LES CALAMITES DES DERNIERS JOURS II
L'ébranlement du ciel, comme on le voit par les Psaumes, par Nahum, Habacuc n'a pas un autre sens. Cette expression signifie l'approche d'un grand événement et c'est dans ces mêmes termes que le prophète Aggée annonce l'arrivée du Messie attendu (i). La chute des étoiles signifiait l'écroulement d'une haute situation politique. Daniel voit un des enimaux mystérieux a élever sa grande corne jusqu'aux armées du ciel, et il en fît tomber les plus forts ; il en précipita les étoiles et il les foula aux pieds (2). »
Si les exemples empruntés aux prophètes de l'Ancien Testament rendent possible et même vraisemblable l'interprétation allégorique de certains passages, il en est d'autres qui s'y montrent plus réfractaires, et que d'ailleurs la croyance commune a toujours appliqués à la parusie. Le signe du Fils de l'homme apparaissant dans le ciel, et le Fils de l'homme venant sur les nuées (V. 3o et 3i) ne signifieraient-ils autre chose, comme le veut le docteur Schcltz, que le Messie venant accomplir un grand châtiment ou une révolution, et rendant de la sorte manifeste l'empire qu'il exerce du haut du ciel ? Et sous la désignation des anges qui rassemblent les élus des quatre coins du monde faut-il entendre les apôtres appelant à l'évangile et réunissant à Jésus-Christ les hommes jugés dignes d'appartenir au royaume céleste .î^ Nous ne le pensons pas ; ce mode d'explication paraîtra d'autant moins acceptable qu'en maint autre endroit de l'évangile Notre-Seigneur se sert d'expressions identiques en parlant de son avènement final à la consommation des siècles, a Le fils de l'homme viendra dans sa majesté accompagné de tous ses anges et s'asseyera sur le trône de sa gloire, et toutes les nations étant rassemblées devant lui, il séparera les unes d'avec les autres, comme le berger sépare les boucs d'avec W brebis. »
« Vous verrez, dit le Sauveur à ses juges, le Fils de l'homme assis à la droite de la majesté de Dieu et venant sur les nuées du ciel )>. C'est bien du dernier jugement qu'il est ici question. Et soit qu'on entende au figuré la trompette de Fange, soit qu'on préfère le sens propre, c'est, selon
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a. Daniel, Mil, 10.
saint Paul, sa voix éclatante qui au jour de la résurrection ira réveiller les morts au fond de leurs tombeaux. Faudrat-il donc donner à ces expressions partout où elles se rencontrent un sens métaphorique et par suite idéaliser la Parusie au point d'en retrancher l'apparition personnelle et visible du Fils de l'homme ? Nous aurons plus d'une fois l'occasion de revenir sur ces matières. Il ne s'agit quant à présent que des phénomènes telluriques ou cosmiques qui marqueront la fin du monde actuel : nous venons d'entendre l'Ecriture, interrogeons maintenant la science et demandons-lui si elle a d'autres solutions à proposer et des objections sérieuses à faire valoir contre l'enseignement eschatologique de l'église chrétienne.
CHAriTRE 111
LA FM DC MO>'DE d'apRÈS LA SCIEKCE
Si
Ce titre, un peu ambitieux, pourrait donner lieu de croire que nous attendons de la science des données certaines, des conclusions indiscutables sur la fin des choses ; une telle attente serait vaine ; la science se tait, ou si elle parle, c'est pour hasarder des conjectures, formuler des hypothèses ; elle ne nous apprend ni si le monde aura une fin, ni comment il finira. C'est qu'il s'agit d'événements qui relèvent de la libre volonté de Dieu et au sujet desquels nous ne pouvons savoir que ce qu'il lui a plu de nous révéler. Cela ne signifie pas qu'il ne puisse faire concourir à l'accomplissement de ses desseins les éléments et les forces physiques qu'il a créées, les lois qu'il a librement établies pour le fonctionnement ordinaire de la machine, mais que ces lois par elles-mêmes et sans l'intervention spéciale de leur Auteur, ne peuvent aboutir à des événements tels que la résurrection des corps, le jugement universel, la constitution définitive du royaume céleste.
Mais cette intervention particulière de Dieu, qu'est-elle autre chose, dira-t-on, sinon le miracle ? c'est-à-dire, selon l'école rationaliste, ce qu'il y a de plus contraire à la méthode scientifique. La vraie science tient un autre langage. Elle connaît ses limites, et combien ces limites sont étroites ; il y a des questions qui dépassent la sphère où elle se meut, les questions de l'origine et de la fin des choses, celles qui intéressent essentiellement la destinée de l'homme et du monde. La science pose des problèmes et se déclare impuissante à
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les résoudre. On croit avoir tout dit quand on a parlé de la matière primordiale, de la nébuleuse primitive, du mouvement d'attraction et de répulsion des atomes, des lois de la gravitation, mais ces lois sont des lois contingentes ; elles n'ont rien de nécessaire ni d'essentiel à la matière, par ellemême inerte et passive. D'où viennent-elles et qui les a établies ? Et la matière elle-même qui lui a donné l'être et imprimé le mouvement ? Yeut-on revenir à la théorie dualiste de la matière éternelle et incréée .^^ On n'en serait pas plus avancé, car il resterait à expliquer comment la matière, par elle-même indifférente au repos et au mouvement, a reçu des propriétés qui ne découlent point de sa nature. Si donc il faut recourir à l'action d'un Dieu créateur pour expliquer la naissance et la constitution de l'univers, comment lui refuser le droit et le pouvoir de modifier son œuvre, de la détruire ou de la transformer, selon les desseins de son éternelle sagesse ?
