons dans l'impossible, des raisons de défense; ou bien, pour le séduire, pour le gagner, avouons, confessons ses crimes qui sont nos crimes. Crions avec lui pour tromper sa justice; un peu de fraude pour sauver une mère, un peu de prestige pour cacher la tête de celle qui nous a enfantés! •♦
Ah, vous m'entendîtes, j'en ai encore maintenant la bien douce assurance, car mon front devint rouge, mes reins se redressèrent et ma voix se délia. Vous rappelez-vous quelles furent mes paroles? Oui, votre esprit, sans doute, pour longtemps, pour toujours s'en ressouviendra; mais votre cœur n'est bien servi que par les sens qu'il oblige et qu'il commande. C'est donc pour lui que je vais essayer de redire de nouveau ce que je veux, ce que je dois dire sans crainte et sans courroux.
» Mon Père, mon Père aimé, mon Roi, mon Souverain, mon tendre Ami, mon divin Maître! oui, je l'avoue, oui, cet-
te Église tant aimée, oh! oui, elle est coupable! Je confesserai sa faute; mais les crimes dont tu parlais, pardonne-moi, ce ne sont pas ses crimes! elle a été trompée, elle a été égarée, cruellement endormie; et c'était ses aines! c'était ceux en qui elle avait placé sa confiance qui ont été cruels, qui ont été infâmes, qui ont été sanguinaires! Tu sais bien que toutes ces cruautés ne naissent que des passions humaines : c'est le fruit de l'homme, c'est le venin de ses cupidités, de ses prostitutions. Ma mère n'a jamais dit: Brûlez, déchirez, broyez sans pitié le fruit de mes entrailles!... La louve elle-même ne pourrait être sans colère, si devant elle on tuait ses petits. Oh! non, non, crois-le, je t'en supplie, ma mère*n'a point béni les armes meurtrières; elle n'a pas bu le sang ni mangé jamais la chair de ses enfants. Cesse un peu d'être Dieu, ne sois devant moi qu'un homme comme je suis homme, et malgré toute ta colère, je te le jure, ton cœur dira pitié! je sais tes plans divins; mais je n'ai point ignoré tes tendres miséricordes. Oh! ne me réponds pas! tu n'es qu'homme, n'est-ce pas? Eh bien! écoute, je vais parler :
= « Ma mère devait croire à l'unique tendresse, au pieux dévoûment, à l'honneur de ses fils; elle devait voir en eux les brillantes étoiles de ton saint diadème; ses regards souvent devaient être avec toi dans les cieux; ses mains n'étaient pas faites pour toucher le fer, ni pour forger des chaînes; c'est pour cela qu'elle les tenait élevées vers ton trône divin. Ah! pouvait-elle croire que ses fils bien-aimés travaillaient l'anathème, quand ton saint nom passait sur ses lèvres et qu'elle le prononçait comme une bénédiction. Pourrais-tu condamner en elle ce que tu n'as pas condamné en Eve, car tu ne lui imputas pas l'imprévoyance dans le crime de Caïn. Eve était pour la terre soumise à ses épreuves, à ses obstacles, à ses rigueurs, à ses sujétions; mais elle, elle n'a de terrestre que la génération que tu lui donnes; loin d'être fille de la matière, c'est
par elle que notre matérialité s'efface, qu'elle se perfectionne, qu'elle s'épure. C'est en elle, c'est dans son sein que tout se régénère. Punis ses sens, ses organes mortels; mais tu ne peux par justice, par droit libre frapper son esprit.
" Ah! ne relève pas ainsi ta prunelle irritée, entends jusqu'à la fin tout ce que ta lumière me presse de te dire. — Ma mère n'est pas coupable! non elle n'est pas coupable, car dès le premier jour où ses flancs nous reçoivent, elle nous dit ton nom, elle nous le montre, elle nous le donne, elle nous parle de grâce, elle nous bénit d'amour. — A l'âge où la raison commence en nos cœurs et nous donne le sens de notre intelligence, elle nous dit d'aimer, elle nous dit de bénir, elle nous dit de prier, elle nous montre le ciel, elle nous montre les anges, elle nous montre les cieux, elle nous montre la croix, elle nous dit : Aimez-vous, vous êtes tous des frères, vous êtes les membres du bon, du christ, du divin Jésus. - Elle nous dit ta bonté, ton aimable tendresse, tes bienfaits sans nombre, tes grâces, ton amour. - Elle nous dit qu'en Judée tu souriais aux pauvres, que tu les consolais, que tu les guérissais; que touché de pitié, tu rendis des enfants à leurs mères éplorées, un frère à ses soeurs, un serviteur à son maître; que tu pardonnas à une grande pécheresse; que tu rendis la vue à l'aveugle criant: Jésus fils de David, ayez pitié de moi! - Elle nous dit que le Samaritain te servit de symbole pour accuser les prêtres, les lévites qui étaient sans entrailles et qui disaient être à toi. - Elle nous dit du publicain la consolante histoire et la confusion de l'hypocrite pharisien. - Elle nous dit que Zachée, que Simon le lépreux te virent en leur demeure; que tu étais à tous, que tu étais partout un heaume pour les plaies, une onction pour les souffrances, un père plein de cœur, un frère plein d'amour, un ami tout dévoué.
» Elle nous dit que les tiens aux jours douloureux de ton grand sacrifice, te fuirent, te laissèrent seul à l'approche et
Aux mains de tes ennemis; qu'ils ne te suivirent pas dans la voie du Calvaire 3 eux que tu avais conduits aux fêtes du Tliabor. - Elle nous dit quej mourant après avoir donné tout le sang de tes veines^ couvert de déchirures, d'insultes et de crachats, tu criais : Pardon! pardon î pardon, mon Père! Ahî malgré leur crime, à cause de lui, même, mon Père, mon Père, pardonnez-leur! - Oh! elle nous dit plus encore'touchant ce grand mystère, elle nous dit que, te dissimulant sous les traits mortels de ta longue agonie, tu disais : « Mon Père, mon Pè- «' re, pardonnez'leur, ils ne savent ce qu'ils font «. - Bientôt^ après ses pleurs, après ses sympathiques et maternelles larmes elle nous lève la lourde pierre, la pierre de scandale qui couvrait ton tombeau. - Elle nous prend par le cœur, nous conduit au milieu des disciples, et c'est à Emmaus qu'elle arrête notre si touchante et si pieuse instruction. Tu as tout pardonné; tu bénis, tu relèves Pierre et Jean, Philippe et Jacques, et tu te livres à l'examen de l'incrédule Thomas*
" Oh! maïs, ce n'est pas tout : elle nous dit tendrement les longs jours de deuil de ta divine Mère; - elle nous montre son âme déchirée par sept glaives, et pour résumer enfin ce divin martyre, elle nous dit : Tout cela. Mes enfants, tout cela
EST l'œuvre de l'amour î
'* iVlors reprenant les hauteurs du levant de ces très-saints mystères, ses yeux se ferment, son cœur se dilate, son âme s'étend, son esprit s'élève, elle monte vers toi te porter nos premières sympathies, nos premiers actes de foi se traduisant par des larmes, et elle ne revient belle, tendre, caressante et visible que pour nous préparer à ton banquet divin. Oh! l'astu vue jamais avec ses doux sourires que jalouseraient tes anges si tu leur permettais de la toucher des yeux. Comme elle est majestueuse! comme elle est éloquente! comme elle est grande, quand elle prononce à nos oreilles, et plus encore pour nos âmes, ces mots solennels: Divine Eucharistie!!!
» Nous avons communié : elle s'incline, se prosienie; elle appelle la gloire : Mes fils, dit-elle, vous ne faîtes plus qu'un avec Jésus-Christ!! Alors nous savons tout; alors nous pouvons dire : Notre mère est sainte! honte et crime à qui lui dit, tu as péché I . » .
•> Pardon, pai'tlon, mon Dieu! je le sens, je m'égare; mais je parle à un homme, à tous les hommes. La mère est sainte, mais les fils sont méchants! Oui, c'est moi! oui, ce sont tous les enfants de cette femme céleste qui ont fait tous les crimes, les noirs sacrilèges, les honteux forfaits dont on la dit coupable! oui, c'est moi! oui> oui, ce sont mes frères qui ontsouillc, profané, abominé son nom!
» Malheur! malheur à moi! malheur à tous mes frères! mais malheur surtout à ceux qu'elle fit l'écho de son tendre langage! malheur à ceux qu'elle commit à nos soins, à notre étude, à notre élévation, à la culture de notre foi, à l'entretien de notre espérance et à l'exemple de nôtre charité! Malheur à ceux qui l'ont trompée, qui l'ont trahie, qui l'ont vendue, qui l'ont livrée pour de l'argent, pour de l'or, pour de la terre> pour un trône, pour un hochet, pour un nom, pour une pas* sion, pour un lucre, pour une colère, pour une fureur, pour un sacrilège, pour boire du sang et pour mordre sauvagement dans le cœur de leurs frères! malheur! malheur à eux! Que sur leurs têtes > que sur leurs corps, que sur leurs vies retombent tout le sang, toute la sueur des cadavres, tous les râles des agonies, toute l'odeur des tombeaux, qu'ont versé, qu'ont excitées, qu'ont causés, qu'ont creusés leurs âmes impies et sanguinaires! Mais ma mère est pure, ma mère est sainte! je le dis, je le jure, et maintenant je t'appelle le Seigneur!! »
Ah! mes Frères, mes Amis, un large sillon blanc s'étendit sur son front adorable; il devint lumineux, puis incandescent» Sa tête se releva, je vis se développer sa toge immaculée, soii œil devint bleu, ses lèvres se rasèrent. Mon Dieu! mon Die«!
qu'il devint beau! Il me fixa ainsi sans prendre la parole. Je sentis mon cœur battre, je repris, je continuai :
« Ma mère n'est pas coupable; je le veux prouver au ciel et à la terre, et c'est pour cette preuve que je conjure ton nom, ô Juge tout-puissant, ô Monarque suprême!! Peraiets-moi de tonner à chaque extrémité de ma coupable terre; permets-moi d'appeler de justes et d'intègres témoins; permets-moi de citer à cette barre auguste les marchands d'anathème, les fils sacrilèges, les profanateurs et les vendeurs de bénédiction. Permetsmoi, oh! permets-moi la sainte indignation d'une piété filiale; que je nomme assassins les lâches trafiqueurs du saint nom de ma mère! que je fouille leur fange, que j'expose leur âme, et que je mette à nu la place vide de leur cœur; que tout homme ici-bas se découvre et s'incline devant la vérité, pour prononcer ensuite entre la victime et les monstres ses fils devenus sciemment ses flétrisseurs et ses bourreaux ! »
= « Sthrathanaël, Sthrathanaël, tu t'ouvres mille abîmes, » tu invoques la mort! vois cette auréole de fer et de poison, » vois de toute part la colère et la rage! Sthrathanaël, les » méchants n'ont pas l'amour de la justice; leur âme est sans » pitié; laisse agir Dieu, laisse-les, abandonne-les et détourne » la tête. Que tout ce qui est crime, honte et mensonge s'at- » taque, s'accuse et se dévore! l'Eternel fera comme s'il était >' devenu sourd et comme s'il ne voyait pas!... ♦»
Ainsi parla Celui qui a toute-puissance. Mais j'en avais trop dit, vous m'aviez fait trop fort pour que je m'arrêtasse.
— » Mon Dieu, mon Dieu, repris-je, j'oublie Sthrathanaël pour ne me souvenir que de ce nom de grâce que vous avez prononcé et co?ifirmé vous-même en me nommant, en ce temps, Pierre du Seîgneuiî. Si vous abandonnez les enfants de la terre, si xos yeux se détournent de votre saint héritage, si vous fermez les bras à ceux qui crient secours, comment s'accompliront vos divines promesses? comment se fera, comment
viendra votre grand jouij? Oh non, vous n'abandonnerez pas ceux qui vous aiment encore, ceux qui veulent votre gloire, ceux qui croient et désirent votre amour. Ce n'est pas pour mourir que vous avez dressé la tente du Carmel, et le Tliréasthaël n'est pas élevé pour vivre loin de vous. Que signifieraient ces noms, ces divins caractères dont vous avez doté, investi ces vieillards? Que serviraient vos grâces, vos divines lumières, cette sainte ardeur dont vous animez et nos cœurs et nos âmes, cette grande mission, ces hauts pouvoirs que vous renouvelez, bénissez, acclamez chaque jour? Oh! non, non. Seigneur, tout majestueux, tout divin que vous êtes, il faut que vous acheviez ce qu'au milieu de nous, ce que pour tous, vous avez cominencé! Oh! non, ne renoncez pas à prouver votre gloire! Assez, assez, mon Dieu, savent que vous êtes le Fort; mais c'est en ces jours oii tout finit, où tout croule, que les hommes, la terre, les cieux doivent se rendre à votre amour. Oh! vous ne fermerez pas vos divines paupières, tandis que l'enfer croit dans son orgueil avoir brisé les portes que vous avez juré être toujours insaisissables! Oh! vous ne pouvez pas permettre que votre ennemi asservisse votre nom, s'asseoie sur votre trône, qu'il dise sans crainte, sans fraude et sans men* songe : Moi, Sathan, j'ai triom])hé, j'ai pris l'Épouse saintt? entre toutes les épouses; j'ai vaincu, j'ai mis sous mes pieds l'amour de Jésus-Christ!
