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CHAPITRE XI

PRODUITS FABRIQUÉS PAR LES USINES. — FONCTIONS DU FOIE (suitc).

Fonctions de défense de l'organisme (fonctions antitoxiques). — Elaboration d'urée, d'acide urique, de contre-poisons. — Fonctions d'arrêt, d'élimination ou de transformation des produits chimiques.

La lutte contre les microbes vivants. — Lutte spéciale du foie contre certains d'entre eux : bactérie charbonneuse, staphylocoque doré, bacille de la dysenterie, des diarrhées, bacille de la fièvre typhoïde, de la tuberculose.

Action sur le coli-bacille. — Une objection antifinaliste. — Discussion. — Tableau de combats entre les défenseurs de l'organisme et les microbes assaillants. — L'armée phagocytaire. — Les bataillons d'élite (polynucléaires). — Les « cellules géantes «. — Travaux de G. Pétrone relativement au coli-bacille. — L'hypothèse téléologique évidemment confirmée.

21. Nous pénétrons maintenant dans un monde nouveau de merveilles. Nous entrons dans la série des remarquables fonctions de défense qui sont dévolues au foie dans l'organisme humain, fonctions antitoxiqucs, par lesquelles le foie neutralise des poisons violents et mortels ou élabore des contre-poisons.

Nos maîtres des Facultés ont insisté dans leurs leçons de médecine sur cette grande fonction, une des principales découvertes de ces dernières années, qui faisait dire à l'un d'eux, devant cette merveille : « La science chirurgicale tant vantée

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a-t-elle fait des progrès comparables? îl fait bon vivre, dans notre siècle, quand on s'adonne aux choses de la médecine. » ïl eût mieux dit encore : « Il fait bon vivre, dans notre siècle, quand on aime à justifier sa foi, quand on veut confirmer par les sciences les hautes preuves consciencielles et morales de la croyance en Dieu ».

Un magnifique mouvement, qui n'est aujourd'hui qu'à sa faible aurore, ramènera bientôt, nous en aA'ons la conviction, la généralité des hommes de science au finalisme, quels que soient les obstacles extrascientifiques et les préjugés du présent.

Et d'abord décrivons les fonctions uropoïétiques, terme barbare, comme on les affectionne aujourd'hui trop souvent dans le monde des laboratoires, et qui signifie : fabrication de l'urée.

Le foie forme de rurée non toxique et même diurétique par transformation des sels ammoniacaux très toxiques, propriété qui ne semble pas d'ordre diastasique, car elle ne se transmet pas aux extraits. Les expériences de Richet et Chassevant ont montré que le foie produit l'urée, même in vitro, aux dépens des matériaux de désassimilation des albuminoïdes.

22. Le foie fabrique de même de l' acide urique, autre corps bien distinct, que l'on peut assez souvent constater dans l'urine sous forme dim fin sable rouge. Les fonctions uropoïétiques sont donc essentiellement des fonctions antitoxiques et le foie change ainsi des poisons aussi énergiques que le venin de la vipère, non seulement en matériaux inoffensifs mais en matériaux utiles.

23. Le foie a en outre une action neutralisante parfois et une action d'élimination toujours sur les diverses autres ptomaïnes normales, produits qu'ont mis en évidence les travaux d'Armand Gautier, une fonction protectrice à l'égard des leucomaïnes journalières de l'intestiu. Pour tuer un homme, il suffirait des poisons qu'il élimine normalement par le rein, sans parler du poumon, de la peau, de l'intestin, etc., en soixante heures, soit deux jours et demi.

Dans le produit complexe appelé « bile », le foie élimine constamment des éléments de cette nature, très toxiques et ayant, même h dose infime, une action très nocive sur un grand nombre d'appareils, une action sur lacirculalion, une action sur le sang, le rein, le corps thyroïde, aux fonctions encore en partie mystérieuses, le tul3e digestif, le foie lui-même, les tissus, la thermogénèse.

