‹ Le glorieux; comédie en cinq actes. Avec une prefaceChapitre 5 sur 105 · NOTICE VII · texte numérisé non relu

NOTICE VII

jusque-là si bien conduite, est inférieur, et cette infériorité est due à une cause passagère et futile. En effet, dans la version primitive du Glorieux, c'est-à-dire dans le manuscrit original de l'auteur, tel qu'il le lut au comité du Théâtre-Français, Tufières, le Glorieux, était puni de son orgueil en voyant la femme qu'il ambitionnait épouser son rival. C'était là la moralité nécessaire de la pièce. Mais ce rôle devait être forcément distribué à Quinault-Dufresne, le cadet des Quinault, qui était alors l'acteur le plus en vue de la Comédie-Française , où il faisait un peu la loi. Or, ce Quinault-Dufresne était avant tout un « important » infatué de lui-même, engoué de ses propres mérites, très réels d'ailleurs, et plus « glorieux » peut-être que le glorieux même si bien mis en scène par Deslouches '. La pensée déjouer un rôle où il était finalement humilié et même bafoué lui parut profondément désagréable, et il déclara qu'il ne l'accepterait que dans le cas où l'auteur consentirait à modifier son dénouement. On comprend mal que Destouches, qui était un « glorieux n, lui aussi, et qui n'admettait volontiers ni compromis ni concessions, se soit rendu aussi vite au désir d'un comédien, sans songer que le préjudice qu'il allait porter à sa pièce devait être éternel. Mais il s'agissait pour lui

I. H II poussait, nous dit M. GueuUette, la vanité jusqu'à la fatuité, et la fatuité jusqu'à l'impertinence. » — Voyez plus loin la note relative aux Quinault.

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d'être joué ou de ne pas être joué, — être ou ne pas être. Il céda.

Tufîères , dans la version nouvelle et devenue à jamais définitive, recouvre donc, à la suite d'une scène fort touchante, émouvante même, dans laquelle il se jette aux genoux de son père en implorant son pardon, sa faveur et du même coup la fortune, car Lycandre n'était pas si ruiné qu'il voulait bien le dire. Par suite, Tufières épousera la fille de Lysimon, et bien plus, de comte qu'il était, il deviendra marquis; ainsi la pièce manque de la sanction morale qu'elle avait d'abord, puisque Tufières, au lieu de recevoir la dure leçon qu'il méritait, est, au contraire, comblé de nouveaux bienfaits, tout comme s'il y avait droit. On a beaucoup reproché à Destouches cette condescendance aux exigences d'un comédien, indispensable, il faut le reconnaitre, mais qu'avec un peu de fermeté et d'habileté il eût sans doute amené à composition. D'ailleurs, nous le répétons, il y avait là deux glorieux face à face, un auteur célèbre et son principalinterprète, et il est regrettable que, dans le débat qui s'est élevé entre eux, ce soit l'auteur qui ait eu le dessous '.

1. Destouches se vengea des exigences cJe Quinault cadet dans la préface de sa pièce, où l'éloge qui suit de son principal acteur est évidemment une moquerie, étant exagéré à plaisir, dans le fond comme dans la forme :

« M. Dufresne a trouvé l'art d'annoncer le caractère du Glorieux, même avant que de prononcer une parole et par

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