" Non, non, entends-tu ces douze vieillards qui crient à ma droite et à ma gauche : « Si Dieu nous abandonne, nous le " jurons, nous, nous ne l'abandonnerons pas! s'il détourne les « jeux de l'arche de sa sagesse, s'il veut abandonner nos âmes " au désespoir, eh bien! nous nous lèverons fiers de notre im- " puissance, nous irons seuls et nous crierons partout en tous " lieux : Guerre! guerre incessante aux fils de l'enfer et à l'en- » fer lui-même! aux armes! aux armes saintes! aux derniers » moyens! au feu! aux flammes! à rameur î à l'amour "îî
" Olit écoute ces cris proférés par la foi, par la vieille pîctéj par l'antique espérance, par la pure charité, par l'intelligent dévoûment. Écoute les serments que te font en pleurant des vieillards couronnés de la neige des épreuves! écoute, ils ne prient plus, ils ne jurent plus, ils ne pleurent plus! ils se lèvent, ils se dressent. Ahî dis-moi, Roi divin, n'es-tu pas ef* frajé d'une si sainte audace? n*es'tu pas effrayé de ces divines paroles : Croire, espérer, aimer, crier grâce^ bénir, promettre et pardonner, c'est un devoir qui ne peut cesser qu'en faisant cesser notre vie. Nous vivons : nous crierons, nous prierons, nous bénirons, nous appellerons du fond de leur sommeil ceuxlà qui se sont laissé surprendre. Nous serons inflexibles pour dévoiler le crime, et infatigables pour démontrer la miséricorde et le pardon! *
Le Roi des rois devint radieux, sa majesté devint au*dessuâ de mes forces; je me sentis tomber, je crus que jWais été infiniment trop loin.
== « Fils de l'homme, pécheur, qui donc t'a fait tant d'au- *• dace? qui donc a dit à ton âme que tu peux sans crime » résister au Seigneur? Qui donc a mis dans ton cœur ces ac- » cents téméraires? qui es-tu? et que sont avec toi ceux: dont ♦* tu parles, et que tu Hommes devant moi des vieillards? «
— * Mon Dieu, je ne suis rien, sî tu n'es pas mon PèreJ mon âme doit mourir, si tu n'es pas sa vie; mon cœur doit périr, s'il cesse de t'aimer! -Mes frères, ces vieillards que semble révoquer ta parole sévère, ils sont jeunes s'ils ne t'aiment que d'hier ou seulement d'aujourd'hui; - ils sont jeunes encore si jamais leur cœur nV cherché ta parole, s'ils n'ont jamais vécu de ta science ni chanté ton amour, s'ils n'ont point enfanté dans la génération de ta grâce divine, s'ils ne t'ont point donné de filles ni de fils; - ahî ils sont jeunes tous, et avec toi je récuse leur titre déjuge, leur nom de vieillard, si l'homme seulement prononça de lui-même ces noms de sagesse, de res-
pectet d*exemple; - ils sont jeunes, je le dis, je Taifirme, je îe jure, s*ils n'ont jamais connu et le ciel et l'Eden, s'ils n'ont rien appris d'Adam et du déluge, si l'antique loi, les terreurs du Sina, les crimes hébraïques, l'histoire de la Judée, le drame de la croix, l'amour du Rédempteur sont ignorés par eux; * ils sont jeunes, bien jeunes, enfants même, s'ils ne savent dire le nom saint de leur mère, s'ils ne peuvent dire haut qu'elle est pure, qu'elle est sainte, et qu'ils connaissent comment et pourquoi on l'accuse; * ils sont jeunes, très-jeunes, petits enfants, s'ils ne se lèvent pas au milieu de la terre pour défendre, soutenir leurs noms trois fois bénis d'enfants de la croix, d'héritiers des Apôtres, de fils du Seigneur, de pontifes dévoués, de frères et d'amis de chacun et de tous les hommes, de choisis par toi et d'envoyés de ta miséricorde; - ils sont jeunes, plus que jeunes, moins qu'enfants, s'ils ne remettent en vie les paroles de Daniel, s'ils ne montrent pas que le temps est venu où le royaume de fer et le royaume d'argile se croient à jamais et pour toujours unis. Ohî tu le sais bien, divine Intelligence, ces noms sont de toi-même, et c'est de ton chrême que tu as oint sur leur front et sur leur tête, à chacun de leurs doigts, dans chacune de leurs mains ces caractères que toi seul as choisis. »♦
=^ « Sthrathanaël, Sthrathanaël, j'ai reçu tes promesses > »• j'ai soumis ma justice à tout ce qu'ont juré pour les tiens ta •' foi et ton amour. Je n'enverrai aucune voix annoncer ma »' venue, afin que le Carmel seul dise partout : Le Seigneur » VIENT, LE VOILÀ QUI s'avance! -*- Rassemble les Pontifes tes »' enfants et tes frères; crie au milieu d'eux la vision d'ana- >' thème, dis-leur : Comme Jérusalem, Rome, la Rome DZë
>' CHRÉTIENS, EEDEVENUE PAYENNE, DANS L'iNDiaNATÎON DIVINE
»' A REÇU SON ARRÊT. Elle u'est plus, elle est tombée; mais bien »' plus bas que le grand temple aaronite! Elle est tombée, et " le Seigneur qui a pleuré sur Jérusalem a ri à ses défaites,
•' à son abaissement, à sa honte, à son impuissance. H a dit : " — J'avais établi de fer les colonnes saintes du temple de ma " grâce; mon royaume était commencé, et j'avais dit aux ou- " vriers que j'avais appelés à le finir : Ne vous permettez ja- " mais aucun alliage; que tout soit incorruptible. Suivez le " plan que je vous laisse ; le fer seul me convient, c'est tout " ce que je veux de la terre; vous ne pouvez ignorer mon goût " à cet égard, puisque c'est le fer qui m'a attaché au testament " de votre rachat. J'ai été vendu pour de l'argent; j'ai été haï, * tourmenté, persécuté à cause de l'or. En vérité, en vérité, "je vous l'affirme : Ce royaume qui n'aura que l'apparence »♦ du fer deviendra lors de sa fin plus éclatant que le plus bel w or et que le mieux travaillé des plus riches métaux.
" Mais les ouvriers ont cru leur plan meilleur que le mien; >» de succession en succession chacun a voulu faire prévaloir » son plan; chacun a voulu se faire un royaume avant de son- " ger à faire le mien. Alors il y a eu presque autant de royau- " mes qu'il y a eu de siècles donnés pour la construction du '» mien. Mon plan n'a plus servi qu'à favoriser l'impiété de »♦ l'impiété, la transgression de la transgression, le plan des '» passions, des cupidités et des caprices. I-.'or, l'argent étaient " employés tour-à-tour; et comme une juste punition de ces " violations sacrilèges. For, l'argent, les pierres précieuses et " toutes les richesses terrestres se changèrent en argile. Daniel » l'avait solennellement prédit : tous les royaumes devaient » se mêler; mais comme il est impossible d'unir l'argile et le » fer, rien ne vit, tout se divise à mesure; rien ne s'élève, " les plus apparentes hauteurs descendent en poussière; ja- >♦ mais l'union ne fut moins en la terre qu'en ces jours qui sont " les jours de l'achèvement de mon royaume. Mais Daniel l'a » dit encore : en ces jours de mélanges et d'alliances sacrilèges, '♦ en ces jours d'impuissance et d'épuisement, au milieu de »• tous ces royaumes bâtis de cupidité, de vol, de sang, de cri-
»> mes et de mensonges, voici que le Maître, PArchitecte vëri- •« table suscitera des ouvriers nouveaux pour élever son royau- »• me commencé; et il sera donné à ces ouvriers toute force et » toute intelligence; le jour et la nuit les serviront sans leur " faire aucune résistance. Ils reprendront le royaume à partir >' du pied des douze colonnes de fer qui portent la lampe de " fidélité, le ciseau de justice et le ciment de vérité. Et le " royaume du Seigneur s'élèvera sans que les ouvriers infidè- " les s'en aperçoivent, et le grand temple de ce royaume aura »' son dôme jusque dans les cieux sans que les yeux des détrac- " teurs le soupçonnent; et Dieu sera visiblement avec ces nou- " veaux ouvriers, et il travaillera avec eux sous la forme des »' sept dons qui appartiennent à son Esprit. Ce royaume ne se- »' ra plus donné à tel ou tel peuple; son empire sera au Roi »' des rois, à celui qui a toujours été fidèle, à celui qui a fait " toutes choses, de qui viennent toutes saintes et toutes glori- " euses promesses. Cet empire ne sera pas détruit; son éclat « et sa gloire seront comme un feu dévorant qui détruira tous « les royaumes qui lui sont contraires; il resplendira dans les " cieux et sur la terre, et tous ceux qui seront contre ce " royaume seront traités et jugés comme des parjures et dos »» apostats.
1 Sthrathanaël, Sthratlianaël, ajouta le Seigneur, scelle ces " paroles, et remets-les aux pontifes du tabernacle que je t'ai »» confié; presse-les, ne leur laisse plus de repos, dis-leur : — " J'ai promis, j'ai juré en votre nom de publier la grande mi- »' séricorde du Seigneur, qui consiste dans l'achèvement de son »' royaume. Il ne faut pas que ceux qui travaillent à cet achè- " vement soient trompés; il ne faut pas qu'ils aillent à ceux-ci » ou à ceux-là; il ne faut pas qu'ils portent de l'argile ou des " matières que l'indignation du Seigneur change ainsi. Mou- " trez-leur le vrai plan de Dieu; mcntrcz-lcur la fraude, l'u- » surpation, la violation, le parjure et l'apostasie de ceux qui
« Q^tu dire encore ; « C'est nous qui sommes les seuls envoyés *' du Seigneur; c'est nous qui avons pour nous éclairer dans " la mine du monde la lampe de fidélité; c'est nous qui taillons " avec le ciseau saint de la justice; notre ciment est l'unique^ •♦ c'est le ciment de Dieu, le ciment de vérité *.
'• Mais un devoir plus grand encore devient notre devoir : *' l'épouse du Seigneur qui devait se tenir prête à le recevoir « dans son royaume, cette épouse cachée dans le sein de Dieu « et qui a son trône dans le plus haut des cieux, la terre Ta '• accusée parce qu'elle l'a vue dominée par des ouvriers qui " ont dit : nous sommes les choisis pour entourer l'épouse du '» Seigneur, et pour établir selon nos plans le royaume de *' Dieu; la terre ne l'a pas connue et déjà elle crie contre elle " et l'appelle par des noms infâmes et sacrilèges. Ce sont ceux " qiui reprennent le royaume de Dieu jusqu'à ses premières co* " lonnes et qui le doivent achever sous les yeux du S'igneur " qui doivent proclamer la justice, l'innocence, la sagesse de *' son épouse bien-aimée. Ce sont eux qui doivent faire re-^ *' tomber sur les ouviers menteurs et sur les faux architectes " leurs calomnies et leurs mensonges. «
Ainsi a parlé le Très-Haut, ainsi s'est expliqué pour nous le Seigneur. Que les cieux le bénissent à jamais; qu'il soit divinement béni par la terre* Que vos cœurs, clierâ et saints Pontifes, s'unissent à notre divin Carmel, et que dépassant les anges du dernier tabernacle nos voix en une seule voix chantent ce divin cantique :
= - Gloire à toi dans les cieux, sur la terre et dans les tri*ples profondeurs de l'infini! Nous connaissons ta tendresse pour les hommes, et nous avons bu au calice divin de ton amour* Tu l'as dit dès le -commencement, toi pour qui rien n'est caché et qui jouis de toutes choses avant même qu'elles paraissent, tu l'as dit, et c'était devant ton royaume établi sur la terre de notre exil : » Toute larme va être essuyée; toute souffrance
» va être apaisée; toute douleur, toute misère va être détruite; »' mou cœur sans aucun nuage va visiter toute demeure; je »' vais habiter visiblement avec tous mes enfants. La terre est »• vaincue, elle va rendre les prisonniers qu'elle avait pris à » ceux que j'avais envoyés pour la combattre. Ma joie est ♦» complète : je vais être vu et vivre en allégresse avec les " miens. Malheur à vous qui avez détourné mon suprême hé- »♦ ritage! malheur à vous qui avez régné sur les miens avant " moi ♦• !
