PUISSANCE IMPÉRISSABLE
A la sauche était éo;alement une autre colonne : elle ressemblait à des couronnes royales mêlées de tiares toujours superposées les unes sur les autres, séparées par des faisceaux d'épées, de glaives, de haches, d^épieux et de hallebardes. Le nom de Dieu était gravé trois fois, mais en sens renversé. Sur ces trois blasphèmes présentés à dessein étaient en lettres d'or, artistement travaillées, ces trois noms: —Pape, Rome, MortI La colonne était couronnée par ces msignes : une bannière blanche sur laquelle se voyait une femme assise en face d'un miroir^ ayant près d'elle une table chargée de tous les cosmétiques possibles, des teintures les j^us mordantes ^ des postiches les plus frais et les plus variés. Elle semblait très-soucieuse et froide comme le marbre. Elle avait une longue robe : sous ses pieds je remarquai une femme se tordant dans la souffrance de l'agonie. Je la regardai plus attentivement, et je vis qu'elle avait la poitrine ouverte, et que la femme du miroir se servait de cette vivante poitrine comme d'un bain de pieds.
A droite de cette bannière il y en avait une plus petite, d'une couleur jaune, sur laquelle était peint un livre avec sept sceaux. Chacun de ces sceaux avait une forme différente : le premier était une triple langue ; le second, un bâillon ; le troisième, ,un pinceau noir; le quatrième, une tête de mort; le cinquième, une croix brisée; le sixième, un chapelet rouge, et le septième, un sablier fait de deux têtes de serpent.
A fiCauche de la bannière blanche flottait une lono;ue banderôle attachée à une hampe de fer surmontée d'un râteau. La banderole était noire; le nom de Jésus-Christ y était écrit en blanc, et chacune des lettres qui forment ce nom divin était traversée par une main rouge. Sur chaque main il y avait une flamme. Les cierges de l'autel s'allumèrent; le monstre du tabernacle s'anima; le tabernacle s'ouvrit : il renfermait un hom-
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me. Je sus qa'il succédait à d'autres hommes. Ses yeux attiraient comme une puissance fascinatrice; ses lèvres lourdes et molles semblaient avoir quelque chose de la bonté; sa poitrine était larcre : on l'eût crue elle-même un tabernacle renfermant
la générosité.
L* autel fut entouré d'hommes richement vêtus, mais masqués si bien qu'il était impossible de voir rien de leur vrai vissage. Ils se sont inclinés; puis un parmi eux a prononcé ces infernales paroles : — « Trêve à la pitié! trêve à la sottise » nommée miséricorde! Députés du Ciel, l'enfer et la terre >• sont à nous. Soyez le dieu vivant des cieux, par nous si >' remplis de puissance! soyez dieu avec nous, disaient-ils à »» l'homme du tabernacle; lançons l'anathème et la mort à qui »' n'adore pas notre éternité ! " Le monstre qui s'agitait sur ce plateau dominant le tabernacle poussa un long et effrayant rugissement.
= m Je vous fuirai, dit-il, je reprendrai mes droits, si vous « êtes timides; je vous livrerai aux faibles, si vous ne voulez ^ être les véritables forts. Le pardon, vous savez, ne peut •• maintenant soulever le poids formé du nombre de vos cri- *' mes. Je vous ai faits heureux; je vous ai bien payé l'anathè- " me et le sang : un jour d'hésitation, et je vous abandonnne. >• Allons! allons! faites vite, encore de l'anathème, du poison, >• du sang et beaucoup de sang ! »
L'homme du tabernacle est devenu pâle, ses yeux un instant ont paru égarés. Un homme vêtu de rouge a fait signe à un autre qui tenait un plateau sur lequel étaient une coupe de vermeil, un petit flacon ciselé et du sucre cassé. Il a pris la coupe d'un air majestueux; il y a jeté du sucre et fait tomber une goutte ou deux de la blanche liqueur renfermée dans le flacon ciselé. Puis d'un air heureux, souriant à l'assemblée et regardant le monstre, il a dit : — « C'est le divin cordial " qui lui rend chaque fois la vie et le courage qui le font ad-
» mirer. *^ — L'Iiomme rouge a porté aux lèvres de Phomme du tabernacle ce mystérieux cordial : aussitôt il s'est tenu droit, les joues enflammées, les yeux pleins d'éclairs.
= •♦ Faites, faites, a-t-il dit, prenez, dévorez sans pitié et " sans crainte! Que notre nom soit grand! que nous soyons « tous forts î Allumez le grand feu, l'enfer de notre toute- « puissance. Allez, allons, soyons démons! Cherchons et tour- - mentons nos damnés !
