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ENLÈVEMENT ET TRANSPORT DES PRODUITS FABRIQUÉS

Mécanisme hydraulique de la sécrétion biliaire. — Vis a tergo. —

L'aiguillage de la vésicule. — Les brosses automatiques. Structure et disposition des canalicuies biliaires de divers ordres.

— Calcul du nombre des canalicuies biliaires : sept cents milliards de canabcules, qui se subdivisent encore en réseaux intracellulaires. — Découverte de KupfTer, Popoff, Brocwicz.

Appareils accessoires à fonctions inconnues. — Glandes biliaires.

— Vasa aberrantia.

Ce service, distinct des précédents, est assuré par le chiffre fantastique de 700 milliards de conduits. Partis des cellules, ces canaux aboutissent, en se réunissant les uns aux autres, à une sorte de grand collecteur, le canal hépatique, sur le trajet duquel les produits complexes qu'il charrie, appelés « bile », sont mis en dépôt dans un réservoir spécial, appelé vésicule biliaire, d'oii ils sont enfin déversés par un autre canal dans l'intestin au fur et à mesure des besoins. Nous n'insisterons pas sur le mécanisme hydraulique de la sécrétion biliaire, son mécanisme de chasse automatique dans les petits conduits, sa progression vers les gros conduits par le système de la vis a tergo.

La vésicule biliaire est commandée par un appareil de fermeture et de progression remarquable. « Le branchement du canal qui aboutit à la A'ésicule se remplit grâce à un système d'aiguillage constitué par un sphincter important. > (Gilbert et Carnot. Les fonctions hépatiques, 1902).

Ajoutons que les principaux conduits biliaires collecteurs, qui aboutissent au canal hépatique, sont tout recouverts sur leur lumière de myriades de brosses vivantes, les cellules à cils vibratiles. Chaque cellule porte un plateau sur lequel sont implantés, en rangées régulières, les cils. Ceux-ci ont des mouvements

ondulés, rythmés, coordonnés dans un sens déterminé et calculé en vue de l'étonnante fonction dont ils sont chargés.

Décrivons la structure et la disposition des canalicules biliaires.

En remontant vers les cellules, « arrivés à n'avoir plus que 0 mm. 06 de calibre, les collecteurs commencent à s'anostomoser ensemble, à 0 mm. 03 ils forment déjà un réseau, à 0 mm. 022 le réseau est très serré ».

Ils sont formés par une membrane propre extrêmement mince, homogène, transparente, revêtue d'une mince couche d'épithélium pavimenteux (le carrelage de faïence déjà décrit pour les capillaires sanguins).

Lorsque ces canalicules sont arrivés à avoir 0 mm. 1 de diamètre, en descendant vers le canal hépatique, leur épithélium prismatique s'est transformé et est recouvert, comme nous l'avons dit, de cils vibraliles. Ils deviennent dès lors des organes actifs qui déterminent un courant excréteur dans les substances qu'ils contiennent. Enfin, en convergeant vers le canal hépatique, la tunique externe des canalicules devient plus épaisse et contient des fibres musculaires lisses qui forment comme des anneaux constricteurs de caoutchouc.

Du côté opposé, c'est-à-dire au niveau des cellules, les canalicules sont d'une telle ténuité que les opinions diffèrent sur la constitution de leurs parois. Quelques auteurs soutiennent qu'ils semblent avoir une paroi propre, tels Eberth, Budge, Andréje- A'ic, Pesczke, Fleischl, Legros; mais la plupart, à la suite de Ranvier, ne partagent point cette opinion et pensent que le canalicule est un canal et non un tube. Une raison d'apologétique — l'économie de matière par l'Intelligence, suivant le principe général toujours appliqué dans l'organisme — nous ferait pencher vers cette opinion.