'♦ Oliî gloire à toi beau Roi d'unique amour et d'unique jalousie I Gloire à toi! te voilai tu viens! tu es venu! Je te vois, tu es tout radieux d'intelligence et de lumière! Ah! plus d'ombres, plus de ténèbres! mon Roi divin, mon Dieu bien*aimé va tout éclairer! Réjouis- toi, réjouis-toi, qui que tu sois^ pourvu que tu aies encore dans le cœur la fibre sacrée que fait vibrer l'amour! Réjouis-toi, toi qui eus des larmes, toi qui connus les pleurs! Transports de joie, multipliez- vous sur la terre! âmes des hommes, relevez-vous, fixez la gloire qui déjà perce les cieuxî Ah! j'aurais trompé mon cœur, trompé ma foi si je n'appelais ma patrie! - Patrie céleste, aide-moi pour criei* à ma terre patrie de gi'âce : — O France, France chérie, réveille-toi! quitte, quitte un instant tes étroits oripeaux qui te font une fille de risée! sois femme, sois fière, sois belle, sois ce que tu es! Regarde, souris, mes flancs battent d'es])érance , ma poitrine éclate: il va fouler aux pieds les monstres qui t'oppressent; il va faire de la poussière avec tous ces géants qui se dressent devant toi pour effacer ton jour» Il vient! il est venu! il a dit ton nom à sa pompe suprême, il a dit :
== <* France, sois le grand phare des peuples! deviens sans " détour la grande protectrice du grand droit des nations! sois '' le trône et l'autel dans la sainte vérité et la liberté divine! -" sois MÈRE, donne au monde. le aRAND consolateuk , l'kommïï
>• SAINT DE LA SAUESSE ET LA FILLE BENIE DE LA BKNÉDIGTIO^ h î
» Le Verbe du Très -Haut t'a nommée sentinelle^ avantposte de gloire, temple d'intelligence; si tu veux , je le jure dans la divine essence, il te fera féconde, et l'univers par toi, dans un jour inoui, recevra pour jamais le glorieux empire comblant toute espérance. A toi, à toi la gloire d'embellir les nations par l'éclat maternel que t'aura donné à toi-même l'invincible, l'immortelle, l'éternelle liberté!
» Gloire soit encore à toi, Dieu saint! car toi seul es le Juste des justes, le Saint des saints, l'Abîme de justice, l'Abîme des abîmes de toute sainteté! Gloire à toi qui as relevé les remparts tombants du temple divin de tes chastes promesses! Gloire à celle que tu as relevée, et qui seule est l'Église de ta grandeur, de ta justice et de ton amour! Gloire, trois fois gloire au Carmel sacré où ta voix nous rassemble, où ton cœur nous dit ses glorieux desseins! Gloire à toi France bien-aimée qui t'élèves sous les mains inhabiles de quelques enfants, de quelques vieillards! de toutes les nations tu dois être la reine. Tes enfants enfantent sans cesse cette puissance qui remontant au premier jour dispense la gloire, achève le lien mystérieux de cette réunion qui n'aura plus qu'un titre, qu'une devise, qu'un signe, qu'un drapeau : Peuple de Dieu!
» Ne m'arrête pas, ô toi qui donnes en un instant mille vies, mille voix à mon âme! Donne, oui, donne-moi encore des accents plus divins, plus retentissants, plus harmonieux! Gloire à toi, et toujours et sans cesse! à tes pontifes, à ces perles chastes, à ces boucliers, à ces diadèmes de tes divins autels ! Gloire, gloire à toi qui as créé toutes choses belles, bonnes, excellentes, parfaites! Gloire à toi, Essence des esprits. Germe et Semence de toute pure lumière! Gloire à toi Jéhovah, Créateur d'amour, de joies et de délices! Gloire à toi Sabaoth, foyer radieux, incandescent de toute vraie gloire, de toute magnificence, de toute. majesté! Gloire, ô gloire à toi Adonaï, ^lohim source inmiaculée de l'infinie miséricorde^ du seul
royal amour, de l'unique et plus que ravissante liberté! Gloire, gloire, trois fois gloire à ta bonté, à ta grâce qui pardonne, qui relève tous ceux qui se repentent! Gloire à toi qui as satisfait pour exclure la souffrance, pour briser l'oppression, pour anéantir l'esclavage! Gloire, gloire, gloire à toi qui as donné aux hommes un tain-dieu pour les diviniser et les rendre dignes de régner sur leur terre un même jour avec toi! Amen. Amen. Amen. "
Mon cantique est fini; je n'ose regarder si c'est bien celui-là qui convient à vos âmes. Frères, Fils, que l'homme est faible, qu'il fut ingrat, pour être si pauvre quand il veut chanter son espérance, sa foi, son amour et son action de grâces! Oh no me quittez pas un seul instant, j'en ai besoin pour oser ensuite vous regarder sans crainte. Donnez-moi, pour finir, une note, une demi note môme, pourvu qu'elle soit de votre cœur. Cieu:i recevez-la comme gloire de mon cantique, comme palladium de l'audace de mon chant; reportez en la souveraine harmonie comme alléluia de mes brûlants désirs à la Reine des cieux, à la Mère divine, à Marie, à ma Mère, à notre Mère. Qu'elle fasse valoir ces notes expressives; qu'elle en règle les hautes vibrations; reçues par elle, elles seront dignes des cieux, dignes de Dieu et dignes de ses bénédictions qui enveloppent, qui consument en esprit et en vérité dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen. Amen. Amen.
PiEEEE DU Seigneur t
Du Carmel, le 15 novembre 1852.
Londres.
j. M. 1. QtJÎS tîî DÉtJs;
Aux Pontifes de Scîencè èï du TÉMoiaNAGE*
Salut à votre nom, à votre vîe et à votre âmeé Salut au:^ caractères dont vous a gratifiés le Seigneur. Salut au nom du saint dont votre front béni porte l'auguste empreilite. Salut à vos enfants, à votre autel, à vos vertus, à votre amour. Amen. Amen. Amen.
Amis, Fils, Pères et Frères, des sommets glorieux la A^oix de rÉternel m'a dit d'aller à vous, j'ai vu dans les clartés des monts archartgéliques le céleste creuset où vous vous épnrez chaque jour. .J'ai vu vos âmes simples monter comme nn parfum près du trône céleste; j'ai entendu vos cœurs à l'heure de l'hosannalî. Me voici près de vous, figuré dans mon verbe; me voici près de vous dans la vertu d'Élie. La nuit descend, descend vers les cités humaines; la lumière remonte en accusant toujours. Les hommes sont muets, bien qu'ils n'aient pas perdu le sens de la parole; ils parlent, héhisî mais comme s'ils ne parlaient pas. La douleur est ])artout, la désolation a dépassé l'Europe. Le monde semble aller aux abîmes, au chaos!
Écoutez, Fils des deux, assis devant l'orage : Il y a quelques heures j'étais encore près de la barre suprême, mon âme et mon esprit assistaient de concert au grand conseil de l'Eterneh — L'auguste Trinité tonnait: contre la terre; elle nommait les peuples, elle nommait les prêtres, elle nommait les princes, elle nommait les rois. Sabaoîh semblait devoir briser
Tessieti qui porte les rouages de notre pauvre monde. Jéhovak silencieux fixait chaque chaînon qui attache à son trône les brillants univers qui roulent sur nos têtes. Adonaï appelait les sept ajiges qui sont commis à la garde sacrée des sept flambeaux divins»
Des cris, des cris affreux montaient vers les régions saintes î ils ressemblaient aux cris de rage de Passassin Caïïi. — ■- Des Voix suivaient ces cris, elles semblaient douces comme dut être ï'à voix d'Abel quand en mourant il dit à Dieu : « Ahl pour mon frère, pardon, pardon! "
Le ciel. sW efiPacéj je n'ai plus vu qu'une vaste montagne; de son large plateau on voyait tous les mondes; -^ au^-dessous, bien bas, on voyait la terre que nous avons nommée l'immense Univers!
IJn Homme vêtu de blanc, sept flammes sur la tête, appuyait sa uiain droite sur une longue colonne se terminant en croix î '< \^enez, a dit cet Homme ^ venez > esprits des règnes; venez > *♦ assemblez-vous \ cVst l'oidre du Seigneur. *
L'écho portait encore la voix, et déjà le vaste plateau de îa haute montagne était couvert d'esprits que Ton eût dit être de*s spécimens de tout 1 oi-dre isiATûREL. '^— L'Homme vêtu de blanc dit à tous ces esprits ; = « Restez devant moi sans occuper » ma droite ni ma gauche; je sais vos peines, je connais vos " désira, je bénis vos douleurs. »
Alors quittant l'appui que lui donnait la croix, il lève son bras droit et dit d^une voix haute : ^^ » Esprits indicateurs Y' des dignités mor.vles, vene^j l'heure a sonné, apportez vos '« moissons. » — Le mont s'est éclairé-, et sa pure atmosphère s'est peuplée d^ÉTiNCELLES qui s'éclairaient des sept superbes flammes que cet Homme puissant portait sur soti front. = •< Prenez ma gauche, »* dit Celui qui commandait sans ëprou>- Ver de résistance.
Puis, sans parler, sa robe s'est ouverte > sa poitrine s'est,
Imsêe, et, comme au milieu d'une fournaise, on voyait se raou- Toir et s'agiter son cœur. — Alors un bruit semblable à celui que ferait la plus grande irruption du plus grand des volcans s'est fait entendre aussitôt en produisant des flammes qui toutes se distinguaient entre elles par leur forme et par leur couleur. = * Feux des cercles divins, esprits des dernières géné- " rations de l'homme, flammes d'amour, de charité et d'intel- " ligence, restez à ma droite ; je suis le Cheist, je suis le " Seigneur I "
Un mur resplendissant a enveloppé la montagne. Sept strades se sont élevées derrière l'Homme divin. Celle du milieu était la plus resplendissante et la plus haute; I'Homme -Dieu s'y est assis. — Les cieux se sont ouverts; I'Adam du premier jour a paru environné de gloire; comme l'Homme -Dieu il était vêtu de blanc. NoÉ, lui aussi, avait un vêtement d'une blancheur opale; son front portait un cercle de lumière; il s'est placé avec Adam sur les deux premières strades qui faisaient droite au Fils du Tout-Puissant. Abbaham, comme Adam et Noé, est sorti de la même voie lumineuse; comme eux il était vêtu de blanc, et ses traits étaient radieux.
Du côté des cieux encore une autre voie s'est ouverte, elle jetait plus d'éclat, elle répandait plus de splendeur. — Trois vieillards descendirent de la sphère éthérée; tous trois étaient vêtus de longues robes rouges et de longs manteaux blancs; tous trois portaient au front trois flammes irisées : l'un était Melchisédecii; l'autre. Moïse; le troisième, Élie.
Les cieux se sont fermés. — Le Fils de l'homme s'est levé; et ses vêtements blancs se sont trouvés changés : sa robe est devenue noire, et un manteau couleur de sang s'est trouvé étendu sur ses épaules. II a parlé, voici ses paroles :
= « Mon Père, mon Père, vos adorables décrets ont tou- » jours trouvé rhornme pour leur faire obstacle ou pour les M contrarier. Le plan divin de votre juste miséricorde ne les -
♦» a pas plus touchés que l'auguste honneur de votre loi; votre » grâce n'a trouvé qu'un faible accès dans ces âmes dégradées, »» et votre amour n'a séduit qu'un bien petit nombre de cœurs. '» J'ai convoqué les agents consacrés de votre autorité suprême; " je les ai appelés pour dresser le jugement des tbois églises ♦• INFIDÈLES : l'une est Bethzaïda, l'autre est Jéeusalem, «t »♦ la troisième, la divine SiON.
" L'Église naturelle sera jugée par ses pères. — L'Église " MORALE, par le pontife des vallées et des plaines, par celui " qui vous a célébré sur les collines et sur les monts; - par le " LÉGISLATEUR de votre loi très-sainte; - par le prince des jours, ♦» le PROPHÈTE du Carmel.
" Soyez en tout béni et glorifié, ô mon Père! Que les sîè- " clés entendent en ce jour le jugement qu'ils attendent; que la " terre le reçoive pour qu'il soit connu au jour de ma venue. >» Que ceux qui vous servent dims la foi l'étudient et le man- " gent. Que ceux qui croient dans l'espérance le trempent en » leurs larmes et l'effacent de leurs pleurs. Que ceux qui di- »» sent aimer en vous la fîmiille arrêtée de leurs pères, de leurs »• frères le brûlent et le consument au profond de leur cœur. " Amen, trois fois amen, ô mon Père, ô mon Père!
" Cieux, et sein de la Femme, écoutez, écoutez : Betiiza- >' ÏDA, parais le front découroimé, les épaules toutes riues; " viens! depuis le sang d'Abel, avoue tes colères, ta luxure, »' tes fureurs. Viens, tu vas être jugée par le cri de tes victi- »' mes. Tu seras debout, ta n'auras pour appui que le trône " de tes iniquités; Bethzaïda, parais! »•
Ah! mes Fils, ah! mes Frères, Bethzaïda parut. Quel horrible assemblage! — nature déprimée, nature viciée, nature corrompue par les éléments mêmes qui la devaient affermir et magnifier; mélange hideux de toutes les atrophiations }X)Ssibles; assimilation de tous les excès, de toutes les violations, de toutes les transgressions, de toutes les infractions atix règles
îes plus Communes de la ratîonnalité; sîmîlltudes les pins îiî* deuses avec les plus odieuses animalités! — Adam répudiait toutes ces manifestations qui défiguraient la belle et noble har-* monle dans laquelle il avait été créé» L'insubtilité des organes, l'appauvrissement des nobles facultés, les stérilités précoces, la décoiiformation des structures, le viciement du sang, la corruption des humeurs, Tétiolement du tjpe, la déprimatioil constitutive, le dépérissemeîit semenciel , tout cela se voyait eii cette femme personnifiant l'église naturel Ici
Mais sa vie eut des démonstrations plus épouvantables encore : la haine, la colère, la vengeance, l'assassinat, la cruauté ^ la férocité, la rage, la ruse, l'astuce, la fourberie 3 le menson^ ge, la lubricité, le fatal orgueil, la honteuse intempérance j l'égoïsme^ la jalousie des appétits sensuels, l'envie immoride 3 toutes ces horreurs se distinguaient dans les yeux, dans les traits, sur les lèvres, dans l'attitude de la coupable BethzaïdaL ^— Le sang d'Abel et tout le sang versé depuis par les passions de l'homme forma Comme lin fleuve tournant eh flots pressés les uns sur les autres autour de Celle qui allait être jugée.
