II Cor., V
points, caractérise l'enseignement de Jésus. Si donc on fait remonter jusqu'à lui la peinture du dernier jugement, telle que nous la lisons dans les trois premiers évangiles, il faut admettre en même temps qu'il a voulu s'accommoder à la faiblesse des juifs charnels et voiler sa doctrine à l'aide d'images symboliques dont il nous reste à dégager le sens. Ainsi la résurrection est une métaphore qui, sous une forme sensible, exprime très bien la rénovation spirituelle de l'àme et son retour à la vie de la grâce. La révélation du Christ, son avènement, c'est la lumière de l'éternelle vérité dissipant les ténèbres de l'intelligence. Le jugement est un fait divin, mais un fait permanent qui s'accomplit tous les jours dans la conscience et dans l'histoire. Tout le reste est du domaine du mythe ou de la fantaisie. A l'appui de cette explication, le rationalisme invoque l'autorité du quatrième évangile, dont le principal mérite, à ses yeux, est d'avoir spiritualisé le christianisme primitif.
L'erreur que nous signalons ici n'est pas nouvelle : dès les premiers siècles de l'Eglise, les gnostiques et les docètes avaient ouvert la voie dans laquelle le rationalisme s'engage à leur suite. Tout se tient, tout s'enchaîne dans l'ensemble de la vérité révélée. Si le second avènement du Christ dans son corps glorifié contredit la vraie notion du spiritualisme chrétien, il faut, à plus forte raison, en dire autant du premier avènement dans lequel il a revêtu un corps passible et mortel. Que devient l'incarnation du Fils de Dieu ? Une simple apparence, disaient les docètes ; l'apparition passagère de la vérité incréée dans la raison finie, répond à son tour le rationalisme. Par conséquent, plus d'Eglise visible, plus de sacerdoce, plus de sacrements, et finalement la suppression du christianisme comme institution historique et positive. Un tel système n'est plus seulement le spiritualisme ; c'est l'idéalisme poussé à sa dernière limite, c'est-à-dire le renversement de toute religion, de toute morale, de toute certitude philosophique.
Or, étant donné le fait matériel et visible de la réapparition du Christ, pourquoi se préoccuper des circonstances accessoires qui, après tout, n'ont rien de plus étrange que le fait en lui-même ? Le Fils de l'homme paraîtra sur les nuées dans tout l'éclat de sa gloire, environné des anges et des