« Comme on le voit, dit un auteur, le capillaire biliaire naît directement entre les cellules hépatiques. A ce niveau, deux cellules juxtaposées se creusent chacune d'une gouttière et l'ensemble de ces deux cavités juxtaposées détermine l'espace occupé par le capillaire. •

Un matérialiste s'explique ainsi facilement et d'une façon toute satisfaisante la cause cachée et le mécanisme de cette opération partout symétrique de modelage ou de ciselure. Ce n'est pas plus difficile que cela : « Les cellules se creusent de gouttières. » Pourquoi ne s'en creuse-t-il pas ainsi ailleurs dans une matière quelconque, par centaine de milliards, avec une utilité précise, une indispensabilité absolue? C'est que la vérité sans

partage réside dans la plasticité préétablie par l'Intelligence, dans le transformisme téléologique : toujours l'opération se fait et réussit pour un but.

L'opinion qui prévaut aujourd'hui au sujet de la structure des canalicules biliaires juxtacellulaires est celle de Kuljabdo. Kuljabdo (1897) a constaté que la bordure du canalicule biliaire est formée par une condensation du protoplasma fibrillaire plus parliculièrement épaissi à ce niveau.

Le réseau formé par ces canalicules a été reconnu à mailles polygonales dont chacune enlace une cellule.

Chaque cellule du foie, chaque petit cube ou dé à jouer, nous apprend l'histologie, est en rapport avec les canalicules biliaires par toutes ses arêtes.

Répondant donc aux piles radiées de cellules, il y a d'abord, comme pour les vaisseaux sanguins, 10 milliards de canaux collecteurs formant un des systèmes de rayons de la roue de bicyclette déjà étudiée.

Ces dix milliards de canaux radiants communs à toute une rangée de cellules (il n'en est pas exactement ainsi en réalité et nous diminuons de cette façon consiilérablement notre total) forment les rigoles creusées dans un des sens, celui de la longueur par exemple, de la série de celluies ou petits cubes juxtaposés : mais les canaux transversaux qui sont taillés dans l'arête des cellules suivant le sens de la largeur et de la hauteur constituent deux canaux, absolument distincts, par cellule, ne s'abouchant qu'irrégulièrement, obliquement ou ne s'abouchani pas, directement en tout cas, avec ceux de la cellule voisine. Cela fait 350 milliards x 2 = 700 milliards, qui, ajoutés aux 10 milliards de conduits principaux sur lesquels ils s'embranchent, forment un total de 710 milliards de conduits destinés à drainer chacun une région distincte. La substance du foie est donc taillée, sculptée, percée à jour de plus de 700 milliards de canaux pour la bile seule.

Si nous envisagions tels foies particulièrement développés oii il y a, nous Tavons vu, jusqu'à 740 milliards de cellules, cela ferait 1.500 milliards de conduits.

On dira peut-être qu'il est ainsi compté abusivement chaque segment transversal pour un conduit, comme si dans un filet ordinaire on comptait chaque côté de maille pour une unité. La compai'aison est inexacte et insoutenable. Contrairement aux fils composant le réticulum d'un filet ordinaire, les canaux transversaux ne se continuent pas bout à bout pour former un seul canal transversal commun à une série de cellules. Ils

s'abouchent irrégulièrement entre eux avec les inclinaisons les plus variées sur les conduits longitudinaux principaux, celui-ci perpendiculairement, cet autre obliquement à angle obtus ou bien aigu, elc, et chaque canal cellulaire transversal (sens de la largeur et sens de la hau(eur) forme une entité distincte, propre à chaque cellule, dont la forme polygonale varie souvent, nous l'avons dit. Les dessins formés parles mailles deseanalicules qui la contournent, sont ainsi^ tantôt des losanges, tantôt des rectangles, des triangles, etc.

Lorsque dans un pré à drainer, vous voyez que le système des canaux longitudinaux est insuffisant et laisse des régions non desservies, lorsqu'alors vous mettez un certain nombre de canaux transversaux reliant chacun deux tubes longitudinaux, branchements distincts ne s'abouchant pas entre eux régulièrement, si ce n'est par hasard, et ne dessinant pas ainsi un quadrillé, mais un lacis irrégulier, chacun étant disposé suivant le besoin local, ne comptez-vous pas logiquement comme une unité chacun de ces conduits transversaux ?