Adam, Noé et Abraham se sont levée. Ils ont requis la pei-* ne du sang, l'essence des douleurs dont chaque génération a semé les siècles. Ils ont assigné à cette église et à tous ceux qui n'ont fait qu'une même chose avec elle, toutes les faibles-* ses animales, tous les lieux soumis aux violences élémentaireSj toutes les choses les plus corruptibles et appartenant aux classifications les plus répulsives à la pure nature humaine. —^ Alors-a eu lieu rexécutioh de Cette terrible sentence!..
La plume ne peut retracer dételles images. ». Je sentais mon cœ\u* se briser^ Le Seigneur eut pitié de moi : il me per* mit de voir un horizon duquel s'étendait une multitude de rayons défenseurs et protecteurs auxquels la divine grâce n'é-* tait pas étra'.îgèvô.
Sttfin, il appela JÉRUSALEM-.
Amis infiniment cîiers, elle parut cette grande et majestueuse reine : elle portait sur son front une étincelante couronne; un croissant de diamant et de rubis semblait projeter tous les feux que l'historien sacré prête au saint Horeb quand l'Éternel y enseigna Moïse; un manteau stellant et une robe d'un rouge pourpre complétait le vêtement de la grande accusée. « Soyez " assise, «• dit le Yerbe incréé; et deux anges lui donnèrent un siège fait de deux pierres sur lesquelles on lisait les solennels préceptes de la Loi.
Quand cette femme fut assise, les trois juges, Melchisédecli, Moïse et Élie se levèrent. Melchisédech ordonna que l'on rasât la tête de cette superbe; - Moïse, qu'on lui bandât les yeux; - Elie, qu'on la mît nue jusqu'à la ceinture.
Le Fils de Jéhovali dit à ceux qui servaient ses volontés suprêmes : = »• Venez et accusez la première et la plus gran- » de des reines. Venez, dites ses forfaits comme vous avez dit »? les péchés de la première. Esprits de justice, entrez en elle » et forcez-la à s'accuser elle-même, car il faut que les pro- » pliètes soient justifiés par ceux qui leur ont été persécution , »♦ souffrance et mort. »
Frères! Frères bien-aimés, la première jugée me paraissait horrible; mais grand Dieu, quelle différence !... La lumière du Sina, les flammes saintes de l'Horeb, la Nuée mystérieuse, les gloires si solennelles de l'Arche, le passage de la mer Rouge, les conquêtes de Josué, les prodiges de David, les fastes du temple de Salomon, l'oracle du Saint des saints, les clartés du Propitiatoire, toutes ces grandes opérations, ces protections visibles, ces divines merveilles qui suivirent et accompagnèrent partout les enfants d'Israël,... tout cela projeta un tel éclat sur cette si belle forme, que l'œil pouvait pénétrer jusqu'en sa conscience et au profond de son cœur.
La pauvre femme parla; elle dit un à un ses sombres et ignominieux crimes; - elle s'accusa de la mort de la plupart
de ses enfants; - elle dit ses cupidités, ses exactions, ses fraudes, ses rapines, les forfaits qu'elle remettait à ceux qui dormaient avec elle et qui payaient son fard, son encens, ses sacrifices, ses acclamations, son incrédulité, ses richesses, sa luxure; - elle avoua ses adorations à diverses idoles et jusqu'au farouche valet de César; - elle dit comment la Loi était pesée au peuple, les intrigues secrètes par lesquelles on le livrait aux chaînes de ceux-ci, au glaive de ceux-là; - elle cita ses amants, ces fardés pharisiens, ces cloaques parfumés avec l'encens du temple, ces sépulcres blanchis dans l'entente des prêtres, ces rampantes vipères qui mesuraient leur apparent sérieux sur la somme réelle de leur mortel venin; - elle dit sa haine et la haine de ses amants contre tout ce qui portait le saint nom de prophète; - elle avoua ses appels aux enfants qu'il lui plaisait d'élever et de fortifier en ignorance; - elle détailla ses accusations, ses mensonges, ses anathèmes, et les sommes payées par elle pour se défaire de ces hommes que la foi, la justice, la pureté, l'inspiration, la sagesse lui rendaient importuns; - elle dénonça son trafic et sa participation au honteux agio qui se tenait ostensiblement dans le parvis du temple; - elle confessa son adhésion, sa joie au massacre des petits enfants, croyant atteindre le nouveau Prophète.
Elle se troubla lorsqu'elle voulut parler des sanglantes tortures, du rafinement infernal avec lesquels elle fomenta la mort si douloureuse du Messie divin; sa langue s'embarrassa, les sanglots FétoufFèrent; elle eût voulu se rouler dans la poussière, mais elle était assise, et il lui était impossible de se ployer. Après mille vains efforts, elle débarrassa sa langue, puis, ivre d'angoisses, elle s'écria :
« Comment me puniras-tu, ô Justice suprême? tu n'as pas " dans t^s maux des maux assez ardents pour répondre à mes " crimes! Fils du Dieu vivant, tu n'as pas de cachots assez »» profonds pour ensevelir ma honte et cacher mes remords au
>' sein de tes enfers! Messie d'humilité. Roi d'abnégation, tu »' as séduit les hommes : Quel est celui qui vit et qui peut " croire un Dieu venant s'abandonner aux haines, aux fureurs, » aux égoïstes passions des enfants des mortels? A l'Horeb, tu » parlais environné de flammes; au Sina, tu couronnais ton » front de foudres et d'éclairs; tu embrasais Sodome; tu con- » sumais Gomorrhe; tu ployais Pharaon sous le poids des pro- »' diges et, méprisant son trône, tu disais : Faites encore ceci, » mais il ne se convertira pas! tu entretins David dans la " grandeur suprême; avec ta sagesse tu comblas de richesses » le magnifique Salomon; tu nous donnas Samson pour nous » montrer ta force; tu nous donnas Samuel comme l'honneur » de ton droit.
» Du grand cœur de Cjrus tu relevas ton temple; tu vain- » quis Babylone, et les peuples partout reconnaissaient tes » coups. — Oïl sont ces chars nombreux, ces plaines d'hom- " mes en armes, ces rois de la terre devant notre étendard " fléchissant les genoux? où sont mes filles aînées portant tou- •» tes des couronnes? où sont mes jeunes gens avec des diadè- »» mes au front? . . .
" La Crèche! le petit clos de la pauvre Nazareth! - Cet en- » faut de labeur qui n'était point du temple dans la lignée " d'Aaron; - cet homme qui pardonnait à la femme adultère, " qui disait aux pécheurs : Allez, vos péchés vous sont remis; >' - cet homme qui des lépreux sans craindre le contact s'as- " seyait à leur table; - celui qui souriait au publicain et inju- " riait les riches formes du pharisaïsme; - celui qui était suivi " par la grande pécheresse; - celui que nous payâmes à Judas " et qui ne daigna pas faire un prodige devant Hérode ni de- " vaut le Grand-Prètre; - celui qui se laissa frapper de verges, » qui marcha humble et soumis la route du Calvaire; - celui n qui s'abandonna aux valets, aux soldats d'Hérode et de Pi- " late, qui se laissa clouer sur l'arbre ignominieux qui avait
»' nom là croix; - celui qui mourait au Golgotlia comme étalent »' morts ses compagnons de supplice;... qui l'aurait cru le Fils '» de Dieu, le grand Messie, le Roi suprême, la Gloire, l'Hon- « neur, la Majesté des enfants d'Israël, la Force, la Puissance, « l'Alpha et rOméga de ce peuple nommé, par Jéhovah, le » Peuple de Dieu? ...»
= « Juges, dit Jésus-Christ, prononcez Sxi sentence! sou- '• venez-vous de BetiiZxUda en rendant votre jugement ! "
Melchisédech dit : = - Tu as vu, tu as entendu, tu as f^ compris ce que n'a pas vu, n'a pas entendu, n'a pas compris « Bethzaïda; aux péchés qu'elle a commis tu as ajouté, toi, le '• mépris des opérations que tu avais bénies. Tu avais un tem- » pie dont tu ne pouvais douter, une loi que tu enseignais et i> à l'enseignement de laquelle tu procédais par une pompe a toute solennelle; tu frappais le crime du pauvre violateur, « et tu pardonnais à la grande infraction du riche coupable! f' Va donc, que tous les maux de Bethzaïda deviennent tes *• maux, et que les crimes que tu as ajoutés aux péchés que » tu lui as pris t'éclairent au milieu de ces maux; que la loi « sainte que tu as reçue ne s'efface jamais au milieu de ton *» châtiment; que ton anathème te répète sans cesse ce que tu " devais être, et qu'il te laisse ignorer le plan du Seigneur »♦ que tu as souillé! «
Moïse dit à son tour : = « Tu seras abandonnée au milieu '» de ce vaste désert que l'immoralité a gagné sur toi. Tu au- » ras toute l'intelligence des opérations par lesquelles la Divi- ** nité fera connaître ses desseins aux nations diverses qui peu- «* plent l'univers. Tu croiras sans cesse à ta délivrance, mais « la semence de tes profanations et les germes de ta cupidité <» se formeront incessamment en ta présence comme se forment *» les brouillards : tu te croiras délivrée, et ce ne sera au con- » traire qu'un agrandissement de ton ftital désert et une obscu- » rit-é plus trompeuse et plus illusoire! "
Elîe parla ainsi : =^ « Jérusalem, Jérusalem, tu seras toî* » même un obstacle au jour de ta délivrance. Tu deviendras ♦' le marchepied de ceux qui s'élèveront contre le jour du Sei- -" gneur. Ton incrédulité intéressée s'augmentera dans tout ce »' qui restera des tiens» Les signes de miséricorde qui passe- »' ront chcE tes enfants, tu les récuseras ne les croyant pas pos- >' sibles* Tu as jugé le Juste, et violenté l'Innocent; l'injustice y> te violentera malgré ton droit, et des profanateurs plus cou- >' pables que toi te persécuteront joyeusement à cause de tes >' profanations. ♦♦ JésuS'Cheist se leva, il dit :
= « Jérusalem, Jérusalem, après tWoir brisée et jetée sur >♦ la voie, je ferai passer près de toi les petits enfants; ils te >• feront des signes de mépris, et ils te jetteront des pierres» >' Je te ferai sentir Tauguste jalousie avec laquelle t'aima mon »' Père. Tu te lasseras dans ton espér^mce, et tu arriveras à >' ne plus même te souvenir de ta foi; tu conserveras pourtant » le livre de mes promesses, mais ce livre te sera comme un >• livre dont une main insensée a déchiré çà et là les plus pré* » cieuses pages. Ya où t^ont envoyée tes juges I là tu verras »' tout; mais tu ne sauras pas si ce qui s'accomplit est pour toi >' ou contre toi. »
11 s^est fait un grand bruit 5 et des voix innombrables ont crié : -^ « Maudit soit le sein de cette cruelle mère î maudites >' soient ses entrailles let le lait corrompu avec lequel elle nous »' a nourris! *» — Alors j^ai vu cette femme nommée Jérusalem tomber en poussière; lui vent glacial s'en est emparé et l'a entraînée dans l'espace en la semant comme le semeur sème son grain : chaque grain de cette poussière avait la vie; il voyait, il entendait, et, descendant sur notre terre > je le voyais s'atta» clier à toute sorte d'êtres, à toute sorte de choses»
Le ciel s'ouvrit de nouveau; il en descendit sept anges qui avaient chacun quatre ailes : deux blanches comme la neige,
et deux couleur d'arc-en-cîel ; ils avaient chacun une trompette; ils se tinrent horizontalement au-dessus de la strade sur laquelle était le Dieu Sauveur; ils sonnèrent une marche d'une solennité imposante; ils sonnèrent l'espace d'une heure ou environ. — Lorsqu'ils cessèrent, je vis du côté de l'orient venir sur douze chars, douze hommes enveloppés dans de larges et longs manteaux couleur de sang. Les chars roulaient lentement; ils descendirent au niveau de la grande muraille qui entourait le plateau de la montagne; la muraille s'ouvrit avec un hruit terrible : les chars entrèrent dans l'espace qui se trouvait vide en face des sept strades. Ceux qui étaient sur les chars s'y tinrent toujours enfermés et toujours debout.