Quand apparaît une imperfection, une irrégularité, une perturbation dans les fonctions antitoxiques, aussitôt se déclare une

terrible maladie, l'insuffisance hépatique ou ictère grave, caractérisée par des vomissements, de la jaunisse, des douleurs, de l'oppression, du délire, des hémorragies du nez, des poumons, de l'estomac, de l'intestin, de la peau, et rapidement du coma agonique.

24. Le foie arrête les matières colorantes toxiques (les couleurs d'aniline, etc., et les pigments, dits biliaires, eux-mêmes).

25. Le foie produit la sulfoconjugaison des phénols qui diminue leur toxicité et joue un rôle des plus utiles. « Le foie, dit Richet, est le grand chimiste de l'économie et nous ne connaissons encore qu'une partie de ses fonctions. >

26. Barrière prudemment placée sur le passage du sang qui vient de recueillir les nouveaux et innombrables produits alimentaires à la surface de l'intestin, le foie arrête aussi, emmagasine et accumule, les mettant hors d'état de nuire — jusqu'à une dose maximum, proportionnellement très élevée, au delà de laquelle évidemment font explosion les accidents d'empoisonnement — les alcaloïdes toxiques charriés par le sang : atropine, curare, strychnine, morphine, hyosciamine, nicotine, alcaloïdes des champignons vénéneux ou du venin des serpents, toxines des viandes avariées, etc., etc.

C'est la fortification qui commande la haute vallée oii coule le fleuve sanguin, la grande voie par laquelle arrive constamment l'ennemi.

27. Il arrête, met en dépôt et accumule en lui et, par suite, annihile l'effet toxique des sels métalliques : sels de cuivre, de fer, de plomb, etc.

Les toxicologues et médecins légistes peuvent ainsi, longtemps même après la mort, retrouver les traces d'empoisonnement criminel (plomb, mercure, etc.) dans ce qui reste du foie là 011 ces composés métalliques s'étaient accumulés.

28. A cette fonction antitoxique provisoire (fonction d'arrêt), s'ajoute relativement à ces substances nocives, étudiées dans les paragraphes 24 à 27, une triple fonction antitoxique définitive.

Ou bien (l^) les poisons sont éliminés peu à peu, très lentement, pendant des années entières parfois, s'il le faut, et ainsi à très petites doses, qui sont sans danger comme on le constate.

29. Ou bien (2^) les poisons sont transformés par le foie en des composés nouveaux non toxiques ou, en tout cas, moins toxiques. En ce qui concerne les alcaloïdes, leur toxicité est moitié moindre lorsqu'ils ont traversé la glande hépatique (Roger). En d'autres termes, les poisons de cette nature sont deux

fois plus virulents quand ils sont injectés dans l'organisme par toute autre veine que par la veine porte qui traverse le foie.

30. Ou bien (3) ils sont fixés indéfiniment par le foie. Ils s'incrustent en quelque sorte dans son tissu.

Sans le foie, ce médecin et ce pharmacien admirables, toujours en éveil, qui confisque au passage pour toujours, retient temporairement ou fractionne, suivant les indications, ces poisons déjà emportés par le sang vers les tissus qu'ils mortifieront, ou bien qui les neutralise aussitôt par les contre-poisons mystérieux de son officine et de sa fabrication encore secrète, sans le foie, à la puissance magique, des doses beaucoup moindres, absorbées inconsidérément, détermineraient fatalement la mort de l'organisme dans beaucoup de cas oii tout se réduit à quelques malaises ou à une indisposition passagère.

31. Le foie n'a pas seulement un rôle d'arrêt ou d'élaboration de contre-poisons pour neutraliser les toxiques chimiques, d'origine soit animale, soit végétale, soit minérale, il a encore un rôle d'arrêt et un rôle de combat, non moins merveilleux, à l'égard des microbes vivants. Ce rôle de défense, qui rend, comme les précédents, tangible à tous, l'évidence du plan préétabli et la trace de la main divine, a été déjà mis en lumière pour beaucoup de micro-organismes. Le foie contient des milliards de pièges à microbes, qui capturent ceux-ci, les retiennent, les tuent ou diminuent leur A'irulence.

