DE TOUS INSTITUER DANS LA MISERICORDE
Les Pauîistes se dirigeaient vers une creuse vallée qui avait nom LA VALLÉE DES TOMBEAUX, tandis que les Joaimistes marchaient calmes et tranquilles en traversant une plaine iuim.ense qu'ils nommaient la plaine de l'avenir.
Le Ciel qui ne veut point que les hommes soient à ceux-ci ou à ceux-là, mais qu'ils soient à Jésus-Christ dans l'ordre et la vie de sa justice et de sa divine sagesse, traça en un instant un chemin plus grand, plus uni que tous ceux qui se trouvaient servir aux habitants de la terre. Il prit dans l'armée de Paul et dans le camp de Jean quelques hommes, puis il leur dit : = « Je vais vous faire un conducteur qui ne sera qu'à »' moi seul et qui par conséquent ne sera instruit que par moi " seul. Je lui enseignerai la route de la montagne divine, et >' cette montagne, sitôt que vous l'aurez atteinte, se nommera " LA MONTAGNE DE LA VIE. Vous y dresserez un temple qui sera " nommé le Carmel, et vous y élèverez un autel qui sera bé- ♦» ni du nom de I'union. Vous verrez successivement passer de- " vant vous les grandes et majestueuses images du travail des " siècles. Vous pourrez vous former du principe réel de tous » les éléments qui ont constitué la vie et la génération de ce
" qui est passé. Vous n'ignorerez rien : je vais remettre à celui " qui marchera devant vous les premiers fruits de l'arhre um"- " que qui contient dans son enveloppe toute la connaissance » du mal terrestre, et dans son no^'au toute la science du bien " qui fait réellement l'homme similaire à Dieu.
» Souvenez-vous de ceci : Marcher toujours en ava^^t et
" NE JAMAIS RETOURNER EN ARRIERE. Ne POINT COMPTER PAR TÊ- " TE ; MAIS s'affermir EN VUE DES BONNES ET SINCERES VOLON- ♦' TÉS DU CŒUR. Ne POINT s'aRRÊTER AUX CRIS DE DROITE NI AUX » CRIS DE gauche; MARCHER TOUJOURS ET NE PAS CEDER AU SOM-
" MEiL. Briser sur la voie les petites embûches des plantes « parasites, et rompre, pour passer, les lianes menaçantes
" ET les fausses CLÉ^.IATITES.
" Je vous donnerai dans l'homme de mon choix le séraphin « qui s'est souvent montré dans Paul, et je peuplerai des visi- " ons sacrées dont j'instruisis Jean, l'âme et le cœur de ce " Voyant que j'environnerai du droit divin d'Élie. — Si vous " marchez ses pas, vous vous assiérez avec lui sur le sommet » de ma montagne; vous y serez traités comme il entre dans " les lois de ma lumière qu'il soit traité. Mais si marchant avec " lui vous occupez vos regards de ceux qui ne veulent pas quit- " ter la plaine, ou que vous vouliez conserver les traits de ceux " qui glissent dans la profonde vallée de la mort, vous ne ver- » rez, que comme on voit en rêve, l'atteinte suprême du temple " nouveau; vous vous réjouirez croyant y être arrivés; vous " chanterez le ministère de l'autel que vous n'aurez pas touché, " malgré la frappante vision qui vous en aura comme affirmé » les palpables conséquences et les saisissantes manifestations! » Votre sommeil se formera sur tous les modes que peuvent " emprunter les réfractions et les mirages de la veille; vous " ne vous apercevrez de ce fatal état que quand vos membres " tomberont d'eux-mêmes, car il en est ainsi dans le plan du » Seigneur : il donne la vie pour que l'on vive, et les homnies
« qui ne veulent pas vivre avec la vie qui leur vient de Dieu, " croient vivre par la sensation de la vie divine qui passe " sur eux; et néanmoins la mort les atteint toujours de plus » en plus jusqu'à ce que leur témoignage ait répondu pour '* l'appel de ceux qui s'élèvent sur leur décomposition.
« La PEEMiÈRE Église a été dépositaire de la Promesse et a " préparé, par le seul fait de l'existence divine de la Loi qui " la touchait, le premier avènement du Sauveur dans la sou- " veraine nature de l'expiation et de la réconciliation.
" La SECONDE a été gardienne de l'Evangile et l'institutrice ♦' des peuples confiés h sa tutelle; elle a dirigé leur afFrancliis- « sèment par le caractère divin de la liberté du droit, tout en *♦ croyant vivifier d'elle-même par la servitude de fait ; elle a *• tempéré la fougue de l'esprit humain par son despotisme - couvert de la foi, et elle a préparé, par la stagnante prédica- « tion de la lettre évangélique, la réaction des intelligences, " sans savoir qu'elle s'ensevelissait, en laissant À une autre la « vie du second avènement de Jésus-Christ venant dans les « allégresses de cette suprême alliance qui donnera à la terre « et à l'humanité le radieux spectacle de I'esprit émancipé vi- « vaut, sans entraves et sans nuit, avec la chair réconciliée " dans l'âge indépendant de sa virilité. "
Ohl mon Frère bien-aimé, comme Dieu est grand dans toutes les phases de la vie humaine I II se sert des passions des hommes pour le plus grand et le plus glorieux accomplissement de ses œuvres. Les chênes de Basan ont fait leur tâche! en exerçant sur le cadre du plan divin la compression qui souriait à leurs passions et les favorisait, ils ont provoqué une réaction à laquelle nul n'eût pensé peut-être ! Si les palmiers de Cadès n'eussent pas étendu sur le sol des libertés de l'homme leurs brandies orgueilleuses et leur vaniteux feuillage, on les admirerait encore. Mais l'Église du temps était, sous la figure d'une barque abandonnée à l'œil des sens, et les hommes qui
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sVn croyaient les gouverneurs et les maîtres ont fini par ne plus voir et ne plus croire qu'eux. Ils ont abusé, puis dépassé leur personnel pouvoir, parce que ce pouvoir avait son terme fixé.