Le ciel s'ouvrit de nouveau; et sept anges ayant chacun six ailes en descendirent portant des harpes d'or dont ils tiraient de majestueuses vibrations. Ils se tinrent au-dessus des premiers et dans la même position, jouant également durant une heure. — Quand ils cessèrent, j'entendis comme un grand bruit de vent venant de l'occident. Je regardai, et je vis dix femmes qui étaient trois par trois, une seule à leur tète. Les neuf étaient debout sur les ailes noires de grands aigles : l'aigle sur lequel était la Femme seule était d'un beau blanc irisé. Les aigles se sont abattus à la droite des chars, tout en gardant le niveau de ceux qui s'y tenaient debout.
Le ciel s'est encore ouvert; cette fois il en est sorti sept anges qui portaient des glaives et qui les frappant les uns contre les autres remplissaient l'espace d'un bruit semblable à celui que feraient deux grandes armées luttant ensemble. Ces anges étaient vêtus de ç^randes robes rouges flottantes: ils se sont arrêtés à une grande distance de ceux qui tenaient leurs harl)cs. Il s'est fait un grand silence. . . — Un nuage couleur de feu venait du midi, poussé comme par un vent brûlant; sur ce nuage se tenaient agenouillés dix hommes vêtus de longues robes blanches et de manteaux qui ressemblaient à du soufre
enflammé. Le nuage est descendu et s'est arrêté à la gaucho des chars, de sorte que ce fût avec eux et avec les grands aigles, un juste et parfait niveau. — Les hommes du nuage se sont levés, et un voile lumineux s'est étendu sur leur visage.
Il s'est fait un <j:rand bruit dans l'intérieur de la montairne. Jésus-Christ s'est levé, et de sa main droite il a fait un signe vers le centre d'où partait ce grand bruit : = " Venez, venez, « SiON, venez, vous l'infiniment coupable! venez, venez, ne " fiiites pas attendre votre Juge, car les cieux ne peuvent " plus tarder de vous le faire connaître! •»
Amis, il s'est fait des craquements au sein de la montagne, des détonnations qui dépassaient le bruit des plus effrayants tonnerres; puis le plateau s'est ouvert, et du milieu d'un volcan enflammé est sortie une femme dont la chair, les fibres, les nerfs, l'intérieur étaient d'une transparence inexprimable : — dans chaque artère, dans chaque veine on voyait du sang mélangé des humeurs appartenant à toute sorte de natures, la chair semblait être un assemblage d'une infinité d'assimilations, en un mot, ce corps me paraissait être composé d'une innombrable quantité d'essences humaines, et n'avoir presque rien de sa personnelle propriété.
Cependant cette forme était magnifiquement belle, et malgré sa beauté incontestable, le cœur ne pouvait en supporter la vue sans éprouver une profonde douleur, une indicible angoisse ; il s'exhalait de ce corps une odeur très-agréable d'abord, mais qui, pénétrant les sens, devenait suffocante et insupportable. Les cheveux de cette femme étaient des fils d'or d'une finesse extrême; sa tête était ornée d'un triple bandeau de pierres précieuses dont l'éclat produisait à l'organe de la vue qui les fixait, la même douleur que doit produire un fer rouge pénétrant dans une plaie; elle avait au cou un collier auquel pendait une croix d'or enrichie de diamants; en la fixant, cette croix semblait devenir une glace, et elle s'étendait sur toute
Id poitrine de délie qu'elle parait. Alors les yeux sV trouvaient attachés malgré tous les monstres et toutes les monstruosités qui naissaient comme à l'envi dans ce réflecteur mystérieux* Cette femme tenait en sa main droite un sceptre d'or surmonté d'un cœur qui avait des yeux d'où coulaient leîltement des larmes qui ressemblaient à de l'eau mêlée avec du sang; ce cœur avait aussi une Louche; chaque fois que le sjuintement des yeux se pressait sous leurs rougeâtres paupières, la bouche lançait comme un sanglot étouffé j et elle était remuée par des contractions qui portaient dans les entrailles du spectateur une douleur si aiglie qu'il semblait que le principe de la vie se déchirât.
Le Fils de Jéhorah la regardait, et l'indignation qui se voyait dans ses traits semblait le grandir extérieiu'ement com* me elle grandissait dans la pensée de sa justice : ce silence était presque aussi effrayant que cette effrayante image!
Cette femme a levé sa main droite, et tremblante comme l'intelliaeiite confusion elle a dit : ^= «• Ahî mon malheur est '' moins grand, puisque c'est toi qui méjuges! Tu m'as trop *' aimée, pour me juger sans clémence! Je te suis trop chère ^ " pour que ma sentehce soit sans espoir! Je suis restée trop «' belle, pour que tu sois sans pitié ; l'épouse tant coupable *' qu'elle puisse être ne cesse pas d'appartenir à son époux! ton »' nom, malgré mes maux, sera toujours la tiare de mon hon» »' neur, le droit de ma puissatice! iVhî j'avais peur qu'en me «' forçant ainsi de paraître 3 ce ne fût pas toi qui méjugeasses! »' Ahî tu es bon, ta sévérité ranime mon espérance! Ces yeux >• qui te regardent n'ont pas entièrement perdu leur pouvoir ♦* et leurs charmes, ces lèvres qui te parlent ne se sont pas en» » core séchées sous les regards de ta fureur» Tu grandis en me »• voyant : ah! c'est donc vrai, je suis sauvée encore! Mon <» Époux, tu pardonnes à quelques égarements, à quelques
XJne suprême clarté a couvert tout ce qui était sur la montagne. Un JEUNE HOMME tout lumière a paru de son éclat avoir brisé les cieux : tout s^est prosterné sur les strades, sur les aigles, sur les chars, sur le nuage et dessus ce terrible monti — Jésus est descendu de sa strade; il a paru nu, déchiré; sur son front adoré était enlacée la couronne d'épines; sur ses saintes épaules la clamyde en lambeaux des soldats de César. — Le JEUNE HOMME lumiueux était debout sur la strade où. s'était tenu jusque là le divin Maître — La femme nommée Sion a voulu cacher sa face dans ses mains : les regards toutpuissants de Celui qui la fixait ne lui permettaient plus aucun mouvement»
— « Grâce! a-t-elle crié, grâce, grâce, grâce, grâce!! «
= " C'est moi, le Saint-Esprit! >• a dit la souveraine splendeur. ... et une fois encore tout ce qui était sur la montagne et la montagne elle-même se sont inclinés!
= " Sion, pourquoi tremblez-vous? femme non épousée, " mais fiancée seulement, regardez donc votre futur Époux, »» votre divin Fiancé! »»
Du front de Jésus-Christ coulaient, suintant, de grosses gouttes de sang qui s'étendaient le long de ses tempes et glissaient teignant son cou, ses yeux, ses joues et sa poitrine.
= " Sion, Sion, reconnaissez- vous votre divin Fiancé? «
Sion voulait se tordre, se rouler, se cacher, s'enfuir; mais les regards de son Juge la tenaient comme attachée à une colonne de fer.
== » Sion, Sion, votre couronne est lourde, arrachez-la de » votre front, et de vos mains délicates apprenez-en le poids. •♦
Sion a voulu enlever sa tiare diadémale; ses mains l'ont soulevée; mais une fois déscellée de sa tête, ses doigts se sont trouvés recourbés en arrière, elle n'a pu l'amener devant elle. La tiare est tombée à terre glissant le long du corps de la, malheureuse qui en faisait sa gloire, et déchirant avec d'atroces
douleurs les chairs qui se trouvaient atteintes par son contact. — " Assez! assez! a-t-elle crié, qu'il me donne sa couronne " d'épines! ali! Saint-Esprit, qu'on me flagelle comme lui, »' mais que lui seul soit mon juge! "
= " Sion, Sion, comme ce sceptre est beau! l'as-tu jamais -" regardé? pensas-tu quelquefois qu'au lieu d'être un hochet " ce sceptre de tes fiançailles était un sceptre de vie? que " lui-même s'impreignait de tous tes crimes, de tous tes déré- " glements? Reo'arde, grande souveraine! »
Le sceptre était debout élevé au niveau de ses regards. Quand elle vit ce cœur qui avait en lui la vie remuée de diverses tortures; quand elle entendit sa bouche qui gémissait; quand elle vit ses yeux qui pleuraient du sang, elle cria horreur!— " Sa croix, dit-elle, sa croix, sa passion tout entière! » mais par grâce, par pitié, que lui seul soit mon juge! j'ac- » cepte toutes ses souffrances, je boirai toutes ses douleurs !'^
= « Sion, Sion, et ce riche collier, cette antique parure, " ce beau réflecteur de tes saintes vertus! arrache-le encore : » là tes regards verront les superbes produits de tous tes adul- " tères, les noms resplendissants de tes souverains maîtres, et " les nuits données à tes impurs amants! — Sion, Sion, com- » me cette croix est belle! ali! tu es devenue trop riche pour '» un si pauvre époux!! »•
Le collier se dénoua; il s'étendît de lui-même en face de la pauvre coupable. Cette fois elle bondit; tout son sang se réunit à sa poitrine; une sueur brûlante s'étendit sur tout son corps : ses cheveux se fondaient dans cette fièvre de honte. = " Assez, dit-elle, assez! la mort, la mort! mais que lui-même " me condamne! j'en appelle aux femmes qui ont été coupa- » blés; j'en appelle au courroux, à la fureur de leurs époux!! "
= « Tiens, dit le Saint-Esprit, voilà dix mères qui te cri- »' èrent grâce, qui te supplièrent au nom de leurs enfants et '» de leurs époux : regarde-les, et pèse ce que furent leurs cri-
«* mes! vois ton jugement, ttr sentence et ton exécution! '♦ Les aigles élevèrent leurs grandes ailes; ils vinrent en présence de Celui qui jugeait, et ils se trouvèrent par là en face de celle qui en avait appelé aux femmes coupables. — Ahî quel spectacle horrible se dessina sous mes regards ! Quand ces femmes laissèrent tomber les longs manteaux qui les enveloppaient, elles ne furent plus que des squelettes dont tous les membres avaient été arrachés les uns après les autres, à des mois et même des années de distance! Les douleurs, les cris, les agonies de ces pauvres créatures se voyaient en mesure de leur étendue, de leur durée et de leur succession. Celle qui était toujours détachée des autres ne s'était pas encore découverte.
Le Saint-Esprit dit à l'accusée : = « Eh bien! voici celles »• que tu as punies, disais-tu, parce qu'elles avaient été adul- " tères. Mais cruelle, ces adultères étaient les œuvres bien » connues de tes bien-aimés fils! "
= ^ J'étais trompée! j'étais trompée! " cria dans une inexprimable angoisse, l'afireuse et sauvage accusée.
== " Tu étais trompée, parce que cette tromperie remplis- " sait tes coffres. Ces femmes étaient riches! c'était leur pre- " mier crime; victimes de tes suborneurs, ce fut le second et >» l'impardonnable. Elles sont appelées parce que le Ciel veut " par elles te prouver dans quel abîme tu glisses chaque jour: " cette Femm.e voilée est contre tes erreurs un témoin irré- » cusable. Ces femmes l'appelèrent toutes à leur aide; elles " lui remirent leur vie aux heures de leurs tortures; Elle prit " leur défense dans les murs scellés où elles furent enfer- " niées : tu sais que trois parmi elles furent nourries durant " sept mois sans que tu leur aies fait passer de nourriture. » N'étant plus qu'un tronc, tu t'effrayas de voir qu'elles exis- » taient encore: et le jour où tu les frappas pour la dernière » fois, tu avais pris leur vie, que leurs cadavres te criaient
" encore : Grands comme sont tes crimes, plus grands serô:îîï ^' tes maux! ^
Un édair s'échappa de la stradë divine; il fut frapper sur le long manteau de" la Femme toujours enveloppée i le manleau tomba.- ^ L'accusée appela sur elle la masse des montagnes! ■» Cette Femme, c'était MarIe^ l'auguste et sainte mère du Rédempteur! Elle ne parla pas^ inais oiî vit dans ses traits, dans sa sainte attitude Taide de sa teîidresse, les prodiges opérés pour sauver les chères victimes qui étaient encore présentes.