On n'a qu'à voir l'envahissement immédiat et triomphant de tous les tissus du cadavre humain par la pullulation des germes aussitôt après la disparition des fonctions de défense, on n'a qu'à constater la lamentable faiblesse aA'ec laquelle le corps devient la proie des infiniment petits, par la moindre contagion dans les grandes et exceptionnelles épidémies de choléra, peste, grippe, variole noire, fièvre typhoïde, etc., pour reconnaître l'importance souveraine de cette fonction antitoxique journalière, sans laquelle, immédiatement attaqués, dévorés par les innombrables ennemis microscopiques auxquels aucun être organisé ne résiste, nous ne pourrions conserver, même un jour, le bienfait de la vie î

Le foie est capable d'arrêter les bacilles vivants de plusieurs façons :

1^ Par suite de l'extrême finesse de ses 100 milliards de vaisseaux, il peut se produire, pense-t-on, le même effet que dans les filtres de porcelaine poreuse, un arrêt sur la paroi par simple adhérence moléculaire, mais il s'y ajoute sans doute ici, disent les auteurs, une c action vitale » des capillaires.

2*^ Par un autre mécanisme, les bacilles vivants sont encore détruits. Les globules blancs du sang (ou phagocytes chargés de la police de l'organisme) « peuvent, dit Werigo, s'accoler aux cellules endothéliales des capillaires et leur céder les microbes, puis une fois débarrassés, ils quittent Fendothélium et rentrent dans la circulation » .

Nous avons vu, par ailleurs, que les myriades de cellules étoilées de l'endothelium des vaisseaux capillaires, qui sont, elles aussi, des phagocytes, mais des phagocytes fixes, capturent et digèrent sans merci les microbes venus ou apportés à leur contact. Ce sont des bouches vigilantes, des têtes de Méduse qui dévorent ceux qui passent. Elles constituent ainsi d'innombrables pièges à microbes disposés de toute part dans le foie. Nous avons vu, du reste, qu'elles emprisonnent et immobilisent les microbes qu'elles ne peuvent mettre à mort.

Enfin la destruction des micro-organismes pathogènes et de leurs toxines meurtrières est aussi et pour beaucoup le fait de l'activité chimique des petites usines, qui élaborent fébrilement, à leur tour, des contre-poisons, des anti-toxines puissantes.

1° Action spéciale sur le bacille charbonneux (microbe de la terrible maladie du charbon).

Chose admirable ! le foie est capable de neutraliser 6d doses mortelles de cultures de la bactérie charbonneuse. « Le rôle protecteur du foie est extrêmement important, nous dit Roger (/nîroduction à r histoire de la médecine, 2« édition, 1905). Une quantité de bacilles charbonneux soixante-quatre fois supérieure à celle qui tue par les veines périphériques est complètement annihilée par le foie. >

32. 2^ Action sur le staphylocoque doré (microbe produisant les abcès, les phlegmons, les diverses suppurations). Le foie a la puissance de neutraliser de 7 à 10 doses mortelles de staphylocoque doré.

33. Le foie exerce également une action protectrice contre le bacille de la dysenterie.

34. Le foie défend aussi V organisme contre le bacille des entérites dysentériformes (diarrhées diverses), contre U oïdium, etc.

35. Le foie protège encore l'organisme contre le bacille de la fièvre typhoïde, hôte fréquent et redoutable de l'intestin. C'est au foie que l'on doit ces fièvres éphémères bénignes, ces typhoïdettes, ces fièvres larvées, ces malaises passagers et inexplicables, qui ne sont très souvent que des fièvres typhoïdes éteintes par lui et rendues inoffensives par sa puissance défensive.