Elie devait venir, et venir pour rétablir toutes choses, parce que l'humanité d.evait être délivrée de toutes ses enfances; parce que le temple de l'homme dans l'âge viril ne peut ressembler «u temple symbolique de l'adolescence; parce que le temple des hommes libres ne peut avoir rien de commun avec celui que l'on ouvre aux esclaves; parce que le temple de la vie n'a rien de comparable avec le temple de la mort; parce qu'aux liommes prêtres et rois il uiut un temple digne de leur foi et du suprême amour qui seul les consacre ainsi et les élève.
Aussi, cher Bien^aimé, unissons*nous pour plaindre ces malheureux qui nous veulent vanter la sombre nuit de leur sépulcre! nous savons trop bien que le Roi Prophète a dit : - *> La louange, Seigneur, ne peut vous venir de ceux qui habitent des tombeaux. » — * Laissons, laissons les iiîsensés qui crient i Nous mourons, et qui surexcitent leur fureur quand quelques âmes bénignes s'approchent d'eux pour leur porter secours ! Laissons ces morts enterrer leurs morts î
li^nfants de l'avenir, pontifes de la délivrance et de la liberté, passons au milieu de cette grande maladrerie; donnons une larme à toutes ces décompositions, et, sans nous permettre de tenter le Ciel, disons en les bénissant : LiîûR temps est fait. Dieu
BAIGNE OUBLIER LA CAUSE DE LEUR LEPRE ET NE SE SOUVENIR QUE DES AMÈRES DOULEURS DE LEUR EXPIATION î AmEN.
Souvenir plein d'affection et tendre respect à l'Ange de votre fojer. Au champion de la Vie, au défenseur du plan divin, salut et amour de frère.
ÉLIEÎ
Du Carmel, le 9 février 1855.
Londres.
J. M. J. QUIS UT DEUS
Mon cher bien cher Ehlhiaël,
Me voici encore une fois brisant la digae qui nous veut séparer, et trompant l'ombrageuse surveillance qui se proclame si contraclictoirement invulnérable! Ce temps si rigoureux vous retient comme tant d'autres le prisonnier de votre chambre et l'actif gardien de votre feu. Cher Bien-aiuié, que de cris de détresse vous apportent les échos qui de la terre aux cieux redisent en ces jours la somme des douleurs qui pèsent sur tant de malheureux mortels! Ami, que de foyers sans pain, sans feu, sans vêtements peut-être! que d'amères souffrances! que de larmes brûlantes ! que de dévorantes angoisses ! Les cités sont partagées par deux fléaux horribles : l'un qui se nomme MISÈRE, et l'autre qui a nom mépris et insouciance du malheur! Les victimes de l'un pleurerit le blasphème et la colère; les victimes des autres suent l'orgie et la volupté! Les uns maudissent Dieu en maudissant la vie; les autres s'adorent et outragent l'humanité! Les uns ne peuvent croire à la Justice divine; les autres la nient et le publient eîTronténient ! Les hommes sont unis pour maudire et pour haïr, et c'est à peine si la puissance céleste en peut séduire pour les élever au saint bonheur d'aimer! Hélas! pour maudire on ne sort pas de soimême! pour haïr on se rapproche encore de soi! Pour aimer, il faut être partout où gît la souffrance, partout où gît le malheur, partout où est le joug, partout où vit l'esclavage, partout où il y a des liens et des fers à briser ! Pour aimer, il faut croire en Dieu, et le croire l'Auteur de la vie des hommes, le Protecteur, le Défcz'useur et le Rémunérateur de ceux qu'il a créés!
Oliî alors, mon Aimé, c'est une tâche terrible, car on devient soi-même son juge, sa sentence, sa prison, son geôlier! on ne transige point; comme juge incorruptible, on ne s'épargne point devant la sagesse de la loi; on réprime ses goûts s'ils insultent ou s'ils lèsent ce qu'on doit à ses frères connne fières et comme aimés de Dieu; on eniprisonne l'éclat qui injurie le pauvre; on resserre dans les liens de la juste pitié et des devoirs du cœur ces prodigalités, ces fêtes voluptueuses où l'orgueil et l'ambition ont toujours tant de part ; on garde pour ses semblables ces richesses, cette luxueuse aisance, en se regardant comme nn noble économe des trésors de Dieu ! on vend les galons d'or et les royales vaisselles si on se dit chrétien vivant sous le saint étendard du Verbe crucifié.
Ami, cet enseignement ne vit plus dans l'église. Les hommes qui devaient produire la lumière rougissent aujourd'luii du Foyer éternel qui la produit! On ne croit plus à Dieu sur les bancs consacrés de la maison divine; on ne croit plus à la justice dans les rangs de la milice dite du Seigneur! Jésus n'est plus qu'un mythe, et le Christ qu'un conte. — La preuve, mon Ami, c'est ce luxe insolent, cet amour de l'or, ces parures sacrilèges auxquelles on sacrifie les membres du Crucifié! Je n'exagère pas. Écoutez-moi, Bien-ainié! calme comme la sagesse, je veux montrer à votre âme intègre ce qu'il y a de réel et de positif dans ce que j'avance et dis être la vérité.