Liv. Saint-Esprit dit : ^= •» Elles étaient riches, rien ne pou- »» vait les arracher des mains de leurs bouffeaux Valets et « amants de la furie qui les condamnait! — Tu as appelé les » époux pour invoquer leur clémence; tu as dit : Quel est »• l'homme bon qui ne pardortne pas?. . . »
Les aigles ont repris leur première place, et le nuage est venu se placer au lieu qu'ils quittaient. -= Neuf beaux jeunes hommes mutilés d'une façon aussi sauvage qu'horrible se sont tout à coup découverts. Ils étaient Juifs; ils avaient été accusés d'avoir épousé de jeunes pauvres chrétiennes*
Le Juge dit : ^= « Sion, Siou, tu ne te contentas pas de '' frapper ces jeunes hommes, tes abominables entrailles vou- » lurent se repaître du plus féroce des spectacles : tu broyas " les jeunes épouses en présence de ces victimes enchaînées à » tes noires murailles. * Plusieurs de ces jeunes femmes mirent >» au monde au milieu des plus épouvantables tourments le " fruit de leur union, que tu tuas devant elles et devant leurj^ *» époux qui mourant de douleur et de rage demandaient encore " pardon pour eux, pardon pour elles! = - Ahî achève-nous 3 <» te criaient-ils, achève-^nous, si tes sanglantes vengeances ne " peuvent entendre la pitié ! î ...--* Te souviens*tu d'avoir lais- *' se durant sept jours et sept nuits douze cadavres en lam- *» beaux sous les regards de ces malheureuses victimes? Te H souviens-tu que la septième nuit il ne restait plus que cinq
de ces jeuiies époux que la douleur et Tangoïsse avaient étouffés dans leurs fers? Te souviens-tu de la surprise de tes séides quand ils vinrent te dire que ces cadavres et que ce sang étaient cllauds encore comme s'ils n^avaient été frappés et répandu qu'au moment? Te souvîens-tu que malgré ce fait qui te surprit et t'étonna, tu ordonnas un supplice impur et infâme sur ces cinq restes dont la force conservée devait être pour toi un miracle? Te souviens-tu que par trois fois tu renvoyas d^autres bourreaux parce que ceux qui avaient approché ces sauvés de tes fureurs avaient eux-mêmes été frappés de mort? Te souviens^tu que, la neuvième nuit qui était celle du vendredi, tu réunis cinq de tes religi-^ eux et les exécuteurs de tes damnables colères, que là ce fut Satlian qui fut pris pour opérateur des prodiges qui n'étaient plus intelligibles pour toi, et que d'un commun accord tu décidas, par la voix de ces féroces exécuteurs, que pour tirer vengeance du pouvoir de Sathan sur les hommes, il fallait que séance tenante eussent lieu, sur ces nobles victimes, les mutilations les plus abominables? Te souviens- tu que ce fut au chant des psaumes que recommença cet horrible sacrilège? Te souvienS'tu que ces jeunes martyrs ne poussèrent pas un cri, pas un soupir durant cet exécrable supplice? Te souviens*tu qu'ils regardaient comme ravis un spectateur que tes séides prirent pour un de tes grands princes à qui seuls il était permis de venir jouir de ces spectacles infernaux? Te souviens-tu de ces paroles qu'ils t'adressèrent en s'endormant pour quitter ta sauvage puissance? . . * = « Assez! assez! l'abîme des abîmes, mille morts, mille
morts! mais plus d'images, plus de souvenirs! grâce, grâce,
grâce, pitié 1 ... *
= « Ils te dirent i voici que le vrai Dieu nous â visités et
« qu'il nous a donné la force de souffrir jusqu'à la fin pour al^
^' 1er ensuite régner avec lui dans sa gloire. Le Seigneur est
** bon; il est juste et miséricordieux : il nous a sauvés dans les »' tourments qui devaient nous perdre; nous avons été pris par " l'enfer, et nous avons trouvé sous ses coups la grâce et le sa- " lut. Jésus est le Christ; il a réuni nos femmes et nos enfants, » et il nous veille jusqu'à ce que nous nous endormions en lui >' pour aller à notre tour nous réunir à eux. Amen, Amen.
»♦ Cruelle, tu attribuas encore à Satban ces divines paroles, » et tes bourreaux se jetant de nouveau sur cette sainte proie » les voulurent précipiter dans la fournaise! Te rappelles-tu » l'effroi qui s'empara de toute cette bande impure, quand le » spectateur inconnu se leva comme tu vas le voir encore? "
Le dixième jeune homme qui était resté couvert se découvrit : c'était Jésus-Christ! une croix de feu dans la main, sa tête environnée d'une telle splendeur que l'on ne pouvait en soutenir l'éclat! — L'accusée voulut tomber à genoux, cela lui fut impossible. = ^ Ah! ah! dit-elîe, il n'est pas de sentence » assez terrible pour punir tous les maux que j'ai faits! »
= • Trophées de sa fureur, a dit l'étincelant Juge, repre- » nez votre place; et vous, descendez vos manteaux et décou- » vrez vos chars! »♦
Cela fut fait aussi promptement que l'eût fait un éclair! = " Horreur, horreur, cria la cruelle accusée, horreur, horreur! '> ah je n'ai plus d'espérance! je n'ai plus droit au pardon! -
Les hommes qui étaient sur les chars étaient les douze Apôtres. Les chars étaient remplis d'os détachés, d'os brises, de membres arrachés, de tôtes brojées, d'entrailles coupées, d'jeux, d'ongles, de langues, de nerfs, de muscles arrachés! I^à étaient pêle-mêle des têtes d'enfants depuis la naissance jusqu'à la plus parfaite jeunesse; des têtes déjeunes hommes, de jeunes filles, déjeunes femmes et de vieillards jusqu'à la dernière limite de l'âge! les douze chars étaient remplis et tous ces débris remuaient et s'agitaient comme s'ils venaient d'être inutiles!
== " Sion, Sion, voici ton jugement! cieux, écoutez! terre, " tu l'entendras un jour! — Cette femme est jugée à n'être '» PAS jugée, mais à attendre toujours son jugement! Jus- " que là elle payera sang pour sang, douleur pour douleur, " mutilation pour mutilation, ajigoisse pour angoisse! - nuit et " jour elle verra ses victimes; elle ne vivra que de leurs an- » goisses et de leurs sanglots! - ses fils bien-aimés, ses intelli- » gents séides formeront sa vivante famille! - durant mille » ANS qu'ils ne pourront pas plus compter qu'elle, ils auront » pour nourriture la chair putréfiée de leurs saintes victimes, " et ils boiront, sans se désaltérer, le sang qu'ils mirent tant " de joie à répandre! - l'agonie sera toujours au milieu d'eux! » - leur unique harmonie sera le râle! - ils coucheront dans les " derniers tombeaux qu'ils auront ouverts! - leurs mains ne " toucheront jamais que des chairs déchirées, et leurs pieds " ne rencontreront plus autre chose que des têtes mutilées »' leur reprochant leurs crimes et leurs forfaits!
" Ce mont t'appartient, Sion; nul parmi les enfants des » hommes n'y paraîtra, et c'est de là que tu verras, que tu » entendras les joies, les fêtes, les allégresses et les chants de " bonheur de ceux qui t'ont été arrachés, et de ceux qui ont » été depuis le commencement les frères victimes de Celui que " tu as répudié comme indigne d'être ton époux! — Ainsi sera » accomplie la Justice des justices. Amen! Amen! Amen! >»
Une grande nuée toute lumineuse est' descendue sur la montagne : tout a disparu! Je me suis trouvé seul! la nuée s'est élevée, puis dissipée dans l'espace.
Alors un autre spectacle s'est étalé sur ce même plateau un instant auparavant si solennel : — C'était comme un vaste cimetière! Il s'est fait un bruit qui me glaçait l'âme et me brisait le cœur! ce bruit était un mélange de sanglots étouffés, de râles, de soupirs passant à travers des suffocations, des gémissements sourds^ puis des voix d'enfants qui criaient grâce, des
voix de femmes qui criaient pitié, des voix dMiommes de tout âge qui criaient anathème, vengeance, malédiction! Il s'est répandu une odeur de corruption telle que je me sentis suffoquer! Au milieu de ce grand champ de morts j'ai vu une multitude de tombes ouvertes; vers le milieu il y en avait une d'une grandeur prodigieuse. Il s'est fait au fond de cette tombe un bruit difficile à décrire : ce bruit me faisait éprouver une telle impression que je sentais une sueur froide parcourir tout mon corps.
Une femme est sortie de cette fosse» Elle était magnifiquement vêtue; elle portait un diadème sur sa tête; elle tenait de sa main droite un sceptre d'or richement travaillé; une large croix d'or s'étendait sur sa poitrine. = « Enfin, a^t-elle dit, ►' me voilà éveillée, sortie de ces terribles visions qui me font " presque désirer l'augmentation des horreurs du jour, afin de »• me briser à l'effrayant support des terreurs auxquelles je » suis forcée de présider la nuit! Le jour, supplice du sang et »» de la vie; la nuit, supplice de l'âme et de l'esprit! Ah! si ma " condamnation m'avait assigné dix mille années de supplice, " à force de les attendre, j'en souffrirais moins; mais dans cet'- »' te ignorance de ce qui va me poursuivre, de ce qui va m'at^ »• teindre, grand Dieu! grand Dieu! qui connaîtra jamais la ♦• somme de mes maux! Toujours ces voix, toujours ces san- » glots, toujours ces pleurs, toujours ces râles, toujours cette " mortelle odeur, et je ne puis pleurer; je ne puis gémir; je » ne puis mourir!! O mes crimes! mes crimes! ah! monstres >' qui me poussiez, qui me bénissiez à mesure que je devenais " plus sauvage, plus sacrilège, plus cruelle!. . . — Toi que je " pouvais aimer, toi qui m'avais promis ta gloire si je faisais »' valoir tes souffrances; ah! maintenant tu m'as méprisée jus- »' qu'à m'interdire de prononcer ton nom!!! ••
Un grand bruit souterrain a retenti près d'elle; un trône s'est élevé et la malheureuse en poussant un horrible sanglot
a été contrainte de s'y asseoir. Elle a repris : = >♦ IJn trône î » un trône, un sceptre, une tiare, ces riches vêtements, ce '> rojal manteau, oui c'est cela, je suis non la reine des morts, " non la reine des souffrances, mais la reine des cadavres, des " membres épars, des corps qui ne sont plus que ce que je les ai " faits, c'est-à-dire putréfaction! Ahî voici donc arrivée l'heure >' delà présidence terrible! chaque jour nouvelles scènes, et >' souvent elles sont plus cruelles deux et trois fois en un jour! «
Une grande arche s'est dressée en face du trône; elle me paraissait être de marbre blanc; des drapeaux, des guirlandes paraient cette arche, elle se trouva subitement tout illuminée i cette magnificence au milieu de cette désolante solitude faisait un glacial contraste. Les lumières composant cette illumination formaient au fronton un nom spécial et mille autres homs de distance en distance. Toutes les fosses produisirent un même bruit, et il sortit d'elles une telle multitude de squelettes que ce vaste cimetière semblait ne plus pouvoir les contenir. Ils poussèrent des cris de désespoir et ils se portèrent tous vers l'arche. Quand ils furent atteints par la clarté qui l'illuminait ils me parurent revêtus d'ornements d'or, de velours, des plus beaux tissus, des plus magnifiques dentelles; ils avaient tous à leur main droite un instrument de torture, un signe de muti'lation, un emblème de douleur, d'agonie et de mort; ils entou^ rèrent le trône; les lumières s'éteignirent, elles furent rempla'cées par un jour d'un jaune sombre»
Alors je vis l'arche devenir tout yeux rangés symétrique^ ment les uns au-dessus des autres : les uns d'une grosseur énorme étaient traversés de veines rouges; leurs paupières semblaient être brûlées : ils n'avaient plus rien d'humide; bien que vivants on aurait dit qu'ils étaient de pierre; - les autres sous toute sorte de formes, des beaux, des déformés, des percés à plusieurs endroits pleurant une liqueur épaisse qui ressemblait au pus d'une plaie abandonnée; d'autres pleuraient
de grosses et larges gouttes d'eau qui avaient l'air d'être brûlantes; d'autres pleuraient lentement de l'eau sanguinolente; d'autres enfin, du sang pur qui fumait en tombant! — Celle qui était sur le trône, et ceux qui l'entouraient voulaient fuir; mais une force invisible les retenait.