36. D'après des travaux très récents, le foie a aussi une action

défensive contre le bacille de la tuberculose^ que nous ingérons si fréquemment avec les aliments, le lait en particulier.

MM. Lemoine et Gérard, professeurs à la Faculté de médecine de Lille, ont communiqué à l'Académie de médecine, en novembre 1907, les résultats encourageants qu'ils ont obtenus dans le traitement de la tuberculose pulmonaire elle-même par les préparations de bile. Ils ont été ainsi amenés à étudier expérimentalement l'action préservatrice, antitoxique du foie, contre le bacille de la tuberculose dans ses attaques de l'organisme par les voies digestives. Ils concluent que cel te action salutaire est indéniable et montrent qu'il était rationnel de tenter d'utiliser pharmaceutiquement la sécrétion naturelle du foie pour lutter contre la maladie déclarée au poumon.

Par contre, d'après les expériences faites jusqu'à ce jour, le foie n'aurait aucune action sur le streptocoque (microbe de l'érysipèle, de certaines angines graves, etc.). C'est au tissu du poumon qu'est échue l'action protectrice contre le streptocoque.

37. Action sur le coli-bacille. En ce qui regarde le colibacille (microbe pouvant provoquer diverses suppurations), le foie serait au contraire, nous dit un auteur récent, un excellent milieu de culture de cette bactérie. Aussi se hâte-t-il d'ajouter : « Ce résultat, fort décevant au point de vue téléologique, explique bien la fréquence et la gravité des infections d'origine gastro-intestinale. 11 est possible d'ailleurs, que les résultats varient avec l'échantillon utilisé. »

Remarquons d'abord que cette réflexion inattendue sur le point de vue téléologique témoigne bien des préoccupations constantes de beaucoup d'auteurs scientifiques contemporains. Elle révèle la fragilité de Tagnosticisme et montre que le syllogisme finaliste ou antifinaliste hante, volontairement ou non, la pensée des chercheurs.

Ajoutons que le doute finalement exprimé laisse deviner le peu de confiance que cet auteur lui-même a dans ce résultat et son interprét ilion. Les matérialistes savent trop bien par expérience, qu'en fin de compte la nature ïii^Si Jamais pu être prise en faute à l'égard de la perfection pratique des organes et que cela a toujours été, dansées cas, l'expérimentation ou l'interprétation de cette dernière qui est apparue défectueuse. A un autre point de vue, qui nierait aujourd'hui l'utilité de l'appendice, organe lymphoïde de défense, véritable amygdale abdominale?

Enfin les affections dues au coli-bacille, loin d'être fréquentes et graves, sont —mis à part les pays tropicaux insalubres, auxquels l'homme n'est point destiné — des maladies, somme

toute, peu communes et bénignes chez l'adulte, le plus souvent. Combien de personnes connaissent la coîi-baciîlose?

En ce qui concerne les maladies du foie sous les tropiques, leur fréquence est facilement explicable.

Le foie constamment envahi par des légions de bacilles ultravirulents : bacilles de la dysenterie, des diarrhées, coli-bacilies, etc., qui arrivent de l'intestin par millions, lutte sans trêve par ses phagocytes et ses antitoxines, renforçant son action contre ces principes de mort par une congestion incessante qui témoigne de son surmenage et qui finit par raffaiJ)iir à la longue.

Parfois, dans des conditions hygiéniques défavorables (épuisement du corps par la chaleur, l'humidité, les privations, les fatigues, etc.), il est débordé, vaincu. De terribles révolles éclatent dans les prisons phagocylaires du foie oii les bacilles sont capturés et cernés. La bataille devient générale entre l'armée phagocytaire accourue du sang (globules blancs) pour prêter main-forfe et les microbes virulents qui ont pullulé et répandu leurs poisons meurtriers. Les physiologistes ont pu constater par des expériences précises qu'en un quart d'heure un tiers de l'armée leucocytaire mobile, soit prés de 20 milliards de soldats (la comparaison est classique), disparaissent du sang oii ils se tiennent habituellement et accourent au point où la bataille s'engage. Le résultat final de cette dernière, dans le cas de défaite de l'armée phagocytaire, est la formation d'un abcès du foie. Le pus de l'abcès, le champ de bataille, qui est comme on l'a dit un cimetière de bacilles et de phagocytes innombrables vaincus, est rejeté au dehors. C'est l'unique chance de salut pour le foie, l'unique procédé qui lui permette encore de se débarrasser delà pullulation de ses terribles ennemis victorieux et de leurs poisons.