Les pauvres sont-ils vraiment les membres exposés du doux Fils de Marie? sont-ils vraiment ceux à qui la bonne nouvelle doit être donnée? Saint Jacques est effrayant; méditez ses paroles : = " Écoutez-moi, mes frères, dit-il aux chrétiens qu'il " forme dans la divine doctrine du Christ du Seigneur dont il '» est l'apôtre et le ministre, écoutez, mes chers frères! Dieu " n'a-t-il pas choisi ceux qui étaient pauvres dans le monde " pour être riches dans la foi et héritiers du royaume qu'il a " promis à ceux qui l'aiment? Et vous, au contraire, vous
^ dt'siioiiorez le pauvre. Ne sont-ce pas les riches qui opprî- " ment p;ir leur puissance? ne sont-ce pas eux qui ont crédit "jusqu'aux tribunaux de la justice? ne sont-ce pas eux qui " déshonorent le nom auguste du Christ dont vous avez tiré le " vôtre? Si un de vos frères ou une de vos sœurs n'ont point ^ de quoi se vêtir et qu'ils manquent de ce qui leur est néces- " saire chaque jour pour vivre, et que quelqu'un d'entre vous ^» leur dise : Allez en paix, je vous souhaite de quoi vous ga- " rantir du fj'old et de quoi manger I sans leur donner néan- " moins ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi serviront ces '< paroles? Vous, riches, pleurez! poussez des cris et des hur- " lements dans la vue des misères qui doivent fondre sur vous. " La pourriture consume les richesses que vous gardez; les ■■' vers uiangent les vêtements que vous avez en réserve; la " rouille gâte l'or et l'argent que vous celez, et cette rouille " s'élèvera lui jour contre vous, et elle dévorera votre chair •• comme fait le feu! Vous avez vécu sur la terre dans la " somptuosité et dans le luxe; vous vous êtes engraissés corn- " uie on engraissait autrefois les victimes choisies pour le jour " du sacrifice; voilà le Juge qui est à la porte ! «
Si cela, Bien-aimé, pouvait n'être adressé qu'à ceux qu'on nouime ordinairement les riches, ce serait déjà bien terrible, mais que p.^ut-il revenir aux dépositaires de telles lois, quand ces malheureux dé[)Ositaires se font une gloire publique d'y être contraires et de les violer, invoquant, pour couvrir leur honteuse fraude, le nom de ce Christ dont l'apôtre S. Jacques les menace si solennellement? Si les pauvres sont vraiment les membres vivants de Jésus-Christ, n'est-il pas du premier devoir de les sauver de la profanation du froid et de la nudité? Si notre foi doit voir Jésus-Christ dans les pauvres, pouvonsnous préférer, sans être abominables, couvrir d'or et d'argent le marbre et le bois de nos autels plutôt que de nourrir du prix de tous ces vains décors la nature visible de Celui qui doit
nous dire un jour : = » J'ai eu faim, et vous m'avez refusé du » pain; j'ai eu soif, et vous vous êtes éloignés sans me donner " à boire; j'étais reclus ne pouvant sortir et étant enchaîné " dans le cloaque de ma misère et de ma souffrance, tandis que « vous détourniez vos pas du sentier qui devait vous conduire " à m'oifrir vos soins et vos consolations. Allez! maintenant je " ne vous connais pas ! "
Mais il y aura une réponse sans aucun doute pour séduire la Justice et effacer ces torts : — » Vous avez eu faim. Seigneur, >' mais nous vous avons fait des palais : les princes, les rois " n'en avaient point de semblables. Nous avons placé sur vos " autels des masses d'or et des diadèmes de ^pierreries. — Vous » avez eu soif, mais nous vous avons brûlé des multitudes de " cierges et des tonneaux d'encens. — V^ous avez été nu ; mais " nous nous sommes couverts, pour votre honneur et pour " remplacer votre majesté invisible, de toutes les somptuosités " terrestres; nous avons été souvent fatigués du poids auguste " de nos ornements et nous nous sommes endolori le front sous " de riches mitres et sous des tiares plus riches eiicore. — Vous " étiez souffrant, vous étiez enchaîné par la privation ; mais " rappelez- vous. Seigneur, comme nous chantions de beaux " cantiques, comme nous faisions retentir les orgues du plus " grand prix; n'oubliez pas ces discours passionnés où nous " pressions les riches, ou ceux qui passaient pour l'être, jus- " qu'à ce (ju'ils nous aient donné de l'or pour vos temples et de " l'argent pour payer les musiciens qui resplendissaient sur nos " théâtres. Rappelez-vous, juste Seigneur, le saint respect, " le zèie ardent que nous avions pour vos sanctuaires : le pau- " vre n'approchait point ses haillons ni sa face amaigrie de cet- " te grille suprême qui fermait le saint des saints; la misère " jamais ne venait étaler auprès de vos autels ses repoussantes » formes; l'aristocratie, la bourgeoisie noble, les femmes élé- " gantes, les belles patriciennes, formaient toujours les pre-
" miers range; des sièges bien garnis, des velours précieux, " des damas coquets, disaient à tous les yeux : — Ces places " ne sont pas aux êtres sans argent, aux gens sans fortune; » hors de là la veste, le pourpoint usé, la blouse du pauvre " ouvrier et le petit bonnet des femmes indigentes ! «
= " Oui, dira le Seigneur, je me souviens de tout cela, et *' c'est en face de ces odieux souvenirs que je vous chasse et »• que je répète que je ne vous connais pas ! "
Ah! ce furent ces pensées qui dominèrent longtemps le cœur des saints Docteurs que les pauvres chrétiens nommaient alors leurs PÈRES, préférant ce doux nom à celui d'AMPLiTUDE, à ce nom maudit de peince de l'église du Sauveur Jésus-Christ.