Les yeux disparurent, des bouches les remplacèrent. Grand Dieu!., des cris, des clameurs déchirantes, des supplications, des prières, des conjurations à la miséricorde, à la pitié, à la justice, à la vérité^ à l'équité, à la pudeur! puis toutes leurs contractions exprimant chacune la différence de leurs tortures, et après chaque cri, ces paroles pleines de honte et d'anathème :
" SlON LA REINE DES MERES, SlON QUI DEVAIS ETRE l'ÉPOUSE »' DIVINE, SlON LA SAINTE ET l'iNFAILLIBLE , VOICI TES ŒUVRES, » VOICI LES TRÉSORS QUE TU AS AMASSES ! I "
Le champ mortuaire disparut; un jardin magnifique prit sa place. Au milieu de ce jardin, il y avait un délicieux parterre; au milieu du parterre, un jet d'eau qui retombait en limpides cascades; dans le vaste bassin du jet d'eau couraient avec une admirable agilité une foule de superbes poissons! — La même femme que j'avais vue au cimetière se promenait dans ce splendide parterre; elle dit : = '♦ Image de ma vie, simili- » tude de mes dehors! cette eau si limpide, quand j'y attache •' mes regards devient du sang fluide comme quand il sort vi- » vant des veines brisées de la nature humaine! - ces fleurs " quand je les fixe se changent en jeunes têtes, en jeunes » cœurs, en jeunes vies que je n'ai point épargnés! - ces ar- »' bres sont ces beaux courages qui ne me cédaient pas malgré »' l'horreur des martyres que je leur faisais subir! - ces fruits, " ce sont les foies, les entrailles que j'ordonnais de déchirer! - » ces plantes, ces gazons, les membres que j'arrachais à ceux " qui n'adoraient pas ma suprême puissance! - ces tertres s'en- » trouvrent, et j'en vois sortir mes séides, mes complices, mes » courtisans, mes suborneurs! - ce sable si fin qui semble une
>y parure, c'est tout le fiel que j'ai ftxit boire; - et les poissons » qui sautent en ma présence, ce sont ceux que je n'ai pu at- » teindre, mais qui me connaissant m'appellent par mon nom " en m'accnsant sans cesse! "
Le jour a disparu, les ombres de la nuit sont descendues avec vitesse; bientôt le jardin m'a paru tout noir. = « Ah! ah! " s'est écriée la malheureuse reine, c'est l'heure des punitions " de l'âme et de l'esprit! et pas un œil sensible à mon châti- » ment si terrible ! pas un cœur témoin de .mon sort pour crier "grâce et pitié!! - Si, beaucoup prient pour moi, mais pour " que je conserve ma grandeur et ma puissance; ils prient »» pour la sainte, et ils maudissent mes trop justes accusateurs. " Enfants des hommes, comme Jérusalem, moi, j'ai tué vos " prophètes; j'ai tué la vérité; j'ai tué l'inspiration; j'ai tué le " dévoûment sous les noms de rébellion et de source d'erreurs! " Le ciel va s'ouvrir; les enfers vont paraître! Ah! qui saura » mes maux? qui aura une véritable pitié pour moi? « — La nuit s'épaississait; j'étais brisé, épuisé dans toutes les forces de mon être; j'ai voulu me lever; j'ai voulu crier ; J'ai tout vu, j'ai tout entendu! malgré tous tes crimes, mon âme veut aider à la tienne! femme, malheureuse femme, je t'aiderai par mon cœur!
Le ciel s'est ouvert; Jésus-Christ a paru dans tout l'auguste appareil de sa gloire : il marchait dans l'air; une grande multitude de saints le suivait; il leur parlait ainsi :
= « Vous qui avez souffert; vous qui avez mangé le pain » de l'affliction; vous qui avez été victimes de vos frères; vous " qui malgré toutes les souff'rances êtes restés fidèles à ma jus- " tice, à mes bontés; vous qui m'avez aimé dans le silence et " dans l'oubli des hommes; vous qui m'avez aimé par le seul " nom qui passe toute glorification, vos maux sont finis : un " sein plein de tendresse, et un cœur tout brûlant d'amour " vous ont nouvellement enfantés! une âme s'est oubliée pour " les malheurs et les peines de votre vie! »
*' Jérusalem la pure m'a passiomiément aimé quand elle était '' encore dans le sein de sa mère; elle m'a attiré en elle dans " sa plus tendre enfance; elle a été à moi et m'a donné toute sa »' beauté; elle seule est ma Bien-aimée, la joie et les délices de *» mes tendresses! Je vais vers elle, et elle vient au-devant >' de moi! je dors sur son sein, et sous la tente des hommes; >♦ c'est elle qiii est mon épouse, ma joie, mon allégresse et mon »' amour! Chantez à ma Bien-aimée vos plus brûlants canti^ >» ques; venez célébrer ses transports! venez voir la couche <« qu'elle m'a préparée : elle a douze pommiers toujours en fleur >' pour ombrager le lit de ses appels, et douze hauts palmiers >' pour j entretenir la plus suave fraîcheur ! ma Bien-aimée est " belle, elle seule a su me séduire! chantez, chantez! je vais »' vous conduire au palais qu'elle habite; c*est uti temple, c'est *' un sanctuaire, le plus beau des Carmelsî venez, reprenez vos » accords, recommencez vos cantiques; Jérusalem est née d'à- » mour, Jérusalem est née des cieux! Amen! Amen!! »♦
J'allais me lever, ma langue s^apprêtait à crier grâce, Sei-^ gneur! oh! oui grâce, grâce, pitié pour celle dont Vous m'avez montré le châtiment et la douleur!... je me suis trouvé enlevé et placé tout près de Jésus- Christ qui m'a dit :
^= ^ Elle pleure ses maux, elle pleure son châtiment; mais *' elle n'a pas de larmes pour tous ces sacrilèges par lesquels j» elle a profané et outragé mon amour!
— « Seigneur, Seigneur, votre justice est parfaite, vos or- >' donnances sont toutes pleines d'équité; mais vous l'avez tant »» aimée! elle vous fut si dièreî vous lui donnâtes tant! com- >' ment, quand on vous aime, comment, à cause de vous, '» comment l'abandonner?
== " Sthrathanaël, chante ma gloire! célèbre ma puissance!
— « Seigneur, elle porta votre nom: vous lui dîtes : Je t'aime! == " Sthrathanacl, vois ceux qui m'ont aimé, vois ceux qui
»> ont souffert!
— " Seigneur, vous êtes bon, votre cœur est la miséricorde; " il n'est pas de douleur à laquelle vous arrachiez toute espé- " rance; il n'est pas de crime sur lequel l'homme qui vous ai- » me ne puisse pleurer!
= « Sthrathanaël, ravis-toi dans la gloire qui m'environne; » regarde parmi ces êtres ceux que tu as connus et aimés!
— «' Mon Seigneur et mon Dieu, ma vie et ma mémoire ne " datent que du jour où elle m'apprit à vous connaître, où elle » vous donna à moi pour la première fois. Ah! comme ce jour " fut beau! comme alors elle fut bonne! c'est par elle, c'est " d'elle que j'ai appris à vous connaître, à vous aimer!
= " Sthrathanaël, fixe donc ce jour que connaîtra la terre!
— " Mon Dieu, mon bien-aimé Sauveur, la terre sera heu- " reuse; mais ici, quelle nuit!
= « Sthrathanaël, je ne t'ai pas nommé Éîie!
— " Seigneur, je suis près de vous, j'ai tous les noms possi- " blés! je suis près de vous, pourquoi? sinon pour vous crier
" plus fort, grâce, grâce, grâce! et surtout, mon divin Maître, . " comment pourrais-je être mieux entendu? = » Elie, j'ai prononcé!
— " Oh! vous êtes. Seigneur, jugement et sentence; mais " pouvez-vous ne pas être tout amour?
= « Elie, tais-toi! tais- toi!
— « Mon Dieu, je ne demande rien qui change les rigueurs " dont vous êtes le juste maître; mais pouvez-vous me repren- " dre en vous suppliant de me les faire partager?
= " Elie, Élie, tu oublies ma puissance!
— - Non, Seigneur, j'admire et j'adore votre infinie bonté! " Seigneur, ses jours sont bien affreux, je vous les abandonne; " mais ses nuits! une heure pour elle, une seule heure pour la " consoler!
= " Enfant, tu ne sais pas ce que chacune de ses nuits doit >' être; tu ne sais pas qu'elles appartiennent au ciel et à l'enfer!
— " Tout est à vous 5 Seigneur, la négation n'a rien à elle! = "Pécheur, ses nuits surpassent toutes les horreurs dont
" elle a fait ses jours!
— « Mon Dieu, il n'est rien de possible à la haine de l'enfer, " à l'empire du crime, en face de cet amour que je connais » en vous!
= » Fuis, fuis, tentateur, je couvrirai ce lieu par d'épaisses » ténèbres!
— « Mon divin Maître, vous pouvez tout; mais, si A'Ous ne » me forcez pas par défense, je vous aime assez pour vaincre " les ténèbres, et pour tout découvrir! »»
Tout a disparu, il était déjà jour; j'étais glacé dans mon sang; j'étais brisé de fatigue. Le sommeil me prit; mais mes forces restèrent plusieurs jours comme anéanties.
La paix soit avec vous. Fils et Frères bien-aimés. Que la grâce infinie ne cesse d'alimenter vos âmes. Paix et bénédiction à vos chères familles. Amour suprême, amour pour nous enlacer tous. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Pierre du Seigneur t Élie
Du Carmel, le 19 octobre 1853.
Londres.
J. M. .î. QUIS UT Diïtrs!
Je viens et j'adore!
Bénie soit la maison, et bénis soient les gardiens de la mai* son où l'amour divin se manifeste! béni soit le patriarche, le frère, le fils et l'ami à qui le Fils du Très -Haut parle, pour tous, le langage généreux et divin de l'immortel amour et de l'ardente charité!
Fils bien cher, je ne suis pas venu plus tôt, parce que j'étais dans la voie de Celui-là même vers lequel m'appelait votre pieux et fervent cœur; je ne suis pas venu plus vite, parce que j'étais en un lieu où lui-même m'avait placé, parce que j'étais au milieu de ceux qu'il enseignait et qu'il me faisait enseigner par sa grâce, son inspiration, sa divine présence et son inviolable lumière. Mais, mon Ami, bien que les sens et la première raison des sens vous montrassent de la distance et du vide entre le sanctuaire de votre labeur et la montagne où le Ciel m'avait élevé, je n'entendais pas moins les demandes de votre âme et les amoureuses réponses du Dieu bon que nous adorons.
Vous savez quel genre de travaux nous avait été assigné :
UN JUBILÉ PRENANT SES DROITS DES LE COMMENCEMENT DE l'aN- GÉLITÉ ET NE LES ARRETANT QU'AUX DERNIERES LIMITES DES SOU- VERAINES MISÉRICORDES QUI SONT POSSIBLES À l' AMOUR DU CrÉA-
TEUR. Tel était le plan auguste que nous devions tracer sur les hauteurs du Carmel, et dont nous devions buriner chaque face avec le glaive du sacrifice en esprit et en vérité. C'était la grande image d'un grand temple qu'il nous fallait peindre pour qu'elle restât vivante et indestructible sous les regards du
Très -Haut, comme une fascination suprême qui charmât les foudres de sa justice et les traits anathématiques de son indignation. Ce temple devait avoir trois nefs : — une qui comprît les tombés du tabernacle éternel, les transgresseurs d'Eden; — la seconde, non séparée de la première, renfermant les antédiluviens et les postdiluviens jusqu'à la naissance de l'Abel premier né; —-la troisième nef appartenait à tous les préposés à l'Évangile, à tous les héritiers de ce premier né qui n'a point immolé ses frères, mais qui s'est immolé pour eux, afin de les rendre dignes d'ofPrir à Jéhovah des sacrifices agréables, et de s'offrir eux-mêmes, par sa mort, pour la possession d'une vie infinie en délices et en bénédictions.
Les tableaux de la première nef étaient la richesse et la beauté, les droits et l'élévation de la créature angélique, les splendeurs, les majestés et les suprêmes pouvoirs de ces royales créatures peuplant le splendide et éternel palais du Roi des rois Sabaoth, Adonaï, JElohim; les grâces, les beautés, les magnificences de la terre d'Eden, l'inouie miséricordes, la suprême générosité du Créateur; l'abondance des bienfaits, l'éclatant sacerdoce, l'auguste judicature, la primordiale royauté qui deviennent, au lieu de châtiments, la constitution relevante de l'ingrate créature.
Puis en face de ces tableaux radieux, il en est un qui les efface tous et qui les couvre de deuil, qui éteint leur lumière, qui ténébrise leur éclat, I'ÉgoïsmeII Dans celui-là, la créature oubliant les lois si pures de la reconnaissance, brisant l'anneau nuptial de la fidélité, tandis que Tinfinie bonté de Dieu travaille en son sein le vêtement de gloire et le diadème d'honneur dont il veut revêtir la tendre obéissance et la suave fidélité de l'épreuve; la créature toute remplie d'elle-même, mesurant l'élendue des pouvoirs qui lui sont remis, avec les jouissances qu'elle en ressent, oublie qu'elle n'est que bénéficiaire et non principe; elle s'iidmire comme cause: elle s'éprend d'elle dans
ce sono'e funeste. Le soiio;e cesse, elle se réveille, mais elle court après ce qui l'a séduite; dût-elle être trompée encore, il lui faut son illusion, il la lui faut, soit songe ou délire : elle s'y est vue, elle y jouait le principal rôle, elle en était la divinité, elle ne relevait que d'elle-même; son cœur était la source de ses délices, et ses sens jouant avec sa raison limitée n'y trouvaient plus de limites; la nature cachée devenait visible; Dieu ne pouvait plus seul, la créature pouvait sans lui; l'Éden avait trompé la puissance divine : une révolution plus grande que Dieu venait de révéler dans l'âme humaine le secret des êtres appartenant aux bannis; les bienfaits qu'ils avaient admirés jusque là n'étaient qu'une adresse dont le Créateur s'était servi pour arrêter la créature dans ses recherches; cette apparente générosité n'avait été et n'était encore qu'une ruse nouvelle ; mais Dieu s'était pris à son propre piège. L'armée vaincue, plus par la peur et par l'ignorance que par la force, allait se relever; non seulement elle serait à son premier nombre, mais par le moyen tout-puissant d'une génération incessante en chaque être comme en ce Dieu qui se l'était réservé à lui seul, l'armée allait devenir infinie, et le premier coup porté au prétendu pouvoir divin allait être un verbe semblable au sien , qui réduirait la Divinité prépondérante au niveau et aux propres similitudes de ses créatures sur lesquelles elle avait cru pouvoir toujours dominer. Ce verbe né dans la constitution humaine lutterait incessamment contre le Ciel fermé; il en rouvrirait les portes scellées par la force et par ce que le Créateur nommait le droit de sa justice; Dieu serait mis à mort pour le punir de s'être élevé et d'avoir voulu convaincre ses créatures de sa divinité; mais comme il est le frère de ses frères, il reviendra à la vie, il régnera avec ses frères au milieu des joies enivrantes, des délices les plus infinies, et jamais les deux n'auront vu ni entendu tant de fêtes et tant de concerts d'allégresse et de bénédiction.