Par ce moyen préétabli et admirable, qui ne va pas évidemment sans retentir gravement sur tout l'organisme, ce dernier joue sa dernière carte et peut parfois encore se sauver de la défaite et de la mort.

Dans le c^s de victoire des phagocytes ou d'élimination du pus au dehors, l'organe reste envahi jusqu'à cicatrisation par d'innombrables phagocytes (les gros globules polynucléaires), incessamment occupés à faire disparaître les bacilles, les tissus mortifiés, les cellules malades, bref à balayer et nettoyer complètement le champ de bataille. C'est même leur présence dans les coupes microscopiques qui permet de distinguer pour les divers organes (foie, cerveau^ méninges, poumons, etc. la nature inflammatoire de la lésion. Cette armée a même des corps d'élite. Dans les batailles prolongées, « dans les cas diffi-

ciles apparaissent des cellules de renfort, épithélioïdes et géantes » (Forgues, Précis de pathologie externe, p. H, 1906), qui viennent cerner et assiéger, des mois durant, les bacilles les plus virulents et les plus vigoureux, quelquefois sans le succès final. Elles font littéralement de leur corps un rempart à l'organisme, comme on le voit sur les coupes.

Du reste, pour en revenir à l'objection plus haut citée, il faudrait bien s'entendre sur cette objection absurde de non-perfection d'un organe.

Ce n'est pas dans ce cas un vice de construction de l'appareil : c'est un certain degré de perfection non dépassé. Nous pouvons bien faire cinq kilomètres à l'heure en marchant ; nous ne pouvons pas en faire cinquante. C'est une imperfection qui n'entache pas l'ingéniosité de construction de l'appareil locomoteur. Raisonner autrement aboutirait à l'absurde, en n'acceptant d'autre limite satisfaisante que la perfection absolue.

Le même auteur qui nous parle de déception téléologique nous a montré que le poumon, non le foie, arrête le streptocoque. Ce serait donc plutôt une imperfection organique que la barrière opposée au streptocoque fût placée deux fois sur le cours du sang : une seule suffisant. Si un autre organe était chargé de la défense de l'organisme contre la pullulation du coli-bacille — ce qui est très probable, puisque l'organisme résiste en fait à sou envahissement pour ainsi dire toujours, et que la race humaine, non seulement se perpétue normalement, mais s'accroit — il ne serait pas nécessaire que le foie le fût aussi.

De plus si le foie, organe de défense, est inefficace à l'égard de certains bacilles ou toxines — puisqu'on l'affirme — cela ne peut-il très bien être que : ou bien les bacilles ou les toxines dont il est question se rencontrent rarement en fait en ce point (c'est le cas de la diphtérie), et il existe très probablement à leur égard une première barrière dans les diverses couches du tissu de l'intestin qu'il leur faut traverser (on a constaté de visu la lutte des phagocytes contre le bacille de la fièvre typhoïde à ce niveau) ; ou bien que cette fonction spéciale surajoutée au foie entraînerait une complication encore plus effrayante dans l'organe et les réactions cellulaires déjà étudiées qui sont d'une importance vitale capitale et qui sont même tout à fait indispensables — leur nuisant, les rendant extrêmement délicates et peut-être irréalisables. Elle ne serait donc pratiquement pas utile à l'organisme, qui peut se passer d'elle pour vivre, comme l'expérience le prouve, ainsi que nous venons de le dire.