Héhîs! cher Bien-aimé, comment s'entête-t-on à ne pas vouloir admettre les avertissements que la Divinité n'a cessé en tout temps de donner aux enfants qui constituent vraiment rÉo-lise intellectuelle, l'EoTise cordiale, rÉalise universelle? On ne peut ouvrir les Livres Sacrés sans être saisi par ces miséricordieuses prévenances. Ce n'est pas un raisoimement humain, c'est une prophétie divine qu'il doit y avoir pour l'Église chrétienne un temps oii les hommes sentiront le froid et la nuit qui se seront établis dans la maison divine. C'est un fait de foi que tous les grands docteurs, les plus brillants pontifes en sainteté et en vertu, n'ont cessé d'affirmer qu'il j aura au sein de l'Eglise édifiée par le ministère du Sauveur une grande MANIFESTATION NOUVELLE. Joseph de Maistro l'a dit et écrit après avoir sondé les plus hautes archives apostoliques, sans qu'on osât lui donner un seul démenti, — peut-être faut-il dire que la chose intéressait si peu la sollicitude des dépositaires de notre foi et de notre espérance qu'ils n'y firent point attention, qu'ils regardèrent cela comme une adresse poétique; pourtant de telles paroles sorties de la plume d'un homme qu'on a nommé, dans des lettres épiscopales, un héros chrétien méritent bien qu'on les remarque :
== « J'attends, clit-il, dans notre âge, un eéyelatefr qvî " unira les lumières de la science à celles de la foi. Ck-
" LUl-LÀ SERA GRAND, ajoute-t-il; IL NE PEUT TARDER À TENIR; " P:T PEUT-ÊTRE EST-IL DEJA DANS LE MONDE. "
Oui, ce Révélateur est venu! mais il faut qu'il soit, par la révélation qu'il apporte, un grand sujet de scandale. Qui î'eîitendra ? qui î'écoutera ? — Ses jjreniières énonciations sont terribles! il dit : = » Les temps de l'enfance sont passés! plus " de petites pratiques, plus de petites images, plus de petites » rivalités, plus de petites sectes, plus de petites affiliations, " plus de petites polices masquées en petites confrairies, plus " de petites menées en mondaines neuvaines et en cupides ex- " ploitations, plus de petits moules, le temps ne permet ])lus " de faire de petits hommes, plus de petits cœurs, plus de pe- " tites têtes, il y a trop longtemps que l'humanité est criminel- » lement comprimée, serrée et aplatie ! Les jours qui vont " s'ouvrir sont des jours d'intelligence et de virilité. La reli- " gion et l'humanité doivent s'unir en ce temps dans une com- " plète et suprême plénitude. L'apostasie générale qui a été " incontestablement annoncée par les Écritures et par les saints " prophètes n'est plus à s'accomplir! » — Prenant les preuves en mains le Révélateur pjaraît sauvage.
— " C'est un révolté, c'est un Luther, c'est un Jean Hus, " c'est un Jean Ziska, c'est un socialiste, c'est un incen.diaire! "
Il ne s'arrête pas à ces cris impies, à ces huées sacrilèges. Le temps est venu : s'il ne parlait pas, les pierres parleraient; mais il doit parler, et son âme en est fière! il sent dans la vie qui anime sa parole qu'en effet il n'est plus un enfant. Il croit alors à cette humanité qui va s'émanciper et régner dans l'Esprit divin des divines promesses. Il sourit aux sarcasmes, lui encore si timide; il bénit la hardiesse de ce ])]an sacré que le Seigneur élève sous l'éclat de la science, et il éclate en transports dans les glorieux jours de l'Eglise sacrée qui se montre
enfin et sans rides et sans tache, belle coin nie une Jérusalem sainte que nous donnent les cieux.
— " Mais c'est un impie, il accuse les prêtres! il blâme et " il cond;mine les heureux du jour qui dévorent à eux seuls " la grande part de tous; il trouve que nos temples sont des " maisons mondaines; nos princes mitres lui semblent une " horreur! »
Hélas! calmez -vous! voulez -vous qu'il prenne un homme saint pour appuyer le tranchant obligé de ses paroles? Ecoutez seulement une ligne ou deux des prophètes anciens :
Ezéchiel dit que Dieu irrité de la corruption de ses pasteurs conduira lui-même ses brebis (ch. 34). — Joël annonce que Db.'U parlera lui-même à son peuple dans' les derniers temps ])ar des communications, par des visions et par des songes (ch. 2). — Isaïe prédit un nouveau ciel, une terre nouvelle, et le règne de Plntelligence et de l'Amour (ch. 65). — Zacharie tonne, dans une de ses visions, à des siècles lointains, ces glaçantes menaces : = " Les sacj'ifices cesseront. Il y aura un " temps de nuit spirituelle, puis un crépuscule, et la lumière " vers le soir; la destruction des faux voyants et des mauvais " pasteurs; mais aussi la délivrance des petits (ch. 13). " — Jean le précurseur du règne de la grâce dit sans pitié qu'il y aura une arand^ révolution dans toute la puissance du monde : =- » Les collines, dit-il, seront abaissées, et les vallées seront " remplies, et toute chair verra le salut qui vient de Dieu. " — JÉSUS le Fils de Dieu, et le Roi des prophètes, dit à la femme de Samarie « qu'il vient un temps où il sera adoré eu » esprit et en vérité non plus seulement à Jérusalem ou sur " les montagnes de la Samarie. « N'est-ce pas comme s'il avait dit : Non seuleiuent de Paris à Pékin, mais par toute la terre.
Mon Dieu, quelle ti'iste passion domine ces hommes qui tiennent en leurs mains tous les glorieux éléments et toutes les adorables promesses qui nous affirment que nous ne resterons
pas toujours enveloppés par nos vieux langes? Ce progrès n'est pas une invention philosophique, c'est une vérité capitale comprise dans presque toutes les pages des Testaments catholiques. L* Église omnipotente hiérarchique s'étant arrêtée a déclaré dès-lors que son œuvre était finie; et l'Humanité a compris à son -tour qu'elle n'avait encore marché qu'avec la lettre; elle a fixé le Ciel et elle a dit : — - Seigneur, nos pères dor- >' ment ; ils sont tombés engourdis par la monotone contempla- » tion de la lettre, que faut-il faire? »»
= « Marcher sans eux! Je vais vous envoyer le secours »' promis, car voici que va s'accomplir ce qui a été dit de » l'Esprit. "
Aussi depuis ce temps le corps des vieillards, qui d'administrateur a cru se devoir faire le dieu du sanctuaire, a-t-il marché dans une achevante décadence. Ces pasteurs, au lieu de marcher à la tête du troupeau, se sont trouvés incapables même de le suivre; et maintenant, hélas! il faut oser le dire, les brebis sont arrivées aux bords de la prairie promise, et les pasteurs sont restés en chemin !