Ce funeste songe est le commencement d'un venin qui se-? liera au serpent et qui liera la famille humaine ai'.x congestioîîs délirantes d'un successif empoisonnement. Ces délires meurtriront ses formes, dégraderont sa propre constitution, annihileront ses plus riches facultés , vicieront son économie et effaceront peu à peu avec ses traits la beauté et la vie de sa nature.
Dans ce tableau l'honnne de l'Éden se voit marchant à travers une nuit épaisse, traînant presque, tant elle est faible, sa fierté, son illusion, sa vaine espérance; ce fantôme qui le suit connue son ombre ne semble composé que de cheveux et de larmes. Un antre se dessine, il conduit dans un roc creux, s sans sable et sans végétation : c'est là le palais des deux rois modèles qu'avec eux nous vîmes si criminellement traités audessous de leur valeur. La o^énération commence : ce verbe si puissant, si noble, si fort, si riche en abnégation, en justice, c'est un voleur, c'est un brutal, c'est un cruel, un fratricide, un assassin ! La demeure de son père n'a vu encore que des larmes, elle n'a encore retenti que du bruit des pleurs et des gémissements; voilà qu'il la pourvoie des râles de l'agonie, de cris déchirants, de blasphèmes et de sang!!!
Si Dieu eût été connue la créature, capable de revenir sur ses sentences pour les étendre progressivement au niveau des crimes qui les passeraient, que seraient devenues les forces humaines en ce jour qui tuait toutes nos espérances? — Là s'arrête le grand tableau noir encadré dans le bois pris à l'arbre de la science du bien et du mal.
Iva scène du déluge vient mettre ini terme aux hardiesses de l'enfer qui s'était aussi cru le droit de demeurer réonant visiblement sur cette terre que le fratricide Caïn lui avait vendue comme héritier premier de son père, droit d'aînesse qu'il n'abaissa pas au prix d'un plat de lentilles, mais à tous les moyens de faire régner son égoïsme sur le plan d'un sceptre infernal; ce qui lui fut accordé.
Dès cet instant la terre fut séparée; le sang de l'innocent s'étendit comme un ruisseau, comme un trait unitaire ou ramificateur qui, se rapprochant des limites de PÉden au couchant du soleil, se continuait perpendiculairement vers l'horizon du levant, mais s'étendant à son milieu comme une intelligente assise, commençant ainsi deux autres lignes qui avec les premières formaient comme une croix.
Le terrain du bien était terriblement circonscrit, mais sur la famille nouvelle un seul juste en mort était tombé, et il n'avait point encore reçu de l'autorité de son père le caractère d'héritage que l'âge de son frère avait reçu; le bien n'était pas encore assez fort pour porter le sceptre, et le père et le fils, en possession terrestre, avaient produit l'esprit qu'ils avaient soumis l'un et l'autre à l'amour du mal, et par lequel ils avaient été l'un et l'autre glorifiés en satisfaction de leurs dérèglements et de leur concupiscence, L'Éternel enleva la semence du juste en sacrifice, il en fit naître la vaste arrête qui devint la base de l'arche, et l'arche reçut la forme et l'étendue qu'avaient couvertes et pénétrées la vie et le sang d'Abel.
Ce tableau de deuil, de honte, d'horreur et de sang s'effaça sous les pâles rayons de l'astre qui brille au firmament et qui se reflète dans les épais cristaux dont est dômée et garnie la maison de préservation. Le peintre en cet endroit semble s'être abandonné à un heureux sourire; la nef s'agrandit, un vaste panorama saisit l'attention du spectateur : c'est un mélange descènes saintes et profanes; la justice y semble toujours en lutte sans gain précis et sans véritable conquête; Famour s'y montre grand, immense, mais forcé d'employer souvent les formes de la contrainte et de la sévérité; l'ingratitude, la violation, la fraude, la cupidité, l'hypocrisie, le sensualisme, l'orgueil, l'altiérisme, la domination, le mensonge sont incessamment en opposition avec l'amour et la justice; et leur audace, leur folie, ^ leur fureur sont les obéissances flétrissantes
de toutes les mécliantes passions qui desservent officiellement le grand temple d'un grand dieu que l'on retrouve là, comme au commencement des choses, sous le nom chatoyant, mais fatal, de l'égoïsme!
Le Sina, les tombeaux d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le rocher d'Horeb, la manne du désert de Sin, l'arche, les tables de la loi, l'huile sainte de Samuel, les pains de proposition, la piscine probatique, le temple, la mitre, le rational des grandsprêtres, le serpent d'airain, la verge d'Aaron, la mer Rouge, les plaies d'Egypte, tout cela est resté sans force et sans puissance contre le colosse qui, dit-on, se retira, comme la marmotte des montagnes de Savoie, dans les anfractuosités les plus basses et les plus froides du cœur humain. Être aussi terrible qu'il est mystérieux, petit comme un ciron, il se grandit en un instant à dépasser la montagne de justice la plus élevée, et à enjamber le beau et majestueux fleuve de la reconnaissance; gi'ain de sénevé, au feu des convoitises humaines, il couvre plus de terrain que les cèdres du Liban, il est plus haut en orgueil et en superbe que les gigantesques térébiiithes de l'Eden; scarabée, à peine est-il touclié qu'il étend des aîîes qui ne voudraient que pour elles la lumière du jour; papillon dont les brillantes couleurs cachent la force et les fureurs de l'aigle; chrysalide qu'un regard fait serpent, et qu'un peu de résistance fait une poche qui éclate semant de toute part colère et venin; enfiint qui en vous caressant vous fait une morsure qui vous rend esclave, parjure, traître, violateur, complice, séide, instrument, cadavre quand ce n'est pas sépulcre et contagion; maître qui ne rit jamais qu'avec la foudre entre ses dents, qui ne fixe les regards d'aotrui qu'avec des dards dans les siens; ami qui ne vous serre la main que pour vous la rompre, qui ne vous embrasse que pour vous tuer; hydre qui dévorerait l'univers, les cieux et l'enfer, ensuite lui-même, s'il était certain de pouvoir en tout cela se satisfjiire.
— •>Go — Mon Ami, vous voyez peiit-ôtre ces tableaux trop chargés de couleur? Non, la toile et les pinceaux qui les montrent ainsi n'ont besoin que d'une réalité pour les faire pâlir encore, que d'un seul nom pour donner au peintre le doux nom de modeste; la réalité, c'est Dieu et I'iiomme; le nom, c'est le saceedoce! Autant Dieu a voulu être grand, généreux, miséricordieux, tendre et bon, autant l'homme a voulu être injuste, ingrat, cruel, inflexible, dur et méchant envers Dieu et envers ses frères. Le plus grand titre, le plus grand honneur, la plus belle similitude, le plus solennel pouvoir que Dieu ait pu conférer à l'homme, certes, c'est le sacerdoce. Ce que l'homme a le plus violé, le plus profané, le plus abaissé, le plus méprisé, le plus outragé, le plus abominé, certes, c'est encore le sacerdoce. La preuve, c'est que la sagesse, la justice, ramour avec lesquels nous fûmes créés n'arrêtèrent pas notre sacrilège révolution céleste; l'Eden si beau, si pur, si poétique, si magnifiquement peint d'après le ciel, n'en vit pas moins son autel renversé, son temple odieusement profané. L'homme, le grand pontife mit sa tiare sous ses pieds; il jeta à Sathan, pour mordre dans un fruit défendu, son éphod et sa ceinture lumineuse. Celui qui offrait à son Dieu, dans une âme semblable à la sienne, toutes les plus pures harmonies de la vie et du savoir, acheta le secret de Sathan, sachant que son manteau deviendrait un linceul, sa mitre une couronne d'épines, et son autel une lourde et accablante croix; il veiîdait son temple pour un songe qui ne devait finir que dans un tombeau! il vendait à un serpent mauvais tous les chastes baisers d'un sacerdoce d'amour et d'innocence, pour un baiser brutal qui le plaçait dès l'instant devant les terribles et mordantes grimaces de la mort! Dieu lui disait : = » Vis, mon noble et beau pontife I " — et se détournant du ministère de Dieu, il s'approche du crime qui lui dit : '• Offre-moi le sacrifice de ton obéissance et de ta " fidélité, je t'aimerai comme aiment l'astuce, la haine et la
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" jalousie; pour prix de ton service, je serai avec toi et je » t'enlacerai de mes plaisirs tous les jours de ta vie; sers-moi » donc vite, stupide créature, ignorant, faible, insensé! »
Ce langage l'emporta! l'Éden est désert, plus d'autel, plus de prêtre! le sacerdoce s'est fait son propre prêtre; il a été son dieu et son pontife; il s'est fermé le ciel; il s'est ouvert l'enfer; il s'est iunnolé Dieu, et s'est immolé lui-même à lui-même croyant s'immoler l'enfer!
Yous voyez bien, mon Fils, que c'est là qu'est le germe du mal; c'est là, je vous le dis bien bas afin que l'enfer ne puisse nous entendre, oui, c'est là qu'est enfermé le principe du mal, mais seulement pour les sens et la folle raison de l'égoïsme. Le mal est l'écorcv;; la cliair est l'épreuve; le novau ou la graine essentielle, c'est le salut, c'est la vie, c'est le bien, c'est le ciel, c'est Dieu!
Les trois portes divines qui vous ont été ouvertes pour vous montrer celle que l'amour divin voulait nous ouvrir dans l'ordre miséricordieux qu'il nous a confié sous le nom de jubilé, ce sont les portes de l'unique et essentiel sacerdoce; ce sont les portes du nouvel Eden; celles-ci encore : de l'écorce de l'arbre de la science du bien et du mal, du bois de l'arbre, et enfin celle de sa sève mystérieuse et divine au moyen de laquelle on devient semblable à Dieu par Jésus-Clirist. Etant avec Jésus- Christ le vrai prêtre et le vrai pontife, la véritable victime et le véritable sacrifice, le temple intelligent, l'autel saint et le tabernacle du véritable* amour, au lieu de rien détacher de l'arbre, d'essayer d'en ravir les fruits pour en repaître nos sens et en satisfaire leur grossièreté, nous nous collons à l'arbre, nous nous y attachons; la vie qui est en nous étant infiniment faible, nous la laissons aspirer la sève infiniment puissante de cet arbre; une fois saisis nous nous abandonnons, nous entonnons l'hymne d'adoration et de consommation; nos bras enlacent l'arbre salutaire; la douce résine qui coule sur son écorce
nous y tient collés; mais elle fond au feu brûlant de notre cœur qui la domine; l'ëcorce s'amollit, elle se dilate; la sève, en nous aspirant, tend vers nous ses sucs attracteurs; le bois s'amollit à son tour, nous sommes saisis par la sève, nous la saisissons à notre tour; l'arbre se resserre peu à peu nous livrant l'air et l'aspiration vitale par les mille tubes qui le nourrissent et font sa vie, nous sommes en l'arbre et l'arbre est nous ; nous connaissons le mal pour lui résister et pour le dénoncer à ceux qui nous approchent; nous possédons le bien, nous en sommes heureux, et tous nos efforts tendent à ce que chaque filament de notre adhérente union avec l'arbre s'étende en branches, en feuillage, en fleurs et en fruits pour en couvrir, sans satiété jamais, la terre tout entière et toute la fraternelle humanité.
Il est temps, mon Fils, il est temps que les hommes sachent qui entretient leur nuit, qui les repaît de songes et les excite au délire; il est temps de bien connaître ce qu'est ce si adroit, si habile serpent; il faut dire son nom, il faut montrer ses transformations; dès TÉden il se dévoila lui-même : c'est le sacerdoce profané, usurpé; c'est l'Antéchrist, celui qui naît d'une âme que Dieu s'est consacrée, et d'un esprit qui a reçu les pouvoirs d'offrir à Dieu tous les sacrifices possibles selon l'amour, la sagesse, la justice et la dignité; c'est ce sacerdoce condamné à ramper et à vivre de jouissances terrestres figurées par la poussière; c'est celui qui croira s'établir malgré Dieu et à cause de sa bonté, c'est lui qui, toujours enveloppé des prestiges du mensonge et de l'hypocrisie, des fascinations de l'adresse et de la ruse, tentera sans cesse de surprendre la bonne foi de J'homme, de la mordre au talon de la réflexion de ses justes remarques, mais qui aura la tête brisée par la foi constante devenue mère du dévoûment qui se fera de lui-même victime d'abnégation et entier holocauste à la gloire et à l'amour de son Dieu et de tout ce qui est aimé par son Dieu,