OBSERVATION I
Iritis gommeuse. — Accidents glaucomateux =
LAGRANGE et AUBARET (Arch. d'Ophtalm., 1904, p. 510
J. D, 17 ans, couturière, vient pour la première fois à la clinique ophtalmologique, le 30 mai 1903. Il y a un mois, à la suite d'un refroidissement, apparition d’un trouble de la vision des deux yeux sans douleurs. À l'œil droit, le trouble persiste et s'accentue au point que la malade arrive à ne plus distinguer ses doigts. À gauche, le trouble disparaît. L’œil droit présent l’aspect d’une irido-cyclite non douloureuse avec exsudats nombreux et trouble de la cornée analogue à celui de la kératite interstitielle, l'humeur aqueuse est également trouble, mais elle permet de constater néanmoins sur la surface de l'iris des lésions particulièrement intéressantes. Il existe, en effet, sur tout le pourtour de l'iris, de véritables granulations grisâtres, ayant un aspect miliaire disposées surtout en abondance à la partie inférieure de l'iris. Le pourtour de la pupille est irrégulier et présente quelques syné-
chies. La pupille est moyennement dilatée, le fond d'œil est inéclairable et le tonus est notablement augmenté. Les troubles fonctionnels sont les suivants: pas de douleurs, pas la moindre réaction inflammatoire, à peine une légère hyperhémie conjonctivale, mais la vision est abolie, le sens lumineux seul est conservé. Les antécédents de la malade ne révèlent rien de particulier au point de vue hérédo-spécificité, bonne santé habituelle, ce qui attire actuellement l’attention, c’est l'aspect particulier des exsudats de l'iris, revêtant la forme de granulations miliaires et l’hypertension, état glaucomateux manifeste de l'œil droit. La malade est hospitalisée et soumise tout d’abord à un traitement hydrargyrique (frictions mercurielles et sirop de Gibert) et à des installations de pilocarpine. En trois jours, la tension redevient normale, le troisième jour, afin d'éviter la formation de synéchies trop abondantes, on instille de l’atropine. Le tonus oculaire augmente un peu, mais l’atropinisation est continuée et, malgré son emploi, le tonus diminue, les exsudats se résorbent, la cornée s’éclaircit et la vision s'améliore. En quinze jours, l'œil droit est redevenu normal. Cet état reste stationnaire jusqu'au 17 novembre 1903. Depuis une semaine environ, la malade se plaint de voir une tache noire sur les objets qu’elle fixe. Elle a remarqué que la vision baisse très légèrement au moment des règles. A l’ophtalmoscope, on voit sur la cristalloïide antérieure une couronne de points noirs parallèles à l'iris, vieux restes de synéchies anciennes. Dans le fond de l'œil, qui paraît normal, on finit par trouver au centre de la macule une petite tache grise, floue, ayant la dimension d’un grain de mil. La malade retourne chez elle et continue son traitement: frictions mercurielles et sirop de Gibert. Elle revient à la clinique le 20 mars 1904. Depuis huit jours, l'œil droit est redevenu trouble, la vision a très rapidement baissé et elle présente de nouveau une poussée d''uvéite avec des exsudats nombreux et un trouble de la cornée. Les amas grisâtres d’exsudats sont un peu moins volumineux que lors de la première poussée exsudative, mais la tension oculaire est encore augmentée. L’œil droit parait même sensiblement plus volumineux que l'œil gauche. Il n'existe toujours pas le moindre phénomène douloureux et la vision est presque complètement abolie. La malade est
soumise à un traitement spécifique, malgré que l’hérédo-syphilis ne puisse être affirmée et qu'elle n'ait aucun autre signe de la triade d'Hutchinson.
Dans cette observation, il s’agit de glaucome secondaire consécutif à une uvéite antérieure, chaque poussée donnant lieu à une hypertension se manifestant dès l'apparition des exsudats. Quant à l’origine de ce glaucome, l'efficacité du traitement hydrargyrique fait évidemment penser qu’il s’agit ici d'hérédo-syphilis, bien que les antécédents de la malade ne
révèlent rien d’anormal.