Plus de foi aveugle, parce que cette foi est celle de l'enfance; parce qu'elle ne forme pas la durable dignité de l'homme. La foi intelligente est la foi qui nous doit porter, non seulement à croire en Dieu, mais au bonheur, mais à la gloire de le voir et de le sentir dans toutes ses oeuvres radieuses qui sont, pour les chrétiens en esprit et en vérité, les formes extérieures et majestueuses de son Être. C'est au moyen de cette foi que se développera ce tout-puissant amour dont l'ardeur et la sagesse nous feront tracer, compléter et étendre le cercle si rétréci des connaissances humaines. Puis saisissant la suprême convergence des rayons lumineux de cette nouvelle révélation, nous aurons un centre irrécusable et infini que nous nommerons LA Source de nos êtres, notre Père, notre Ami, notre Frère, le Christ, le Fils de Dieu, le Verbe, la Vérité,
LA LUMÎÈIÎE ET LA YlE , LA ChALEUS ET LA FÉCOÎ^^MTE, LA
Pensés, la Yolonté, la Puissa.]mce et l'Action, Dieu enfin. Nous vivrons alors dans la science parfaite des correspondances; noas organiserons l'auguste harmonie des connaissances Immaines; nous démontrerons la constitution et l'élëmentation des corps; nous lirons sans ombres dans le grand livre des phénomènes de l'âme pour passer de là à la nature et aux droits de l'esprit ; nous prouverons que Dieu a en lui toutes les perfections représentées par la multitude de nos besoins, et qu'il possède en réalité tout ce qui nous est présenté par l'infinité de nos désirs ; nous comprendrons notre dignité et notre honneur sans sub{erfu2:es et sans erreurs. Nous verrons Dieu comme étant l'Infini humain, et l'iiomme, véritablement le fmi divin; Dieu l'Homme parfait, et l'homme, dieu perfectible. Le Verbe éternel nous sera l'attestante vérité de la perfection humaine manifestée parole de Dieu : uni à Dieu, Dieu comme Dieu, il n'a apparu visible et saisissable que dans la forme humaine, parce qu'il n'a pris la vie humaine qu'en se faisant chair, pour faire entrer la chair dans la perfection montrée par le Yerbe. Jésus le Christ est notre modèle, c'est Dieu rapproché de nous; c'est Dieu avec nous, comane le disent les prophètes qui l'ont nommé Emmanuel.^ C'est en lui seul que nous pouvons faire ce qu'il a fait, c'est-à-dire unir le Ciel à la Terre, et faire comprendre à la Terre les choses éternelles des Cieux.
Oh! malgré vous, décrépits qui avez la prétention de faire passer votre fard pour de la jeunesse, malgré vos colères crampoïdes, malgré votre opiniâtreté et l'égoïsme de votre vieille enfance, nous que vous vouez au rriépris, à l'ironie, que vous traitez dans vos festins de misérables, de scélérats et de démons, nous expliquerons à ceux qui ont fui votre soporifique contact et à ceux qui ne sont encore qu'à moitié endormis, nous leur expliquerons le beau, le grand, le progressif rapprochement
de Tintelligence divine avec nos angéllques et chrétieiines Intel li^^-ences, l'amour et la fécondité que vous a\iez exclus de la vie divine et permanente du Sauveur; nous proclamerons, avec des preuves et par des définitions péremptoires, que vous i^'avez jamais compris ces paroles : = Voila que je suis matntknakt
AVEC vous jusqu'à LA CONSOMMATION DU SIKCLE ! Yo'.ÎS aVfZ
nié, éteint cette génération essentielle du Mystère Eucliarisiique d'où découle tout principe générateur dans les idées et dans les formes, Principe souverain, vivifiant, qui r>e compose dans les âmes, d'intelligence, d'amour et de fécondité, comme il se compose dans les corps, d'être, de vie et de force; et dans les formes des corps, de lumière, de chaleur et de mouvement; ce qui anime, entretient, perpétue, procrée ces infinités de fœtus spirituels qui donnent vie et action aux causes secondes pour pénétrer ainsi et régler les lois de la nature qui ne sont que les conditions de l'harnionie des corps et des formes.
Ali! cher Bien-aimé, ces froids brouillons, ces revécues grommeleurs ne sont à craindre ni du côté de la foi ni du côté de l'amour. Il y a longtemps qu'ils ont fait divorce avec l'esprit de la foi, et leur vie le prouve de reste. Pour l'amour, ils l'ont concentré en eux-mêmes comme tous les vieillards concentrent leurs plus vigilantes affections sur la conservation de leurs habitudes et sur l'entier accom.plissement des soins qui leur sont dus : lutter avec eux serait de la jactance; les violenter, de la cruauté sans avantage; les harceler, serait descendre au rang des espiègleries. Ils n.e veulent plus de jeunesse, parce que, disent-ils, leurs pères n'en eurent qu'une. Ils effeuillent les fleurs d'automne pour qu'on en puisse jeter sur leur'tombe, malgré les défenses de l'hiver. Ils ne veulent point gravir la montagne, et ils crient contre ceux qui ne restent pas accroupis dans- les fossés de la vallée. Ils restent blottis pour bien entendre la cloche funèbre qui leur doit dire : Encoee d'heureux morts !
Passons, prions pour eux et laissons-les dans ce qu^ils nomment leur bonheur/ c'est-à-dire embaumer, parfumer et ensevelir leurs morts.