La comparaison s'applique rigoureusement au foie.

Ce nombre de 700 milliards est par lui-même prodigieux ; mais il y a mieux encore.

Ces cellules, petites usines si remarquables et si compliquées, sur lesquelles ont été faites tant d'études et dont on ne connaît, cependant, encore que peu de choses relativement à la totalité des travaux qui y sont probablement accomplis, ces cellules sont donc ainsi desservies par 700 milliards au moins de canaliculcs finement sculptés dans une région de protoplasma plus épaissie par précaution. Ils sont constitués par deux cannelures toujours parfaitement en regard sur la substance ainsi creusée de deux cellules distinctes qu'ils sont appelés à desservir à la fois. De quelle façon physique ou chimique le protoplasma est-il ainsi creusé ? Nous l'ignorons ; mais nous en voyons le résultat.

Ces 700 milliards de canalicules biliaires, qui embrassent complètement chaque cellule comme une sertissure ou un châssis, sont en relation à leur tour avec tout un réseau intracellulaire.

Kupffer a minutieusement décrit, dès 1879, un fin réseau de canalicules intracellulaires. Ce réseau, extraordinairement grêle, se constitue dans chaque cellule autour du noyau, et se dirige en rayonnant vers la périphérie. Il converge, en général, vers de petites cavités ampullaires qui s'ouvrent par un conduit filiforme dans le système péricellulaire. Ce réseau a été décrit aussi par Popoff, par Pfeiffer et enfin parBrocwicz .1897). « Les canalicules intracellulaires situés dans les trabécules protoplas-

miques sont remplis de sels et de pigments biliaires. Ils présentent des dilatations A'acuolaires. Les relations des canalicules avec le noyau militent en faveur d'une active participation de celui-ci à la sécrétion biliaire. » (Poirier, loc. cit., t. IV, p. 747). Mis en éAidence par les procédés les plus divers « leur constatation est dcA-enue aujourd'hui un fait banal d'observation. Les auteurs sont partages sur la question de savoir s'ils possèdent ou non une paroi propre. » (Prenant, loc. cit., p. 181).

Comme le montrent les préparations obtenues par le procédé de GhrzonczszeAVsky (voir par exemple la préparation reproduite in Traité d'anatornie, de Poirier, t. IV, p. 74G), il y a dans la cellule au moins 20 rigoles d'écoulement des produits fabriqués et3 à4 vacuoles ou petits réservoirs, faciles à voir et communiquant par une sorte de pédoncule filiforme avec un conduit biliaire intercellulaire.

Faisons une simple multiplication : 350 milliards m.ultipliés par 20 pour les caniA^eaux utilement creusés dans la petite usine et multipliés par 3,5 pour les vacuoles qui y sont aussi disposées, cela nous donne, nombre très au-dessous de la réalité, le chiffre inouï de 7 tnllions de caniveaux aboutissant à douze cent vingt-cinq milliards de petits réservoirs ! Telle est la merveille divine dans toute sa fulgurante splendeur !

Appareils accessoires à fonctions inconnues. — Sur les conduits interlobulaires, il existe des glandes biliaires en nombre parfois tellement considérable qu'il est fort difficile d'aperccA^oir la paroi du conduit biliaire. Ce sont de petites urnes qui se déversent par un fin canal dans la lumière du conduit. Elaborentelles un des produits qui composent la bile? Servent-elles au bon fonctionnement des conduits? On n'est pas bien fixé. Quant à leur nombre on ne peut l'estimer inférieur à des millions

Nous aurions aussi à citer divers autres organes, encore mal connus, notamment le réseau des vasa aberrantia, conduits aberrants. Leur nombre, écrit Charpy, est de < 8 à 10 tubes par longueur de millimètre à la surface du foie > .

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