Os., III
APPENDICE 59
à la condition de s'incorporer à la nation sainte par la circoncision et la pratique des observances légales. C'était perpétuer le judaïsme et son particularisme étroit, nier la rédemption par le Christ, étouffer dans son berceau la religion nouvelle. Parmi les Juifs convertis, tous ne surent point s'affranchir d'un préjugé si contraire à l'essence même du christianisme ; de là cette fameuse controverse de^ judaïsants qui troubla si profondément l'Eglise naissante.
Saint Paul fut l'apôtre suscité de Dieu pour mettre en lumière le vrai caractère de la Rédemption et en assurer le bienfait aux Gentils, sans leur imposer le joug du ritualisme mosaïque. On sait ce qu'il lui en coûta de luttes et de souffrances pour arracher l'Eglise chrétienne aux étreintes de la Synagogue. Ce qui rend juste devant Dieu, ce n'est ni la loi, ni les œuvres de la loi, mais la justice qui vient de Dieu par la foi en Jésus-Christ (i), non pas sans doute la foi morte et stérile, mais « la foi vivante qui agit par la charité (2) » : voilà le constant objet de son enseignement pendant tout le cours de son laborieux apostolat, plus de distinction entre les Juil's et les Gentils, (( parce que tous n'ont qu'un même Seigneur qui répand ses richesses sur tous ceux qui l'invoquent (3). » — « Plus de diîVérence, non seulement de juif et de gentil, de circoncis et d'incirconcis, mais de Barbares, de Scythes, d'esclave et d'homme libre : Jésus-Christ tout en tous (4) . » Les Juifs se réclamaient de leur ancêtre Abraham, et se prévalaient de cette glorieuse origine pour justifier leurs prétentions. Saint Paul leur enlève cette illusion. La descendance charnelle d'Abraham, par elle-même, ne confère aucun titre, aucun privilège devant Dieu. C'est à la postérité spirituelle du Saint Patriarche que les promesses ont été faites. Abraham a été justifié par la foi, et ceux-là seuls sont les vrais enfants d'Abraham qui l'ont imité dans sa foi (5;. Aussi est-il appelé le Père des croyants.
On conçoit l'irritation produite chez les Juifs par une doctrine qui heurtait si violemment leurs préjugés de race, et l'on s'explique leur acharnement à poursuivre saint Paul pendant sa vie, et à décrier .sa mémoire après sa mort. Lui, de son côté, ne cesse de protester de son ardent amour pour ses frères ; il est saisi d'une tristesse profonde à la vue de leur endurcissement, à tel point qu'il souhaiterait d'être anathème pour les sauver (6). Il se console par l'attente de jours meilleurs. Si en effet la loi est devenue caduque et les observances légales inutiles, il ne s'ensuit pas que Dieu ait rejeté son
Rom., III, 21, 22.
Galat., V. 6.
Rom., X, 12.
Coioss., m, 1 1.
Galat., m, 7-18.
Rom., IX, 1-3.
6o LA FIN DU MONDE
peuple. (( Israël, tombé dans l'aveuglement, n'a pas trouvé ce qu'il cherchait; son héritage a passé à d'autres, choisis de Dieu (i;. » Mais cet aveuglement ne sera pas éternel ; un jour viendra où les écailles tomberont des yeux de ce peuple infortuné, (c Je ne veux pas, dit l'Apôtre, vous laisser ignorer ce mystère, afin que vous ne soyez point sages à vos propres yeux, savoir qu'une partie des Juifs est tombée dans l'aveuglement jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée (dans l'Eglise), et qu'ainsi tout Israël soit sauvé, selon qu'il est écrit : Il sortira de Sion un Libérateur qui bannira l'impiété de Jacob (2). »
Quant à l'époque de ce grand événement, saint Paul se borne à dire qu'il aura lieu après que la plénitude des gentils sera entrée dans l'Eglise. Mais que signifie cette expression, la plénitude des gentils ? L'Apôtre veut-il dire que la totalité des nations doit se convertir à la foi chrétienne avant la conversion des Juifs à l'Evangile ? S'il en est ainsi, la prophétie n'est pas près de recevoir son accomplissement, car plus des trois quarts des habitants du globe sont encore ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie, du schisme ou de l'hérésie, et rien ne fait pressentir la réalisation prochaine de la promesse du Sauveur : <( Il n'y aura qu'un seul troupeau et un seul pasteur (3). » Après tout, le bras de Dieu n'est point raccourci ; Celui qui tient dans ses mains le sort des nations, précipite ou ralentit la marche des événements, selon les vues de sa justice et de sa miséricorde. Nous n'avons rien de décisif à objecter contre ceux qui, en dépit des apparences contraires, pensent que l'heure du triomphe ne tardera pas à sonner pour l'Eglise.
Quoi qu'il en soit, l'opinion commune ne prend pas en un sens aussi rigoureux ce que Siiint Paul appelle la plénitude des gentils. Le salut a été mis à la portée de tous les hommes, l'Evangile prêché par toute la terre, et partout la divine semence a porté ses fruits. Le grain de sénevé est devenu un grand arbre, à l'ombre duquel ont vécu et vivent encore des millions de fidèles appartenant à toutes les nationalités. Pas une contrée du globe où ne se dresse l'étendard du Christ. Toutes les races, toutes les tribus, toutes les langues sont représentées dans le bercail commun sous la houlette du Pasteur suprême. Cette immense foule de peuples pressés dans l'Eglise peut bien s'appeler une plénitude sans forcer le sens du texte. C'est ainsi d'ailleurs, et dans le sens d'une diffusion moralement universelle, que les théologiens interprètent les passages de l'Ecriture relatifs à la catholicité de l'Eglise.
Certains esprits, frappés du mouvement intellectuel qui s'opère au