OBSERVATION II
Glaucome lié à l’iritis subaiguë
Paxas (Archives d’'Ophtalm., 1904)
Homme de 34 ans, qui est venu consulter pour une iritis insidieuse de l'œil gauche et qui, deux ans auparavant, avait eu une infection syphilitique diagnostiquée et traitée au moyen de pilules de proto-iodure de mercure. Lorsque nous le vimes pour la première fois, il offrait tous les signes d’une iritis subaiguë non douloureuse, avec des synéchies partielles et une légère tension du globe T + I. Nous lui prescrivimes des injections intra-musculaires de bi-iodure de mercure et des instillations d’huile érésinée au millième, l’avertissant que si, sous peu, l’état hypertone de son œil ne se modifiait pas, il faudrait recourir à une sclérotomie. Comme il arrive souvent en pareil cas, le malade a jugé à propos de s'adresser ailleurs et cette fois il fut soumis à des injections sous-conjonctivales de sublimé, à l'administration de sirop de Gilbert et à une douzaine de frictions mercurielles au front et à la tempe avec recommandation d'instiller alternativement des gouttes d’atropine et de pilocarpine dans l’œil malade. Voyant que son mal, au lieu de s’amender s’aggravait, il revint nous voir après trois mois et nous constatons ce qui suit: scléro-
tique légèrement hyperhémiée avec cercles périkératiques, la cornée est devenue opalescente dans sa moitié inférieure. Dans la profondeur, on aperçoit un fin pointillé appliqué contre la face postérieure de la membrane de Descemet, ce qui est propre à l'iritis séreuse, chambre antérieure profonde occupée par un hyphéma modéré. La pupille est large et a un diamètre de 5 à 6 millimètres. Elle est immobile, fixée qu’elle est au cristallin par de larges synéchies pigmentaires. Le tonus mesure cette fois + Zà + 3et la vision se trouve réduite au point que le malade ne compte les doigts qu'à 25 c/m de distance et seulement en bas et en dehors. De temps à autre, il éprouve un brouillard périodique. L'examen ophtalmoscopique est rendu impossible par suite du trouble grisâtre du vitré.
Le malade qui fait l’objet de cette observation est nettement syphilitique. L’iritis s’accompagnant d’hypertonie fait son apparition deux ans après le début de sa maladie. L’auteur ajoute que cette hypertension ne semble pas due, au début tout au moins, à l’occlusion de la pupille par les synéchies ; on peut envisager ici l’action dircete de la syphilis sur les parois vasculaires.
Nous retrouvons dans la littérature plusieurs observations analogues aux deux que nous reproduisons plus haut, mais il faut retenir toutefois que la syphilis n’est pas seule à produire le glaucome secondaire et que la tuberculose ou l’état rhumastismal tiennent également une place dans l’étiologie de l'affection que nous étudions ici. Le glaucome peut donc « survenir au cours de l’évolution de ces états morbides, particulièrement quand le traitement qui leur convient n’est pas appliqué ou qu’il ne l’est que d’une façon insuffisante » (Abadie).
Au point de vue pronostic, le glaucome secondaire, habituellement unilatéral, peut frapper l’autre œil si le traitement n’est
pas appliqué à temps. Les auteurs ont expliqué l'atteinte de l'œil sain par une vaso-dilatation des artères ciliaires de cet organe, entrainant un apport de sang considérable et une hypertension intra-oculaire consécutive. Cette vaso-dilatation serait réflexe et provoquée par l’irritation anormale du plexus nerveux sympathique irien de l'œil malade, transmise au ganglion opthalmique et agissant sur les filets vaso-dilatateurs des artères ciliaires du côté opposé. Le traitement doit tendre à faire disparaitre le processus irritatif du tissu irien et doit être spécifique de la maladie générale: tuberculose, rhumatisme, syphilis. Et, à ce propos, il est intéressant de noter le succès obtenu par Morax et Piémont qui, en 1911, ont publié des observations sur l’action hypotensive de l’arsénobenzol dans le glaucome secondaire syphilitique, concernant l’une un glaucome chronique bilatéral, la seconde un glaucome secondaire à une choroïdite diffuse et la troisième un glaucome double secondaire à une irido-cyclite. Piémont, en 1919, rapporte une observation d’irido-cyclite avec hypertension de même origine et modifiée par le novarséno-benzol et le mercure, à l'exclusion de toute autre médication.
Mais souvent, malheureusement, ce traitement général est interrompu trop tôt et l’hypertension augmente; il faut alors recourir au traitement chirurgical: l’iridectomie, qui est une véritable sympathectomie irienne, la voie réflexe est interrompue et on peut ainsi empêcher l’extension des phénomènes glaucomateux dans l’œil resté sain.
CÉPARTRRE "IV