IV
Nous ne terminerons point ce chapitre sans faîre au moins une mention rapide de la manière dont la criiique rationaliste prétend résoudre la question qui nous occupe. Selon M. Renan, ou plutôt selon ses maîtres d'Outre-Rhin, la question de l'Antéchrist appartient au passé, non à l'avenir ; il y a plus de dix-huit siècles qu'il a paru dans la personne de Néron, le premier persécuteur des chrétiens. Néron, voilà le personnage attendu dans un prochain avenir par saint Paul et par l'auteur de l'Apocalypse. Pour apprécier cette prétendue solution, quelques notions préliminaires sont indispensables.
Au rapport de Tacite (i), le bruit se répandit, peu après la disparition de Néron, que le monstre couronné qu'on croyait mort avait survécu à ses blessures, qu'il vivait caché dans un coin de l'Orient, chez les Parthes, d'où il reviendrait bientôt, à la tète d'une puissante armée, pour ressaisir le souverain pouvoir ; le retour de Néron, c'était le retour de l'Antéchrist ; telle paraît du moins avoir été la persuasion d'un certain nombre de chrétiens, persuasion dont on retrouve l'écho dans les livres sibyllins et dans l'ouvrage apocryphe intitulé l'Ascension d'Isaïe. Elle survécut à l'époque qui l'avait vue naître, et on en suit la trace jusqu'au troisième siècle dans les écrits de Lactance (2), qui la traite de chimère. Sulpice Sévère, à tort ou à raison, l'attribue à saint Martin (3). Il est vrai qu'on n'avait pas revu Néron, mais il devait reparaître à la fin des temps comme persécuteur et Antéchrist, soit que Dieu le garde quelque part vivant, comme Hénocli et Elie, soit qu'il veuille le ressusciter au temps marqué. Cette opinion bizarre compta peu de partisans ; les Pères de l'Eglise, saint Jérôme (4)> saint Augus-
r. Hist, L. II, c. VIÎI.