O vous, Bien-aimé, qui souriez et aspirez la haute et grande vie, vous qui pleurez devant tous ces cadavres, et qui vous demandez comment l'homme peut vivre se desséchant au fond d'un mausolée, priez, priez pour eux! A leurs soubresauts qui ne sont peut-être que l'action du labour des vers, ne répondez que par un soupir, si vous ne trouvez pas de larmes. Et le Ciel qui vous contemple vous répondra comme je suis heureux de vous répondre par une entière et vivante bénédiction. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Élie!
Du Carmel, le 17 février 1855.
Londres.
J. M. J. QUIS UT DEUS
Théomydhaël
Que j'aurais de choses à vous dire, Apôtre de la vie humaine, Ministre de réconfort et de rétablissement du corps humain! Mais il est des temps où le silence sur les choses peint mieux la douleur qu'elles inspirent que des cris contre elles et que de retentissantes exclamations. Plein de cette amertume qui doit couler à flots dans les âmes qui vivent encore, je me servirai en ce moment des cris du Roi Prophète, et, rompant la digue de mes larmes, je dirai comme lui : = « Nous n'avons plus " qu'à élever nos yeux vers les montagnes saintes, car de là " seulement viendra notre secours. Qui peut nous délivrer, si " ce n'est Celui qui est le souverain Maître du ciel et de la » terre? Notre âme passera le torrent, et elle brisera les filets " qui font la joie des chasseurs. »
Oui, mon bien cher Bien-aimé, il n'y aura qu'en regardant en haut que notre cœur trouvera sa garantie et son assurance. Oui, les montagnes du monde sont impuissantes : elles tremblent dans leur sommet, et elles chancellent en leur base! Oui, de Dieu seul viendra notre secours, parce que lui seul est juste et vraiment digne d'être aimé! Que d'erreurs et que d'abaissement dans notre vie, qui ne nous rapportent, hélas! que des rentes de rage et des trésors de honte! Que d'amour prostitué, que d'affection trompée et de confiance épuisée, dans ce monde où nous ne sommes qu'en passage! Si sincèrement nous donnions à Dieu ce que nous donnons à tant de créatures indignes de nos hommages et de notre considération, serions-nous
ce que nous sommes ? Dieu aime-t-îl ? est-il véritablement ce tout puissant, cette infinité d'amour dont nos moments de ferveur lui accordent le crédit? Comme moi, bien Cher, vous direz oui. Eh bien! s'il en est ainsi, ce Dieu tout amour doit être tout jalousie, c'est-à-dire qu'il est de sa gloire, de son honneur, de son droit essentiel de vouloir être aimé, sinon comme il aime, au moins comme nos aptitudes internes et externes sont capables de servir notre amour, puisqu'elles sont à nous, qu'elles forment notre constitution d'harmonie essentielle, et qu'elles ne nous ont été données que comme des auxiliaires et des servantes ne pouvant se refuser à nos volontés, ni se soustraire à nos commandements.
Aimer Dieu est une chose bien peu comprise : c'est aimer de lui à nous, et de nous à toutes choses, d'une étendue divine; c'est dépouiller toutes choses de leurs nuages et de leurs ténèbres pour les pénétrer, et contempler tout ce qui tient au caractère divin. — Aimer Dieu en lui-même c'est combler le vide apparent qu'il j a entre le Ciel et nous, et nous établir, malgré une nature mortelle, dans la possession et le droit d'une nature éternelle. — Aimer notre nous-mêmes, c'est distancer de nous, par l'absorption du droit de Dieu en nous, ce malheureux fini qui cause toutes nos impuissances. — Aimer les créatures de Dieu, spécialement celles qui nous sont semblables, c'est nous affranchir de nos étroites et infimes limites en nous asseyant sur le trône du Créateur, pour créer comme lui autant de créatures qu'il lui peut plaire d'en aimer. Car Dieu, tout Dieu qu'il est, n'a pas plus que cela dans son immensité. C'est par amour qu'il crée, c'est par amour qu'il conserve, c'est par amour qu'il féconde, c'est par amour qu'il vivifie : Il est amour î
Voilà en peu de mots Dieu dans son essence et dans son éternité! et l'homme, vous le voyez, est bien justement appelé dieu dans la Sainte Écriture : Vous êtes des dieux.
J'ai entendu bien des hommes se dire et me dire : — •• Mais cela n'est pas si facile qu'on le croit de pouvoir aimer Dieu ! » — Une seule question : Dieu veut-il être aimé? La Sagesse, l'Ecclésiaste, les Proverbes, les Psaumes, nous répondent d'une commune voix : Dieu a tout ceéé dans son amour, et il ne
DEMANDE POINT AUTRE CHOSE QUE d'ÉTRE AIME. AlorS si Dieu
veut être aimé, il entre rigoureusement dans cette affirmation qu'il veut être connu, car comment aimer ce qu'on ne connaît pas? s'il veut être connu, ah! c'est donc là le point capital.
Oh! oui, Frère bien-aimé, oui, vous le savez comme moi, avant moi. Dieu veut être connu! L'homme a le droit et le pouvoir de connaître le sujet, l'objet de son culte, de sa passion, de son amour. — Hé! comment arriver à connaître Dieu et à se rendre compte de cette suprême connaissance? La réponse est toute simple : Dieu peut et doit être connu par l'intelligence et par le cœur. L'intelligence est l'œil, et le cœur voit par elle. L'intelligence sans amour ressemble trait pour trait à un œil parfait dans une tête sans vie. L'amour seulement instinctif est un amour sans intelligence : c'est pour cela que ce dieu de l'Olympe est toujours aveugle. Il ressent toutes les ardeurs de sa brûlante atmosphère, mais il lui faut une main sage et amie pour le conduire sous la clarté qu'il ne peut voir. Notre âme ne s'élève et ne se perfectionne que dans le sage équilibre des appréciations et des affirmations de notre intelligence, après avoir pesé, examiné et jugé la nature, la justice et la sagesse de l'amour de notre cœur.
