PHÉNOMÈNES DE NUTRITION
Les êtres vivants s'emparent des substances alimentaires du milieu ambiant, les liquéfient si elles sont solides et les rendent dialysables ou absorbables (digestion). Ils effectuent ces modifications à l'aide des diastases, agents chimiques qu'ils fabriquent eux-mêmes dans ce but, et Ton sait qu'un même être vivant est capable de sécréter autant de diastases qu'il y a de substances dont il puisse se nourrir.
Les aliments, après avoir été digérés et rendus absorbables, sont incorporés (absorption) et subissent une élaboration complexe (assimilation) qui les transforme, partie en protoplasma, partie en substances organiques (albuminoïdes, hydrocarbonées, grasses), propres à l'être vivant,
lesquelles sont emmagasinées dans les cellules et constituent des réserves nutritives.
Ces réserves organiques sont analogues aux corps explosifs ; elles se décomposent facilement et les produits, qui en résultent, se combinent avec l'oxygène, pour former de l'acide carbonique, de l'eau, de l'urée, etc. ; mettent en liberté de l'énergie sous la forme de mouvement, de chaleur, etc. (désassimilation) ; en même temps, l'acide cabonique, l'eau, l'urée, substances difficilement décomposables et par conséquent inutiles à l'organisme, sont rejetées au dehors (élimination).
Ces divers actes (digestion, absorption, assimilation, désassimilation, élimination), désignés sous le nom de phénomènes vitaux de nutrition^ ne sont, au fond, que des mutations d'énergie et de matière, identiques à celles qui constituent les phénomènes de la nature brute. Mais, contrairement aux phénomènes de la nature brute qui n'ont que des causes efficientes, les phénomènes vitaux de nutrition, à côté des causes efficientes, ont encore des causes finales (1).
Ainsi, par exemple, la formation de l'acide carbonique est un phénomène dont la cause efficiente est la mise en présence du carbone et de l'oxygène dans certaines conditions de température.
Dans la nature brute, ce phénomène se produit sans butj toutes les fois que le hasard réalise sa
(1) Paulesco. Physiologie philosopliique, I, Leçon I, Définition de la physiologie, p. 1'^.
cause efficiente, c'est-à-dire toutes les fois que le carbone rencontre Toxygène dans les conditions déterminées.
Le même phénomène, la formation de Tacide carbonique, présente chez les êtres vivants un tout autre caractère. La rencontre des éléments carbone et oxygène n'est plus l'effet du hasard. Les êtres vivants introduisent dans leurs corps, d'un côté des substances carbonées^ de l'autre côté de l'oxygène, précisément pour que le carbone se combine avecï'oxygène, et cettecombinaison a pour but de mettre en liberté l'énergie qui leur est nécessaire pour l'accomplissement d'autres phénomènes vitaux. (Voy. Phénomènes de relation).
D'ailleurs, tous les phénomènes de nutrition, sans exception, présentent un caractère évident de finalité et se succèdent les uns aux autres dans un ordre donné. La digestion a pour but de rendre possible Tabsorption, c'est-à-dire la pénétration des substances alimentaires dans le corps de l'être vivant ; l'absorption aboutit à l'assimilation, c'est-à-dire à la formation du protoplasma et des réservées organiques; l'assimilation se fait en vue de la désassimilation, c'est-à-dire de la mise en liberté de Ténergie des réserves organiques ; Quiin Télimination sert à débarrasser l'organisme de produits inutiles ou nuisibles. Et tous ces actes, reliés entre eux par des liens de finalité, convergent vers un but commun^ la subsistance de l'individu et la perpétuation de l'espèce.
Et remarquez^ Messieurs, que les phénomènes de nutrition sont inconscients^ c'est-à-dire s'accomplissent à Tinsu de Tëtre qui, à plus forte raison, ignore leur but.
En résumé, le caractère essentiel et distinctif des phénomènes vitaux de nutrition, — ce qui les différencie des phénomènes de la nature brute, — est, par conséquent, leur finalité^ c'est-à-dire leur adaptation à un but.