Nous nous expliquons très bien qu'en présence de telles mer-

veilles d'intelligence dans l'organisation de la matière qui rendent indéfendables leurs théories préconçues, les matérialistes soient à l'affût d'une objection spécieuse, qu'ils s'acharnent à chercher une issue à la faveur d'un doute. Mais le fait cité fùt-il prouvé, il n'y a dans ce fait rien de « désolant », si ce n'est, à notre avis, l'illogisme du raisonnement de certains esprits, prévenus au point qu'une pareille merveille à tous les autres égards n'aboutisse pour eux qu'à en tirer une négation .

La complexité des fonctions du foie, absolument indispensables à la vie, entraînerait-elle, par ailleurs, une susceptibilité particulière à telle ou telle maladie, de la part de cet organe infiniment délicat, il n'en ressortirait nullement une conclusion antifinaliste.

Cette page était écrite quand nous avons connu les travaux récents d'un savant italien, G. -A. Pétrone {Action du foie sur le coli-hacille et ses toxines [Pediairia, 1902, n® 6 et Journal de physiologie et de pathologie générale, 1903, p. 460). Ces travaux éclairent ce point si intéressant et, dissipant les premières interprétations erronées, aboutissent aux conclusions qu'il n'était pas difficile de prévoir. Ces expériences confirment - ce qui est € désolant » au point de vue anti-téléologique — non seulement l'innocuité à ce point de vue de la présence du foie, mais encore l'action nette de défense de cet organe à l'égard du coli-bacille et de ses toxines.

L'inactivité du foie et son apparente nocivité provenaient uniquement d'une expérimentation défectueuse. « Le foie du lapin, dit M. G. -A. Pétrone, n'a pas dans les expériences d'action protectrice contre le coli-bacille et ses toxines solubles et même les animaux meurent plus rapidement injectés dans une A^eine mésentérique qu'après avoir reçu les cultures ou toxines dans la veine de l'oreille. C'est que les injections pratiquées dans l'abdomen et poussées dans une veine mésentérique (veine du péritoine) provoquent de graves lésions du foie et cela constitue une cause de mort surajoutée. Le foie du lapin possède une action protectrice contre des produits toxiques à action immédiate existant tout formés dans les cultures de coli-bacille. Le lapin inoculé dans la veine de l'oreille avec une dose massive tuant en quelques heures, succombe plus vite que celui qui a reçu cette même dose de culture dans une mésentérique (veine de l'intestin). Le glycogène hépatique in vitro est bactéricide pour le bacille d'Eberth (fièvre typhoïde), le bacterium coli (coli-bacille j, etc. Ce dernier se développe irrégulièrement dans le bouillon du foie ou dans celui additionné de glycogène : le

bouillon de culture devient très acide. C'est peut-être à ces deux causes, pouvoir bactéricide du glycogène et acidité du milieu qu'on peut rapporter la stérilité fréquente du pus des abcès du foie. »

Toujours en science les objections antifinalistes ont produit des travaux aboutissant à des confirmations plus précises et plus éclatantes de l'œuvre divine. « Les doutes sur Dieu sont heureux, a dit récemment Tolstoï (Paroles d'un homme libre), car ils font étudier plus profondément certains côtés et donner de Dieu une connaissance plus complète. » Mais le champ des sciences de la nature est ainsi présentement et depuis longtemps envahi par les mauA^aises herbes du matérialisme qu'aucun croyant n'a pris à tache d'arracher. Ces objections, qui souvent ne supportent même pas une discussion, suffisent pourtant à voiler pour le lecteur superficiel l'harmonie générale. Non combattues, par suite seulement d'une regrettable indifférence, elles paraissent inattaquables et ont une action désastreuse pour l'idée spiritualiste dans les classes dites éclairées. Dans les Facultés, où l'enseignement est trop souvent hostile à l'idée de Dieu, elles faussent, pour leur large part, la mentalité de générations entières d'étudiants.

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