Ami, fut-il jamais un temps où le raisonnement et l'animation aient plus généralement prouvé, et par contre (affreux contre), en fut-il jamais où les hommes vissent moins clair? Non, parce que nous aimons dans la nature du petit dieu olympique et que nous nous sommes établis et constitués contre l'amour du Dieu des dieux, du Dieu Lumière, du Dieu Clarté, du Dieu Voyant, du Dieu Intelligence.
Voyez 5 mon Ami bien-aimé^ l'apostolat sacré qui doit se vivifier de la mort de ce Jésus qui aima les hommes jusqu'à mourir pour eux, et à mourir dans les tortures et l'ignominie de la croix î . . , Tandis que de ses larges plaies qui sont ouvertes sur le Calvaire découle la semence adorable de cette o;énérosité, de ce dévoûinent, de cette passion salutaire qui doit faire germer tant de géants et tant de héros, il n'y a qu'un seul homme, un seul parmi les douze constants témoins des preuves les plus inouies de la puissance et de l'effectuation de cet amour divin : ils ne le peuvent comprendre encore. Aussi, après que le Crucifié s'est retiré dans les complaisances éternelles qu'il a méritées, nous ne trouvons rien qui rappelle le Juge si doux de la femme coupable, l'Ami si tendre de Lazare, et le Consolateur si empressé pour sécher les pleurs de la veuve de Naïm. Pierre est un roc qui se niesure sans crainte avec les tempêtes; Jacques confesse fièrement la mort et la résurrection du Nazaréen; Philippe baptise dans la foi, et Paul, appelé plus tard, dresse son épée de persécuteur en face de l'enfer, donnant à cette puissance l'ordre de s'en servir contre ses frères pécheurs. — Où est donc allé Se réfugier ce délicat, ce tendre amour qui mettait sa gloire à guérir et à pardonner? où s'est donc caché l'amour de Celai qui avait dit avec une si riche et si parfaite éloquence : = » Je ne suis pas venu écra- " ser la mèche qui fume encore. Je ne veux pas rompre le ro- " seau, parce qu'il est courbé. Je ne suis pas venu pour les n justes , mais bien pour les pécheurs ! "
Ami bien-aimé, cet amour existe, il est saintement conservé; mais le zèle de l'homme, l'ardeur humaine, ont voulu le produire ou ont dû le produire avant d'ouvrir l'Arche porteur de ce feu sacré. C'est bien loin des sévérités de Pierre et des châtiments de Paul que l'attention se tourne et que l'intelligence chrétienne essaie de fixer ce vivifiant soleil devant lequel se consumait en l'adorant l'Aigle de Pathmos. Les disciples re-
gardaient comme étrangère à la grande œuvre du moment cette source flamboyante qui revêtait de son lumineux éclat une créature bénie dès le jour du Calvaire, et dont les jours derniers de sa visibilité devaient s'éteindre au milieu de la pourpre divine dans la vision du commencement et de la fin du plan de Dieu.
L'Apostolat semble s'être attribué la mâle puissance du Fondateur et du Juge : Pierre est considéré comme la tête; Piiul, comme la poitrine, les reins et les bras; les autres sont les pieds et le reste du corps, sauf le cœur et les entrailles. L'Apôtre Jean, à la mort du divin Maître, reconstitué pour une vie nouvelle, afin de continuer les notes dominantes de la passion qui tient à la croix le Dieu crucifié, se sent un nouveau cœur et des entrailles nouvelles : ces quelques paroles lui révèlent pourquoi ce mystère et quel sera ce mystère : Cette Femme qui est ma Mère, à moi le Fils de Dieu, la yoîlà,
vous ÊTES SON FILS, ET ELLE EST VOTHE MERE. — Pierre a reçU
la tiare dAaron, et Paul, la bagUette de Moïse; Jean a reçu, lui, l'Arche vivante, la Colombe sacrée dont la douceur solitaire attirera à la terre du sang l'éclatant règne et la lumineuse science du Saint-Esprit! Jean n'est plus seulement un simple apôtre, il est le Trésorier des Gloires divines, il est le Vaste Cœur qui défiera la mort, il est le Nuage d'amour qui cachera Marie jusqu'à ce que le Yerbe éternel tout près de son retour ordonne ii ce soufiie, qui durant son séculaire sommeil soulève et agite sa poussière, de reprendre ses droits, cle se lever vivant et de révéler dans une radieuse péroraison de son Apocalypse ce qu'a été, ce qu'est et ce que doit être le Dépôt sacré qu'il reçut dans les splendides et lugubres magnificences du Calvaire.
Ah! mon Frère bien-aimé, l'amour sacré, l'amour libre, l'amour vrai, l'amour suprême ne pouvait appartenir, pour nous être transmis, qu'à ce cœur qui avait reposé sur le cœur de
l'Homme Dieu. Fils spirituel de cette Femme qui avait enfanté l'Amour divin, il n'y avait que lui qui pût jamais nous apprendre ce qu'était cet amour intelligent qui avait ainsi passionné, pour le salut et la délivrance de tous, et le Fils et la Mère. — O suprême contraste! L'amour instinctif ne nous apparaît qu'au milieu des orgies du roi des foudres; il sort du sein de la chancelante et changeante volupté; l'aveugle né donnera des lois au monde, et les hommes useront leur vie sous le honteux esclavage de ses lois. - Au Golgotha, la Miséricorde met au monde dans les éclatantes splendeurs du sacrifice, au milieu de toutes les majestés de l'abnégation et du dévoûment l'amour intelligent, l'amour qui domine le temps, qui lui fait fléchir les genoux et adorer son éternité.
