S. Grégoire M. HomîHa in Evang^elîa
"• i LA FIN DU MONDE
La plupart des prédictions relatives à la fin prochaîne du monde reposent sur des calculs arbitraires, sur des analogies plus ou moins fantaisistes et des interprétations erronées, ou tout au moins douteuses, de l'Ecriture. L'un de ces calculs les plus répandus se lit déjà dans l'épître attribuée à saint Barnabe. C'est celui qui limite la durée du monde à six mille ans par analogie avec les six jours de la Genèse. L'Apocalypse a donné lieu à d'innombrables supputations sur l'époque de la venue de l'Antéchrist et les derniers temps de l'Eglise. On sait les terreurs du monde chrétien aux approches de Tan mil. On faisait commencer à la date de l'Incarnation le millénaire pendant lequel, selon saint Jean, la puissance de Satan demeure enchaînée (i). Ces calculs chimériques ont Leau être démentis par l'événement ; chaque siècle en voit paraître de nouveaux qui n'auront pas un meilleur sort, et ne servent qu'à faire mieux ressortir l'oracle émané de la bouche du Fils de Dieu : a II ne vous appartient pas de connaître les temps ni les moments que le Père a réservé» à sa toute puissance. »
Si Ton considère l'état présent du monde et la disposition générale des esprits, on est tenté de croire à la proximité des temps calamiteux prédits par Notre- Seigneur bien plus qu'au triomphe terrestre et surtout prochain de l'Eglise. Jésus, parmi les signes précurseurs de sa seconde venue, signale l'affaibhssement général de la foi. Or n'est-ce pas le caractère des temps présents ? Ce triste symptôme, le plus inquiétant de tous, donne une apparence de raison à ceux qui regardent comme prochains les temps de désolation où l'enfer rassemblera toutes ses forces contre la cité de Dieu.
La crise que traverse actuellement l'Eglise est certainement 'une des plus graves qui aient marqué le cours de sa vie militante. Ce n'est plus seulement à la révélation divine ni à l'ordre chrétien que l'incrédulité s'attaque : ce qu'on veut anéantir c'est la religion même naturelle, ce sont les dogme» fondamentaux de la morale, qui sont en même temps le» /