Omokhaël, mon fils, cache, cache ton visage, sois Enoch, Un roi qui hésite, mais qui outrage déjà les restes sacrés d'une siûnte mémoire a été béni dans cette assemblée infâme; son nom, comme une vengeance contre des cendres pures, a été accusé.
Les douze se sont couchés de toute leur longueur sur le sommet du Carmel; ils y ont dit en se couchant : == " Que va » devénii' la terre ? qui osera regarder du côté d'où vient le » Seigneur? »
L'Apôtre qui mourut pour la gloire de son Maître s'est relevé et t'a remis en main le livre dont il avait arraché en pleurant quelques feuillets que soii cœur d'apôtre avait trouvésamers. = ^ Reprenez, reprenez, mon fils, a dit le Patriarche ^ apoijtolique;. mais que ces pages brûlantes enfantent des corn- ^ battants I Que déjeunes cœurs se lèvent avec courage : iJ " n'est plus p3rmis de se taire quand Hérode arrache des mains de leurs pères les enfants que sa cruauté dévore.
» Jour de deuil, devais-tu naître? n'était-ce pas assez que »» l'orgueilleux despotisme, la soif de régner sur des hommes, 'T immolassent sur le sein de leurs mères de jeunes et innocen- - tes victimes? fallait-il que cette sanglante férocité ne fût >^ que la timide ébauche de ce qui se pas^^e aujourd'hui chez le * père de famille, par sa mollesse, par sa peur, et pour satis- « fuive à une soif qui ne fait que s'accroître. Cette fois le
" Christ n'a pas fui : il s'est lui-même mis en leurs mains; et »♦ c'est à travers sa poîtrino et son cœur, c'est en son nom et " devant sa mère que celui qu'il a nourri et ceux qu'il a éle- H vés signent la mort de ses frères, qu'ils arrachent impitoyan blement la vie à ceux pour lesquels le Rédempteur est mort.
» Allez! allez! dites-le : Il est jugé! ils sont jugés! elle '• est jugée la grande apostasie ! et ceux qui n'ont pas divor- " ce avec elle portent le nom et la responsabilité de ses " crimes!
" Restez, restez, enfants de Dieu, restez sur le Carmel! ne « retournez pas en arrière : vous pourriez vous laisser sur- " prendre encore par ses artifices. Yotre père ne peut être nn " homme de sang : il vous doit compte de celui qu'il a bu. " Votre mère n'instruit pas et ne solde pas des bourreaux pour " qu'ils immolent avec plus de rage ceux qu'elle a enfantés. " Abandonnée de ses aînés, elle s'est réfugiée dans le Thréas- " thaël. Elle n'est que là : ils mentent quand ils disent qu'elle « est ailleurs. Gardez-la bien; donnez-lui des soins pieux; " consolez-la : voici l'Époux qui vient! il sera terrible.
»» Prophètes, comprenez la dilection : c'est sa venue, c'est '» son règne qui a ainsi éveillé toutes les fureurs de l'enfer. » Sathan en a plus peur que de ses flammes; il la craint plus " que ses tourments : il la poursuit sous toutes ses formes; il la " maudit sous tous ses noms, et ceux qui l'irritent davantage, »♦ sont ceux de liberté et de régénération. «
Mon Fils, j'ai senti ta tête tomber sur ma poitrine; je t'ai serré dans mes bras. Nous nous sommes relevés, jurant au milieu de nos frères apostoliques, de lutter sans relâche contre la Grande Prostituée, et de ne prendre aucun repos sph-îtuel, que nous n'ayons abattu l'autel de honte et de blasphème élevé par la grande apostasie. Les saints A|^)otres nous ont bénis et leurs lèvres ont approché nos lèvres. L'apôtre slunt Jean, en nous bénissant nous a dit : = •* Vous serez invincibles tant
»» qUe vous serez dans l'amour! Vous serez assis avec hotls " quand nous jugerons les tribus perverses ^ car vous avez reçu «' du Seigneur l'adjonction et la vie de tous les prophètes. •' Amen, amen. Gloire à Dieu! Gloire au Carmel! Salut et H hosanna4i au Thréasthaël. Au nom du Père et du Fils et du " Saint-Esprit. Amen.
En l'Œuvre de Dieu, votre père; en mon cœur et par lui, votre frère et votre ami pour le ciel, pour le temps, pour la dilection et pour l'éternité.
PiEiiKE i)u Seigneur t Sthrathanaël
t)u Carmel j le 13 août 1852*
Londres*
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