L'amour est esprit, et s'unissant au corps qu'il ravit par ses délices, il le rend amour comme lui-même, et de matériel qu'il serait étant seul, de corruptible qu'il est de sa secondaire nature, l'esprit amour le soustrayant aux lois de la corruption l'emporte avec lui dans les régions éternelles sous le nom mystérieux d'ESPRiT DE PURETÉ. Par l'amour intelligent nous apprenons à rougir de la convoitise impure, et l'amour instinctif ne nous apparaît plus que comme une tentation égoïste et haineuse; la chasteté nous est connue comme la grâce et la parfaite beauté inséparable de ce glorieux amour seul digne d'hommes éternels et d'héritiers des cieux. Yoilà pourquoi Jean sent en son cœur une transformation ou une création qui le virginalise. Il doit être vierge comme la Vierge Mère qui lui est confiée. Il doit s'élever, se former, se préparer dans la garde sacrée de l'amour de Marie pour attendre ce jour solennel où la pureté sans tache brillera dans ce monde, et pour célébrer ces radieux jours où ]e véritable et parfait Amour aura enfin trouvé un trône pour s'asseoir, et des cœurs justes pour régner avec lui: jours bénis avant même que fût notre monde; jours adorables où la géné- . ration des hommes sera sainte comme la Génération dont elle
est l'image; jours d'ineffable et sainte Justice où l'infamie et la honte ne s'assiéront plus triomphantes près de l'homme leur esclave et leur victime, ne pouvant plus de leur souirie morbide empoisonner désormais les sources de la vie; jours saints où l'amour divin et l'amour humain consommeront, dans un mutuel et dernier sacrifice, l'Œuvre de la Rédemption et la i)age rouge de la justice sur laquelle se trouvent écrites les chastes redevances auxquelles sont soumis les malheureux participants au péché d'origine.
O grand Jour qui sortiras des lugubres débats convoqués par l'égoïsme! jour de terreur, tu seras moins terrible dans ton lever que dans ton aurore! ton ennemii, après de vains efforts, se percera lui-même I et alors la fumée nauséabonde et pestilentielle ayant brisé le ventre de ce nouveau Judas et s'étant anéantie dans la puissance de l'air de la pure et souveraine Justice, l'Apôtre apocalyptique, le grand Prophète conservateur, en ôtant respectueusement le voile des temps qui couvre encore le visage virginal de la Femme divine, s'écriera, servi par mille échos :
" Voilà la Femme ! voilà la geàce ! voilà la délivrance !
" ClEUX, ouvrez -vous, ET ENVOYEZ LA RADIEUSE CoLOMBE î LeS
" fils de cette Femme, les frères du Crucifié attendent, pour » voler à sa rencontre, l'agilité de leur nature céleste qui leur " doit être rendue par la régénératrice puissance du Jubilé » d'amour "
D'avance, Frère bien-aimé, crions comme crieront tous les peuples, comme nous crierons alors : — Amen, amen, amen! Gloire à la Femme ! Gloire à Marie ! Gloire aux Cieux ! Gloire à la Vie Î Gloire à l'Amour î
Élie!
Du Carmel, le 15 février 1855.
Londres.
Extrait d'une lettre de Pierre Michel à M** (17 septembre 1850.)
Qu'est-ce que l'Œuvre de la Miséricorde, me faites- vous l'honneur de me demander?
J'aurais besoin d'une rame de papier pour répondre dignement et explicitement à cette haute questioii. Je suis encore convalescent et j'ai bien peu de temps à ma disposition; néann)oins je vais essayer de vous en faire un squelette en miniature.
L'Œuvre de la Miséricorde est l'annonce d'une ère toute nouvelle au milieu du monie^ ère dans laquelle les prophéties îiuront leur entier accomplissement, et l'Eglise de Jésus-Christ, sa royale et majestueuse splendeur. Cette ère sera l'ère de la glorification de Jésus-Christ par lui-même, et de tout ce qui a été racheté par lui. Cette ère sera également la glorification, l'exaltation de l'auguste et magnifique Marie dans la suprême connaissaiice des j)rérogative3 dont le Ciel l'a enrichie avant de nous la faire cou.naître. — La royauté de Jésus-Christ n'ayant été qu'humiliation, souffrance, passion et mort, l'éclat et la ]>ompe cachés sous ce labeur miséricordieux paraîtront aux regards des nations et des univers pour être la confusion et la mort de l'égoïsme, comme aussi pour être la gloire et la justification du dévoûment et de la chanté.
Le Peuple d^e Dieu recevra solennellement son pai'don et sera témoin des })unition3 sévères de ce peuple si bien instruit de son déicide, et qui pourtant l'a si cruellement dépassé. Le peuple qui a entendu k^s plus majestueuses promesses d'un Dieu qui voulait les effectuer à son profit se réveillera du sommeil de son anatlième et jugera, en présence du Dieu qui lui aura pardonné, ce peuple d'adoption qui a si criminellement abusé des suprêmes réalités incomprises par le peuple premier Que la sacresse et la bonté de Dieu avaient fait son peuple.
L* auguste Vierge d'Israël a séduit enfin de ses brûlantes prières le Roi des rois. Elle a crié grâce pour sa nation, et, une main étendue sur chaque peu])le, elle a invoqué la miséricorde et la pitié. Le Ciel a fléchi; la Miséricorde et la Clémence se sont assises au tribunal delà Justice; Marie s'était agenouillée à la barre de la défense. Le Très -Haut s'est ému; l'Amour a présidé; le parchemin de la paix a été signé par la grâce; tout a été remis à qui glorifiera ce glorieux considérant : — Marie EST VIERGE IMMACULEE PURE ET SANS TACHE ! Ce considérant s'est gravé dans les hauteurs du ciel comme un ciel nouveau, et il a été donné à la terre comme un auguste talisman qui doit contribuer à la renouveler. — L 'Ancre du Seioneur, l'ardent