Pour apprécier la valeur des arguments prétendus scientifiques qu'on nous oppose, deux conditions s'imposent : — Ne pas imputer à l'Ecriture ce qu'elle ne dit pas ou plus qu'elle ne dit ; — ne point arguer contre elle au nom d'hypothèses douteuses qui n'ont reçu la sanction défmitive ni du raisonnement ni de l'expérience. Les textes sacrés sont susceptibles d'interprétations diverses, plus ou moins rigoureuses, sur rétendue et les effets du bouleversement final. La catastrophe annoncée sera-t-elle limitée à la terre que nous habitons ? Enveloppera-t-elle tout notre système planétaire.^ Ou bien s'agit-il d'une révolution cosmique sans autre limite que les confins de l'univers ? Là-dessus, les opinions sont partagées, et la controverse est permise ; nous en avons plus haut cité des exemples.
Le soleil privé de sa lumière, les étoiles tombant du ciel, ies vertus des cieux ébranlées, semblent bien indiquer une perturbation générale du Cosmos, mais doit- on les prendre au pied de la lettre.^ Dans les passages déjà cités de l'Ancien Testament ces impressions signifiaient d'une manière générale de grandes calamités physiques, politiques et sociales. D'ailleurs pour expliquer les paroles de l'évangile et des apôtres pas n'est besoin de recourir ni au sens allégorique ni à l'hypothèse d'un bouleversement universel. La fumée d'un vaste incendie, les pluies de cendres vomies par des volcans
d'après la science i5
en éruption, d'épaisses vapeurs émanées du sol, suffisent à intercepter les rayons du soleil et à produire la même obscurité que si cet astre avait perdu son éclat intrinsèque. Or c'est précisément aux approches du dernier jour que ces phénomènes, bien propres à inspirer la terreur, se produiront avec le plus de fréquence et d'intensité.
Et quant aux étoiles tombant du ciel, nous croyons qu'il s'agit dans les textes eschatologiques du Nouveau Testament de phénomènes physiques analogues à ceux qu'on vient d'énumérer ; mais cela ne signifie pas nécessairement que les astres du firmament, des millions de fois plus gros que la terre, viendront s'abattre sur notre globe qui n'est qu'un point dans l'immensité. Il s'agit sans doute de m^étéores ignés, par exemple d'une pluie d'aérolithes enflammés, de globes de feu lancés par la foudre, sans compter la rencontre ou simplement le voisinage possible d'une ou de plusieurs comètes. D'aussi étranges phénomènes peuvent bien donner lieu de croire que le ciel et la terre sont secoués jusque dans leurs fondements ; c'est une métaphore dont il ne faudrait pas presser outre mesure l'application.
L'action du feu jouera le rôle principal dans ces bouleversements de la nature. La conflagration finale est également annoncée dans les livres sibyllins ; on retrouve l'écho de cette tradition dans Ovide ; c'était aussi un des dogmes fondamentaux de l'école stoïcienne. Elle ne s'accorde guère avec la théorie moderne du refroidissement graduel (i), mais qu'estce que cette théorie sinon un système plus ou moins plau-
(i) On sait que d'après la théorie cosmogonique de Laplace, un jour viendra où le soleil ayant épuisé par le rayonnement dans l'espace l'énorme quantité de calorique emmagasinée dans sa niasse, à l'époque de sa formation, cessera de verser sur notre monde planétaire la chaleur, la lumière et la fécondité. Il passera à l'état de soleil éteint, comme les planètes, autrefois lumineuses par ellesmêmes, mais devenues, par l'effet du refroidissement, ce que nous les voyons aujourd'hui. Alors notre monde sera plongé dans l'obscurité. Est-ce bien à ces phénomènes que Notre Seigneur a voulu faire allusion ? C'est chose peu probable; quand le soleil aura lancé son dernier rayon de chaleur et de lumière, si le fait arrive janiais, des millions de siècles se seront écoulés depuis que le refroidissement graduel aura rendu la terre inhabitable et que le genre humain aura disparu de sa surface.
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sible ; un essai plus ou moins heureux d'explication des faits astronomiques, explication qui demain peut-être aura fait place à une autre. D'ailleurs avant la période glaciaire qu'on voudrait nous faire entrevoir dans un lointain immense que de révolutions géologiques peuvent se produire qui échappent aux prévisions de la science ! Ni le feu central n'est éteint, ni les actions et les réactions chimiques des éléments intérieurs du globe n'ont dit leur dernier mot. Qui oserait affirmer que les transformations du règne animal et du règne végétal, dont la surface du globe a été tant de fois le théâtre, aient atteint leur phase dernière et définitive ? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas au point de vue exclusivement naturel qu'il faut nous placer dans la question qui nous occupe. Que sont les phénomènes annoncés sinon la manifestation de la justice divine employant les forces et les lois de la nature à l'exécution de ses arrêts ? Or nous le répétons, le Créateur qui a créé ces forces, établi ces lois, reste le maître de leur imprimer la direction la plus conforme aux vues de sa sagesse, en dehors de leur action ordinaire. La toute-puissance divine peut d'un jour à l'autre renverser les systèmes et déconcerter les calculs des savants. Qu'on nous permette ici de citer avec quelque étendue l'opinion d'un savant chrétien dont nous sommes heureux d'invoquer le témoignage (i).